Le lycée Thiers est un établissement d'enseignement secondaire et supérieur public français, situé au 5, place du Lycée, dans le arrondissement de Marseille, en plein cœur du quartier Thiers, non loin du Vieux-Port. Il regroupe un collège, un lycée et de nombreuses classes préparatoires aux grandes écoles.

C'est le plus ancien lycée de Marseille, créé en 1802 comme lycée impérial, dans les locaux du couvent des Bernardines édifié en 1746. Une partie du bâtiment, créée avant la Révolution française, est classée monument historique. Il est aujourd'hui l'établissement public qui obtient les meilleurs résultats de l'académie d'Aix-Marseille au brevet, baccalauréat et aux concours d'admission aux grandes écoles. Il est connu pour son éthique de travail fondée sur le proverbe de Pierre Puget , et pour avoir formé de nombreux journalistes, hommes politiques, hommes de lettres et scientifiques français.

Histoire Le lycée de Marseille au Le lycée Impérial de Marseille Le couvent des Bernardines est édifié en 1746 à Marseille. Devenu propriété nationale à la Révolution française, puis siège de l'administration départementale, il est reconverti en Musée des Arts. Ce musée est un précurseur du lycée. Alors que la Convention nationale crée une école dans le sud de la France par le décret du relatif à l'organisation des écoles centrales, ce nouveau grand établissement scolaire peine à se lancer et met trois ans à ouvrir. Percevant une opportunité pour implanter un établissement scolaire à Marseille, l'administration du Musée des Arts décide d'ouvrir des enseignements au public dès 1796 dans leur musée, créant une « École du Musée »Maurice Gontard, Histoire des lycées de Marseille, Aix-en-Provence, 1982..

Sous le Premier Empire, la politique éducative de vise à former une nouvelle élite qui remplace celle de l'Ancien Régime. La loi du XI floréal an X () acte la création de quarante-cinq lycées dans toute la France. Le troisième lycée créé en France est le Lycée de Marseille, par le décret du 24 vendémiaire an XI (). Le choix de Marseille pour l'établissement du lycée est notamment le fait du conseiller d'État chargé de la Direction et de la surveillance de l’Instruction publique, qui, dans un rapport de 1802, écrit que .

Le lycée Impérial de Marseille ouvre le 1 nivôse an XI () aux cents premiers élèves. L'école du Musée est par conséquent dissoute et remplacée. En , l'abbé Lorenzo Vallat est nommé premier proviseur du lycée Impérial. Roman avait été élève puis proviseur du Collège de l'Oratoire de Marseille de 1782 à 1788, lui conférant une légitimité académique. L'installation est organisée par le préfet Charles-François Delacroix et par l'inspecteur général de l'instruction publique, le père de la paléontologie Georges Cuvier. La bibliothèque de l'école est composée des livres de l'Académie des sciences, lettres et arts de Marseille..

Chaque année s'achève sur une remise des prix, organisée par le préfet des Bouches-du-Rhône. Lors de la première remise des prix, Antoine Claire Thibaudeau donne un discours qui caractérise le lycée pour les prochaines années : .

Le lycée compte, sous l'Empire, environ trois cents élèves, dont cent cinquante externes, à l'époque principalement issus de l'aristocratie marseillaise. Les conditions de vie sont, pour les élèves, médiocres. Le préfet Thibaudeau rédige en 1803 un rapport relatant une extrême puanteur , une hygiène n'envisageant que , et des mœurs militaires .

Le préfet se charge d'ouvrir un musée dans le lycée, en rassemblant des objets de valeur ; il ouvre le , dans la chapelle des Bernardines réaménagée. La sacristie de la chapelle a servi à agrandir la bibliothèque générale des professeurs ; dans les bas-côtés a été établie la bibliothèque classique. En 1874, la ville contraint le lycée à faire don d'une partie de ses tableaux et livres au palais Longchamp.

