Lhistoire de la cartographie est le reflet de l’ignorance et des connaissances techniques nécessaires à l'établissement de cartes, de l'Antiquité à nos jours. La cartographie est un chapitre de l'histoire de l'humanité et de ses migrations. Des peintures rupestres aux anciennes cartes de Babylone, de la Grèce à l'Asie, de l'âge de l'exploration jusqu'au , l'humanité a créé et utilisé des cartes comme outils essentiels pour l'aider à définir, expliquer ses chemins à travers le monde, se déplacer et naviguer. Les cartes furent au début des dessins en une dimension (une route) ou deux dimensions ; la représentation terrestre ou stellaire est quelquefois en trois dimensions (globes, modèles). Les cartes peuvent être stockées puis visualisées sous des formats purement numériques.
Premières cartes connues thumb|Un choix crucial pour le cartographe : la projection. vignette|Carte de Bedolina dans le Val Camonica. Les plus anciennes cartes connues et identifiées comme telles représentent les étoiles. Des points datés de 16500 , trouvés sur les parois de la grotte de Lascaux en France, montrent une partie du ciel nocturne incluant trois des étoiles les plus brillantes Véga, Deneb, et Altaïr (le Triangle d'été), ainsi que l'amas des Pléiades. Dans la grotte d'El Castillo en Espagne, les paléontologues ont identifié une carte de la Couronne boréale datée de ..
L'art rupestre, peinture ou gravure, utilise des éléments visuels simples qui peuvent avoir contribué à la reconnaissance des caractéristiques du paysage tels que des collines ou des abris sous roche. En 2025, des motifs sculptés sont découverts dans l'abri de la Ségognole (forêt de Fontainebleau), qui représenteraient une carte miniature du réseau hydrographique local, vieille de , prouvant le niveau de connaissances cartographiques des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique supérieur..
La carte de Bedolina est un pétroglyphe préhistorique reconnu comme l'une des plus anciennes cartes topographiques, les figures les plus anciennes ayant semble-t-il été gravées à la fin de l'Âge du bronze (3000-1000 av. J.-C.)Beltrán Llorís M., 1972. Los grabados rupestres de Bedolina (Valcamonica), BCSP, vol. VIII, Capo di Ponte (BS): 121-158. En avril 2021, un article concernant la dalle gravée de Saint-Bélec redécouvre cet artefact mis au jour en Bretagne en 1900 et démontre qu'elle est également une représentation cartographique datant de l'Âge du bronze ancien (2150-1600 avant notre ère).
Antiquité thumb|upright=1.5|Table de Peutinger : région d'Arles, Fos-sur-Mer, Marseille, Aix-en-Provence (copie de Konrad Miller, 1887). Dans l'Antiquité, vers 150 ap. J.-C., le Grec Ptolémée prépare une carte générale du monde connu avec des cartes secondaires qui fournissent des noms de fleuves, de peuples, de villes ou de promontoires dont la localisation est basée sur une réflexion scientifique, mais dont la réalisation pratique est incertaine.
Avec son sens pratique et son organisation, l'empire romain établit la table de Peutinger qui est une sorte de guide de voyage des voies romaines.
Moyen Âge vignette|La Tabula Rogeriana (1154), créée par Al Idrissi, est une carte du monde orientée au sud. Au , l'Église représente le monde de façon cosmogonique : les cartes en T. Jérusalem est au centre, seules existent l'Europe, l'Afrique et l'Asie, entourées d'un océan. Ces représentations sont directement inspirées des connaissances de la période biblique. Ce type de cartes ne servait pas à se repérer. Elles étaient un support à la réflexion philosophique et religieuse. Les premières représentations cartographiques naissent au . En 1154, le géographe arabe Al Idrissi réalise une carte du monde, très précise pour l'époque, la Tabula Rogeriana.
Vers la fin du , un nouveau type de carte apparaît : le portulan, très utile aux marins. Il représente les ports de commerce, les amers (objets fixes et visibles servant de point de repère en mer ou sur la côte), les îles et les abris, etc., mais l'intérieur des côtes reste vierge. La Carte d'Avignon est le plus ancien portulan que l'on ait découvert, il date du XIIIe siècle.
