Le président du Conseil européen est le chef du Conseil européen, l'organe suprême de coopération et coordination intergouvernemental de l'Union européenne, qui regroupe et fait travailler ensemble les vingt-sept chefs d'État ou de gouvernement des États membres de l'Union. Il est, à ce titre, l'une des principales figures dirigeantes de l'Union européenne.

Le statut actuel du président du Conseil européen, qui le place à la tête de l'équipe d'exécutifs souverains qui définit les grandes orientations politiques générales de l'Union et qui nomme tous les cinq ans le président de la Commission européenne chargé de les appliquer, est le fruit d'une longue évolution et un aboutissement tardif dans l'histoire communautaire. En effet, pendant longtemps, le président du Conseil occupait une fonction informelle, tournante, honorifique, et par bien des aspects subalterne, de simple porte-parole et commis administratif, dénuée de tout pouvoir exécutif propre, occupée à tour de rôle pendant six mois par un des membres du Conseil.

Ce sont les élargissements successifs et l'augmentation du nombre de membres du Conseil qui ont imposé à la fin des la nécessité de doter cette institution d'une figure tutélaire forte et stable capable d'incarner et d'imposer un esprit d'unité en son sein et de la représenter auprès des autres institutions de l'UE et du monde. Ce fut chose faite avec les réformes institutionnelles proposées par le Traité établissant une Constitution pour l'Europe en 2004, qui furent intégralement reprises et formalisées par le traité de Lisbonne, voté en 2007 et entré en vigueur en 2009.

En rendant sa fonction élective et en la dotant d'un caractère permanent et autonome, avec une grande extension de ses prérogatives, le traité de Lisbonne a transformé le président du Conseil en un responsable supranational puissant, placé à la tête d'une assemblée intergouvernementale centrale de l'UE, et il a profondément bouleversé la nature et les logiques de cette institution.

Ainsi, depuis 2009, le président du Conseil européen préside, convoque et conduit librement les réunions de travail du Conseil, au sein duquel il incarne les règles, les valeurs et les intérêts communs de l'Union. Sa présence et ses interventions assurent un équilibre essentiel au bon fonctionnement des séances. Figure d'autorité élue spécifiquement européenne placée au-dessus des logiques nationales, il est chargé de proposer des stratégies, de piloter et d'arbitrer les débats, et de faciliter l'apparition d'un compromis entre les chefs des différents exécutifs nationaux, tempérant les frictions propres à la nature multinationale de cette assemblée. Enfin, à l'issue des réunions, c'est lui qui est chargé de rapporter leur déroulement et leurs conclusions au Parlement européen, l'autre organe communautaire souverain, dépositaire avec le Conseil de l'UE du pouvoir législatif.

Afin de pouvoir assurer une veille entre les différentes réunions du Conseil, travailler ses dossiers, remplir ses missions protocolaires et réagir rapidement aux crises, le président du Conseil européen dispose d'un bureau permanent dans le bâtiment Europa, siège de son institution, dans le quartier européen de Bruxelles. Il dispose également d'une équipe de travail et d'un budget dédiés, noyaux de son administration. Ces dotations ont été rendues nécessaires par les réformes de 2009, qui ont largement étendu ses pouvoirs au-delà du cadre administratif.

En effet, étant élu et mandaté par l'ensemble des chefs des exécutifs nationaux et incarnant les souverainetés coordonnées de tous les États de l'Union, le président du Conseil a un rôle de représentation primordial de l'Union européenne dans le monde, exercé conjointement avec son président de la Commission. Il assure en outre la communication intérieure avec les grands médias de l'UE, auxquels il explique le sens des décisions impulsées par le Conseil à l'ensemble de l'armature communautaire. Il est également président des sommets de la zone euro, pendant lesquels il fait prévaloir les intérêts des États, avec des prérogatives financières qui s'étendent au fil des années. Enfin, il ne peut plus cumuler sa fonction avec un mandat électif national et doit se dédier exclusivement à la conduite des affaires et à la défense des intérêts de l'Union.

D'un point de vue statutaire, l' du traité sur l'Union européenne, dans sa version réformée et consolidée par le traité de Lisbonne, dispose que le Conseil européen, constitué en collège électoral, élit son président pour un mandat de deux ans et demi, avec la possibilité qu'il soit renouvelé une fois. Son élection ainsi que sa possible révocation requièrent la majorité qualifiée du Conseil. C'est cette élection, par tous les chefs des exécutifs élus des États membres, qui fonde la légitimité démocratique du président du Conseil européen et donne à sa fonction un caractère permanent, autonome et officiel, avec une charge d'incarnation symbolique et politique puissante.

En effet, de 1975 à 2009, la présidence du Conseil était une fonction de porte-parolat non officielle assumée pendant six mois par le chef d'État ou de gouvernement de l'État membre assumant à tout de rôle la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne, et elle ne donnait lieu à aucun pouvoir exécutif ou d'orientation stratégique spécifique. En ce sens, l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne a bouleversé l'organisation et les rapports de force au sein des exécutifs de l'Union, et véritablement créé une fonction nouvelle, au sommet des hiérarchies communautaires.

Du point de vue des responsabilités politiques, le président du Conseil européen n'a de comptes à rendre de son action et de ses paroles qu'au Conseil européen qu'il préside, qu'il représente et qui l'élit. Il ne peut être démis ni par le Parlement européen, ni par la Commission européenne, ni par le Conseil de l'Union européenne.

