Alexis Piron, né le à Dijon et mort le à Paris, est un poète, chansonnier, goguettier et dramaturge français.

Biographie Alexis a surtout été marqué par son père, Aimé Piron, maître apothicaire de son état, ami et rival de La Monnoye en matière de noëls bourguignons. Alexis Piron a longtemps hésité sur le choix d’une profession. Après une formation au collège de Jésuites des Godrans à Dijon et des études de droit à Besançon, il est employé brièvement chez le financier Pierre Durey d'Harnoncourt, puis essaie, mais sans succès, le barreau de sa ville natale.

Vers l’âge de vingt ans, Piron, dit Binbin, compose son Ode à Priape, dont l’immoralité, qui a été fameuse, annonçait un vrai talent. Priape est un dieu de la mythologie grecque dont l'énorme pénis est toujours en érection et l'ode de Piron n’a pu que scandaliser les mœurs de l’époque. Cette Ode devait le poursuivre toute sa vie durant : elle a été pour lui à la fois un titre d’une gloire quelque peu sulfureuse, en même temps qu’un boulet qu’il a dû traîner et qui a fini par lui fermer les portes de l'Académie française, en dépit de Fontenelle qui disait : Dès que l’ouvrage a commencé à circuler, Piron a été menacé de poursuites dans sa ville natale de Dijon. Le président Bouhier les a arrêtées en invitant l’auteur à désavouer sa pièce, et en ajoutant : Le marquis de Sade en a fait une parodie, dans son Histoire de Juliette..

Piron reste en Bourgogne jusque vers 1719, criblant d’épigrammes les habitants de Dijon et, surtout, ceux de sa rivale, Beaune. Les innombrables mots de Piron contre les Beaunois, qu’il baptisait les , sont souvent féroces. Il a commis de nombreuses variations sur ce thème. Ainsi, un jour, il coupait des chardons dans la campagne en disant à qui voulait l’entendre : ; une autre fois, au théâtre de Beaune, alors qu’un spectateur se plaignait de ne rien entendre, il s’est exclamé :

Vers trente ans, il monte à Paris. Pour subsister, il entre comme copiste chez le chevalier de Belle-Isle, petit-fils du surintendant Fouquet, qui le paie irrégulièrement. Ayant rencontré Voltaire, chez Charlotte Madeleine de Carvoisin d'Achy, marquise de Mimeure, il se brouille aussitôt avec lui, et se lie avec la lectrice de la marquise, Quenaudon, dite de Bar, qu’il épousera en 1741. vignette|gauche|Buste d'Alexis Piron par Jean-Jacques Caffieri. Dijon, Musée des beaux-arts. Il commence à percer en écrivant des opéras-comiques. La Comédie-Française avait obtenu de faire appliquer dans toute sa rigueur un arrêt du Conseil de 1718 qui limitait les spectacles de la foire à un seul rôle parlé et, par conséquent, à un monologue. Cette législation absurde menaçant de condamner à la ruine l'Opéra-Comique, le directeur, Francisque, se désespérait de trouver un auteur capable d’écrire un bon monologue. Piron, qui vivait alors dans la misère, accepte de relever le défi pour 100 écus. Au jour dit pour la livraison de la pièce, il dit à Francisque : . Cette remarque ne manquait pas d’élégance de la part d’un écrivain famélique, mais le succès de la pièce, Arlequin Deucalion (1722), en trois actes, a été énorme : Piron y a imaginé un Arlequin seul rescapé du Déluge et qui, tout naturellement, soliloque. Dès lors, Piron a produit, seul ou en collaboration avec Alain-René Lesage, vingt-et-une pièces foraines, souvent des parodies de tragédies ou de grands opéras, jusqu’en 1732, et connu la célébrité, quoique dans un genre mineur et ne rapportant que peu d’argent.

Piron survit grâce à l’aide de quelques protecteurs, Claudine de Tencin notamment, et surtout le marquis de Livry, premier maître d’hôtel du Roi, maréchal de camp puis lieutenant-général, qui lui fait une pension de mille livres et met un appartement à sa disposition dans son château du Raincy, où il écrira La Métromanie. Il assistait aux séances du régiment de la Calotte, qui se réunissait à Livry, et appartenait à la société du Caveau, qu'il a créé avec ses amis Gallet, Collé et Panard., où on retrouve Sallé, Fuzelier, Saurin père, Saurin fils, Duclos, La Bruère, Bernard, Moncrif et quelques autres fidèles.. vignette|Illustration de Cochin pour l’École des pères (1728). Grâce à l’appui de son compatriote Crébillon, selon certaines sources (mais cela semble improbable car, à cette date, il vivait absolument retiré du monde), ou grâce à celui de Quinault cadette, selon Piron lui-même, il put faire jouer à la Comédie-Française, en 1728, une comédie en cinq actes et en vers qui fut mal accueillie sous le titre Les Fils ingrats et eut, bizarrement, du succès sous celui de l’École des pères. Il se tourna ensuite vers la tragédie avec l’espoir vain de rivaliser avec Voltaire et donna des pièces médiocres : Callisthène (1730) triompha à la Cour mais tomba à la ville ; en revanche, Gustave Wasa obtint un grand succès à la Comédie-Française (1733) ; elle est suivie, en 1744, par Fernand Cortez, que Piron avait lu aux comédiens deux ans plus tôt et dû à leur prière, remanier complètement, et dont le succès a été médiocre, avec sept représentations. Peu s'en est fallu que la pièce, très mal jouée, ne tombe à plat. Ces deux dernières pièces annoncent les tentatives du de renouveler le cadre de la tragédie classique, sans pour autant y introduire véritablement d’éléments de pittoresque.

