Français de souche (FDS) est un terme distinguant, parmi les personnes de nationalité française, celles qui selon la définition ethnique, le droit du sang et l'appartenance linguistique et culturelle, formeraient un groupe ethnique européen indigène en France, sans ascendance étrangère. Ce terme souvent employé dans un contexte polémique est opposé aux expressions péjoratives et et plus généralement à la notion de , définie par la constitution de la France, le droit du sol et le droit international, qui ne discrimine pas les citoyens d'après leur modalité d'acquisition de la nationalité française, leur lieu de naissance, leur langue maternelle, leurs origines et traditions culturellesConstitution de la République française sur le site Légifrance , sur celui du Conseil constitutionnel fichier PDF et traductions en langues étrangères avec quelques variantes typographiques entre les deux textes..
Sa définition varie, suscite la polémique et surtout ne fait l'objet d'aucune norme et d'aucun consensus scientifique car les Français ont tous des origines étrangères selon le nombre de générations qu'on prend en considération.
D'abord historiquement employée par l'extrême droite française à partir du début du , l'expression est reprise dans le cadre de débats polémiques sur l'intégration, le communautarisme et le multiculturalisme en France.
Des définitions multiples et contestées Sa définition, en particulier le nombre de générations qu'il faut prendre en compte pour définir cette classe statistique, est variable et controversée suivant les études et les auteurs.. Elle peut désigner des personnes nées en France dont les parents sont également nés en France., ou des personnes de nationalité française dont les ascendants — cette définition pouvant, selon les interprétations, concerner uniquement les ascendants immédiatsÉric Taïeb, Immigrés : l'effet générations. Rejet, assimilation, intégration d'hier à aujourd'hui, L'Atelier, 1998, page 293Manuel Boucher, Les théories de l'intégration : entre universalisme et différentialisme, L'Harmattan, 2000, page 98, ou au contraire s'étendre à plusieurs générationsGilles Martinet, Le réveil des nationalismes français, Seuil, 1994, page 85Bruno Laffort, Les couples mixtes chez les enfants de l'immigration algérienne, L'Harmattan, 2003, page 15, — sont également français, ou des personnes dont la famille possède depuis « longtemps » la nationalité française.
L'expression peut aussi être utilisée en tant que synonyme des mots autochtone et indigène. Le terme est également utilisé pour définir les Français n'ayant pas d'ascendance étrangère récente, par rapport aux personnes d'origine étrangère, issues de l'immigration ou ayant acquis récemment la nationalité françaiseBaba Diawara, Portraits de douze noirs de France : Ni éboueurs, ni sportifs, ni vigiles, ni musiciens…, L'Harmattan, 2009, page 41Dahmane ou le communautarisme en version Sarkozy, Marianne, 15 février 2011Nicolas Sarkozy met la déchéance de nationalité au cœur de sa politique sécuritaire, 30 juillet 2010Le New York Times critique vivement la politique sécuritaire de Sarkozy, Le Monde, 6 août 2010Politique SÉCURITÉ - Badinter rappelle à Sarkozy que « tous les Français sont égaux devant la loi », Le Point, 2 août 2010. L'expression Français de souche peut désigner aussi historiquement un français dont les ascendants sont français suivant le principe de primauté de la filiation paternelle (droit du sang ou jus sanguinis) instauré par le Code Napoléon en 1804 : « La nationalité est désormais un attribut de la personne, elle se transmet comme le nom de famille, par la filiation. Elle est attribuée une fois pour toutes à la naissance, et ne dépend plus de la résidence sur le territoire de la France »« L'accès à la citoyenneté : une comparaison de vingt-cinq lois sur la nationalité ».
Histoire L'expression est utilisée pour la première fois au . Le Trésor de la langue française informatisé en attribue la paternité au critique littéraire et écrivain français Charles-Augustin Sainte-Beuve (consulté le 7 avril 2017).. C'est en effet chez Sainte-Beuve que se trouve la plus ancienne occurrence connue de l'expression : elle figure dans un article dédié à l'écrivain et auteur suisse de bande dessinée Rodolphe Töpffer et paru dans la Revue des deux Mondes . le et .. Sainte-Beuve commence ainsi son portrait de Töpffer : .
Selon le démographe Hervé Le Bras, l'anthropologue Georges Vacher de Lapouge l'utilisait avec une acception différenteCitation Hervé Le Bras, Michèle Tribalat, Statistiques ethniques, une querelle bien française, L'artilleur, 2016, . ainsi que l'écrivain patriote Maurice Barrès dans son thème de la « terre et des morts ».. Selon ce dernier « pour qu'un Français soit Français, il faut qu'il soit issu d'un Français et d'une Française, et de siècle en siècle »Georges Vacher de Lapouge, préface dans Le déclin de la Grande Race (1916), Madison Grant, L'Homme Libre, 2002, . Pour le journaliste politique Laurent de Boissieu, Édouard Marchand est le premier à théoriser l'expression dans son livre patriote La France aux Français ! publié en 1892 et qui reprend la même distinction actuelle entre « français de souche » et « français de papier » (juifs et français d'origine étrangère) qui ne doivent pas selon lui bénéficier des mêmes droits..
L'historien Emmanuel Debono relève que . Cependant, dans les années 1930 également, ..
