Richard Descoings, né le à Paris et mort le à New York, est un haut fonctionnaire français.

Conseiller d'État, il est, de 1996 à sa mort, directeur de l'Institut d'études politiques de Paris et administrateur de la Fondation nationale des sciences politiques. Les circonstances de son décès, puis le rapport très critique de la Cour des comptes concernant les dérives de la gestion de Sciences Po durant sa direction altèrent son bilan.

Biographie Jeunesse et études Richard Jean Marc Descoings naît en 1958 dans le de Paris. Son père, Jean-Claude Descoings, est un médecin spécialiste de la tuberculose, et sa mère, Arlette Meylan, est médecin et cadre dans l'industrie pharmaceutique. Catholiques pratiquants, ils demeurent dans le 13e arrondissement de Paris, puis déménagent dans le , à l'ombre de la Basilique Sainte-Clotilde, afin qu'il puisse étudier au sein de l'arrondissement.. Il a une sœur et un demi-frère..

Il effectue ses études secondaires aux lycées Montaigne puis Louis-le-Grand, où il obtient des résultats insuffisants pour continuer sa scolarité. Il est scolarisé au lycée Henri-IV, avant d'obtenir un baccalauréat littéraire en 1976.

Il est alors candidat à l'Institut d'études politiques de Paris, mais ne se présente pas au concours afin d'aller en classes préparatoires littéraires à Henri-IV. Il y passe une année puis est reçu en 1977 à l'IEP de Paris. Il étudie notamment sous la férule de Bernard Stirn. Il y demeure jusqu'en 1980, date à laquelle il sort diplômé de la section Service public.

Il est admissible deux fois à l'École nationale d'administration (ENA), et y est admis à la troisième tentative. Il est alors mitterrandiste. Il étudie au sein de l'ENA de 1983 à 1985, où il s'implique peu dans la vie de l'école. Il effectue un stage au bureau d'aide sociale de la ville de Paris, puis à la préfecture de Savoie, et trois mois chez Procter & Gamble. Il sort classé de la promotion Léonard-de-Vinci et choisit d'entrer au Conseil d'État.

Famille et vie privée Richard Descoings découvre son homosexualité et le monde parisien de la nuit de la fin des années 1970 et du début des années 1980 (les bars de la Sainte-Anne, le Palace, Les Bains Douches, les discothèques du quartier des Halles, le sauna Continental Opéra) pendant ses années d'études. Il fait partie des premiers membres de l'association AIDES, aux côtés de Daniel DefertAncien compagnon de Michel Foucault., jusqu'à sa démission en 1986.

Richard Descoings entretient une relation amoureuse avec Guillaume Pepy, rencontré au Conseil d'État en 1986. Ce dernier est son témoin, le à la mairie du de Paris, lorsqu'il se marie avec Nadia Marik (de parents d'origine tchèque, divorcée en premières noces du journaliste libanais Georges Ghosn et en deuxièmes noces du publicitaire Thierry Granier-Deferre). Emmanuelle Wargon et Emmanuel Goldstein sont leurs témoins. Nommée directrice adjointe de Sciences Po, elle démissionne à la suite de sa mortArthur Dreyfus, « Descoings pas assez homo : « M. Thévenin, on ne tue pas les morts » », Rue89, nouvelobs.com, 9 avril 2012.Nadia Marik, SciencesPo.fr, 2013..

Paru en 2015, le livre RichieLe Journal du dimanche, « Les derniers secrets de Richard Descoings », 12 avril 2015., de la journaliste du Monde Raphaëlle Bacqué, brosse un portrait privé de Richard Descoings avec d'une part ses réformes de Sciences Po et d'autre part sa vie privée, son autoritarisme et son rapport à l'argentGilles Martin-Chauffier, « En libres excès », publié dansParis Match n° 3444, semaine du 21 au 27 mai 2015, page 10.. Le livre relate son appartenance à un petit cercle de hauts fonctionnaires homosexuels que le couple qu'il forme avec Guillaume Pepy fédère, dans les années 1980 et 1990, son goût pour l'alcool et les drogues, son amitié pour Diane de Beauvau-Craon, égérie gay, avec laquelle il fréquente la discothèque gay le Boy rue de Caumartin.