Ecole majorquine vignette|Les six parchemins constituant l'Atlas Catalan, de 1375, attribué aux Cresques Au , l'École majorquine de cartographie connaît une belle renommée., après Angelino Dulcert, sous l'influence d'Abraham Cresques, puis de l'un de ses fils, Jehuda Cresques, avant leur départ forcé pour le Portugal du fait de leur judéité. Le premier des Cresques est l'auteur de l'Atlas catalan, présent dans les collections du roi de France Charles V en 1380 et considéré comme le chef-d'œuvre de la cartographie du . Leur rôle dans la découverte des routes maritimes océaniques est reconnu. Mecia de Viladestes., Gabriel de Vallseca (dont l'une des cartes sera acquise par Amerigo Vespucci) ou encore, Matheus Prunes prolongeront cette tradition cartographique.
L'œuvre et les techniques d'Abraham Cresques, chef de file de l'école majorquine de cartographie, à Palma de Majorque, restent mal connues.. Il fut maître des cartes du roi d'Aragon. Cette école, selon Charles de la Roncière avait une grande renommée.
Époque moderne thumb|upright=1.5|Carte du littoral français rectifiée par l'Académie Royale en 1692, en particulier par des mesures de longitudes basées sur l'observation des satellites de Jupiter. Bien que très éloignée de la précision actuelle des cartes marines ou terrestres, elle s'en approchait. En 1553, la première carte de France est dressée par Oronce FineDisponible sur le site de la Bibliothèque nationale de France. Elle témoigne de la volonté du pouvoir politique de marquer sa présence sur le territoire, de s'affirmer, de se construire des limites, des frontières, pour aménager son territoire, entre autres par la fiscalité et la consolidation des marchés économiques internes. À la même époque, apparaissent les premiers plans terriers, ancêtres du cadastre actuel. Jusqu'au , hormis leur usage pour la navigation,
À l'époque moderne, les cartes se veulent une reproduction d'un paysage, d'une portion de l'espace terrestre : tous les éléments constitutifs d'un paysage sont représentés selon des conventions, avec des symboles. Chaque élément est représenté à l'échelle de la réalité ; les éléments trop petits en surface plane sont remplacés par des symboles d'une taille proportionnelle à leur importance relative (noms des villes de plus en plus grands selon leur population ou leur fonction administrative).
Au apparait à Dieppe une importante école de cartographie. Menée par Pierre Desceliers, celle-ci permet la réalisation de nombreuses cartes et mappemondes, basées à la fois sur les portulans des marins portugais et sur les dernières connaissances acquises par l'exploration du Canada à laquelle les marins dieppois participaient activement.
Ensuite, la cartographie progressera par la mise au point de nouvelles techniques et par la volonté des pouvoirs politiques de maîtriser leurs territoires : en témoigne le soutien que recevaient les missions cartographiques des toutes puissantes sociétés géographiques de la fin du . Après les excellents travaux de James Rennell (1742-1830) en Inde, le Royaume-Uni fonde l'Ordnance Survey afin de cartographier son territoire, avec l'objectif initial de lutter contre les révoltes jacobites.
L'élaboration des techniques de détermination de la longitude et de la latitude sont deux étapes décisives dans l'histoire de la cartographieFlorence Trystram, 2001, Le procès des étoiles. Récit de la prestigieuse expédition de trois savants français en Amérique du Sud, 1735-1771, Paris, Petite Bibliothèque PayotDava Sobel, 1996, Longitudes, Paris, Lattès.
France
thumbnail|left|Extrait de la carte d'état-major thumbnail|upright=0.5|Couverture de la carte d'État-Major de 1866 thumbnail|Extrait de la carte du service vicinal thumbnail|left|Extrait de la carte au 1/ En France, la première carte générale du territoire fut dressée par la famille Cassini au , à l'échelle d'une ligne pour cent toises, autrement dit une échelle de 1/. Un centimètre sur la carte correspond à environ sur le terrain.
