Les élections législatives irlandaises de 2011 ont eu lieu le , de manière anticipée, à la suite de la dissolution du Dáil Éireann, chambre basse de l’Oireachtas, par la présidente Mary McAleese, après une demande en ce sens du Taoiseach, Brian Cowen.
Contexte
Crise financière À la suite du sauvetage de ses établissements bancaires et de la grave détérioration de sa dette publique, l'Irlande a été forcée de faire appel à un plan de sauvetage de l'Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI), sur fond de crainte d'une contagion de la crise des dettes souveraines européennes. Le fonds européen de stabilité financière (EFSF) a alors offert à l'Irlande un prêt de plusieurs dizaines de milliards d'euros pour alléger le fardeau de sa dette.
Cette démarche a été très fortement critiquée en Irlande, le grand quotidien progressiste The Irish Times fustigeant le Fianna Fáil (FF), parti centriste et conservateur au pouvoir, car en dépit de « son principal engagement, qui est de « Maintenir le statut de l'Irlande comme État souverain », les idéaux du Parti républicain sont maintenant en lambeaux. » C'était pour ça ?, The Irish Times, le .
Complications politiques Après avoir accepté l'accord le , le chef du Parti vert (GP), John Gormley, ministre de l'Environnement, a appelé à la tenue d'élections générales dans la deuxième moitié de , ajoutant que son parti soutiendrait la coalition « dans les semaines et les mois à venir » Des élections après l'achèvement du processus budgétaire, RTÉ News, le .
Quant aux deux principaux partis d'opposition, le Fine Gael (FG) et le Parti travailliste (Labour), ils ont appelé à la tenue immédiates d'élections anticipées, afin de retrouver la « certitude politique » Les élections irlandaises convoquées pour début 2011, Al Jazeera English, le . Le 22 novembre, le Taoiseach Brian Cowen a indiqué que les élections auraient lieu au début de 2011, soit après l'adoption du budget de l'État pour cette même année. Il s'est justifié par la crainte que la tenue d'élections anticipées avant l'adoption du plan d'austérité ne conduise à une nouvelle dégradation de l'Irlande sur le marché du crédit Les enchères sur l'aide irlandaise forcent Cowen à convoquer des élections, risquant d'accélérer la dégardation de Moody's, Bloomberg LP, le .
Éléments légaux Date du scrutin Conformément à la section 7 de la loi électorale de 1927, le Dáil Éireann doit être dissous dans les cinq ans qui suivent sa première réunion consécutive aux précédentes élections, qui se sont tenues le Section 7 de la loi électorale de 1927, Irish Statute Book, consulté le . L'article 16, alinéa 3, de la Constitution de l'Irlande, des élections générales doivent avoir lieu au plus tard trente jours après la dissolution. En principe, le délai pour convoquer les élections courait jusqu'au Constitution irlandaise du juillet 1937, Digithèque des matériaux juridiques et politiques de l'université de Perpignan, consulté le .
Au moment de l'annonce des élections anticipées, la ministre du Tourisme, de la Culture et des Sports, Mary Hanafin, a fait savoir que les élections pourraient se tenir mi-mars 2011 Hanafin prédit des élections mi-mars, The Irish Times, le . Quant au ministre des Entreprises, du Commerce et de l'Innovation, Batt O'Keeffe, il a indiqué que le scrutin pourrait être convoqué le 25 mars Batt O'Keffe signale le 25 mars comme une date possible des élections, 'breakingnews.ie, le . Convoqués le 11 mars initialement, les électeurs se rendront finalement aux urnes dès le 25 février.
Mode de scrutin Les élections générales irlandaises se tiennent suivant un scrutin proportionnel plurinominal avec scrutin à vote unique transférable Représentation proportionnelle, Comité d'information des citoyens, consulté le . Elles ont lieu dans 43 circonscriptions électorales et concernent 165 des . En effet, le Ceann Comhairle, qui préside le Dáil Éireann, est automatiquement réélu, conformément à l'article 16, alinéa 6, de la Constitution.
