La mosaïque du seigneur Julius, datée de la fin du , a été retrouvée sur le site archéologique de Carthage en 1920. Elle est actuellement conservée au musée national du Bardo dont elle constitue selon Mohamed Yacoub, historien de l'art tunisien et spécialiste de l'Antiquité et des mosaïques romaines.

L'œuvre, qui présente de manière très réaliste les activités d'un grand domaine agricole d'Afrique de l'Antiquité tardive, figure également le couple de propriétaires au milieu de personnes à leur service, ce qui en fait un témoignage précieux sur la vie sociale dans la région. La mosaïque montre un serviteur remettant à son destinataire une missive dont les premières lettres signifient . Les lacunes de l'œuvre, peu importantes en dehors de quelques endroits n'en empêchent pas une compréhension globale. Elle constitue encore, un siècle après sa découverte, une source essentielle de connaissances sur le monde rural de l'Afrique romaine à la fin de l'Antiquité.

Histoire Histoire antique

gauche|vignette|alt=Plan du site de Carthage avec localisation du secteur de la découverte de la mosaïque|Plan des éléments divers du site archéologique de Carthage au début du . Le monument à colonnes, près duquel a été trouvée la mosaïque, se trouve au numéro 8.

La mosaïque pavait une salle de réception à abside d'une villa particulière située entre la colline de Byrsa et la colline dite de Junon, au sein du site archéologique de Carthage. Les salles à absides sont répandues dans l'Antiquité tardive, et sont destinées à contenir alors des banquettes courbes utilisées lors des réceptions. La mosaïque était destinée à être vue tant par le maître que par ses invités, ainsi que par les esclaves à son service.

Elle est datée de la fin du , à la fin de la période dite de l'Afrique romaine au sens strict : le est marqué par de nombreux troubles liés à des révoltes et des usurpations, la fin du premier tiers du étant marquée par la conquête de l'Afrique par les Vandales qui y installent un royaume qui dure un siècle avant la reconquête par l'Empire romain d'Orient.

Découverte

vignette|gauche|alt=Vue générale d'un édifice ruiné avec des colonnes et avec au fond de l'image une mosquée|Vue générale de l'édifice à colonnes avec au fond le minaret de la mosquée Mâlik ibn Anas.

La mosaïqueInv. 1 du musée du Bardo. est découverte par le service des Antiquités de Tunisie au début de l'année 1920, sur le flanc nord de la colline de Byrsa et à proximité de la salle hypostyle dite édifice à colonnes dont l'interprétation pose encore question. La découverte est réalisée à au nord de la chapelle Saint-Louis de Carthage, à une profondeur de .

La mosaïque est en relatif bon état même si des lacunes sont présentes. L'édifice est pour sa part retrouvé très ruiné et son plan n'est pas relevé au moment des fouilles.

Alfred Merlin publie un travail sur la mosaïque dans le Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques dès 1921 et considère dès cet instant l'artefact comme l'. La mosaïque est déposée au musée national du Bardo et certaines restaurations ont lieu, si l'on compare l'œuvre actuelle avec son état lors de la redécouverte.

Description L'œuvre mesure sur ou sur . Elle est retrouvée en relativement bon état et sans lacunes importantes.

Elle est organisée en trois registres superposés évoquant les distractions des propriétaires et les travaux du domaine : au centre se trouve la villa du maître, les scènes représentant les activités agricoles lors des différentes saisons de l'année occupent quant à elles les registres supérieur et inférieur. Aux angles sont présents des végétaux liés aux saisons : roses, olives, blé et raisin.

Bordure et composition de la mosaïque La bordure n'est pas conservée intégralement et mesure de large ; elle comprend une rangée de postes rouges et des rinceaux végétaux ou géométriques. Sur la bordure supérieure on trouve un buste féminin et, sur la bordure inférieure, un buste d'homme aux bras tendus.

