L'Elbourz, en persan , aussi écrit Alborz ou Elburz, est une chaîne de montagnes située principalement dans le nord de l'Iran, de la frontière avec l'Arménie au nord-ouest jusqu'aux abords du Turkménistan à l'est, en passant par le sud-est de l'Azerbaïdjan et les rives méridionales de la mer Caspienne. Il culmine à d'altitude au mont Damavand, un volcan endormi du centre sud de la chaîne dominant la capitale Téhéran et constituant le plus haut sommet de l'Iran. La chaîne forme une barrière topographique et climatique entre les côtes méridionales de la Caspienne, d'où proviennent les précipitations, et le plateau Iranien, induisant une importante disparité végétale entre les forêts mixtes des versants septentrionaux et les steppes boisées semi-arides des versants méridionaux. La neige qui s'accumule en hiver constitue des glaciers dans le massif de Takht-e Soleyman et sur le mont Damavand, dans l'Elbourz central, et sur le Savalan, à l'extrémité nord-ouest de la chaîne. Sa rapide fonte au printemps alimente des cours d'eau, sur lesquels ont été construits des barrages pour l'approvisionnement ménager, pour l'irrigation et, dans une moindre mesure, pour l'hydroélectricité, essentiellement vers la capitale. La chaîne est issue d'une succession d'événements géologiques : l'orogenèse cimmérienne au Trias, suivie de l'orogenèse alpine avec un raccourcissement crustal entre le Crétacé et le Paléocène, puis un second depuis le Néogène, interrompus par une extension tectonique à l'Éocène. Il en résulte une grande variété pétrographique : roches sédimentaires, métamorphiques et volcaniques s'y côtoient.

Les montagnes de l'Elbourz, peuplées dès le Paléolithique, ont été depuis l'Antiquité, et jusqu'au environ, un refuge et un foyer de résistance face aux vagues de conquêtes et aux changements de dynasties qui ont secoué la Perse. Le zoroastrisme y est longtemps resté très implanté. L'Hyrcanie puis le Tabarestan sont des régions qui ont reflété ces particularités historiques et religieuses, avec une mythologie très développée ; elles ont bénéficié de degrés d'autonomie relativement avancés. La sédentarisation y a été plus précoce que dans le reste du pays et explique les particularités linguistiques de la chaîne. Toutefois, le pastoralisme est longtemps resté ancré avec la présence de populations semi-nomades et les vallées demeurent des lieux d'échanges de productions agricoles d'un versant à l'autre. Quelques routes franchissent désormais la chaîne de part en part, équipées pour certaines de tunnels afin d'éviter le passage de cols élevés et d'assurer le trafic hivernal. Elles ont contribué à moderniser l'économie et à l'évolution des modes de vie. Elles ont aussi permis l'essor du tourisme, la population des villes du piémont méridional y trouvant un peu de fraîcheur l'été aussi bien que les divertissements des sports d'hiver. La chaîne abrite en effet plusieurs stations, parmi lesquelles Dizin, Darbandsar, Shemshak et Tochal à proximité de la capitale. Plusieurs parcs nationaux, monuments naturels nationaux, refuges fauniques et sanctuaires naturels d'État contribuent à préserver l'environnement fragilisé par la pression anthropique.

Toponymie Le nom de l'Elbourz dérive de Harā Bərəzaitī, une montagne légendaire que traverse le Soleil et autour de laquelle gravitent les étoiles, selon l'Avesta, un ensemble de textes sacrés dans le zoroastrisme. Il provient du proto-iranien *Harā Bṛzatī signifiant « montagne rempart » ou « sentinelle élevée ». En effet, *Bṛzatī est la forme féminine de l'adjectif « *bṛzant- », « haut(e) », l'ancêtre de l'actuel persan « boland () » et de « barz/borz/berazandeh » (« mont »), apparentés au sanskrit « brihat () » ; Harā peut se traduire par « garde, vigie », par la racine indo-européenne *ser-, « protéger ». Harā Bərəzaitī est devenu Harborz en moyen perse, puis Alborz en persan moderne. Il est à rapprocher de l'Elbrouz, point culminant du Caucase, dont le nom est une métathèse. La période d'attribution de ce nom à la chaîne de montagnes iranienne est inconnue mais il est attesté au par Hamdallah Mustawfi. Aucun nom propre préalable n'est identifié W. Eilers, « Alborz: The name », Encyclopædia Iranica, vol. , , pages 810-811 . M. Boyce, « Alborz: In Myth and Legend », Encyclopædia Iranica, vol. , , pages 811-813 ..

