La Symphonie en ut mineur, , dite Symphonie du Destin, a été écrite par Ludwig van Beethoven en 1805-1807. et créée le au Theater an der Wien de Vienne.. Le compositeur a dédié l'œuvre au prince Lobkowitz et au comte Razoumovski, un diplomate russe qui avait commandé les trois quatuors à cordesIl s'agit des trois quatuors à cordes de l'opus 59 : opus 59 , opus 59 et opus 59 . de l' à Beethoven.

La composition est menée en parallèle avec celle de la symphonie , dont la première a lieu durant le même concert. Au cours de cette période marquée par les guerres napoléoniennes (occupation de Vienne en 1805), Beethoven, qui aborde la trentaine, est de plus en plus sourd.

Cette symphonie a acquis une grande renommée dès les premiers temps qui ont suivi sa première exécution. E. T. A. Hoffmann l'a alors décrite comme l'. Elle est au fil du temps devenue l'une des œuvres les plus populaires de la musique classique et est fréquemment jouée et enregistrée.

Le premier mouvement Allegro con brio est l'un des plus intenses de l'histoire de la musique grâce à sa très célèbre cellule rythmique :

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Composition et publication Il n'est pas possible de déterminer une date précise pour la composition de la Cinquième symphonie de Beethoven. Cette œuvre qui montre l'apparence d'une immédiate spontanéité est l'une de celles — les cahiers d'esquisses laissés par Beethoven le montrent — dont la maturation fut la plus longue. Quelques éléments thématiques hantaient déjà l'imagination de Beethoven en 1795 environ.. Il se peut qu'à cette époque Beethoven ait pris connaissance des musiques composées pour les cérémonies publiques de la France révolutionnaire par Claude Joseph Rouget de Lisle (Hymne dithyrambique sur la conjuration de Robespierre, 1794.), François-Joseph Gossec (Le Triomphe de la République, 1793.) ou Luigi Cherubini (Hymne au Panthéon, 1794), le compositeur contemporain qu'il admirait le plusAu sujet des possibles influences françaises de la Symphonie , voir les travaux du musicologue Arnold Schmitz () dont John Eliot Gardiner parle dans le documentaire (1996) de Tony Knox, diffusé sur Arte le et visible en ligne, (durée : ).Ian Hislop et John Eliot Gardiner développent dans un documentaire l’influence des chants de la Révolution française sur la . Celui-ci est mis en ligne le . (durée : )..

On trouve les premières véritables ébauches dans les cahiers de 1803, mêlées aux esquisses de sa Troisième symphonieCahier d'esquisses dit « Landsberg 6 » d'environ juin 1803 à avril 1804, vendu aux enchères lors de la dispersion du legs de Beethoven le (“Nachlaß)”, acquis d'abord par Artaria puis par Ludwig Landsberg, sans doute avant 1844 (d'après )., et selon Chantavoine.

Cependant, Beethoven a interrompu son élaboration à de nombreuses reprises pour travailler à d'autres créations, entre autres la première version de Fidelio , la Sonate pour piano dite « appassionata », les quatuors à cordes 7, 8 et 9, son Concerto pour violon, son Concerto pour piano , la Quatrième symphonie, ou encore la Messe en ut majeur.

L'écriture de la Cinquième ne commença vraiment qu'en 1805, le gros du travail eut lieu en 1807 et la partition ne fut achevée qu'au début 1808, au plus tard le selon Nottebohm. Une lettre de Beethoven au comte Franz von OppersdorfLe comte Franz von Oppersdorf (1778-1818), qui aimait passionnément la musique, avait un orchestre personnel dans son château de Oberglogau dans la haute Silésie. Beethoven fit la connaissance du comte pendant le séjour qu'il fit chez le prince Lichnowsky à Grätz près de Troppau durant l'automne 1806. Il avait l'intention de dédier au comte sa symphonie en ut mineur mais finit par lui dédier la Symphonie (). en mentionne l'achèvement d'une symphonie :

Création vignette|Le Theater an der Wien comme on pouvait le voir au début du .