Le registre supérieur est composé d'une seule scène autour d'un personnage féminin, le registre médian comporte une scène rompue par la présence de la maison, celui du dessous comporte deux scènes. Le mosaïste représente les scènes dans un ordre chronologique. L'artiste évite ainsi la monotonie par une composition ordonnancée autour du motif de la demeure. La mosaïque figure le maître du domaine et son épouse, ainsi que les personnes travaillant sur l'exploitation.

La mosaïque comporte deux représentations des personnages principaux, le couple de propriétaires : chacun est présent seul sur un registre et les deux figurent sur le dernier registre. La femme constitue l'axe du registre supérieur, les personnages du registre médian se répondent les uns les autres pour alors que le registre inférieur comporte essentiellement trois personnages. Autour de la villa se trouvent des scènes représentant les saisons. Selon Merlin, la composition est réussie, les sont placés , ce qui témoigne du talent de l'artiste.

vignette|alt=Vue générale d'une divinité masculine sur un char d'animaux marins fantastiques avec sur les côtés des représentations de Saisons et des scènes agricoles|Vue générale de la mosaïque du triomphe de Neptune et les quatre Saisons de La Chebba.

L'artiste évoque les quatre saisons aux angles de l'œuvre sans avoir recours aux allégories et génies habituels. Les saisons sont une représentation très populaire dans divers domaines artistiques, et le plus populaire en mosaïque dans l'Afrique romaine. L'artiste manifeste ainsi et témoigne des tendances prises par les mosaïstes à partir du , même si les scènes agricoles sont déjà présentes dans la mosaïque du triomphe de Neptune et les quatre Saisons de La Chebba datée pour sa part du . Cependant, l'évocation des saisons dans les angles de l'œuvre est faite dans ce cas précis par des figures féminines.

L'artiste utilise la , . Ce mode est une selon l'expression de Noël Duval. L'accumulation des éléments biaise l'interprétation initiale de la construction : les murs de clôture se distinguent des portiques, avec des éléments comme des thermes ou des dans le domaine, témoignant ainsi que .

Registre supérieur

vignette|alt=Détail de la mosaïque montrant un personnage portant deux canards vivants et deux personnages occupés à cueillir des olives|Détail gauche du registre supérieur : la chasse aux canards et la cueillette des olives.

Dans le registre supérieur, le tableau offre des évoquant l'hiver et l'été. Les scènes sont liées à une femme située au milieu du registre.

Sur la gauche, un domestique porte des volailles, sans doute des canards sauvages. Cette chasse est traditionnellement effectuée en hiver à l'époque romaine. La représentation classique de la chasse aux canards figure des volatiles suspendus à un bâton et non pas vivants dans les bras d'un personnage. Ce personnage porte une tunique courte rouge, un manteau vert-bleu et un bonnet plat qui conserve des feuillages, éléments d'un camouflage destinés à . Une autre scène représente la cueillette des olives sur un vieil arbre par deux paysans ou enfants vêtus d'une tunique courte et d'un pantalon rouge, ainsi que de guêtres noires et d'une pèlerine : un des domestiques frappe l'olivier avec une gaule pour en faire tomber les fruits tandis qu'un autre les ramasse dans un panier en osier, bien que cette pratique soit déconseillée par les traités d'agronomie comme celui de Columelle car . Une servante qui porte une robe à bandes rouges et noires porte un haut panier selon Alfred Merlin et s'approche de la maîtresse qui occupe le centre du registre. La représentation est endommagée.

La droite, qui figure des , possède quelques lacunes qui rendent plus difficile la description des scènes, en particulier : un domestique (peut-être un pâtre, qui s'occupe de chèvres et de moutons) se verse à boire. Il est posé sur un tertre sous un arbre et semble âgé. La représentation du berger est très endommagée ; il est vêtu d'une tunique rouge et un manteau est situé sur ses genoux. Un chien dort à ses pieds.

