Violette Morris, dite « la Morris », née le dans le arrondissement de Paris et abattue par un groupe de maquisards le sur une route de campagne aux environs de Lieurey dans l'Eure, est une championne sportive et artiste de cabaret française, espionne et collaborationniste dans la seconde partie de sa vie.
Sportive puissante et complète, Violette Morris multiplie les performances remarquables dans les années 1920. Athlète émérite, elle détient les records du monde du lancer du disque et du lancer du poids et remporte dans les deux disciplines les premières Olympiades féminines en 1921 et 1922. Au football, elle est capitaine de l'Olympique et remporte le titre de championne de France et de la Coupe la Française en 1925. Talentueuse pilote de course, elle remporte le Bol d'or automobile en 1927. Elle devient la sportive la plus titrée, hommes et femmes confondus.
Habillée en homme, cigarette à la bouche, Violette Morris a un comportement qui dérange. Alors qu’elle se voit retirer ses licences, elle intente un procès, le retentissant « procès du pantalon », à la Fédération française sportive féminine et est déboutée en 1930. Empêchée de disputer les Jeux olympiques d'été de 1928, exclue du monde sportif, elle ouvre un magasin d’accessoires automobiles qu'elle cède en 1931. Violette Morris acquiert alors une péniche, La Mouette, sur laquelle elle vit avec Yvonne de Bray. Elle se lancera dans le milieu du cabaret comme chanteuse.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est chauffeur de Christian Sarton du Jonchay et directrice d'un garage réquisitionné par la Luftwaffe, sur le boulevard Pershing, avant d'être tuée par balles par les hommes du maquis Surcouf. Les raisons de son assassinat sont débattues : certains historiens défendent une thèse d'assassinat motivée par son rôle d'espionne et sa collaboration avec la Gestapo française, d'autres défendent la thèse d'une erreur de cible de la part des maquisards.
Biographie Jeunesse et débuts sportifs Fille du baron Pierre Jacques Morris, capitaine de cavalerie en retraite, et d’Élisabeth Marie Antoinette Sakakini, dite « Betsy Sakakini », riche héritière d'origine levantine, Émilie Paule Violette Morris naît le au 61 rue des Saints-Pères dans le 6e arrondissement de Paris. Elle grandit dans une famille militaire, son grand-père paternel est le général Louis-Michel Morris. et elle a un oncle amiral.. Sa grand-mère paternelle est tunisienne et sa grand-mère maternelle, juive, est originaire de Constantine. Elle a une sœur aînée, Louise, née en 1891.
Violette Morris apprend à monter à vélo à dix ans sur la bicyclette d'un peintre qui ravale la maison familiale.. Envoyée au couvent de l’Assomption de Huy en Belgique, elle est éduquée à la pratique sportive par les religieuses, anglaises pour la plupart, et pratique des disciplines comme le basket-ball, le hockey et le cricketAuvray, E. (2013). « Violette Morris (1893-1944) : de l’héroïsme guerrier et sportif à la collaboration. », in L. Robène (dir.), Le sport et la guerre aux », Rennes, PUR, 425-434.. À la sortie du couvent, passionnée de sport, elle se consacre à la boxe anglaise, s'entraînant avec Émile Maitrot, Frank Klaus et Billy Papke.
En 1913, elle arrive cinquième au championnat de France de grand fond, disputé sur une distance de à la nage. Seule compétitrice, elle remporte la catégorie féminine avec un temps de , derrière le vainqueur Léon Barrière et ses . Membre de l'Étoile Parisienne, un club sportif féminin, elle s'essaie à de nombreux sports..
