Le Parti social-nationaliste syrien (PSNS), en , connu aussi sous le nom donné par la France de Parti populaire syrien (PPS) ou de Parti saadiste ou encore au Liban de Parti nationaliste (), est un parti politique nationaliste actif au Liban, en Syrie et dans une moindre mesure en Jordanie.
Le PSNS a été fondé par opposition au mandat français en Syrie et au Liban, défendant l'indépendance et la création d'un État-nation de la Grande Syrie comprenant l'ensemble du Machrek.
Le PSNS a eu un rôle majeur dans l'histoire du Liban depuis son indépendance. Il est responsable de deux tentatives de coup d’État : en et le . Il combat pendant la guerre civile libanaise et l'invasion israélienne du Liban au sein du Mouvement national libanais et du Front de la résistance nationale libanaise. Il a ensuite fait partie de l'Alliance du 8-Mars et est proche du Hezbollah. Engagé en faveur de la laïcité, il s'oppose au système confessionnel en place au Liban. Il est par ailleurs hostile au sionisme et à l’État israélien.
En Syrie, le PSNS a été interdit en 1955 après l'assassinat du colonel baasiste Adnan al-Malki mais est resté organisé clandestinement et toléré par l’État à partir des années 1960. Le PSNS a été légalisé en Syrie en 2005 et a rejoint le Front national progressiste dirigé par le parti Baas. Le parti soutient le gouvernement baasiste pendant la guerre civile syrienne, disposant d'une branche armée, les Aigles de la tornade (démantelés en 2019), combattant aux côtés des Forces armées syriennes contre les forces rebelles et l’État islamique.http://www.debka.com/headline.php?hid=5425 The SSNP is now Syria's largest party after the ruling Ba'ath.. Depuis la prise de pouvoir de Ahmed al-Charaa à la suite de la chute d’Assad, le PSNS est entré dans la clandestinité. et est soupçonné de prendre part à l'insurrection contre le nouveau régime.
Depuis une scission intervenue en 1957, il existe de facto deux partis se réclamant comme le Parti social nationaliste syrien : l'un dit « central » et l'autre, minoritaire, dit « Intifada », surtout présent en Syrie. S'il n'est pas suivi de précision, le sigle PSNS désigne communément le parti « central ».
Histoire Les débuts du parti vignette|Antoun Saadé, le fondateur du parti. En 1919, Antoun Saadé, un Libanais né d'un père journaliste, commence à s'intéresser, dès l'âge de 15 ans, au nationalisme syrienÀ l'époque, l'Irak n'était pas considéré comme une partie de la Syrie par les nationalistes syriens, les territoires de cette Syrie sont appelés la « Grande-Syrie »., à la suite de la Première Guerre mondiale et du morcellement de l'Empire ottoman avec l'accord Sykes-Picot. Dix ans plus tard, il retourne au Liban et suit des études à l'Université américaine de Beyrouth.
En novembre 1932, il fonde clandestinement le PSNS. Celui-ci est un parti laïque, allant jusqu'à défendre l'égalité des sexes. Il se veut l’emblème d’un nationalisme anticolonial, réfractaire par essence aux frontières mandataires, et démocratique. Son premier objectif est la lutte contre le mandat français au Liban et en Syrie et il entend clairement s'opposer à la volonté des autorités françaises de morceler la Syrie historique en plusieurs États : le Grand Liban, l’État des Alaouites, le Djebel druze, l’État de Damas, l’État d’Alep et le Sandjak d’Alexandrette.
Le parti connaît trois ans de clandestinité. Saadé est emprisonné plusieurs fois et en 1938. Il est contraint de quitter le Liban pour le Brésil.
Le caractère laïc et non-sectaire du parti attire de nombreux sympathisants issus des communautés minoritaires chrétienne, druze et chiite, bien que de nombreux sunnites en soient membres également.
