Les dynasties du Sud et du Nord (南北朝 ; pinyin : Nánběicháo), en Chine, ont succédé durant la première moitié du aux Seize Royaumes du Nord (317-439) et à la dynastie Jin du Sud (317-420) pour prendre fin en 589, avec la réunification par la dynastie Sui leur succédant. Durant cette période de quasiment deux siècles, les dynasties du Sud et du Nord sont constituées de neuf dynasties principales, cinq au Nord et quatre au Sud.

Comme l'indique son nom, la période des dynasties du Sud et du Nord est marquée par la division de la Chine entre plusieurs dynasties, formant deux ensembles séparés par une frontière fluctuante, généralement située au Nord du Yangzi. Les dynasties dominant le Nord sont, dans la lignée des Seize Royaumes auxquels elles ont succédé, d'origine non chinoise : les Wei du Nord (386-534), puis leurs successeurs Wei de l'Est (534-550), Wei de l'Ouest (535-556), Qi du Nord (550-577) et Zhou du Nord (557-581). Elles sont dominées par une élite souvent d'origine Xianbei qui s'est cependant largement fondue dans les traditions culturelles chinoises, non sans résistances. Leur font face les dynasties du Sud : Song du Sud (420-479), Qi du Sud (479-502), Liang (502-557) et Chen (557-589). Elles sont dirigées par des Chinois descendant des familles ayant fui le Nord depuis qu'il est passé sous la coupe des peuples non chinois au , et qui se voient comme le conservatoire des traditions chinoises. Sous leur égide, le Sud connaît un développement démographique et économique très marqué.

En dépit de leur opposition politique et culturelle, le Nord et le Sud connaissent des évolutions similaires durant cette période : ouverture accrue vers l'extérieur, adoption du bouddhisme comme religion principale aussi bien chez les élites que dans la population, importance du fait militaire et instabilité dynastique, etc. Au-delà de son image de période troublée et instable, la période des dynasties du Sud et du Nord et plus largement celle des « Six dynasties » (220-581) dans laquelle elle s'insère, formant un « haut Moyen Âge » chinois (d'environ 200 à 600, entre la fin des Han et le début des Sui), est très créatrice dans les domaines politique, militaire, religieux, artistique et littéraire.

thumb|upright=2.0|Statues monumentales du Bouddha et d'un bodhisattva, sanctuaire de Yungang (Shanxi), fin du .

Histoire politique et militaire

+La période des Six dynasties / Haut Moyen-Âge chinois « Trois Royaumes » 220-280 : 60 ans Chine du Nord : Wei à Luoyang Chine du Sud-Ouest: Shu, Chine du Sud-Est : Wu brève unification : Jin occidentaux à Luoyang 265-316 : 51 ans nouvelles fragmentations au Nord : « Seize Royaumes » : 304-439 : 135 ans au Sud : Jin orientaux 317-420 : 103 ans « Dynasties du Nord » « Dynasties du Sud »Wei du Nord 386-534 : 148 ans Song du Sud 420-479 : 59 ans Wei de l'Est 534-550 : 16 ans Qi du Sud 479-502 : 23 ansWei de l'Ouest 535-556 : 21 ans Liang 502-557 : 55 ansQi du Nord 550-577 : 27 ans Liang postérieurs, ou Liang du Sud 555-587 : 32 ansZhou du Nord 557-581 : 24 ans Chen 557-589 : 32 ans