Cette carte constitue pour l'époque une véritable innovation et une avancée technique décisive. Elle est la première carte à s'appuyer sur une triangulation géodésique dont l'établissement prend plus de cinquante ans. Les quatre générations de Cassini se succédent pour achever ce travail. Cette carte, encore dénommée Carte de Cassini ou carte de l'Académie, est toujours consultée de nos jours par les chercheurs (géographes, historiens, généalogistes, etc.). Le travail des Cassini laissa même son empreinte sur le terrain : on trouve encore aujourd'hui des toponymes dits Signal de Cassini, qui révèlent les lieux où s'effectuèrent les mesures de l'époque. Ces points de repère correspondent aux sommets des quelque mille triangles qui formaient le géodésique de la carte de Cassini.
En 1808, Napoléon décide l'établissement d'une carte destinée à remplacer celle de Cassini ; sa mise en œuvre se fait entre 1817 et 1866 en essayant plusieurs échelles différentes. C'est une carte à l'usage des militaires : la carte de l'état-major, à l'échelle du 1/. Cette désormais célèbre carte d'état-major fut levée et dessinée par le Dépôt de la Guerre, devenu ensuite le Service géographique de l'armée, et remplacé plus tard par l'Institut géographique national (IGN).
Les cartes au 1/ se présentaient le plus souvent sous la forme d'une mosaïque de carrés de papier collés sur une toile, elle-même pliée et protégée par une couverture cartonnée et entoilée très dure ; elle pouvait ainsi répondre aux contraintes de terrain des militaires et des gendarmes.
Dès le début de la Première Guerre mondiale (1914-1918), les difficultés de lecture à cette échelle amenèrent l'état-major à réaliser une carte au 1/, plus commode, sur laquelle apparaît un quadrillage kilométrique très pratique sur le terrain.
C'est sur la base de cette carte au 1/ que sera créée la carte au 1/ de l'IGN, aujourd'hui carte de randonnée mais que les Français ont appelé longtemps, par habitude, carte d'état-major.
Dans son livre Terra incognita . Alain Corbin montre qu'au début du on ne connaissait presque rien de la TerreD'où son titre. : les cartographes ne connaissaient ni les pôles, ni le centre de l'Afrique, ni le centre de l'Amérique. Ainsi ce n'est qu'à la fin du siècle que Richard de Regnauld de Lannoy de Bissy cartographie l'Afrique à l'échelle 1 : pour la première fois.
Référence
Voir aussi
Bibliographie P.-Th. Dufour, Les perspectives-reliefs. Nouveau procédé permettant de les obtenir par simple transposition automatique en projection oblique des formes du terrain représentées sur les cartes hypsométriques, Revue de géographie annuelle, Tome VIII, 1916-1918, Fascicule IV, Librairie Delagrave, Paris. Hélène Noizet, Eric Grosso, Mesurer la ville : Paris de l'actuel au Moyen Âge. Les apports du système cartographie Alpage, Revue Le monde des cartes, Bulletin 211, 2012-3, 85-100 Texte Thierry Garlan, Deux siècles de cartographie de sédiments marins, Revue Le monde des cartes, Bulletin 210, 2011-12, 15-125 Texte Jean-Charles Ducène, L'Afrique dans les mappemondes circulaires arabes médiévales. Typologie d'une représentation, Revue Le monde des cartes, Bulletin 210, 2011-12, 19-35 Texte Anna Caiozzo, Annie Vernay-Nouri, L'Afrique entre cartographes et cosmographes. Imaginaire et représentation d’Ibn Ḥawqal à Pīrī Re’īs d’après les collections de la BnF, Revue Le monde des cartes, Bulletin 210, 2011-12, 37-51 Texte Robin Seignobos La Nubie entre Nil et Niger. Hydrographie et articulation des sources dans la cartographie de l’Afrique intérieure au , 79-94, Revue Le monde des cartes Texte