L'Avare est une comédie française réalisée par Jean Girault et Louis de Funès, sortie en 1980.

Adapté de L'Avare de Molière, le long-métrage marque l'unique incursion de Louis de Funès dans la réalisation, du moins la seule signée par l'acteur. Il supervise l'ensemble de la création de cette adaptation et se met en scène dans le rôle d'Harpagon, dans ce qui demeure l'un de ses derniers films. Il rêvait depuis longtemps d'interpréter la pièce, mais ce n'est qu'à la fin des années 1970 qu'il franchit le pas, après avoir refusé de nombreuses propositions durant plus de vingt ans, aussi bien au théâtre qu'au cinéma.

Le film raconte les mésaventures du vieil Harpagon, riche et avare, qui a enterré dans son jardin une cassette pleine d'or et soupçonne perpétuellement son entourage de vouloir la lui voler. Il prépare pour ses enfants des mariages d'argent et, pour lui-même, caresse un projet de secondes noces qui devra ne rien lui coûter avec la jeune Marianne, de condition modeste, sans savoir que son fils Cléante en est amoureux et que sa fille Élise aime Valère, l'intendant de la maison. Mais le jour où il s'apprête à signer son contrat de mariage, sa cassette disparaît.

L'Avare est tourné dans l'ordre chronologique de l'intrigue, d' à , dans les studios de Billancourt, dans les ruelles médiévales et la cathédrale de Senlis puis, pour la scène finale, en Tunisie dans le désert du Sahara. Dès son annonce, le projet est largement commenté, faisant de la sortie du film un événement culturel majeur. Symbole de la rencontre d'un cinéma comique populaire avec le théâtre classique de Molière, L'Avare influence la remise d'un César d'honneur à Louis de Funès pour l'ensemble de sa carrière.

Avec d'entrées en France, L'Avare n'est finalement qu'un succès « modéré » — en comparaison des résultats habituels de Louis de Funès au box-office — mais devient l'adaptation de Molière au plus large public. L'accueil de la critique est contrasté, notamment sur le jeu de l'acteur principal, qui pour certains renouerait brillamment avec les représentations originelles de la pièce sous Molière, alors que d'autres jugent la réalisation et la direction d'acteur médiocres.

Des années après sa sortie, cette version de L'Avare demeure l'une des adaptations de Molière les plus montrées aux écoliers.

Synopsis vignette|La cassette d'Harpagon, lors de l'exposition sur Louis de Funès à la Cinémathèque, en 2020.

L’action se passe à Paris, dans la demeure du seigneur Harpagon. Au petit matin, on le voit cacher soigneusement une cassette, contenant dix mille écus d’or, au fond de son jardin. En effet, Harpagon est un vieillard avare prêt à enterrer ses richesses, au sens propre, plutôt qu’à les partager avec ses proches, qui subissent douloureusement sa conduite barbare.

Au même moment, Élise s'entretient avec Valère, l'intendant de son père. Valère, amoureux d'Élise, s'est fait engager dans la maison pour l'épouser, et tous deux viennent de se fiancer en secret. Pour gagner la confiance d'Harpagon, il approuve continuellement ses idées, envies ou actions ; dans le même temps, sachant que le vieil homme n’acceptera jamais un pauvre pour gendre, il cherche à retrouver son père. Valère quitte discrètement Élise à l’arrivée de Cléante, le fils d’Harpagon. Ce dernier, très agité, découvre à sa sœur son amour pour la belle Marianne, fille d'une veuve sans le sou. Pour subvenir à leurs besoins, il est obligé de s'endetter partout, et songe même à s’enfuir avec Marianne ; il incite Élise à faire de même, pour mettre fin à leur condition insupportable.

