vignette|Comparaison de la structure moléculaire de l'estradiol (à gauche) avec celle d'un perturbateur endocrinien xénoestrogène (à droite).
Un perturbateur endocrinien (PE, ou aussi « leurre hormonal », « xénohormone », « disrupteur endocrinien »Traduction littérale de l', à éviter en français.) est une molécule ou un agent chimique composé, xénobiotique ayant des propriétés hormono-mimétiques et décrit comme cause d'anomalies physiologiques, et notamment reproductives. L'expression a été créée en 1991 par Theo ColbornProfesseure de zoologie, experte en santé environnementale et présidente-fondatrice du Endocrine Disruption Exchange ou « TEDx », basé à Paonia dans le Colorado, (Article bibliographique du réseau Environnement-santé..
Ces perturbateurs sont présents dans de nombreux objets du quotidien (produits ménagers, cosmétiques, pesticides, aliments...) et pour certaines largement dispersées dans l'environnement (eau, air, sol, écosystèmes). Ils agissent, à très faibles doses, sur l'équilibre hormonal de nombreuses espèces. sauvages ou domestiques (animales ou végétales dans le cas des phytohormones). Ils ont souvent des effets indésirables sur la santé en altérant, parfois sur plusieurs générations, des fonctions telles que la croissance, le développement, le comportement et l'humeur, la production, l'utilisation et le stockage de l'énergie, la fonction de repos (le sommeil), l'hémodynamique et la circulation sanguine, ainsi que la fonction sexuelle et reproductrice, pouvant dans certains cas causer des cancers, des troubles du neurodéveloppement, l'infertilité. Ils affectent aussi la santé des écosystèmes (faune, biodiversité...), ce qui en fait un enjeu de santé environnementale.
Depuis 2014, la France s'est dotée de deux « stratégies nationales sur les perturbateurs endocriniens » (SNPE).. Et au vu de leurs résultats et de données nouvelles, l'Inspection générale des affaires sociales et l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable en préconise une troisième, avec un objectif « zéro exposition aux perturbateurs endocriniens ».
Effets des perturbateurs endocriniens Ces molécules agissent à très faibles doses (comparables aux concentrations physiologiques des hormones) ; elles ne sont pas toxiques au sens habituel du terme (empoisonnement), mais peuvent perturber l'organisme, souvent de façon discrète. Elles sont source de maladies émergentes (en partie liées au mode de vie), et ont parfois un impact sur la descendance (par exemple, le Distilbène affecte la mère et ses descendantes) ou sur des populations entières (par exemple les escargots marins ou la faune piscicole vivant dans des zones où des perturbateurs endocriniens sont très présents, comme les alligators de Californie ou les grèbes, exposés à du DDT et ne pouvant plus se reproduire, qui ont fait l'objet d'études déjà anciennes). Comme les hormones qu'ils imitent, plusieurs perturbateurs endocriniens exercent probablement conjointement leurs effets sur l'épigénomeJohn M. Greally. (2011). Endocrine Disruptors and the Epigenome. OECD Review..
L'hydrosphère est le réceptacle de nombreuses substances chimiques, dont des hormones naturelles et les métabolites d'hormones naturelles ou de synthèse contenues dans les pilules anticonceptionnelles, ou utilisées pour des traitements médicaux ou vétérinaires. Ces hormones sont nombreuses dans les eaux usées qui arrivent aux stations d'épuration d'eaux résiduaires urbaines, et pour certaines dans leurs exutoires. Certains organismes aquatiques sont donc estimés être de bons bio-indicateurs d'une contamination environnementale ( poissons, macro-invertébrés ou mollusques affectés de troubles de la fertilité et d'atypicités de type intersexuation). Certaines espèces concentrent (moules, moule zébrée) les pollutions des milieux aquatiques.