Mariage et Première Guerre mondiale Mariée le à Cyprien Édouard Joseph Gouraud à la mairie du arrondissement de Paris, à l’âge de ., ils divorceront en . Il est probable que Morris se soit mariée dans le cadre d’un mariage arrangé pour suivre les choix de sa famille : elle est en effet déjà ouvertement lesbienne à cette époque. Trois jours après leur mariage, son mari est mobilisé et envoyé au front. Quant à elle, elle est volontaire pour être ambulancière et se retrouve sur le front de la Somme, puis estafette sur le front de Verdun « pour porter des ordres, tous les jours, sur les points précis d'un circuit qui passait par Noyon, Compiègne, Ham, Soissons, Meaux, Villers-Cotterêts ». Elle passe six mois dans un hôpital, ayant attrapé une bronchite et une pleurésie. En 1918, son père meurt ; l’héritage lui permet de conserver un train de vie confortable tout en se consacrant au sport à temps plein. Dès son retour à la vie civile en 1919, et arguant qu’elle portait déjà un uniforme masculin pendant la guerre, elle commence à s'habiller comme un homme au quotidien, sans demander de permission de travestissement.
Athlète reconnue vignette|upright=0.8|alt=Photographie en noir et blanc d'une femme lançant un javelot.|Violette Gouraud-Morris s'entraîne au lancer du javelot au stade Élisabeth. vignette|upright=0.8|alt=Violette Morris, un poids dans la main, prend de l’élan avant de lancer.|Au lancer du poids à Colombes en 1922. En 1917, Violette Gouraud-Morris commence le lancer du poids dans le club du Fémina Sports de Paris où elle reste licenciée jusqu’en 1919. En 1919, elle intègre la Fédération française sportive féminine. Elle rejoint l'Olympique de Paris en 1920 et s'entraîne auprès de Raoul Paoli. En , Violette Gouraud-Morris porte le record du lancer de javelot à deux bras additionnés à ..
Elle participe aux Jeux mondiaux féminins à Monte-Carlo en 1921, où elle remporte le poids et le javelot en battant le record européen sur les deux disciplines. Au lancer du poids, sur l’addition de lancers des deux bras, l'athlète réussit une performance de , loin devant ses concurrentes... Au lancer du javelot, elle réussit un cumul de .
Elle remporte ensuite les championnats de France d'athlétisme de 1922. Lors des Jeux mondiaux féminins 1922, l’or au poids puis au disque l’année suivante. En 1926, Violette Morris dit n'avoir subi qu’une défaite, en 1922 contre une Américaine qui bat son lancer de trente centimètres.. Sa grande rivale au poids est Lucienne Velu.
En 1926, la Fédération française sportive féminine lui préfère Lucie Petit lors d'épreuves internationales organisées en Suède, justifiant que la Commission des mœurs n’admet plus les sportives qui ne satisfont pas les exigences vestimentaires de la Fédération : Violette Morris se voit reprocher de se vêtir de costumes de sport masculins et son amie Marguerite Patouillet de montrer ses bras nus.. Violette Morris se questionne dans la presse : .
En 1927, brimée par la Fédération féminine qui refuse de lui accorder une licence à la Clodo, club sportif qu'elle souhaite rejoindre, Violette Morris accuse Édouard Domenc, dirigeant des Cadettes de Gascogne et dirigeant fédéral, d'avoir insisté auprès des instances de la Fédération pour lui refuser sa licence dans son nouveau club..
Joueuse de football vignette|upright=0.8|alt=Photographie en noir et blanc d'une équipe de football féminin.|Violette Morris (première joueuse assise en partant de la gauche) joue au football pour l'Olympique, ici en 1922. En 1918, Violette Morris participe au premier match officiel féminin de football en France. De tous les sports, le football est son préféré et elle joue assidument au début des années 1920 comme demi-centre, avant-centre voire arrière droit ou gauche, pour l'Olympique. Capitaine de l’équipe, elle contribue aux succès de son équipe en 1925 dans le Championnat de Paris, la Coupe la Française. et le Championnat de France, ce dernier remporté sur tapis vert après la suspension de Nova Femina.
En 1926, elle est interdite de football, accusée d’avoir poussé ses coéquipières à se doper, d’avoir réfuté des décisions d’arbitres et de ne pas être intervenue quand une coéquipière a frappé un arbitre.