Indépendance du Liban (1943) et de la Syrie (1946) Entre 1943 et 1945, le PSNS joue un rôle majeur dans les protestations populaires et des milices menacent constamment les troupes françaises. En 1943, le PSNS participe à l'indépendance du Liban. L'indépendance s'est passée calmement, à l'exception d'un mort libanais, un membre du PSNS, Saïd Fakhr ad-Dïn. Après une brève interdiction, le parti est reconstitué en 1944 sous le nom de « Parti populaire syrien » ou PPSHafez El Assad et le parti Baas en Syrie, Pierre Guingamp, .. Le PSNS participe activement à la vie électorale libanaise et parvient à faire élire plusieurs membres au Parlement lors des élections de .
En Syrie, le PSNS joue aussi un grand rôle lors de l'indépendance du pays en 1946.
En , face aux groupes armés sionistes qui formeront l’armée israélienne, le PSNS forme sa propre milice en Palestine mandataire : la Tornade rouge (al-Zuba‘ al-ahmar).
PSNS au Liban vignette|350x350px|Militants du PSNS en 1947.
Coup d'État de 1949 En 1949, le PSNS est très populaire, son organisation et sa direction lui permettent d'être présent à peu près dans tous les milieux sociaux ainsi que dans les forces armées. Au début des années 1950, le parti pouvait disposer d'une milice de au Liban et en Syrie. Le parti recrutait principalement chez les chrétiens non maronites, les chiites et les druzes. Les sunnites lui reprochaient d'entretenir le flou sur le panarabismeLe Liban, Pierre Pinta, ..
En Syrie, le colonel Housni al-Zaim fait un coup d'État et renverse le président Choukri al-Kouatli avec l'aide des États-Unis, certains accusent le PSNS d'y avoir aussi participé.
Au Liban, Saadé, hostile au gouvernement de Riad El Solh et aux Phalanges libanaises, se sent menacé. En juin 1949, il décide de monter une insurrection contre le gouvernement, qui échoue. Plus de 3 000 militants du PSNS sont arrêtés et il est forcé de se réfugier à Damas. Le président syrien Housni al-Zaim livre Saadé au gouvernement libanais. Il est jugé devant un tribunal militaire pour complot contre la sécurité de l'État et est emprisonné, jugé et exécuté le . De nombreux militants de toutes origines – Libanais, Palestiniens et Syriens y participent – sont également exécutés par l’armé libanaise dans les mois qui suivent.
En Syrie, le colonel Sami al-Hinnaoui, membre du PSNS, veut venger la mort de Saadé ; il arrête le colonel Zaim et le fait exécuter. Quelques jours plus tard, la femme de Saadé reçoit une lettre d'al-Hinnaoui lui indiquant que la mort de son mari a été vengée. Toujours par vengeance, le Premier ministre Riad El Solh est assassiné le . Il faut attendre 1953 pour que le parti soit de nouveau autorisé au Liban.
Guerre civile de 1958 Durant la crise de 1958 au Liban, le PSNS est vu par les Américains comme un parti de droite pro-occidental car il est anticommuniste et opposé au nationalisme arabeAsad: the Struggle for the Middle East, Patrick Seale. Le parti livre une bataille contre le Parti Baas dans les montagnes et participe au gouvernementRôle du PSNS dans la guerre de 1958, en anglais.
Coup d'État de 1961 Le jour de l'an 1962 (nuit du et ), deux membres du PSNS, commandants de compagnie dans l'armée libanaise, ont mené une tentative infructueuse de coup d'État éclair contre Fouad Chehab, soutenus par quelque 200 membres civils du PSNS..
Des conseillers de Chehab qui auraient vu des partisans armés du PSNS se rassembler autour des quartiers centraux de Beyrouth se sont précipités au palais présidentiel pour informer Chehab de l'insurrection. Cela a entraîné une nouvelle proscription et l'emprisonnement et / ou l'exécution de nombreux dirigeants du PSNSU.S. Department of State, Foreign Relations of the United States Volume 17, Near East,1961–1963, (Washington, DC: GPO 1993), 383–384.. Sur les 31 morts que déplore alors le PSNS, neuf sont d’origine palestinienne, et neuf ont la citoyenneté syrienne. La plupart des militants connus du parti sont restés en prison ou en exil jusqu'à une amnistie générale en 1969.
