Jean-Pierre Rothé, né le à Nancy et mort le à MontpellierRelevé des fichiers de l'Insee, est un géophysicien et sismologue français, professeur d'université et ancien directeur de l'institut de physique du globe de Strasbourg.

Directeur pendant plus de trente ans du Bureau central international de séismologieRothé disait et écrivait « séismicité », « séismique », « séismologie » et « séismologique ». Dans les titres d'articles ou d'ouvrages qu'il a écrits, ou dans les noms d'organismes ou d'associations qu'il a présidés, on a conservé ce « é » maintenant obsolète en français, et d’ailleurs condamné par Émile Littré dès la fin du . (B.C.I.S.) et du Bureau central séismologique français (B.C.S.F.), il est l'un des pionniers des études macrosismiques en France (analyse des effets des séismes destructeurs). Il est en particulier l'un des premiers sismologues à avoir insisté pour que le risque sismique soit pris en compte par les architectes et les administrations dans les grands ouvrages et la construction publique.

Biographie Origines et formation Né à Nancy le , Jean PierreSur son acte de naissance, les deux prénoms ne sont pas reliés par un trait d'union ; ils le sont sur sa tombe. Certaines de ses publications sont signées « » (par exemple son chapitre sur les effets des tremblements de terre dans l'« Encyclopédie de La Pléiade », en 1971). Dans l'Annuaire de l'institut de physique du globe 1934, Jean-Pierre Rothé signe sa contribution « », alors même que son père, dans l'introduction, l'appelle « ». On a homogénéisé le prénom à « Jean-Pierre » dans tout l'article, même s’il est très probable qu’on l’appelait « Jean » en famille. Edmond Rothé est le fils d'Edmond Rothé (1873-1942) et de Marguerite Tilly (1880-1970)Archives municipales de Nancy, registre des naissances 28 octobre - 31 décembre 1906, , , (consulter en ligne).. Sa famille paternelle, protestante et originaire d'Alsace-Lorraine (régions de Bitche et de Strasbourg), a choisi la France en 1871 ; mais elle a probablement de très anciennes racines en Souabe, le « é » final du nom résultant d'une francisation de « Roth » ou de « Rothe »Site Edmond Rothé (1873-1942) (« le Rouge », ou « le Roux »). En 1906, Edmond Rothé est maître de conférences en physique à la faculté des sciences de NancyEdmond Rothé deviendra professeur en 1909, et sera doyen de la faculté des sciences de Strasbourg entre 1929 et 1935. Voir Site Edmond Rothé (1873-1942). Marguerite Tilly, qui descend d'une famille de graveurs sur bois originaire de Toul, a aussi des attaches à Saint-Dié du côté maternel.

Aîné de 3 enfants — son frère Daniel naît quatorze mois plus tard, et sa sœur Violette en 1912Archives municipales de Nancy, tables décennales de l'état civil 1903-1912 : Poirot (Louis) - Zufrieden (Isaac), , (consulter en ligne).Daniel (1908-1985) deviendra ingénieur divisionnaire des mines ; Violette (1912-2000) épousera Jean Bretey (1903-1989), chef de service à l'Institut Pasteur et membre de l'Académie de médecine. —, le jeune Jean-Pierre commence tout juste ses études dans les « petites classes » du lycée Henri-Poincaré de Nancy lorsqu’en 1915 la ville est bombardée par l'armée allemande. La famille Rothé se réfugie à Paris, où Jean-Pierre fréquente brillamment le lycée Henri-IV. En 1919, son père — qui s'est pendant la guerre spécialisé en météorologie et en aérologie — obtient un poste de professeur à l'université de Strasbourg, où il prend en charge le service météorologique et la station sismologique, deux héritages de l'Empire allemand, qu'il regroupe pour fonder la même année l'institut de physique du globe de Strasbourg. Jean-Pierre suit le mouvement et termine ses études secondaires au lycée Fustel-de-Coulanges.

