Sainte-Marine est un village et un port de la commune de Combrit (Finistère), situé sur la rive droite de l'embouchure de l'Odet, face à Bénodet située sur l'autre rive.
Étymologie Le nom français actuel du lieu-dit résulte de l'assimilation récente du toponyme originel à sainte Marine, vierge du originaire de Bithynie.
Le nom du lieu-dit est en breton. Sainte-Marine est également notée Saint-Moran en français en 1599 et 1663. Moran est le nom d'un saint attesté localement notamment dans les lieux-dits Lanvoran de Plomeur, Saint-Jean-Trolimon et Plozévet..
Albert Le Grand écrit l'hagiographie de saint Moran (ou saint Mauran) en 1637 et en fait un évêque de Rennes ayant vécu de 651 à 719Albert Le Grand, « Les vies des saints de la Bretagne Armorique : ensemble un ample catalogue chronologique et historique des evesques d'icelle… et le catalogue de la pluspart des abbés, blazons de leurs armes et autres curieuses recherches… », , J. Salaün, Quimper, 1901 .
Selon Robert Gouzien, dans son livre « Le Pays Bigouden, un pays de cocagne ? », le toponyme pourrait provenir de Moran qui signifie en breton « lancer un bateau », et donc faire référence à l'existence au Moyen-Âge de chantiers navals à cet endroit (la même étymologie expliquant le nom de Pors-Moro à Pont-l'Abbé et du Moros à Concarneau)Robert Gouzien, « Le pays bigouden, un pays de cocagne ? », éditions Kendero, 2012, .
Jusqu'au Premier Empire inclus, le terme de "Bénodet" a désigné indistinctement les deux rives de l'embouchure de l'OdetSerge Duigou, Les mystères de Penmarc'h, éditions Ressac, Quimper, 1994, [].
Géographie Le site de Sainte-Marine est situé à l'entrée, rive droite, d'une ria ou aber, en l'occurrence celle de l'Odet, face à Bénodet situé sur la rive gauche.
Histoire
Préhistoire et Antiquité
Une tour et des substructions gallo-romaines ont été découvertes dans un champ appelé Moguérou, entre le sémaphore de Combrit et la route de la grève en direction de l'Île-Tudy"Bulletin de la Société archéologique du Finistère", année 1885, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2075891/f86.image. Borelly de Kervélégan, alors propriétaire du manoir de Kerobestin, trouva en 1899 des traces d'une villa gallo-romaine à cet endroit, identifiant une partie des fondations de la villa dont un « mur maçonné avec soin et portant les traces d'un ciment rougeâtre contenant des morceaux de briques », trouvant quatre caves dont une formant « une salle irrégulière de de long sur de large », ces caves contenant « des débris de chair séchée de poisson (…) et une grande quantité d'ossements de bœufs » ; des poteries, un col d'amphore, quelques briques de faîtage et diverses autres parties d'objets furent également trouvés :
Moyen Âge La chapelle Saint-Mauran (actuellement Sainte-Marine) est édifiée au , probablement grâce à la générosité et à la dévotion des pêcheurs du lieu..
Dès le , les marins de Sainte-Marine pêchent le merlu et le congre, mais Sainte-Marine fut surtout, à l'instar de Penmarch, un port spécialisé dans le transport des vins de Bordeaux et de Saintonge vers la Manche et la Mer du Nord. Cette communauté de pêcheurs était composée d'une vingtaine de feus en 1395 ; au , 12 navires, des escaffesLes escaffes atteignent parfois les 20 tonneaux, avec un mât unique portant une voile carrée, un peu en avant du bateau ; ils transportent sel, vin, blé et servent aussi à la pêche, voir http://www.hermine-radieuse.net/PDF/construction%20navale.pdf et des carvellesBateaux d'un tonnage plus élevé, mieux adaptés au commerce au grand large, le mot s'étant par la suite transformé en « caravelles » : 12 navires fréquentaient La Rochelle et six Nantes, les navires allant aussi jusqu'à BordeauxÀ Bordeaux en 1482-1483, sur 71 bateaux bretons dont le type est connu, on compte 43 pinasses, 18 carvelles, 6 crayers, pour 3 barques et 1 escaffe, voir http://www.hermine-radieuse.net/PDF/construction%20navale.pdf. Un navire de Sainte-Marine chargent du pastel à Bordeaux en 1512, d'autres vont jusqu'à Calais et Arnemuiden. « En 1556, au moins six bateaux de Sainte-Marine fréquentent simultanément le port de Nantes; des escaffes de vingt à quarante tonneaux dont les capitaines se nomment Le Bras, Guyader, Boloré, Riou, Coriou et Le Gars »Serge Duigou, L'Odet, plus belle rivière de France, éditions Palantines, 2010 [].
Époque moderne
Au , la concurrence hollandaise et anglaise, et les ravages de la guerre de la Ligue (la région fut un fief des Huguenots lors des guerres de religion) précipitent le déclin du port de Sainte-Marine. « À partir du , les « matelots-laboureurs » de Sainte-Marine se contentent d'aller traquer le congre, la julienne et la raie en rade des Glénan tout en s'adonnant à un modeste cabotage régional ».
Combrit-Sainte-Marine fut aussi l'endroit historique où fut signé le Code Paysan en 1675 à la suite de la révolte du papier timbré qui entraînera une forte répression (les paroisses concernées furent même excommuniées sous Louis XIV). Par la suite Sainte-Marine fut dotée par Colbert d'artilleries, de bâtiments et d'un magasin à poudre. Puis, lors de la Révolution française, les chapelles de Sainte-Marine et de la Clarté furent confisquées et les troupes républicaines s'installèrent dans le château de Cosquer..