La première de la cinquième symphonie eut lieu le lors d′un grand concert au Theater an der Wien. Beethoven était sur le point de quitter Vienne pour entrer au service de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie., en tant que maître de chapelle à Cassel et voulait offrir aux Viennois un immense concert (une Académie selon le terme en usage à l'époque). L'avis paru dans la Wiener Zeitung du stipulait qu'il s'agissait de morceaux entièrement nouveaux de Beethoven, mais sans plus. Il dura plus de quatre heures et le programme était celui-ci :

Première partie : Une « Symphonie intitulée Souvenirs de Vie à la Campagne, en fa majeur () » ; « Ah, perfido », ; Le Gloria de la Messe en ut majeur ; Le Concerto pour piano interprété par Beethoven au piano.

Deuxième partie : « Grande Symphonie en ut mineur () » ; Les Sanctus et Benedictus de la Messe en ut majeur ; Fantaisie pour piano solo (improvisée par Beethoven, le futur opus 77) ; La Fantaisie chorale.

Les œuvres présentées n'étaient finalement pas toutes nouvelles. L'air de concert « Ah, perfido » date de la tournée de 1796 (Prague, Dresde, Leipzig, Berlin). Ici, Beethoven évoque clairement la douleur du départ, les adieux adressés au public viennois et son regret de le quitter :

Les deux symphonies furent présentées au public dans l'ordre de numérotation inverse de celui aujourd'hui connu. L′ut mineur était la alors que la Pastorale était la Cinquième. Toutefois, lors de leur parution chez Breitkopf & Härtel en , elles portent leur numéros définitifs : l'ut mineur devient la Symphonie avec le numéro d'opus 67, et la Pastorale devient la avec le numéro d'opus 68.

La création de la Cinquième se solda par un fiasco : un programme d'environ quatre heures, joué dans une salle glaciale, après une seule répétition, par des musiciens pour la plupart de second ordre, exigeait trop des exécutants et de l'auditoire. La qualité de la prestation laissa particulièrement à désirer car, avec son caractère emporté, Beethoven s'était mis l'orchestre à dos :

Ferdinand Ries, élève et ami de Beethoven, rapporte aussi l'incident :

Johann Friedrich Reichardt, qui était arrivé à Vienne le pour apprendre que Beethoven s'était vu offrir son poste à Cassel (Royaume de Westphalie) et était invité dans la loge du prince Lobkowitz, se borne à écrire : David Wyn Jones, The Life of Beethoven, Oxford University Press, 1998, 204 p..

Éditions Les parties furent publiées quelques mois après la première, en , par Breitkopf & Härtel à Leipzig, avec une double dédicace : « À son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince régnant de Lobkowitz, duc de Raudnitz » et « À son Excellence Monsieur le Comte de Razoumovsky ». L'éditeur Härtel s'était rendu à Vienne en pour négocier directement avec Beethoven et intensifier leurs relations d’affaires. Il avait remis au compositeur la coquette somme de en espèces pour les numéros d’opus 67-70, la Cinquième et la Sixième Symphonie, la Sonate pour Violoncelle en la majeur et deux Trios pour Piano et se fit attester simultanément la propriété de ces œuvres..

Cette édition princeps de Leipzig fut préparée à partir des copies de partition (Stichvorlage) fournies par Beethoven plusieurs mois avant la première, alors que la composition n'était pas encore fixée et qu'il continuait à retoucher sa symphonie à Vienne. L′édition princeps contenait déjà quelques coquilles par rapport au manuscrit original de Beethoven, malgré les révisions du compositeur lui-même. Il semble que l'éditeur et le compositeur aient tous deux renoncé à des corrections par souci pratique ou en attendant une édition complète ultérieure. La deuxième impression à l'automne 1809 comportait encore des erreurs que Beethoven reprocha vertement à son éditeur. D'après Gabor Darvas, après quelques années de controverses sur la publication de 1825 et l'intervention personnelle de Mendelssohn lui-même, deux mesures inutiles situées après la du furent retirées. La parution ultérieure, chez le même éditeur en mars 1826, fut préparée à partir de l′autographe et des parties sans tenir compte de manière plus adéquate des autres manuscrits liés à l'œuvre depuis 1809..