En 1738, il donne la pièce qui reste comme son chef-d’œuvre, La Métromanie, comédie en cinq actes et en vers sur l'entêtement de rimer, dont Grimm a dit qu’elle vivrait aussi longtemps qu’il y aura un théâtre et du goût en France. Piron a eu beaucoup de mal à la faire recevoir cette pièce écrite en 1736 par les Comédiens-Français, parce qu’elle attaquait Voltaire, rival juré de Piron, mais également Élie Fréron et l’abbé Desfontaines. Il a fallu rien moins que l’intervention de Maurepas, pour la faire « jouer d'autorité ». Elle réussit brillamment, avec vingt-trois représentations à la ville et une à la Cour, mais ne sera reprise que dix ans plus tard.

En 1753, à son élection à l'Académie française, des adversaires ont exhumé la fameuse Ode à Priape, ce qui a entrainé le refus de Louis XV de ratifier l’élection. En guise de dédommagement, les partisans de Piron lui ont obtenu une pension de Madame de Pompadour égale au traitement d’académicien.

Il a été élu membre honoraire de l'Académie de Dijon en 1762.

Sa femme, qu’il avait épousée en 1741, sombrant progressivement dans la folie, il la soigne avec dévouement. Sur ses vieux jours, il devient un peu misanthrope, mais garde quelques amis fidèles. Jean-Jacques Rousseau lui a rendu visite, amené par Dusaulx, pour ses quatre-vingts ans et il le reçut en entonnant d’une voix puissante le Nunc dimittis, ce qui a fait dire à Rousseau en se retirant : Mort dans la gêne, il a été inhumé dans l'église Saint-Roch à Paris.

Œuvres Le talent de Piron s’est avant tout épanoui dans l’épigramme. Il éblouit ses contemporains par ses traits d’esprit et ses reparties. L'abbé de Voisenon le décrivit comme une . Grimm, qui disait de lui qu’il était , ajoutait toutefois . Il tenait beaucoup à sa réputation de bonhomie, prétendant qu’il ne pouvait pas plus se retenir de faire une épigramme que d’éternuer, mais . Il n’était cependant pas dépourvu de mordacité et Duclos, le cardinal de Bernis, Moncrif, l'abbé Desfontaines, Élie Fréron et Voltaire eurent tour à tour matière à le prendre .

Il s’est particulièrement acharné contre Fréron, composant contre lui une suite de trente-quatre épigrammes sous le titre de La Fréronnade.. Il a également promis, pour une fois d’accord avec Voltaire, à l’abbé Desfontaines de lui envoyer une épigramme à son sujet par jour et tint parole, tous les matins, pour son déjeuner, pendant cinquante jours de suite. Desfontaines étant tombé malade au bout de quinze jours et de quinze épigrammes, Piron s’est contenté de faire tous les matins son épigramme, mais sans l’envoyer. Desfontaines étant mort au vingt-cinquième jour, Piron a arrêté ses épigrammes, au nombre de vingt-cinq..

À la suite de son éviction de l’Académie française (fauteuil finalement échu à Buffon face à d'Alembert), son dernier trait d’esprit a été sa propre épitaphe :

Jugements

Théâtre .

Comédie-Française L’École des pères ou les Fils ingrats, comédie en 5 actes et en vers, 1728. Callisthène, tragédie (1730) Gustave Wasa, tragédie (1733) L'Amant mystérieux, comédie en 3 actes et en vers, 1734. Les Courses de Tempé, pastorale en un acte, musique de Jean-Philippe Rameau, 1734. La Métromanie, comédie en 5 actes et en vers, . Fernand Cortez ou Montezume, tragédie, 1744. Comédie Italienne Les Enfants de la joie, comédie en un acte, . Foires Saint-Germain et Saint-Laurent. Arlequin Deucalion, monologue en trois actes, . L’Endriague, opéra comique en trois actes, musique de Jean-Philippe Rameau, . La Rose, ou les Fêtes de l’hymen, opéra-comique en 1 acte, en prose, 1752,

Poésie Ode à Priape, 1710. Voyage de Piron à Beaune, 1717. Poésies diverses, William Jackson, Londres, 1787. Les Épîtres. Odes, contes et poésies diverses. Épigrammes. Liste de poèmes satiriques écrits par Alexis Piron.

Iconographie Portrait par Nicolas-Bernard Lépicié, gravé par Noël Le Mire en 1773. Buste par Jean-Jacques Caffieri. Dijon, Musée des beaux-arts.

Notes et références

Bibliographie .

Liens externes

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