Les effets à très faibles doses de ces molécules, des interactions synergiques entre perturbateurs et des effets dose-dépendant non linéaire. remettent en question les approches réglementaires basées sur des « seuils toxicologiques » par produit. Malgré les effets de mieux en mieux connus d'une partie de ces perturbateurs endocriniens sur la santé, leur interdiction ou limitation se heurte au lobbying de l'industrie pétrochimique, notamment au sein de l'Union européenne où, en dépit de l'annonce de l'urgence du problème en 1999, les mesures législatives permettant d'encadrer ces PE sont régulièrement reportées.
Histoire Les effets de perturbateurs endocriniens sont observés et dénoncés au moins depuis les années 1970, avec des enjeux de santé reproductive et donc potentiellement de survie à long terme pour diverses espèces animales. et pour l'espèce humaine..
Dès les années 1950, des études faites dans de nombreux pays industrialisés montrent une diminution de la fertilité masculine. L'altération morphologique et la baisse du nombre de spermatozoïdes sont associées à une fréquence accrue des cancers du testicule, de la prostate. et du sein, ainsi qu'à une thélarche et/ou puberté féminine de plus en plus précoce, avec d'importantes différences selon les régions, encore mal expliquées. Les études épidémiologiques, puis des expériences de laboratoire, ont montré que l'exposition à des molécules hormono-mimétiques était au moins en partie responsable de ces phénomènes.
Dans les années 1960, aux États-Unis, la baisse de fertilité des visons d'élevage de la région des Grands Lacs est attribuée aux polluants bioaccumulés par les poissons. En 1962, dans Silent Spring, Rachel Carson met en évidence la toxicité reproductive de l'insecticide Dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT). En 1988, les phoques de la mer du Nord furent décimés. En Grande-Bretagne, les poissons mâles vivant en aval d’une station d’épuration présentaient des caractères femelles. La découverte de l'altération du système reproducteur des alligators sauvages de Floride a relancé les travaux de recherche sur ce thème dans les années 1990. L'expression « endocrine disruptors » (traduite en français par « perturbateurs endocriniens ») est inventée en au cours de la conférence de Wingspread réunissant vingt-et-un scientifiques de quinze disciplines différentes à l'initiative de la spécialiste en santé environnementale Theo Colborn.. Les années 1990 marquent en effet une prise de conscience de la présence dans l'environnement de substances capables de perturber le système endocrinien. En Europe, le Danemark, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont été pilotes dans ce domaine de recherche. Les observations faites sur certaines populations animales encouragent la poursuite de la recherche dans le domaine.
L'expression a été diffusée dans les années 1990 par l'OMS, l'OCDE et l'Union européenne Commission Européenne, OMS et OCDE et l'industrie chimique (1996), The Impact of Endocrine Disruptors on Human Health and Wildlife, Colloque organisé à Weybridge (RU), décembre 1996. T. Colborn, F.S. vom Saal et A.M. Soto, Developmental effects of endocrine-disrupting chemicals in wildlife and humans, Environmental health perspectives, 101(5), 378, 1993. ([Developmental effects of endocrine-disrupting chemicals in wildlife and humans résumé]) . ainsi que par les chercheurs et autorités sanitaires américaines R.J. Kavlock, G.P. Daston, C. DeRosa, P. Fenner-Crisp, L.E. Gray, S. Kaattari... et H.A. Tilson, Research needs for the risk assessment of health and environmental effects of endocrine disruptors: a report of the US EPA-sponsored workshop. Environmental health perspectives, 104 (Suppl 4), 715, 1996..
En 2017, malgré des études montrant la présence générale de PE, l'Union européenne peine à prendre des mesures réglementaires pour limiter cette présence. ; cette même année, la journaliste Sabrina Debusquat explique que la pilule contraceptive est par nature un perturbateur endocrinien et en est une source importante..