La période des dynasties du Sud et du Nord est l'héritière d'une longue ère de conflits et de divisions qui s'est mise en place lors de la chute de la dynastie Han dans les années 180-220, et se caractérise après 316 par une division entre un nord dominé par des dynasties d'origine non-chinoise (les Seize Royaumes) et au sud des dynasties d'origine chinoise (Han ; les premiers étant les Jin orientaux). Loin d'être une simple parenthèse dans l'histoire d'une Chine qui serait vouée à connaître l'unité comme le veut l'idéal impérial chinois, cette période d'éclatement a au contraire fortement façonné ce pays, apportant des évolutions déterminantes pour la suite, en grande partie liées à ce contexte de fragmentation politique. Les dernières décennies du furent marquées par l'affaiblissement des deux plus puissantes dynasties, celle des Qin antérieurs au Nord et celle des Jin orientaux au Sud. Les rois de la première furent incapables d'empêcher l'émergence d'autres royaumes qui rapidement se débarrassèrent d'eux, maintenant le Nord dans une situation de fragmentation politique, jusqu'à l'émergence des Wei du Nord qui parvinrent à unifier le Nord chinois dans la première moitié du . La dynastie Jin, tombée aux mains de ses généraux, sombra face aux rivalités opposant ceux-ci, qui s'achevèrent en 420 par sa destitution et la fondation de la dynastie des Song du Sud. La séparation entre Nord et Sud devait donc perdurer durant la majeure partie des deux siècles suivants, marquée par la succession de plusieurs dynasties instables, chacune renversées par des chefs de guerre. C'est finalement un général du Nord, Yang Jian, qui parvint dans les années 580 à unifier la Chine, fondant la dynastie Sui (581-618), qui posa les bases de la plus durable dynastie Tang (618-907).

L'histoire politique et militaire de cette période est essentiellement connue par les histoires dynastiques rédigées par des historiens de l'époque médiévale, vivant souvent sous la dynastie qui a suivi celle qu'ils décrivent. Le Livre des Wei (du Nord) (Wei Shu) fut ainsi rédigé par le lettré Wei Shou (506-572) vivant sous les Qi du Nord. Souvent incomplètes parce que plusieurs de leurs chapitres ont été perdus durant l'époque médiévale, les manques sont comblés par l'Histoire des dynasties du Nord (Bei Shi) couvrant les multiples dynasties septentrionales de la période et lHistoire des dynasties du Sud (Nan Shi) consacrée aux dynasties méridionales compilées par l'historien Li Yanshou vivant aux débuts de la dynastie Tang. Le Zizhi Tongjian de Sima Guang (1019-1086) est aussi une source importante. Ces textes sont en général fiables pour la description de l'histoire de la période, mais contiennent souvent des jugements sur les personnages et faits exposés par leurs auteurs, des lettrés qui ont tendance à avoir une piètre opinion des militaires, tandis que leurs propres sources ont pu elles-mêmes contenir des erreurs.

La chute des Jin orientaux (v. 400-420) thumb|Les royaumes se partageant la Chine du Nord en 409, avant les campagnes de Liu Yu et les conquêtes de Tuoba Gui.

C'est dans un contexte instable que des changements dynastiques et militaires plus importants s'accomplirent dans la première moitié du , marquant le début de la période dite des « dynasties du Sud et du Nord ».

Au Sud, les premières décennies du siècle furent marquées par une plus grande instabilité dans le royaume des Jin orientaux. Les grandes familles, comme les Xie d'où étaient issus les généraux vainqueurs des Qin antérieurs, ou les Huan qui comptaient parmi les partisans acharnés d'une reconquête du Nord, disposaient d'une autorité menaçant la famille impériale, toujours issue du clan Sima. Plusieurs révoltes nobiliaires éclatèrent, ainsi que des rébellions aux origines plus populaires (surtout celle de Sun En sur les côtes du Zhejiang 399-402). En 402, le chef d'un des plus puissants lignages aristocratiques du Sud, Huan Xuan, fils du grand général et ministre Huan Wen qui avait dirigé de facto le royaume quelques décennies auparavant, renversa finalement l'empereur Jin dans l'espoir de fonder sa propre dynastie. Mais il fit face à la résistance des généraux de la frontière septentrionale de l'empire, formés à la lutte contre les royaumes du Nord (et pour beaucoup paradoxalement installés par son père), qui se rangèrent autour du plus capable d'entre eux, Liu Yu, d'extraction basse mais auréolé de nombreuses victoires contre les royaumes barbares. Huan Xuan fut vaincu, et ce qu'il resta de la cour des Jin passa sous la coupe de Liu Yu ; .