Durant la période de l'Algérie française, le terme signifie « Français de souche européenne » (et non « de souche française ») la très forte majorité d'entre eux étant issue de l'immigration méditerranéenne, notamment, d'Espagne (Minorque et de sa capitale, Port Mahon), d'Italie et de ses îles (Sicile) ou encore, de MalteJean-Jacques Deldyck, Le processus d'acculturation des Juifs d'Algérie, L'Harmattan, 2000, page 35-36. L'historien Jacques Valette, dans sa recension du livre La guerre d’Algérie : une histoire apaisée ? (de Raphaëlle Bacqué) emploie l'expression « Françaises de souche » : « Djemila Amrane, née Danielle Minne, sur les femmes dans l’ALN [ … ] y voit même la volonté de « revaloriser les engagements de celles qui ont été considérées comme traîtres par la communauté pied-noire ». Elle ne précise pas combien de Françaises de souche avaient gagné les maquis ». Selon l'analyse de l'historien Nicolas Lebourg, la formule répond à la construction de la notion juridique de nationalité, et la .. À partir de 1958, l'administration française distingue officiellement en Algérie française, les « Français de souche européenne (FSE) » et les « Français de souche nord-africaine (FSNA) ». Dans le contexte de la guerre d'Algérie, le terme est également utilisé par Charles de Gaulle pour désigner la population européenne de l'Algérie et la distinguer des « Musulmans »René Rémond, 1958, le retour de De Gaulle, Complexe, 1999, page 175. Le , Charles de Gaulle promeut l'expression en direction de l'Algérie française, lors d'un discours télévisé Ch. de Gaulle Discours du 29 janvier 1960 http://fresques.ina.fr/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00049/discours-du-29-janvier-1960.html. Pour Laurent de Boissieu, « c'est dans ce contexte historique et juridique particulier que Charles de Gaulle a utilisé durant la guerre d'Algérie l'expression « Français de souche » : il ne s'agissait pas d'un tri personnel entre les Français à partir de je ne sais quel critère fumeux, mais d'une inégalité à l'époque juridiquement réelle bien qu'antirépublicaine. »
En 1947, A. Juret, dans un article de la revue de l'Institut national d'études démographiques Population, après avoir constaté que l'équipe de France de football ne comptait que « cinq vrais Français », déplorait « les effets négatifs de tant de noms « barbares » pour l’image de marque du pays, [et] envisageait diverses solutions pour les rendre plus agréables à l’oreille du Français de souche »A. Juret, « La francisation des noms de personnes », Population, 1947. Cité par Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, « L’immigration dans le football », Vingtième Siècle. Revue d’Histoire, numéro spécial : « Le football, sport du siècle », avril-juin 1990, ..
Par la suite, d’après Jean-Luc Richard, maître de conférences en sociologie et démographie, il est réutilisé en 1979 dans Le National, journal politique du Front national, terme selon lui . Pour lui « le concept de « Français de souche » n'est pas un acquis de la recherche, mais au contraire, un terme qui a un lourd passé et une ambiguïté propice à toutes les variations possibles de définition, changeante pour les besoins de la cause. »Analyse du terme par Jean-Luc Richard, ined, mars 1999..
Un rapport de l'INED en 1991 emploie pour la première fois l'expression dans un cadre scientifique. L'un des auteurs de ce document, la démographe Michèle Tribalat, la définit pour sa part comme désignant une personne née en France, de deux parents eux-mêmes nés en France. Un autre rédacteur de ce rapport, l'historien Jacques Dupâquier, estime pour sa part que cette expression est une Jacques Dupâquier, Naissance d’un peuple : l’histoire démographique de la France, in : Renaissance catholique, Qui a peur du baptême de Clovis ? Actes de l’université d’été 1996, Issy-les-Moulineaux : Renaissance catholique, 1997, , repris sous le titre “La démographie française : vérités et mensonges”, National Hebdo, , 4-10 septembre 1997, ..
Pour Nicolas Lebourg, le Front national se réapproprie l'expression dans les années 1990 : les mégrétistes, qui prennent un temps le pouvoir au sein du parti, . La formule est particulièrement utilisée au sein de la mouvance identitaire, en lien avec le concept de grand remplacement, et a notamment donné son nom au site d'extrême droite Fdesouche.
Pour Jean-Yves Le Gallou, cofondateur de l'Institut Iliade, un organisme de formation de l'extrême droite qui publie par ailleurs du matériel de propagande, la promotion de ce mot s'inscrit dans une « bataille du vocabulaire » afin de faire progresser les positions identitaires : ..
Critiques du concept Utilisation politique Progressivement, l'expression s'ancre dans le discours politique général selon Nicolas Lebourg qui relativise son utilisation et dénonce « une grande hypocrisie, parce que les thématiques identitaires sont désormais au centre du débat politique, elles ont été popularisées. N’oublions pas que le ministère de l’identité nationale a existé (de 2007 à 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy) ». Pour le journaliste Rémi Noyon également « à force de répétitions, la formule est presque passée dans le langage courant. Dans les débats de l’Assemblée nationale, on la retrouve de temps en temps et elle ne vient pas nécessairement des bancs les plus à droite. L’impression de la nouveauté, alimentée par l’existence du site Fdesouche et la montée d’un discours identitaire, cache d’ailleurs une généalogie plutôt ancienne. ».