Carrière professionnelle Richard Descoings est auditeur au Conseil d'État, affecté à la section du contentieux, de 1985 à 1989. En 1988, il y est nommé maître des requêtes affecté aux sections du contentieux et des travaux publics.

De 1988 à 1989, Richard Descoings est conseiller juridique du ministère de la Culture, de la Communication, des Grands travaux et du Bicentenaire.

En 1991, il devient grâce à Jacques Fournier conseiller technique pour les questions d'éducation au cabinet de Michel Charasse, ministre délégué au Budget. Au printemps 1992, il devient chargé de mission dans le cabinet de Jack Lang au ministère de l'Éducation nationale et de la Culture, où il est responsable des questions budgétaires de l'Éducation nationale.

De 1993 à 1996, il est rapporteur général adjoint à la section du rapport et des études du Conseil d'État et participe à la mission sur les responsabilités et l'organisation de l'État, et il devient en 1995 commissaire du gouvernement près le Conseil d'État. En 2000, il est nommé conseiller d'État.

Le , il est chargé par Nicolas Sarkozy de mener une concertation en vue de préparer une nouvelle réforme du lycée. Il remet son rapport le .. Les priorités qui se dégagent du rapport sont une amélioration de l'orientation, un développement de la voie technologique, l'équilibre des trois filières généralistes du baccalauréat et l'accent mis sur l'oral dans l'apprentissage des langues vivantes....

Richard Descoings devient membre du club le Siècle sur le site de l’Organisation de coopération et de développement économiques. grâce à Alain Lancelot, directeur de Sciences Po. Son admission est parrainée par Jean-Claude Casanova, Olivier Duhamel, Jean Dromer et Marceau Long.

Parcours à Sciences Po

D'enseignant à directeur adjoint Richard Descoings avait enseigné à IPESUP en 1985.. Il se propose dès 1987 comme maître de conférences à Sciences Po Paris. Il y est recruté et enseigne le droit public dans une conférence de méthode appelée . Il devient conseiller d'Alain Lancelot, puis en 1989 directeur adjoint jusqu'à 1991. Il remplace Alain Lancelot en 1990 lorsque ce dernier est hospitalisé. Il est membre du conseil de direction depuis 1995.

En 1993, Richard Descoings permet, sous la direction du professeur Jean-Jacques Rosa, le lancement du premier Master of Business Administration de Sciences Po (MBA SciencesPo), formation bilingue diplômante et accréditée à l’étranger dédiée au management et au monde des affaires.

Directeur Richard Descoings est choisi comme successeur par Alain Lancelot en 1996, avec l'approbation du Premier ministre Alain Juppé et de René Rémond. Il devient directeur de l'institut et administrateur de la Fondation nationale des sciences politiques à l'âge de 38 ans. Il pose pour objectif dès son entrée en fonction de faire de Sciences Po . Il crée un cabinet autour de lui, et nomme Olivier Duhamel conseiller spécial. vignette|upright|Olivier Duhamel (à gauche) et Richard Descoings (à droite), à l'Institut d'études politiques de Paris en 2010. Ses premières réformes de Sciences Po visent à modifier la structure des études. Il internationalise l'école en créant une année d'étude à l'étranger sur proposition de Jean-Luc Domenach. Il allonge la scolarité à cinq ans (contre trois précédemment), permettant la création d'un cursus complet. Il assure la possibilité de redoubler la première année d'étude, qu'Alain Lancelot souhaitait supprimer. Ces premières réformes ne font pas débat et ont lieu en concertation avec les représentants des étudiants. La signature d'accords internationaux avec des universités étrangères progresse rapidement, et le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine demande aux ambassades de favoriser les contacts avec les universités locales ; les premiers accords sont signés avec les grandes universités japonaises (université de Tokyo, université Waseda) et américaines (université Harvard, université Columbia).