Les lois du et les décrets de 1808 et 1811 poursuivent la logique éducative de l'Empire et créent des écoles primaires adjointes au lycée. Une société de savants de l'Université, travaillant sur les vaccins et les maladies infectieuses, est hébergé dans une grande salle du lycée.

Gabriel Taouil, traducteur d'arabe de lors de sa campagne d'Égypte, est nommé professeur d'arabe en 1806. Du fait de sa renommée, il est rémunéré à hauteur de 5000 francs, contre 300 pour les autres professeurs de langue. Le lycée, dans un but d'éducation populaire, ouvre les cours d'arabe à toute la population de Marseille. Le cours ne rencontre toutefois pas le succès escompté, et seuls deux cours par semaine sont alors donnés. L'arabe continue d'être enseigné jusqu'en 1935, avec une interruption de 1826 à 1829. Eusèbe de Salle, nommé par François Guizot, remplace en 1829 Taouil.

Les années 1810 sont marquées par de multiples incidents qui remettent en cause l'existence de l'établissement. Les anciens dirigeants de l'établissement, eux-mêmes remis en cause à la fois pour leur gestion du lycée et pour leur vie privée, sont remplacés par l'abbé Verbert et le censeur Fery. Pour des raisons budgétaires, l'État organise des coupes drastiques dans le budget des lycées, dégradant les conditions de vie ; le censeur Fery démissionne. Son poste est alors confié au nouveau professeur de philosophie, un ecclésiastique mi-indien, mi-portugais, José Custódio de Faria. Toutefois, Faria prend le parti des élèves et les soulève contre les professeurs ; il est alors remercié, et est remplacé avant d'être incarcéré au château d'If, l'épisode servant de base au Comte de Monte-Cristo. François-Emmanuel Fodéré. Ces évènements n'empêchent pas au lycée de former ses élèves, dont notamment Adolphe Thiers, futur président de la République, Joseph Méry, journaliste et romancier, et André Reynard, futur maire de Marseille.

Sous la Restauration La Restauration met en œuvre une politique visant à renommer les établissements publics bonapartistes. Ainsi, le lycée Impérial est rebaptisé en . Les effectifs augmentent sensiblement, notamment grâce aux demandes d'étudiants aux origines les plus diverses. Ce cosmopolitisme s'explique notamment par le rayonnement commercial de la ville de Marseille. Un rapport de 1840 de l'inspection générale décrit les classes : « là sont pêle-mêle des nègres et des créoles, des Espagnols et des Juifs d'Afrique, des Italiens, des Corses et des Grecs ». Les premiers cours d'anglais sont donnés dans les années 1820, et les premiers cours de grec moderne, en 1828. À partir de 1815, l'uniforme militaire est remplacé par le frac.

Les années 1820 sont toutefois des années d'oppositions fortes au sein du lycée. Les royalistes d'une part, et les bonapartistes et révolutionnaires d'autre part, se confrontent au sein même de l'établissement, se répartissant entre les « Fleurs de lys » et les « Rubans rouges ». Les affrontements prenant de l'importance, le Conseil royal de l'instruction publique décider de fermer l'établissement à partir du , et de dissoudre l'internat où vivaient les élèves. Les tensions reprennent toutefois en 1831 et 1832, des tentatives d'insurrections ayant lieu sur fond de crise politique entre les « Ultras » et les libéraux. Le proviseur, l'abbé Bonnafous, prenait le parti des Ultras, et organisait des dîners électoraux aux frais du lycée dans les bâtiments.

Le lycée reprend son existence lentement et la situation financière favorable du lycée lui permet d'acquérir une propriété rurale de 2,5 hectares, dans le quartier de la Belle de Mai, qui sert d'espace de jeu.