Guerre civile libanaise (1975-1990) Les deux branches du PSNS, « centrale » et « Intifada », sont légalisées au Liban en 1969, et sont membres du Mouvement national libanais, aux-côtés du Parti communiste libanais (PCL) et du Parti socialiste progressiste. Elles sont également proches des Palestiniens.
Guerre contre les phalangistes Avec le déclenchement de la guerre civile libanaise en 1975, le PSNS a formé une escouade militaire qui s'est alliée au Mouvement national libanais contre les phalangistes et leurs alliés du Front libanais. Le PSNS s’est toujours opposé aux Phalangistes, parce qu’il les considère comme une création de l’État français s’appuyant sur le confessionnalisme (maronite) et le nationalisme libanais. Le PSNS considérait la guerre civile libanaise comme le résultat inévitable des divisions de la nation syrienne en petits États et loin d'une guerre de libération contre Israël.. Dans les montagnes libanaises, la région du Koura, majoritairement acquise au PSNS, affronte celle de Bcharré, proche des Forces libanaises. La perception du PSNS comme parti de droite change pendant cette guerre. Le militant d'origine jordanienne Khaled Kalaldeh, combattant du Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP) pendant la guerre, explique à ce sujet : « lorsque je suis arrivé au Liban au milieu des années 1970, je percevais le PSNS comme une organisation de droite, par rapport à son idéologie, celle de Saadé. Alors que nous, au FDLP, nous étions clairement marxistes. Mais sur le champ de bataille, en réalité, face aux Phalanges libanaises, droite ou gauche, ça ne voulait plus dire grand chose. La vraie droite, pour nous, c’était ceux qui étaient alliés à Israël. Or, le PSNS ne l’était pas ! J’ai participé à plusieurs batailles : avec le FDLP, nous avions souvent une bonne coordination militaire avec le Fatah, mais aussi, parmi les Libanais, avec les militants du PSNS. »
Pendant le conflit opposant l'armée syrienne à l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1976, le PSNS se scinde en deux factions : la première, qui se fait appeler l’Aile du centre (Jinah al-Markaz), combat avec les Palestiniens, tandis que l'Aile dissidente (Jinah al-khawarij), soutient l’armée syrienne. Ces deux courants se réunifient en 1978. Le PSNS-Intifada est également présent au Liban, mais est bien plus faible.
Résistance à l'invasion israélienne C'est principalement avec le Parti communiste que le PSNS s'engage dans une lutte armée contre l'occupation israélienne à partir de 1982, comme l'assassinat de deux soldats de Tsahal par Khaled Alwan dans un bar à Beyrouth Ouest, ou de nombreux attentats à la voiture piégée. Le PSNS et le PCL multiplient les attentats-suicides contre Israël, comme le lorsque Sana Khyadali, combattante du PSNS, devient la première femme à faire un attentat-suicideRicolfi, L., & Campana, P. (2004). Suicide missions in the Palestinian area: a new database .. Le Front de la résistance nationale libanaise (FRNL, Jammul) réunit ainsi le PSNS, le PCL et l'Organisation populaire nassérienne, principalement.
Deux jours avant le massacre de Sabra et Chatila, une bombe explose sous le quartier général phalangiste, tuant Bachir Gemayel, le président allié d'Israël, et 60 de ses partisans. Habib Chartouni, militant du PSNS, est suspecté de l'avoir posée, et fut détenu à la prison de Roumieh, jusqu'à sa libération par les forces armées syriennes en 1990La justice se penche sur l'affaire Bachir Gemayel, France TV, 16 janvier 2007.. Il sera finalement condamné à mort par contumace par la justice libanaise pour cet assassinat en 2017..