Avec Charcot au Groenland vignette|upright=2|Vue panoramique du détroit de Scoresby (en 2007).

Après des études de physique à Strasbourg, il devient en 1928 assistant à la faculté des sciences de cette même ville. Son père ayant pris la direction du nouvel institut de physique du globe, c'est vers la géophysique, et plus particulièrement le géomagnétisme, que Jean-Pierre Rothé se tourne naturellement. Quatre ans plus tard, lors de la seconde Année polaire internationale (1932-1933), il est retenu pour participer à une expédition française au détroit de Scoresby, sur la côte orientale du GroenlandLe choix de cet endroit isolé résultait d'une proposition du Danemark qui y avait implanté une nouvelle colonie sept ans auparavant. Le site était également bien connu du commandant Charcot..

Il embarque à bord du Pourquoi-Pas ? avec le commandant Charcot. Sous la responsabilité du lieutenant de vaisseau Yann Harbert, Rothé fait partie d'une équipe de quinze hommes qui hivernent entre et dans une base scientifique — baptisée « Ker Doumer.Le nom de « Ker Doumer » avait été donné en hommage au président Doumer, assassiné deux mois plus tôt, qui était l'un des meilleurs amis de Charcot. » — implantée à Scoresbysund. Il y enregistre le champ magnétique terrestre, étudie les courants telluriques et entreprend des études géologiques. Parmi ses coéquipiers se trouvent Alexandre Dauvillier, qui étudie les aurores boréales, le champ électrique et l'ionisation de l'air ; Paul Tcherniakowsky (le frère du futur réalisateur Pierre Tchernia), biologiste et océanographe ; ou encore le lieutenant de vaisseau Max Douguet, futur amiral, chargé des mesures radioélectriquesDans une série de trois articles parus les 28, 29 et 30 août 1933 dans L'Ouest-Éclair, Alain Bidard de la Noë décrit les enjeux scientifiques et la vie quotidienne à Scoresbysund : « L’Année polaire 1932-1933 : après un séjour d’un an au Groënland, les membres de la mission scientifique française sont arrivés hier à Brest à bord du Pollux » (lire en ligne) ; « L’Année polaire 1932-1933 : au cours de leur séjour au Scoresby-Sund, les membres de la mission française ont procédé à des travaux scientifiques du plus haut intérêt » (lire en ligne) ; « L’Année polaire 1932-1933 : la vie au Scoresby » (lire en ligne). Le dernier article aborde les relations entre la mission et les « Esquimaux », et note que, sur le plan gastronomique, Rothé appréciait tout particulièrement « la peau de narval [...] crue avec de la confiture ».. La base étant située par 70°30’ de latitude nord, il s'agit là du premier hivernage scientifique français au-delà du cercle polaire arctique.

De retour du Groenland, Rothé soutient à Paris en 1937 une thèse de doctorat ès sciences intitulée Contribution à l'étude des anomalies du champ magnétique terrestre. Il y analyse et interprète certaines anomalies magnétiques créées par des gisements de roches éruptives ou des accidents géologiques en terrain sédimentaire, et étudie la mystérieuse anomalie magnétique du bassin de Paris, la plus importante de FranceL'origine de cette anomalie, due à des roches magnétiques situées à plus de de profondeur, reste inconnue.. Son second sujet de thèseJusqu'en 1968, les thèses comportaient deux sujets distincts, cette particularité provenant des premiers temps d'existence du diplôme, où deux thèses étaient requises, l'une en latin, l'autre en français. concerne la structure géologique et la morphologie du Groenland près du détroit de Scoresby.