Le premier titulaire permanent de la fonction fut l'écrivain et homme politique belge Herman Van Rompuy. Il a été élu le par l'ensemble des membres du Conseil, et sa nomination fut officialisée avec l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne le . Il devait initialement prendre ses fonctions le jour-même mais a souhaité que la dernière présidence tournante suédoise de six mois aille à son terme. Il est donc entré réellement en fonction le . Son premier mandat s'est achevé le et a été reconduit lors de la réunion du Conseil européen des et .

Le , le Polonais Donald Tusk a été désigné pour lui succéder à partir du . Comme son prédécesseur, Donald Tusk a été réélu à son poste, le . Fin 2019, le Belge Charles Michel a été désigné pour succéder à Donald Tusk le et a pris la tête du Conseil pour cinq ans, bénéficiant également d'un renouvellement de mandat. Le Portugais António Costa lui a succédé le et est l'actuel président du Conseil européen en exercice.

Histoire Présidence tournante jusqu'en 2009 A l'origine, le Conseil européen est une assemblée non officielle tenant des réunions de circonstances, motivées par le désir de la France de réintroduire une part intergouvernementale dans les Communautés européennes, et par le besoin des chefs des exécutifs européens de se coordonner face aux crises et aux évènements internationaux. Ce n'est que progressivement qu'il s'impose dans l'architecture communautaire, au fil d'un cumul d'expériences politiques ayant abouti à des coutumes institutionnelles, formalisées et étendues par les différents traités structurant les institutions de l'Union.

Ainsi, le premier sommet réunissant les chefs des exécutifs européens se tient en 1961 sous forme informelle, à la demande du président français Charles de Gaulle. Et bien que les sommets intergouvernementaux se répètent régulièrement par la suite, en reprenant des dossiers avec une véritable continuité, et en se dotant de Commissions d'étude dédiées, le Conseil européen n'acquiert d'existence formelle qu'en 1974, au bout de treize ans, sous l'impulsion décisive du président français Valery Giscard d'Estaing.

Le système de présidence du Conseil européen est quant à lui mis en place plus tard, en se fondant sur présidence tournante du Conseil des Communautés européennes (qui deviendra Conseil de l'Union européenne dans les années 1990 avec le traité de Maastricht), sur lequel il est calqué. Jusqu'en 2009, la présidence du Conseil européen revient au chef d'État ou de Gouvernement de l'État membre qui détient la présidence du Conseil des ministres de l'Union. La fonction du président, simple porte-parole du Conseil, attribué à un primus inter pares, a été définie et complétée peu à peu, au rythme de nominations qui tournaient tous les six mois en même temps à la présidence du Conseil des ministres de l'Union.

Depuis 2009: mandat de 30 mois Au fil des élargissement, et au fur et à mesure que le Conseil européen voyait le nombre de ses membres augmenter, le besoin d'une réforme de la fonction de président du Conseil est devenu de plus en plus criant. Il fallait que le Conseil européen se dote d'une figure tutélaire coordinatrice et autonome forte, capable d'incarner et d'imposer une unité et de proposer des stratégies à cette assemblée intergouvernementale souveraine essentielle, et de la représenter vis-à-vis des autres institutions communautaires et du monde. Mais la situation ne change vraiment qu'avec le projet de Constitution européenne, rédigée par la Convention européenne, qui établit un poste permanent de « président du Conseil européen » , élu, destiné à remplacer le système de présidence tournante. Cette dernière Constitution fut rejetée lors du processus de ratification par référendums, par la France et les Pays-Bas. Mais les changements proposés, dont ceux concernant le poste de président du Conseil, furent intégralement retenus par le traité de Lisbonne, ratifié le et entré en vigueur le .

Parmi ces changements, figure le mode de nomination du président du Conseil européen. Depuis le , celui-ci est élu à la majorité qualifiée par les chefs d'État ou de gouvernement des États membres pour un mandat de deux ans et demi. Durant la durée de son mandat, il ne peut exercer de fonctions nationales. Ce système a été adopté pour améliorer le système antérieur, qui copiait la présidence tournante du Conseil des Ministres de l'UE, établie par le traité sur l'Union européenne et le traité instituant la Communauté européenne. Une des principales critiques adressées à la présidence tournante de six mois était de ne pas permettre la mise en place d'une politique cohérente à long terme. L'autre critique récurrente était son absence de légitimité démocratique, et son absence de représentativité de l'ensemble du Conseil. Ces deux problèmes sont résolus par l'article 15 du traité de Lisbonne :

Deux conceptions s'opposent alors quant à la pratique du pouvoir présidentiel, et à l'importance que doit avoir le titulaire du poste au sein de l'UE. La première considère que le président doit s’en tenir à son rôle administratif comme le précisent les traités, et rester un simple organisateur et porte-parole qui siège aux réunions, au service des chefs d'Etat et de gouvernement, qui garderaient la main sur le Conseil, et assurerait la communication et un rapport harmonieux avec les autres institutions, organes et politiques. Une telle conception serait plus susceptible d'attirer d'anciens leaders nationaux semi-retraités cherchant un apogée prestigieuse à leurs carrières et déléguant la majeure partie de leur travail à des technocrates ou fonctionnaires européens, au lieu d'exercer leur pouvoir politique directement sur l'institution.