Harpagon s’est rendu à la messe, où il prie tranquillement. Sa prière est rapidement troublée par une femme vêtue de noir qui secoue sa sébile pour faire la quête. Après avoir mimé une profonde prière, s'avachissant sur son prie-Dieu, il finit par s'enfuir de l'église. La quêteuse poursuit l'avare jusque chez lui, avec le bruit entêtant de sa sébile. Affolé, Harpagon va voir sa chère cassette et tombe sur La Flèche, le valet de Cléante. Il le chasse à coups de pied, le soupçonnant de vouloir le voler. Seul, il rêve tout haut ses dix mille écus, mais il est interrompu par l'arrivée de Cléante et Élise. Furieux d’avoir été surpris, il gronde ses enfants et critique toutes leurs dépenses, car il les soupçonne aussi de vouloir le voler. En réalité, Cléante et Élise viennent lui parler de leurs projets de mariage. Harpagon annonce alors qu’il veut épouser Marianne, au désespoir de Cléante, et qu’il destine ses enfants à deux personnes très vieilles et très riches. Élise rejette fermement son mariage avec le seigneur Anselme, un nanti de 50 ans, et se querelle avec Harpagon. Celui-ci appelle Valère et le fait juge de l’affaire. Valère fait semblant d’approuver le père, mais conseille secrètement à la fille de retarder la signature du contrat, en attendant un événement favorable.vignette|redresse|gauche|Les rues de Paris dans le film, en réalité le cœur historique de Senlis.Cléante, plus que jamais pressé d’obtenir de l’argent, a réussi à trouver un prêteur. La Flèche lui fait son rapport et lui apprend, non seulement que le prêteur est pingre, mais en plus qu’il remplace une partie de la somme prêtée par des objets miteux et invendables. Cléante se rend chez l’intermédiaire pour s’expliquer, et découvre que le prêteur est Harpagon lui-même. Violent échange entre le père et le fils, après quoi Harpagon rentre chez lui pour un rendez-vous. La personne qui l’attend est Frosine, une intrigante chargée de régler les détails du mariage entre Harpagon et Marianne. Elle en espère d’ailleurs une belle récompense, et enchaine les flatteries pour le vieillard, allant jusqu’à le persuader que la jeune Marianne a une inclination particulière pour les hommes plus âgés. Mais elle se rend bien vite compte de la nature ingrate d’Harpagon quand celui-ci la met dehors sans la payer.

Pour recevoir sa future, et fêter le mariage de sa fille, Harpagon donne les ordres pour le repas, et fait démonstration de sa cupidité, en malmenant ses domestiques. Valère, qui le seconde, le soutient dans tout ce qu’il dit. Le seul qui ose protester est Maître Jacques, cuisinier et aussi cocher de la maison. Il critique les sermons insensés d’Harpagon et l’attitude flatteuse de Valère, qu’il a percé à jour. Il va jusqu’à répéter tous les ragots qui se disent sur l’Avare. Pour sa sincérité, il est roué de coups de bâton par le maître puis par l’intendant.

Entrée de Marianne, escortée par Frosine. La jeune fille est terrorisée par le mariage qu’on prépare, d’autant plus qu’elle est amoureuse d’un jeune inconnu qui lui rend souvent visite. Elle rencontre son futur mari avec horreur, que Frosine s’empresse de cacher. Cléante, qu’elle reconnait comme son prétendant inconnu, vient la saluer. Il lui décrit, à coups de double sens, sa répugnance à la voir épouser un autre, et elle répond de même. Cléante en profite pour se moquer de son père, en lui commandant une collation hors de prix et en lui subtilisant une bague de grande valeur qu’il remet à Marianne comme gage d’amour.

Une fois seuls, les deux amants peuvent s’entretenir sur les choses à faire, et mettent Frosine dans la confidence. Celle-ci imagine un stratagème pour tromper Harpagon et le faire renoncer à un mariage qui, somme toute, ne lui apporte aucun bien. Alors qu’ils sortent de leur entretien, Harpagon aperçoit Cléante baiser galamment la main de Marianne, et soupçonne quelque chose. Pour tester son fils, il prétend avoir changé d’avis et lui laisser Marianne, pourvu qu’elle lui plaise. Cléante tombe dans le piège et dévoile ses sentiments. Les deux hommes entrent dans une violente dispute, que Maître Jacques essaie maladroitement d’arrêter, mais qui ne fait qu’empirer jusqu’à ce qu’Harpagon parte en maudissant son fils. Cléante est rejoint par La Flèche qui, ayant épié Harpagon toute la journée, a réussi à subtiliser la cassette. Constatant le vol, un Harpagon hors de lui se met à délirer, et à accuser tout le monde (y compris le spectateur).vignette|redresse|alt=Peinture ovale en couleur. Buste d'homme de profil, portant perruque, regardant le spectateur.|Un portrait de Molière s'adresse à Harpagon à la fin du film, après qu'il a retrouvé sa cassette. Il s'agit de l'œuvre de Pierre Mignard, peinte en 1658, actuellement au musée Condé.Il fait venir un commissaire chez lui pour enquêter, exigeant que le coupable soit trouvé et pendu. Maître Jacques, par revanche, accuse Valère. Harpagon oblige celui-ci à s’expliquer, et Valère, se trompant sur le motif de l’accusation, avoue ses fiançailles avec Élise. Furieux, Harpagon s’apprête à le faire condamner pour les deux crimes.