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Les parties originales avec les corrections de la main de Beethoven furent conservées par Breitkopf & Härtel jusqu'à la Seconde Guerre mondiale et furent perdues en 1943 — à part 116 des photographiées. — de même qu'une autre copie de la partition. Cependant, une copie des parties ayant servi à la première et aux exécutions ultérieures par la Gesellschaft der Musikfreunde à Vienne rend possible une reconstruction de la version de Vienne.

Une édition complète des œuvres de Beethoven (Beethoven Gesamtausgabe) eut lieu en 1862-1865. Une nouvelle édition fut initiée par la Beethoven-Haus à Bonn en 1961. Il est néanmoins difficile d'identifier la version définitive d'une partition de Beethoven, car les bibliothèques détiennent nombre de manuscrits et d'éditions différents, altérés ou non par des corrections, parfois apportées en plusieurs étapes. Une édition exacte semble même rester chimérique, tant Beethoven lui-même était conscient des ramifications de ses altérations parfois non coordonnées de sa symphonie dans différentes sources...

En 1995, Breitkopf et Härtel publient une édition dite Urtext basée sur les travaux de Clive Brown.. Le chef d'orchestre Kurt Masur s'est fait l'avocat principal de l'édition Breitkopf-Urtext.. et John Eliot Gardiner l'a utilisée pour son enregistrement paru en 1995.

Entre 1996 et 2000, Bärenreiter Verlag a publié une édition critique des symphonies de Beethoven. entreprise par le musicologue Jonathan Del Mar et basée sur de multiples sources, y compris des manuscrits originaux (urtext). Depuis sa publication, l′Édition Del Mar a été adoptée par plusieurs chefs d'orchestre de premier plan dont Claudio Abbado, John Eliot Gardiner et David Zinman.

Réception et influence Il y eut peu d'échos de la part de la critique après la création. Cependant, un an et demi après, une autre représentation fut donnée à Leipzig et donna lieu à une critique dithyrambique d'E. T. A. Hoffmann dans d'avril-. Il y décrit la nouvelle symphonie comme une « idée de génie, fruit d'une profonde réflexion portant le contenu romantique de la musique au plus haut degré de son expression ». Le critique vantait surtout le finale, « impétueux débordement de puissante imagination dont on aurait peine à trouver l'équivalent dans quelque autre symphonie. La véhémence des sentiments ne cessant de se combattre mutuellement, les contrastes constamment renouvelés, la surprise réitérée résultant de l'étrangeté des idées et de leur agencement tout à fait insolite, tout cela sollicite et captive tellement les auditeurs à tout moment de la durée entière de ce long mouvement que celui-ci ne peut manquer d'obtenir un brillant effet partout où il est bien joué. »

Les critiques publiées jusqu'alors dans l′ avaient été moins enthousiastes. Toutefois, c'est à peu près au moment où Beethoven commença à se faire éditer par Breitkopf & Härtel (entre 1808 et 1812), qui éditait l depuis 1798, que dans cette revue les articles devinrent plus favorables. Aussi, ce n'est qu'en 1820 que Beethoven aura connaissance des articles de Hoffmann consacrés à ses œuvres.

À Breslau, en novembre 1809, l'impression produite fut grande et magnifique ; le correspondant de Mannheim parle à propos du finale de « marche triomphale atteignant au plus haut degré du sublime » et « laissant dans l'âme de l'auditeur un sentiment d'élévation auquel peut seulement se comparer l'impression d'ensemble transmise par un tout petit nombre d'autres symphonies » (hiver 1811/1812).

L'œuvre dut attendre l'année 1812 pour obtenir à Vienne un assez grand succès. À Milan, la Cinquième fut portée aux nues dès sa première exécution (en 1813).