Descoings mène aussi un agrandissement de l'école. En 2004, à la suite du départ de l'ENA à Strasbourg, il fait racheter ses bâtiments jusque-là installés dans l'hôtel particulier du 13, rue de l'Université. La surface des locaux de l’IEP croissent de , deux amphithéâtres et vingt salles de cours.

Il a également présidé à la restructuration des parcours de master de l'école. L'école de journalisme de Sciences Po, qui concurrence les écoles de journalisme traditionnelles, est créée ; puis l'école de communication, l'école de droit, et la Paris School of International Affairs. Afin de réformer le contenu des cours et de proposer une stratégie devant déboucher sur une hausse de l'école dans les classements internationaux, il embauche Bruno Latour et autorise le recrutement d'une trentaine de nouveaux enseignants-chercheurs.

En 2001 il décide de créer une filière d'accès à l'IEP de Paris pour les élèves issus des zones d'éducation prioritaire (ZEP). Cette mesure suscite un important débat sur la discrimination positive ; un recours déposé par l'UNI fait annuler la décision le et l'IEP est condamné au retrait des conventions ZEP et à payer 1 500 € à l'UNI au titre des frais de procédureCAA Paris plén., 6 novembre 2003.. L'IEP ne se pourvoit pas en cassation., mais malgré la victoire juridique de l'UNI, qui fait suite à une réserve d'interprétation du Conseil constitutionnel de 2001 défavorable à l'IEP., le vote postérieur d'une nouvelle délibération par le conseil de direction de l'IEP fait finalement échouer la tentative de faire annuler les conventions éducation prioritaire (CEP) passées avec des lycées de ZEP. En revanche, les 18 et , alors que l'Assemblée nationale vote à l'unanimité une généralisation à toutes les universités et grandes écoles de la possibilité d'accompagner les élèves issus de milieux modestes pour leur permettre de mieux réussir leurs études supérieures et afin de favoriser l'ouverture sociale., il obtient que le gouvernement recule et fasse annuler ce vote, dans le but de maintenir le dispositif des conventions ZEP qui avait été écarté par l'ensemble des acteurs du monde de l'éducation« Les conventions ZEP de Sciences Po ont eu chaud », dans Le Parisien du 19 février 2005..

Sa politique d'expansion exige toutefois une hausse des frais de scolarité. Une première hausse a lieu en 2004. Les élèves dont les parents ont les plus hauts revenus doivent payer jusqu'à par anEn 2007/2008.. Il fait face à une campagne contre l'augmentation des frais menée à la rentrée 2005 par l'UNEF et l'IDÉE, de gauche et de centre-droit. Il met en place un système amélioré de bourses d'études. Les frais de scolarité atteindront jusqu'à par an pour les élèves issus des familles les plus aisées en 2011Bourses et frais de scolarité..

Le plan stratégique de Richard Descoings oriente l'école plus nettement vers les disciplines du droit, de l'économie et des relations internationales, au détriment de l'histoire. Le département d'histoire de l'école devient l'un des bastions de la critique contre ses projets.

Il crée également une cellule d'écoute psychologique au sein de l'institut.

Le il reçoit Condoleezza Rice à la FNSP.. Elle y prononce le seul discours de sa première tournée européenne en tant que secrétaire d'État américain.

Lors des élections étudiantes de , l'UNI Sciences Po lance une pétition contre la suppression du concours d'entrée à Sciences Po. Au cours du Talk-Orange-Le Figaro, Richard Descoings explique qu'aucune suppression n'est envisagée pour 2010 mais que la question se posera à l'avenir. Il supprime en revanche l'épreuve de culture générale du concours d'entrée, et fait l'objet de la critique de Marc Fumaroli, Régis Debray et Emmanuel Todd.

En 2010, il décide de fermer la chaire Moyen-Orient Méditerranée, filière qui fonctionnait depuis un quart de siècleGilles Kepel : quarante ans de passion arabe, Les Cahiers de l'Orient 2013/4 (N° 112), pages 115 à 135.

Mort