La représentation de la mise en pâture des ovins est associée de manière traditionnelle à l'été. Un mouton est en train de brouter sous un olivier, avec une chèvre située au-dessus de lui mais dont le motif est abîmé. On devine un mouton à grosse queue et une chèvre dont ne subsiste que l'arrière-train, les animaux étant tournés vers la gauche ; on devine également l'arrière d'un autre mouton tourné vers la droite, le paysan tondant peut-être un mouton.

vignette|alt=Femme du seigneur assise sur une banquette, entre des bouquets d'arbre et utilisant un éventail|Femme du seigneur, un détail du registre supérieur.

Sur le haut est représentée une cabane, la hutte en chaume du berger, à laquelle est attaché un canidé brun. À l'extrême droite figure un champ de blé en train de mûrir. Une servante aux cheveux blonds vêtue d'une robe jaune et verte à bandes rouges, en grande partie détruite, présente un agneau nouveau-né au personnage central.

Au centre se trouve un personnage féminin, la femme du propriétaire selon la plupart des études, dont l'. Située dans un bois ombragé de cyprès, elle est entourée de serviteurs portant des corbeilles de fleurs, . L'épouse du seigneur porte une , et deux bracelets d'or à chaque poignet. Sans jambe et coiffée d'une longue chevelure sur les épaules, elle est munie d'un éventail de paille. Une corbeille de fruits est posée près de la main gauche de la matrone et des poussins se trouvent à ses pieds, devant une mue qui abrite une poule, avec un coq à proximité . Aïcha Ben Abed considère pour sa part que la femme munie d'un éventail est le . L'éventail ressemble à ceux présents encore de nos jours à Gabès.

Registre médian

vignette|gauche|alt=Détail de la mosaïque avec deux personnages dont l'un est à cheval et l'autre à pied, portant quelque chose sur son dos|Détail de la mosaïque avec le maître suivi d'un serviteur.

À gauche, le propriétaire, dont la partie supérieure est abîmée, arrive sur suivi d'un valet. Le propriétaire est vêtu d'un manteau rouge, d'une tunique blanche, un , et le haut du corps ainsi que sa tête sont perdus. Le serviteur porte quant à lui un pantalon jaune et une tunique vert-bleu, et maintient un sac sur son épaule, peut-être de provisions. Il a la main tendue vers son maître, peut-être destinée à encourager le cheval. La tenue du maître, inadaptée pour la chasse, . Le maître est peut-être une représentation de l'arrivée du propriétaire sur son domaine, l'. Le costume est peut-être également destiné à être relié à l'automne.

vignette|alt=Détail de la mosaïque avec deux personnages dont l'un est détruit et des chiens|Détail de la scène du départ pour la chasse.

À droite, un départ pour la chasse est représenté, avec deux personnages dont l'un est abîmé, devant lesquels se trouve une plante. Il est accompagné de chiens et d'un domestique. Le rabatteur porte la — un pantalon vert et une tunique courte brun-rouge — et un filet destiné à piéger le gibier après l'avoir rabattu. Dans la main droite, il porte une fourche ou un javelot. La représentation du domestique chargé de s'occuper de deux lévriers est très endommagée car ne subsistent que les pieds et un avant-bras : l'un des chiens regarde vers l'arrière pour chercher un encouragement de la part du valet alors que l'autre flaire le sol. Un lièvre, dissimulé par un buisson, est conservé partiellement au-dessus de l'un des chiens.

La maison est toujours le point de départ de la chasse dans les mosaïques. Le bâtiment, qui a un aspect massif avec peu d'ouvertures, est fortifié avec un rez-de-chaussée dépourvu de fenêtres et possède deux tours d'angle carrées avec un toit de tuiles. La bâtisse, du type de la villa à tour retrouvé en de nombreux exemplaires, est réalisée en pierre de taille.

vignette|alt=Détail représentant la maison du maître, avec des tours et des coupoles à l'arrière-plan|Détail de la représentation de la villa.