Le massacre de Tulle est un ensemble de crimes commis dans la ville de Tulle par la SS « Das Reich » le , trois jours après le débarquement en Normandie. Après une offensive des FTP, les et , au cours de laquelle les troupes allemandes perdent au moins 35 soldats et tuent dix-huit garde-voies, l'arrivée d'éléments de la « Das Reich » contraint les maquisards à évacuer la ville.

Le , après avoir raflé les hommes de , les SS et des membres du Sipo-SD vouent de Tulle à la pendaison, sont effectivement suppliciés. Dans les jours qui suivent, sont déportés à Dachau, où la vie. Au total, les crimes de la Wehrmacht, de la Waffen-SS et du Sipo-SD font à Tulle.

Contexte historique La division « Das Reich »

gauche|vignette|redresse=0.5|alt=reproduction en noir et blanc de l'insigne de la Panzerdivision Das Reich|Insigne de la Das Reich.

Au début de 1944, après avoir subi de lourdes pertes sur le front de l'Est, la blindée SS « Das Reich », sous le commandement du Gruppenführer Heinz Lammerding, est regroupée dans la région de Montauban, pour être reformée en prévision d'un débarquement allié quelque part sur le front Ouest. Elle est composée de appuyés de blindés légers, semi-chenillés et de chars.

Cette division présente les quatre critères déterminants pour devenir les auteurs de massacres en France, tels que définis par l'historien Peter Lieb : ses membres sont imprégnés par l'idéologie nationale-socialiste, ils ont combattu sur le front de l'Est, se perçoivent comme une unité militaire d'élite et ont déjà participé à des opérations de lutte contre les partisans.

Au lendemain du débarquement de Normandie, elle reçoit l'ordre de se positionner dans la région entre Tulle et Limoges pour y réduire les maquis qui, depuis l'annonce du débarquement allié, ont intensifié les actions de sabotage et de harcèlement des garnisons allemandes. C'est le régiment « Der Führer » qui est chargé de préparer l'arrivée de la division. vignette|redresse=1.4|alt=Carte en couleurs du parcours de la Das Reich et |Parcours de la Das Reich et .

La lutte contre les partisans est régie par des ordres émis début 1944, connus sous le nom d’ordonnance Sperrle, du nom du Generalfeldmarschall, adjoint au haut commandement de l'Ouest. Selon ces ordres, la troupe est tenue de riposter immédiatement aux attaques terroristes en ouvrant le feu et si des civils innocents sont touchés, c'est regrettable, mais la responsabilité en incombe exclusivement aux terroristes ; les zones doivent être bouclées et tous les habitants, quels qu'ils soient, arrêtés ; les maisons qui ont abrité des partisans doivent être incendiées. L'ordonnance poursuit en précisant qu'.

Les ordres particuliers du commandant de la division apportent des précisions tactiques : Le , le général Lammerding fait approuver par sa hiérarchie un programme répressif qui reprend les mesures mises en œuvre en Europe de l’Est et à l'arrière du front dans la lutte contre les partisans à partir de 1941. Ce programme prévoit notamment des actions de contre-propagande et de discrimination, « actions ayant pour but de monter la population contre les terroristes » ; il prévoit aussi des arrestations massives et préventives, l'occupation de localités et le ratissage de zones, la réquisition de véhicules. Il précise enfin l'annonce et l'exécution de la disposition que, pour chaque Allemand blessé et pour chaque Allemand tombé, dix terroristes seront pendus (et non fusillés). L'exécution par pendaison n'est pas usuelle dans la justice française. Par son application aux terroristes, ceux-ci seront discriminés et exclus de la communauté du peuple français.

Entre le début mai et le , la division, et particulièrement le régiment « Der Führer » effectue, sous les directives du service de renseignements, de nombreuses missions de recherche de bases et dépôts de partisans ainsi que des opérations consécutives aux actes de la résistance. Au cours de ces opérations, une soixantaine de maquisards est tuée et une vingtaine envoyée en déportation ; une centaine de civils est également tuée en diverses circonstances et un millier déporté en Allemagne. Plusieurs centaines de maisons sont incendiées.

La répression allemande en Corrèze Compte tenu de l'activité de la Résistance dans la région, la Corrèze et plus particulièrement la ville de Tulle et ses alentours font l'objet de nombreuses interventions des services de sécurité allemands. Le , un Kommando de douze membres du Sipo-SD dépendant du Kommandeur der Sicherheitspolizei und Siecherheitsdienst de Limoges, August Meier, arrive à Tulle. Dirigés par le Hauptsturmführer Friedrich Korten, ces hommes participent à la répression des maquis avec des éléments de la Légion nord-africaine sous le commandement de Henri Lafont. Pour le préfet Pierre Trouillé,

Ils collaborent au ratissage systématique effectué au cours du mois d'avril par la « division Brehmer ». Celle-ci n'est pas une véritable division mais un regroupement temporaire d'unités composites, qui comporte notamment le de la de sécurité et les Géorgiens du d'infanterie, recrutés parmi les prisonniers de guerre de l'Armée rouge. Du au , la division du général Brehmer arrête ; dans le village du Lonzac, sont abattus et incendiées ; à Brive, sont arrêtées et envoyées dans des camps de travail en Allemagne. Le bilan des opérations de répression de la division Brehmer se solde par maintenues, , ou délits dans et assassinés, sans confrontation directe avec le maquis. La division Brehmer quitte la Corrèze en mai, après avoir également dévasté la Dordogne et la Haute-Vienne. Cette vague de répression explique en partie l'attaque de la ville de Tulle par la Résistance qui espère mettre fin aux souffrances de la population.