Sainte-Marine devient pendant le règne de Louis XIV une place stratégique, jouant un rôle de surveillance à l'entrée de la ria de l'Odet pour protéger l'accès au port de Quimper. Les « employés des fermes du Roi » (douaniers) contrôlent les cargaisons, vérifient l'état sanitaire des équipages et patrouillent le long des rives de l'Odet. « Ces francophones, issus de la bourgeoisie ou de la petite noblesse, chargés du maintien de l'ordre et de la répression, sont peu appréciés des pêcheurs et paysans du cru », bretonnants, comme en témoignent les incidents du à la suite du naufrage en face de Sainte-Marine du Tourneur, un navire de La Rochelle en provenance de Saint-Domingue :
Jusqu'à la Révolution française, les deux seigneuries de Kersalaün en Combrit et de Cheffontaines (ou Penfentenyo en breton) en Clohars-Fouesnant possèdent conjointement les droits de passage de l'Odet entre la cale du Perguet (du nom de la paroisse de Perguet, ancien nom de l'actuelle commune de Bénodet) et celle de Sainte-Marine, qu'ils afferment tous les six ans au plus offrantPhilippe Rivière, "Le Pont de Cornouaille", http://www.clohars-fouesnant.fr/uploads/pdf/bulletins-municipaux/Bulletin-Municipal-Octobre-2012.pdf.
Le Du petit port de pêche à la station balnéaire En 1792 Lesconil et Guilvinec n'avaient qu'une chaloupe, Sainte-Marine 3, Treffiagat et Kérity 4 chacun, L'Île-Tudy 8, Concarneau 250 et Douarnenez 275 environSerge Duigou, Jean-Michel Le Boulanger, Histoire du Pays bigouden, Plomelin, Palantines, 2002.
Au , Sainte-Marine n'est plus qu'un très modeste port de pêche, peuplé en 1856 de seulement 16 habitants, qui connaît toutefois un regain d'activité à partir du milieu du siècle avec la pêche autour des Glénan du homard, dont des caboteurs anglais viennent périodiquement prendre livraison. Du coup, le hameau connaît un essor démographique : 147 habitants sont dénombrés lors du recensement de 1876. L'essor de Sainte-Marine a toutefois longtemps été freiné par Armand de Coëtnempren, le châtelain du Cosquer, qui possédait la quasi-totalité des terres et du patrimoine bâti, jusqu'à sa mort en 1871. De nombreux naufrages endeuillent Sainte-Marine, par exemple celui du Marie en (trois marins noyés) ou encore celui d'un autre Marie, de retour des Glénan, le relaté par le Journal des débats politiques et littéraires du , qui fit six noyés dont les noms sont indiqués (le patron Alain Biger, Cosquéric, Le Garrec, Herviel, Castric et le mousse Jean-Marie RonarchJournal des débats politiques et littéraires n° du 14 décembre 1875, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k459567r/f2.image.r=Sainte-Marine.langFR.
Dès la deuxième moitié du , de même qu'à Bénodet sur l'autre rive de l'Odet, de grandes villas sont édifiées, pieds dans l'eau, le long de l'estuaire, à Sainte-Marine ; l'une des premières, dénommée "Malakoff", est construite par Eugène de ToulgoëtEugène François Le Goazre de Toulgoët, né le à Gouesnach, fils de Augustin Joseph Marie Gooazre de Toulgoët, propriétaire à Gouesnach et de Duhaffont Thérèse Jeanne Françoise, marié le à Roscoff avec Aglaé Adèle Mallebay, fille d'un négociant de Roscoff, fut armateur à Lesconil ; il posséda une vingtaine de bateaux et se lança dans la pisciculture. Il est le frère d'Auguste de Toulgoët. en 1855. Dans le même temps, l'arrivée du chemin de fer en Cornouaille favorise le développement du tourisme dans le petit port bigouden. Ainsi, Émile Zola passa-t-il deux mois de villégiature à Saint-Marine au cours de l'été 1883. De la villa de Kerbirinik qu'il louait pour l'occasion, il écrivait : « Notre isolement est absolu, il faut aller chercher les provisions et la correspondance en barque, comme si nous étions dans une île »Serge Duigou, L'Odet, plus belle rivière de France, éditions Palantines, 2010 [], , 108 et 109.. Cette villa de Kerbirinik, surnommée "le château rose", fut à la fin du et au début du la propriété de Georges de Vuillefroy de SillyGeorges de Vuillefroy de Silly, né le à Quimper, décédé le à Quimper, artiste-peintre, élève de son cousin Félix de Vuillefroy-Cassini, membre de la Société des artistes français et yatchman réputé (il avait un yacht de 20 mètres de long, le Fougou), ami de Jacques de Thézac.
En 1871, Théodore Gudin, peintre de la Marine, qui est propriétaire des marais de Kermor (300 hectares), entre Sainte-Marine et l'Île-Tudy, qui ont été transformés en polder en 1853 confie à Eugène de Toulgoët, un armateur de Loctudy, la direction de la « Société des pêcheries de Kermor » qui se lance dans la pisciculture (élevage de turbots, bars et autres poissons de luxe) dans des bassins créés en arrière de la digue, mais l'expérience tourne court.
Les bacs permettant la traversée de l'Odet