Géographie Situation L'Elbourz est une chaîne de montagnes qui s'étend sur environ , en ceinturant la rive méridionale de la mer Caspienne, principalement en Iran, des frontières avec l'Arménie et l'exclave du Nakhitchevan, au sud de la rivière Araxe, en passant par l'extrémité sud-est de l'Azerbaïdjan, pour son extension occidentale, pratiquement jusqu'aux confins avec le Turkménistan pour son extension orientale. Il couvre ainsi, d'ouest en est, les provinces iraniennes d'Azerbaïdjan oriental, d'Ardabil, de Zandjan, de Guilan, de Qazvin, d'Alborz, de Mazandéran, de Téhéran, de Semnan, du Golestan et du Khorassan septentrional. Il traverse aussi les raïons de Cəlilabad, de Masallı, de Yardımlı, de Lerik, de Lənkəran et d'Astara. Il est bordé par le Petit Caucase au nord-ouest, par le haut-plateau arménien à l'ouest, par le Massif central iranien au sud-ouest, par les monts Aladagh et le Kopet-Dag au nord-est, alors qu'au sud il domine le plateau Iranien. La plaine côtière avec la mer Caspienne n'excède pas quarante kilomètres et se réduit par endroits à moins d'un kilomètre.

Topographie Géomorphologie thumb|alt=Vue aérienne, crête dominée par un cône volcanique, tous deux enneigés, sous un grand ciel bleu.|Vue de l'Elbourz central, avec le mont Damavand à gauche, depuis le sud-est, dominant la crête enneigée du Dobrar () ; un cône de déjection se devine au débouché de la vallée au centre de l'image.

Le fleuve Sefid Roud, qui se jette dans la mer Caspienne, est le seul cours d'eau traversant l'Elbourz de part en part, en formant une cluse selon un axe sud-ouest - nord-est, près de la ville de Racht. Ses gorges sont de ce fait un important point de passage et séparent la partie occidentale de la chaîne, avec notamment les monts Talych, de sa partie centrale. Cette dernière s'étend sur et n'excède pas de large. Elle présente de nombreuses vallées encaissées : le col Kandevan relie celle du fleuve Chalus au nord à celle de la rivière Karaj au sud, tandis que le col Gaduk relie la vallée du fleuve Talar au nord-est à celle de la rivière Hableh Roud au sud-ouest. Le mont Damavand, point culminant de la chaîne à d'altitude, se trouve à mi-distance entre ces deux cols, à d'un côté et de l'autre à vol d'oiseau ; entre les deux, la crête axiale descend rarement en dessous de . En dehors de ce volcan topographiquement isolé, les plus hauts sommets de l'Elbourz central, dont l'Alam Kuh à d'altitude, se trouvent dans le massif de Takht-e Soleyman, à un nœud orographique au nord-ouest du col Kandevan. Au sud-ouest de ce massif, entre les vallées d'Alamut et de Taléghan, qui constituent deux branches du Sefid Roud parallèles à l'axe des crêtes principales, se trouve le Kuh-e Alborz, à d'altitude. Le Tochal domine Téhéran, située à une altitude moyenne de , de ses . La chaîne s'élargit dans sa partie nord-ouest. À l'opposé, à l'est du fleuve Tajan, l'Elbourz oriental, appelé pour tout ou partie Shah Kuh, du nom de son plus haut massif Seyed Tohid Nabavi, Aziz Rahimi, Mohsen Khademi, « Structural pattern and emplacement mechanism of the Neka Valley nappe complex, eastern Alborz, Iran », International Journal of Earth Sciences, vol. 106, 2017, , pages 2387–2405., s'étend sur de long pour de large, selon un axe ouest-sud-ouest - est-nord-est. Il se compose de chaînons imbriqués culminant à , avec une altitude qui décroît nettement vers l'est, séparés par quelques cols relativement peu élevés.