Dès 1833, est créé un enseignement secondaire spécial qui, sous des noms divers, répond aux exigences du commerce et de la vie économique d'une cité en pleine expansion. Pour se développer et accroître son rayonnement à l'international, le lycée est le premier en France à organiser des cours dédiés à former au commerce. Ils évolueront pour devenir, au siècle suivant, les Classes préparatoires économiques et commerciales. L'organisation des cours est faite par le proviseur Auguste Anselme Deschamps : étalée sur deux ans, le cursus mélange des cours spéciaux de commerce et d'industrie, d'arithmétique et de dissertation, avec des cours de culture classique (histoire, par le grand érudit Toulouzan, allemand, anglais, italien et même arabe). Jacques Delmas, dans son Histoire du lycée de Marseille, rapporte : . Le cursus est étendu à trois années en 1835, et à six en 1897. L'appellation change à travers le temps : en 1852, il est rebaptisé , puis en 1863, , avant de s'appeler, l'année suivante, .

En 1836, le physicien André-Marie Ampère meurt dans les appartements du lycée au cours d'une tournée d'inspection. En hommage à ce grand savant, François-René de Chateaubriand fit édifier, lors d’un passage à Marseille en 1838, une croix sur sa tombe.

Les locaux sont constamment agrandis et rénovés au cours du siècle. En 1820, le lycée se dote d'une grande place, encore aujourd'hui appelée place du Lycée. À partir de 1845, sont édifiées les classes des externes avec leur longue galerie couverte rappelant celle d'un cloître : elles accueillent de nos jours les classes préparatoires. La grande porte donnant sur le cours Julien n'est percée qu'en 1893.

Proximité et conflits avec le pouvoir sous le Second Empire et la République Sous la Deuxième République, le lycée est rebaptisé « Lycée de Marseille ». Cette nouvelle république est toutefois éphémère : le Second Empire donne lieu à une politique visant à renommer les lycées, et le lycée de Marseille redevient « lycée Impérial ». Son attrait continue de croître, et en 1854, une école primaire avec sa propre buanderie et bassin de natation fut créée comme (Delmas). Le paiement des enseignants est juridiquement irrégulier, et ne devient déclaré et conforme au droit qu'en 1862 ; les six maîtres d'école commencent alors à être payés par le comptable du lycée. Des classes préparatoires à l'école militaire de Saint-Cyr et à l'École polytechnique sont également créées à cette époque. Plus tard viendront les classes littéraires, préparant notamment à École normale supérieure de la rue d'Ulm. En 1859, le Lycée impérial a 846 élèves.

Un arrêté du ministre de l'Instruction publique, Narcisse-Achille de Salvandy, du créée officiellement une chaire d'arabe au collège royal de Marseille. Marie-Hélène Clavères rapporte qu'. Après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, le gouvernement de Napoléon III rémunère ses cours communaux en plus de son métier d'enseignant au lycée.

Le lycée se sépare dans les années 1860 de la partie supérieure de la colline sur laquelle il se trouve : c'est l'actuelle place du Conservatoire. Elle est vendue plus de à la ville de Marseille, qui prend en charge la construction du bâtiment, qui sera successivement la Bibliothèque de Marseille (ensuite transférée à la bibliothèque de l'Alcazar, plus proche du centre économique qu'était le Vieux-Port), l'École des Beaux-arts de Marseille, et enfin, le Conservatoire à rayonnement régional de Marseille, toujours en activité.

La discipline militaire évolue avec le temps, pour devenir plus paternelle, quoique toujours stricte. La séquestration d'étudiants et les cachots créés sous l'ordre de Napoléon Bonaparte sont bannis. Ils disparaissent totalement vers 1865. Pour accompagner la naissance et l'évolution de la pédagogie, avec la proscription des châtiments corporels par Henri Marion à partir de 1890, le lycée améliore son système de récompenses. Les prix d'excellence sont décernés à Pâques, et des prix sont distribués lors d'une cérémonie solennelle à la fin de l'année scolaire par un intervenant extérieur : préfet, député ou sénateur, professeur illustre et, en 1841, le roi Louis-Philippe. Les six meilleurs élèves de chaque matière ont droit à s'asseoir sur le « banc des honneurs » en classe.