Campagne électorale Principaux partis et chefs de file PartiChef de file Résultats en 2007 Fianna Fáil 100px|Micheál Martin Micheál Martin 41,56 % des voix Fine Gael 100px|Enda Kenny Enda Kenny 27,32 % des voix Parti travailliste Labour Party 100px|Eamon Gilmore Eamon Gilmore 10,13 % des voix Parti vert Green Party 100px|John Gormley John Gormley 4,69 % des voix Sinn Féin 100px|Gerry Adams Gerry Adams 6,94 % des voix Alliance de la gauche unie United Left Alliance 100px Aucun Absente
Faits marquants Avant même l'annonce de la tenue d'élections anticipées, le chef du Sinn Féin d'Irlande du Nord, Gerry Adams, a annoncé qu'il comptait démissionner de l'Assemblée d'Irlande du Nord et de la Chambre des communes britannique afin de briguer un siège au Dáil ÉireannGerry Adams, député au Nord, candidat au Sud, Le Monde, le . En outre, l'ancien Taoiseach, Bertie Ahern, et son homonyme le ministre de la Justice Dermot Ahern, ne seront pas candidats à la réélection au cours de ces élections.
Le , l'Alliance du peuple avant le profit (PBPA), le Parti socialiste (SP) et le Groupe d'action des travailleurs et des chômeurs (WUAG) annoncent la création de l'Alliance de la gauche unie (ULA) Une nouvelle « Alliance de la gauche unie » formée, RTÉ News, le . Celle-ci est officiellement lancée à Dublin quatre jours plus tard Rassemblement public de lancement, unitedleftalliance.org.
Le , le ministre des Affaires étrangères Micheál Martin, membre du Fianna Fáil, démissionne après la décision de Brian Cowen de solliciter le renouvellement de la confiance de son groupe parlementaire plutôt que démissionner. Le chef de la diplomatie a en effet indiqué son intention de voter contre le Premier ministre, après le défi lancé par ce dernier à ses adversaires en interneDépart du chef de la diplomatie irlandaise, Le Figaro, le . Le chef du gouvernement d'ailleurs été mis en difficulté au début de cette année 2011, avec la révélation par l'ancien dirigeant de la Anglo Irish Bank, Sean FitzPatrick, des liens étroits que tous deux semblaient entretenir lorsque Brian Cowen occupait le poste de ministre des FinancesLe premier ministre irlandais annonce des législatives anticipées, Le Monde, le . Il parvient toutefois à obtenir la confiance des parlementaires, tandis que plusieurs députés, opposés à Cowen, révèlent que le ministre des Finances, Brian Lenihan, avait encouragé la dissidence, aspirant à devenir chef du parti lui-même, avant d'apporter son soutien au Premier ministre Les députés du Fianna Fáil approuvent le leadership de Cowen lors d'un vote, The Irish Times, le .
À peine quatre jours après le départ du chef de la diplomatie, cinq ministres quittent à leur tour le gouvernement, accentuant la crise interne au Fianna Fáil. Face à ces départs inattendus, le chef du Fine Gael, Enda Kenny, a dénoncé « le pire gouvernement du pays » et affirmé que « Ceci ne serait jamais arrivé, même au temps des plus grands dictateurs. »Irlande : Crise au gouvernement : six ministres démissionnent !, Le Post, le . Finalement, le 22 janvier, Brian Cowen renonce à diriger son parti, invoquant une décision personnelle destinée à favoriser l'unité de sa formation, tout en se maintenant à la tête du gouvernementFragilisé, le premier ministre irlandais démissionne de la tête de son parti, Le Monde, le .
Dès le lendemain, le Parti vert (GP), qui réclame que la date des élections soit avancée, annonce qu'il se retire de la coalition gouvernementale, privant le Premier ministre de majorité, tout en précisant qu'il votera le budget de rigueurIrlande: la coalition se rompt, Le Figaro, le . Quatre jours après le retrait de Cowen, Micheál Martin, ex-ministre des Affaires étrangères ayant défié le chef du parti, est élu pour lui succéder à la présidence du Fianna FáilIrlande : Michael Martin élu à la tête du parti centriste Fianna Fail, Radio France internationale, le .