Définitions officielles et éléments sémantiques
L'expression « perturbateur endocrinien » est souvent utilisée comme synonyme de xénohormone (xénoandrogène s'il entraîne des effets androgéniques et xénoestrogène pour les effets œstrogéniques) même si ce dernier terme peut désigner tout composé naturel ou de synthèse présentant des propriétés similaires à celles des hormones (se liant généralement à certains récepteurs hormonaux). On parle aussi de perturbateur endocrinien environnemental (ou PEE) qui sont des xénoandrogène.
En 1996 lors d'un colloque à Weybridge, les organisateurs (Commission européenne et OCDE, impliqués dans la définition et harmonisation des tests de toxicité), avec l'OMS et l'industrie chimique européenne, définissent le perturbateur endocrinien comme toute Perturbateurs endocriniens, le temps de la précaution, rapport de l'opecst ; Sénat français, 12 juillet 2011 . Proceedings of the European Workshop on the Impact of Endocrine Disrupters on Human Health and Wildlife - Commission européenne, Weybridge, 1997, 58 p. ..
L'EPA en a une autre définition : .
En 2002, un « état des lieux scientifique » de l'OMS OMS, Global assessment of the state of the science of endocrine disruptors, WHO- IPCS/UNEP/ILO–2002 ., mis à jour en 2012 State of the science Endocrine disrupting chemicals - 2012, WHO/UNEP, 2013 ., les définit comme , en introduisent une notion de sous-population : Rapport du PISC - OMS, 2002 . ; définition reprise par l'Union européenne pour laquelle un perturbateur endocrinien (PE) est un agent qui parait perturber (ou influencer sans contrôle) le fonctionnement du système endocrinien et plus précisément
Le perturbateur endocrinien en tant qu'« altéragène biologique, physique ou chimique » répond à la définition normalisée du mot « polluant » retenue par l'AFNOR en FranceDictionnaire du vocabulaire normalisé de l'Environnement, AFNOR., il y a consensus sur le fait qu'il agit à très faible dose (comme toutes les hormones), mais des élus et autorités chargées d'établir les réglementations se demandent si on peut établir des seuils sous lesquels les perturbations de l'homéostasie induites par un PE ne seraient pas délétères. Pour l'AESA dont le Comité scientifique a repris la définition de l’OMS en la reformulant en Un perturbateur endocrinien devrait faire l'objet d'une évaluation sanitaire et environnementale en tant que potentiellement « délétère » s'il répond à trois conditions : Il présente un effet délétère sur un organisme intact ou sur une (sous-)population de cet organisme ; Il a une activité endocrinienne (sur tout ou partie des quatre voies hormonales ; œstrogénique, androgénique, thyroïdienne et stéroïdogénique ; Il existe une possible relation de causalité entre les deux.
Selon l'EFSA (2013) : . L'OMS a précisé sa définition en y introduisant la notion de potentialité (Perturbateur endocrinien potentiel) ; . En 2006, la réglementation REACHRèglement du 18 décembre 2006. permet d’identifier les perturbateurs endocriniens comme substances extrêmement préoccupantes, susceptibles de faire l'objet de mesures de gestion spécifiquesDéfinitions reprise par l'appel à projet français 2008 (Programme national de recherche « Perturbateurs endocriniens », ou PNRPE), .. En 2009, la notion d'« effets néfastes » est défini par l'Institut fédéral d’évaluation des risques (BfR) de Berlin comme : .
Débat scientifique sur les effets à faible doses Classiquement, en toxicologie, on admet que les effets d'un toxique peuvent suivre deux modèles : un modèle dose-dépendant linéaire, où les effets sont fonction de la dose, ou un modèle tout-ou-rien, où les effets se manifestent au-delà d'un seuil. Ces modèles permettent aux organismes de santé publique d'établir des seuils réglementaires par produit (comme le taux de plomb dans l'eau du robinet, de ).
Les critiques qui mettent en doute les effets nocifs des perturbateurs endocriniens soutiennent que leurs concentrations mesurées dans la nature sont trop faibles pour déclencher ces effets nocifs.