Dominant les d'altitude de la mer Caspienne, les versants septentrionaux sont plus abrupts et ont un relief plus acéré que les versants méridionaux bordés par le plateau Iranien et ses en moyenne .. La partie frontale de la chaîne, par rapport à la Caspienne, est relativement régulière, tandis que l'Anti-Elbourz, au sud, présente des chaînons discontinus Hans Bobek, Elburz Mountains, Encyclopædia Britannica.. Les rivières du versant méridional ont laissé à leur débouché sur le plateau Iranien d'importants cônes de déjection.

Principaux sommets thumb|alt=Un haut cône volcanique enneigé dominant des reliefs de type alpin plus modestes sous un ciel sans nuage, à peine brumeux à l'horizon.|Vue aérienne du mont Damavand depuis le sud-ouest. thumb|alt=Des montagnes boisées en bas et enneigées plus haut, sous un ciel couvert.|Vue de l'Alam Kuh depuis l'ouest. thumb|alt=Des montagnes aux sommets dans les nuages mais avec des pentes enneigées avec une belle luminosité.|Vue du Savalan.

Les sommets les plus élevés de l'Elbourz sont (par altitude décroissante).. :

Sept sommets sont ultra-proéminents (par proéminence décroissante). :

Hydrographie L'Elbourz est partagé presque intégralement entre deux bassins versants : le bassin aralo-caspien au nord et le bassin du plateau central iranien au sud ; à l'extrémité ouest, la plaine traversée par l'Aji Chay entre le Savalan et le Bozgouch vers Tabriz appartient au bassin du lac d'Ourmia. Toutes les eaux s'écoulant dans la chaîne sont donc endoréiques. Dans l'Elbourz central, la ligne de partage des eaux principale, séparant le bassin de la mer Caspienne du plateau Iranien, a généralement la particularité de passer non pas par la crête axiale de la chaîne mais le long de l'Anti-Elbourz. Hormis l'Araxe, qui longe la chaîne à son extrémité nord-ouest, et le Sefid Roud qui la traverse de part en part entre ses parties occidentale et centrale, le réseau hydrographique vers le nord est généralement constitué de fleuves côtiers. Vers le sud, les cours d'eau se partagent entre le lac Namak à l'ouest et le Dacht-e Kavir à l'est.

thumb|left|alt=Petit lac aux eaux turquoises dans une cuvette montagneuse aux pentes enherbées sous un ciel grisâtre.|Vue du lac Tar.

Le lac Neor, dans les monts Talych, est le plus grand lac naturel de l'Elbourz. Situé à d'altitude, c'est un lac d'eau douce d'origine glaciaire peu profond, au niveau variable et d'une superficie maximale de Nizamettin Kazancı, Tirzad Gulbabazadeh, Suzanne A.G. Leroy, Zeynep Ataselim, Alper Gürbüz, « Aeolian control on the deposition of high altitude lacustrine basins in the Middle East: The case of Lake Neor, NW Iran », Quaternary International, Vol. 408, part A, 15 juillet 2016, pages 65-77, .. Les glissements de terrain sont un facteur majeur de formation de lacs de montagne dans la chaîne ; parmi eux, les lacs Valasht, Chort, Shoormast, Evan, Tar, Havir et Imamzadeh-Ali. Les séismes sont souvent des éléments déclencheurs de ces glissements de terrain. La rupture des barrages naturels constitue un risque pour les populations en aval Mohsen Ehteshami-Moinabadi, Shahram Nasiri, « Geometrical and structural setting of landslide dams of the Central Alborz: a link between earthquakes and landslide damming », Bulletin of Engineering Geology and the Environment, vol. 78, , pages 69-88, .

thumb|alt=Blocs rocheux et cailloux reposant sur un glacier avec des montagnes en arrière-plan.|Vue d'un glacier parsemé de débris rocheux au pied de l'Alam Kuh dans le massif de Takht-e Soleyman.