Réfugié et maquisard

Mais la Seconde Guerre mondiale vient bousculer les projets du jeune docteur. L'institut de physique du globe de Strasbourg se replie en 1939 sur Clermont-Ferrand. ; Edmond Rothé meurt prématurément en 1942 ; Jean-Pierre Rothé, à la demande du Comité national français de géodésie et géophysique, devient secrétaire général de l'Association internationale de séismologie et directeur du Bureau central international de séismologie (B.C.I.S.), deux positions occupées par son père. La même année, Rothé épouse à Lézan Marguerite Méjan (1914-1997), issue d'une famille protestante du GardMarguerite Méjan est la fille de Louis Méjan (1874-1955), haut fonctionnaire et homme politique gardois, l'un des principaux artisans de la loi de séparation des Églises et de l'État. Du côté de sa mère, née Lucie Jauréguiberry, l'un de ses bisaïeuls est Louis-Edmond Claris (1825-1914), un héros de la bataille de Malakoff doublé d'un homme politique ; son autre bisaïeul est Jean Bernard Jauréguiberry (1815-1887), fils de corsaire, vice-amiral et par deux fois ministre de la Marine et des Colonies..

En 1944, il s'engage dans le maquis de Haute-Lozère, puis dans la brigade du Languedoc comme officier de transmission. Il participe aux combats du mont Mouchet et de Chaudes-Aigues.

Strasbourg, la sismologie globale et les critiques

À la Libération, Rothé est nommé professeur à la faculté des sciences de Strasbourg et directeur de l'institut de physique du globe, une responsabilité qu'il conservera jusqu'en 1968. Initialement spécialisé en géomagnétisme et en géoélectricité, il suit les traces de son père et se consacre désormais essentiellement à la sismologie. Avec Robert Stoneley, qui en est le président, il réorganise en 1951 l'Association internationale de séismologie, qui est rebaptisée Association internationale de séismologie et de physique de l'intérieur de la Terre (AISPIT, ou IASPEI en anglais). Il en devient le secrétaire général.

En 1921 avait été également créé à Strasbourg le Bureau central séismologique français (B.C.S.F.), qui avait repris en charge les enquêtes macrosismiquesEnquêtes lancées dans la population des communes voisines de l’épicentre d'un séisme ressenti, afin de déterminer l’intensité en chaque lieu. menées dès 1908 par le service sismologique du Bureau central de météorologie de Paris.. Avec le B.C.S.F. sous sa coupe à partir de 1945, Rothé devient l’interlocuteur incontournable pour tout ce qui touche à la sismicité de la France. Après avoir contribué indirectement aux premiers essais atomiques français au SaharaRothé est d'abord sollicité dès 1953 par le Commissariat à l'énergie atomique pour prospecter intensivement le massif vosgien à la recherche de minerai d'uranium pouvant être utilisé pour confectionner une bombe , puis par Yves Rocard pour participer à l'enregistrement des explosions à partir de 1962 ., il conseille Électricité de France lors de la construction des premières centrales nucléaires. Par ses fonctions à l’AISPIT et au B.C.I.S., il est le pair des plus grands sismologues mondiaux. Et, quand l’UNESCO cherche à compléter dans les années soixante le travail sur la sismicité mondiale publié en 1954 par Beno Gutenberg et Charles Francis Richter.L’UNESCO cherchait un successeur à Gutenberg, mort en 1960., c’est Rothé qui se voit sollicité.

À partir de 1968, la statue du commandeur se fendille. Certains reprochent à Rothé son « hégémonie » ; d'autres sa méthodologie parfois opaque en ce qui concerne son évaluation des intensités maximales probables. On le stigmatise pour sa mainmise sur les archives de sismicité historique, et aussi pour le fait que certains séismes destructeurs de la fin du se soient produits dans des zones qu'il considérait comme « asismiquesC'est-à-dire sans séismes. » (cas du séisme de Corrençon-en-Vercors, en 1962, d'intensité maximale VII-VIII), ou pour lesquelles il n'avait prévu qu'une intensité VI (séisme d'Oléron, en 1972, Imax=VII). Pourtant, dès 1967, Rothé lui-même faisait preuve de prudence en ce domaine : il citait notamment le cas du sismologue Montessus de Ballore qui classa la Provence comme asismique en 1906, avant que ne survînt trois ans plus tard le séisme de Lambesc (Imax=IX-X).

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