Celui-ci ne prit pas immédiatement le titre impérial malgré son succès, préférant se consacrer à des expéditions militaires, ce qu'il fit avec succès : il conquit le Sichuan, où s'était formé un royaume autonome, puis se tourna vers le Nord où il défit les Qin postérieurs et s'empara des deux anciennes capitales des Han, Luoyang et Chang'an, en 416 et 417. C'est alors qu'il choisit de retourner à Jiankang pour se faire proclamer empereur, fondant en 420 la dynastie des Song méridionaux. Les capitales du Nord étaient alors déjà perdues. Désormais l'aristocratie du Sud était profondément ancrée dans les pays méridionaux, et ne cherchait plus autant qu'auparavant à reconquérir le Nord.

L'affirmation des Wei du Nord (v. 420-500) thumb|Extension des royaumes des Wei du Nord et des Song du Sud vers 450.

Au Nord, cela laissa la place à l'affirmation d'un groupe issu des populations nomades Xianbei, les Tuoba (forme sinisée du terme turc Tabghatch). Leurs chefs avaient fondé à la suite de la défaite des Qin antérieurs une petite principauté au nord du Shanxi, la « dynastie des Wei du Nord », autour de leur capitale établie à Pingcheng (aujourd'hui Datong). Ils avaient eu de bonnes relations avec les Jin, qui soutenaient leurs offensives contre les royaumes de la plaine du fleuve Jaune qui se trouvaient entre eux deux. C'est sous le règne de Tuoba Tao (423-451), après les grandes campagnes de Liu Yu, qu'ils remportèrent des succès décisifs face à leurs rivaux affaiblis. Dans les années 430, les troupes des Wei du Nord firent tomber les autres grandes royaumes du Nord : les Xia en 431, les Yan septentrionaux en 436 puis les Liang septentrionaux en 439 ; .

Tuoba Tao chercha alors à pousser en direction de la dernière grande puissance qui se dressait face à lui, la dynastie des Song du Sud, qui n'avait guère fait preuve d'esprit conquérant depuis la mort de son fondateur Liu Yu en 422. Le second empereur des Song du Sud, Shaodi, fils de Liu Yu, avait vite été éliminé par une révolte nobiliaire intronisant son frère Wendi, qui s'empressa de se débarrasser de ceux qui l'avaient fait monter sur son trône. La majeure partie de son règne (424-453) se passe dans la paix, créant les conditions d'une prospérité pour les régions du Sud. Cela fut rompu en 450 par l'invasion initiée par Tuoba Tao, qui dévasta la région de la vallée de la Huai, repoussant la frontière entre les deux royaumes plus au sud. Si les Wei du Nord ne furent pas en mesure de conquérir le Sud, leur expédition plongea la dynastie méridionale dans des troubles qui allaient précipiter sa perte : Wendi fut assassiné par son fils en 453, puis les règnes suivants furent ensanglantés par de nombreux meurtres décimant le clan impérial, finalement destitué par le général Xiao Daosheng qui fonda la nouvelle dynastie des Qi (méridionaux) en 479 ; . Comme Liu Yi avant lui, il était originaire de la région de la Huai et issu d'un milieu modeste, ayant conquis le pouvoir grâce à ses succès militaires. La dynastie qu'il installa, les Qi méridionaux (479-502), connut comme celle qu'elle avait supplanté des troubles successoraux, et ceux dès après la mort du second empereur, Wudi. Ce fut un neveu de Xiao Daosheng, Xiao Luan (empereur Mingdi) qui triompha après avoir éliminé une grande partie de son clan. Son fils et successeur Xiao Baojuan fut tout aussi meurtrier, avant d'être à son tour menacé par son frère Xiao Baorong.

Les Wei du Nord connurent leur apogée sous la régence de l'impératrice douairière Feng et le règne personnel de Xiaowendi (471-499), qui menèrent une politique active de réformes et de centralisation. Dans les années 490, l'empereur régnant désormais seul accentua la sinisation des institutions de son royaume, visant à en faire un État pleinement chinois, dégagé de la majeure partie de son héritage xianbei : adoption de noms et de vêtements chinois par les aristocrates xianbei, réforme agraire, etc. Cela culmina en 494 avec le déplacement de sa capitale dans la plaine Centrale à Luoyang, là où plusieurs dynasties chinoises, dont les Han postérieurs, avaient régné par le passé.

Troubles dynastiques et divisions (v. 500-550)