Arrive le seigneur Anselme, qui vient signer son contrat de mariage avec Élise. Il trouve la maisonnée quelque peu chamboulée. Quand il demande à Valère ses origines, il apprend avec stupeur que Valère est le fils de Dom Thomas d’Alburcy, gentilhomme napolitain dont la famille aurait fait naufrage. Nouvelle stupéfaction lorsque Marianne, bouleversée, affirme que Valère est son frère, et leur mère la veuve de Dom Thomas. Le seigneur Anselme, ému, avoue que Dom Thomas d’Alburcy est son ancien nom, qu’il croyait sa famille morte depuis des années, et il embrasse ses enfants retrouvés. Les charges de Valère tombent, au moment où Cléante vient informer son père qu’il détient sa cassette et que, s’il le laisse épouser Marianne, il pourra la récupérer.

Le film se termine sur des doubles noces : Valère va s'unir à Élise et Cléante à Marianne. Harpagon accepte ces deux unions à condition qu'Anselme paye tous les frais. Pendant la fête, La Flèche conduit Harpagon à l'endroit où était cachée sa cassette. Enfin heureux, Harpagon contemple ses écus d'or. Un portrait de Molière l'interpelle : « Harpagon ?! Bonne chance, cher Harpagon. » Harpagon s'en va, traînant sa cassette au bout d'une chaîne, jusqu’au milieu d'un immense désert. C'est là que surgit la quêteuse habillée en noir, qui poursuit Harpagon en secouant sa sébile.

Fiche technique

vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme âgé d'une soixante d'années, droit, l'air digne, dans un uniforme de gendarme. |Louis de Funès en 1978, tournant Le Gendarme et les Extraterrestres sur le port de Saint-Tropez. Il est à la fois interprète principal, réalisateur et adaptateur du scénario de L'Avare. Titre : L'Avare Réalisation : Jean Girault et Louis de Funès Scénario : Jean Girault, Louis de Funès et Jean Halain, d'après L'Avare de Molière Décors : Sydney Bettex Costumes : Rosine Delamare Chaussures : Photographie : Edmond Richard Son : Jean-Pierre Pélissier, Paul Lainé Montage : Michel Lewin Chorégraphie des danses du mariage : Jean Guélis Scripte : Florence Moncorgé-Gabin Casting : Dominique Besnehard Musique : Jean Bizet Direction d'orchestre : Patrick Marchand Chef de chœurs : Raphaël Passaquet Production : Christian Fechner et Bernard Artigues (délégué) Société de production : Les Films Christian Fechner Société de distribution : AMLF Budget : 17 à (soit environ à en ) Format : couleurs — 35 mm (Panavision) — 1,66:1 — son mono Langue : Genre : comédie, théâtre Durée : () sur le site du CNC Date de sortie : France : Visa d'exploitation : Affiche : René Ferracci (France)

Distribution vignette|Michel Galabru lors du tournage du Gendarme et les Extraterrestres. Fidèle partenaire de Louis de Funès, il interprète maître Jacques dans L'Avare, après avoir été à la Comédie-Française durant sept ans. Louis de Funès : Harpagon Frank David : Cléante, fils d'Harpagon, amoureux de Marianne Hervé Bellon : Valère, intendant d'Harpagon, amoureux d'Élise Michel Galabru : Maître Jacques, cuisinier et cocher d'Harpagon Claire Dupray : Élise, fille d'Harpagon Claude Gensac : Frosine, entremetteuse Anne Caudry : Marianne, jeune fille aimée de Cléante Bernard Ménez : La Flèche, valet de Cléante Georges Audoubert : Anselme, de son vrai nom Don Thomas d'Alburcy Henri Génès : le commissaire