Pilote automobile vignette|upright=0.8|alt=Une femme conduit une voiture avec un homme en passager.|Violette Gouraud-Morris au volant d'une Benjamin en 1922. vignette|upright=0.8|alt=Photographie en noir et blanc d'une voiture de course métallique entourée par une foule, avec deux femmes à son bord, la conductrice fume.|Violette Morris conduit Joséphine Baker en 1927. Son mari Cyprien Gouraud lui apprend à conduire pendant leur mariage. Inscrite sur une Alva-Sport à la Coupe des Dames en 1921, Violette Gouraud-Morris termine première du concours d'adresse avant de faire un écart sur le concours de régularité qui la fait tomber à la cinquième place au classement général..
En 1927, Violette Morris remporte la course du Bol d'Or à bord d'une voiture B.N.C., battant et parcourant en .. En tête après l'abandon de Guy Bouriat dans la heure de course, la pilote remporte la course avec trois tours d'avance.
Elle perd sa licence de pilote en 1927, à l'âge de , pour port insistant du costume masculin..
Procès à la Fédération française sportive féminine Peu avant les Jeux olympiques d'été de 1928, les premiers où sont programmées des épreuves féminines en athlétisme et alors qu’elle est largement favorite dans plusieurs épreuves, son renouvellement de licence est refusé par la Fédération française sportive féminine. Elle est exclue officiellement sur la base de deux motifs : son homosexualité, résumée en une accusation de comportement inapproprié dans les vestiaires avec les autres sportives, et son port de vêtements masculins. Il est possible que son exigence d’être remboursée pour ses frais de déplacements aux compétitions internationales ait aussi joué un rôle dans le renvoi. D’autres raisons incluent les motifs de sa suspension du football compétitif, sa consommation d’alcool et de tabac, et le fait qu’elle pratique ces sports en short court, sans soutien-gorge, et avec des habits moulant son corps. En réponse, elle porte plainte contre la Fédération française sportive féminine, exigeant d’être réintégrée et de toucher de dommages et intérêts pour abus de pouvoir.
En 1929, Violette Morris se fait pratiquer une mastectomie bilatérale, affirmant ainsi pouvoir mieux tenir le volant dans un cockpit d’automobile de course.. Elle porte depuis un certain temps un binder visant à réduire la taille de sa poitrine, ce qui est assez commun dans les années 1920 en raison de la mode de la poitrine plate ; ses muscles thoraciques sont donc déjà atrophiés. L’opération, effectuée à La Garenne-Colombes par le docteur Cazalis, est médiatisée, avec une couverture médiatique généralement positive.
Le procès a lieu en et est très médiatisé. Si elle est jugée pour ses mœurs, la question de l'homosexualité de Violette Morris n'est pas abordée explicitement, l’argumentation se concentrant vite sur son port du pantalon. L’ordonnance du préfet de police de Paris du () qui règlemente le port du pantalon pour les femmes, pourtant déjà peu utilisée, est mentionnée dans les plaidoiries des avocates de la fédération, Yvonne Netter et Simone Weiler.. Morris argumente : . Son avocat insiste sur le fait qu’elle a été autorisée à porter un pantalon pendant dix ans et ne reçoit cette interdiction qu’à l’approche des Jeux olympiques. Netter, quant à elle, explique que la fédération se doit de montrer le bon exemple aux jeunes filles.
Le jugement confirme la radiation de la championne à cause du « déplorable » exemple qu’elle donne à la jeunesse. Le tribunal conclut que ..
À la suite du procès, Violette Morris aurait confié à un journaliste que . La presse et le grand public sont par ailleurs majoritairement en sa faveur, malgré le jugement. Après le procès, Morris accepte de s’habiller de façon plus féminine pour réintégrer la fédération.
Reconversion professionnelle et vie culturelle alt=Une femme en costume, cigarette à la main, appuyée contre la devanture d’un magasin.|vignette|upright=0.8|Violette Morris devant son magasin d'accessoires automobiles parisien, porte de Champerret, en 1928. En 1928, Violette Morris ouvre un magasin d’accessoires automobiles, Spécialités Violette Morris, au 6 rue Roger-Bacon à la porte de Champerret, qu’elle finance avec son héritage.