Alors que le scrutin était initialement programmé pour le 11 marsNouvelle série de démissions au sein du gouvernement irlandais, Le Monde, le , le Premier ministre annonce, le 1er février, que l'élection sera finalement convoquée le 25 février et qu'il va se retirer de la vie politiqueDissolution du Parlement irlandais et nouvelles législatives le 25 février, Radio France internationale, le . Peu avant, Enda Kenny avait annoncé sa volonté, en cas de victoire, de renégocier les conditions du plan d'aide financière, en particulier le taux d'intérêt imposé au pays pour le remboursement, son parti précisant qu'il n'était pas question de relever la fiscalité sur les entreprises, très basse en IrlandeAide à l'Irlande: l'opposition prévient Bruxelles qu'elle veut renégocier, Dépêche AFP par Le Monde, le .
Sondages MandantDateFianna FáilFine GaelLabourParti vertSinn FéinAutres/Ind. Paddy Power 23/02/2011 16 % 40 % 18 % 3 % 10 % 14 % Sunday Independent 20/02/2011 16 % 37 % 20 % 1 % 12 % 14 % Irish Daily Star 17/02/2011 17 % 39 % 18 % 2 % 10 % 14 % The Sunday Business Post 13/02/2011 15 % 38 % 20 % 3 % 10 % 14 % The Sunday Business Post 06/02/2011 17 % 35 % 22 % 2 % 13 % 11 % The Irish Times 03/02/2011 15 % 33 % 24 % 1 % 12 % 15 % The Sunday Business Post 30/01/2011 16 % 33 % 21 % 2 % 13 % 15 % Paddy Power 07/01/2011 14 % 35 % 21 % 4 % 14 % 12 % The Sunday Business Post 19/12/2010 17 % 34 % 23 % 2 % 14 % 10 % The Irish Times 16/12/2010 17 % 30 % 25 % 2 % 15 % 11 % The Irish Sun 03/12/2010 13 % 32 % 24 % 3 % 16 % 11 % The Sunday Business Post 21/11/2010 17 % 33 % 27 % 3 % 11 % 8 % The Sunday Business Post 24/10/2010 18 % 32 % 27 % 4 % 9 % 10 % The Irish Times 30/09/2010 24 % 24 % 33 % 2 % 8 % 9 % The Sunday Business Post 26/09/2010 24 % 31 % 23 % 3 % 10 % 9 % TV3 News 23/09/2010 22 % 30 % 35 % 2 % 4 % 8 % The Sunday Business Post 27/06/2010 24 % 33 % 27 % 2 % 8 % 6 % The Irish Times 11/06/2010 17 % 28 % 32 % 3 % 9 % 11 % The Sunday Business Post 30/05/2010 24 % 30 % 22 % 5 % 10 % 9 % Dernières élections 24/05.2007 41,5 % 27,3 % 10,1 % 4,7 % 6,9 % 9,4 %
Résultats Projections D'après la société de médias publics Raidió Teilifís Éireann (RTE), le Fine Gael serait arrivé en tête avec 36,1 % des voix, suivi du Parti travailliste, qui recueillerait 20,5 % des suffrages, soit le meilleur score de son histoire. Classé troisième, le Fianna Fáil devrait se contenter de 15,1 % des voix, obtenant ainsi son plus mauvais résultat, tandis que le Sinn Féin recevrait 10,1 % des votes et que le Parti vert fermerait la marche avec 2,7 % des voix. Enfin, les candidats dits indépendants cumuleraient 15,6 % des suffrages Le Fine Gael en passe de diriger le prochain gouvernement, RTÉ, le .
Personnalités battues Dans la circonscription de Longford Westmeath, Mary O'Rourke, tante du ministre des Finances Brian Lenihan, perd son siège dès le deuxième décompte. Au quatrième décompte, Conor Lenihan, secrétaire d'État à la Science et frère de Brian, dans la circonscription de Dublin South West, et Mary Coughlan, Vice-Première ministre et ancienne vice-présidente du Fianna Fáil, dans celle de Donegal South West, sont battus. Au sixième décompte de Dublin North West, le ministre des Communautés et de l'Égalité, Pat Carey, est à son tour défait. Après avoir attendu jusqu'au onzième décompte dans Dún Laoghaire, la ministre de la Culture et vice-présidente du Fianna Fáil, Mary Hanafin, perd elle aussi son siège. Le secrétaire d'État aux Affaires européennes et ex-ministre de l'Environnement, Dick Roche, est également exclu de l'assemblée, à l'issue du treizième décompte de la circonscription de Wicklow.