Bataille de Tulle Libération

L'attaque de Tulle est planifiée par le commandant des maquis FTP de Corrèze, Jacques Chapou, dit Kléber, mi-avril ou début : « à l'origine, il semble bien que cette attaque ait été envisagée sans aucun lien avec le débarquement dont la date était encore imprévisible ». Elle poursuit plusieurs objectifs : , mais aussi, Contactés, les responsables de l'Armée secrète se montrent tout à fait opposés à une opération contre un centre urbain.

Selon J. Delarue, Tulle est défendue par une garnison de sept cents hommes du du de sécurité de la Wehrmacht, auxquels il faut ajouter six ou sept cents hommes des Gardes Mobiles et de la Milice française ; B. Kartheuser estime quant à lui les effectifs du de sécurité à , issus des , et de l'état-major, sur la base d'un relevé détaillé établi le . Face à eux, les résistants disposent de , dont 450 ne participent pas au déclenchement de l'opération et de en soutien. Pour Jean-Jacques Fouché et Gilbert Beaubatie, les forces en présence s'élèvent à un peu plus de trois cents hommes du côté allemand, l'attaque étant lancée par quatre cents FTP, qui sont rejoints ensuite par cent-vingt combattants supplémentaires en milieu d'après-midi le 7 et le 8 au matin.

L'offensive se déclenche le à cinq heures du matin et un coup de bazooka tiré sur la caserne du Champ de Mars où sont cantonnées les forces de maintien de l'ordre donne le signal de l'attaque. Dès six heures, les édifices dans lesquels se trouve la garnison allemande sont cernés ; la poste et la mairie, où les FTP établissent leur poste de commandement, sont occupées vers sept heures. À huit heures, la gare elle aussi est prise par les résistants, qui y trouvent dix-huit gardes-voies et un employé des chemins de fer, Abel Leblanc : invités à rejoindre le maquis, ceux-ci préfèrent attendre la fin des combats dans la salle d'attente. À 11 h 30, les forces de la Milice et des GMR hissent le drapeau blanc sur la caserne du Champ de Mars : après des négociations, ils quittent la ville vers seize heures, en emportant tout leur matériel. Pour Elie Dupuy, dont le groupe de combat FTP n'avait pas été touché par l'ordre de repli de Chapou, ce départ est un échec, l'un des buts de l'opération étant de récupérer le matériel de guerre et de transport des forces de l'ordre ; mais avec son seul bataillon de quatre-vingt-dix hommes, il n'a pas les moyens .

Pendant ce temps, vers 13 h 30, les Allemands profitent du retrait partiel des maquisards sur les hauteurs ordonné par Chapou et reprennent brièvement le contrôle de la gare, dans laquelle ils découvrent à leur tour les gardes-voies, porteurs d'un brassard blanc, signe distinctif de leur fonction, mais semblable à celui des FTP. Dès que les gardes-voies sortent du bâtiment, sans le moindre interrogatoire, sans même être fouillés, ils sont pris sous le feu des troupes allemandes dans la cour de la gare ou le long des voies menant au garage du chemin de fer départemental, fauchés « par des tirs croisés dont ceux d'une mitrailleuse leur tirant dans le dos », alors qu'ils s'adressent aux Allemands en leur criant « Camarades ! Camarades ! ». Seul Abel Leblanc survit à la fusillade. Pour B. Kartheuser, il s'agit d'un assassinat délibéré, les Allemands étant au courant de la présence des gardes-voies et connaissant leur tenue.

Dans la nuit du 7 au 8, alors que les maquisards, toujours privés des du groupe A, se sont retirés sur les hauteurs, la garnison allemande se regroupe en trois lieux : l'école normale de jeunes filles au nord, la manufacture d'armes et l'école de Souilhac au sud. Les combats reprennent à six heures trente du matin, la principale offensive étant dirigée contre l'école normale, bastion principal des troupes allemandes. Face à la résistance des Allemands, les FTP boutent le feu à l'édifice vers quinze heures. Vers dix-sept heures, dans des circonstances qui restent peu claires et discutées, les Allemands tentent une sortie ou essaient de se rendre : si l'un d'entre eux agite un chiffon blanc, d'autres portent des grenades amorcées. Dans la confusion la plus totale, les maquisards ouvrent le feu à l'arme automatique : certains soldats sont fauchés à bout portant, des grenades explosent, ce qui explique les blessures, terriblement mutilantes observées sur les cadavres. Après la reddition des troupes allemandes, neuf membres du SD sont identifiés, notamment avec l'aide d'une trentaine de maquisards libérés, emmenés au cimetière et fusillés sans jugement. Les combats cessent dès ce moment, les résistants se contentant de maintenir l'encerclement de la manufacture d'armes et de l'école de Souilhac, qu'ils comptent attaquer le lendemain. Alors que les blessés allemands et français sont emmenés à l'hôpital, Kléber se rend à la préfecture et demande au préfet Pierre Trouillé de continuer à assurer la direction de l'administration. Pour la résistance, à l'exception des deux petits bastions à prendre le lendemain, Tulle est libérée.

Les pertes allemandes sont estimées à , et 35 disparus par Sarah Farmer. Pour G. Penaud, elles s’élèvent à une cinquantaine de morts, une soixantaine de disparus, sans doute faits prisonniers et de 23 à . Marcel Godefroy, alias colonel Rivière, commissaire aux opérations de l'interrégion B des FTPF, déclarera plus tard que sur 54 prisonniers de la Wehrmacht retenus à Meymac, 47 furent exécutés le après avoir rejetés la proposition de rejoindre les partisans. 7 autres, tchécoslovaques et polonais d'origine, seront intégrés dans la FTP-MOI.

Réoccupation