thumb|upright=0.8|L’abbé Joseph-Marie Timon-David.

Le patronage paroissial désigne certaines œuvres catholiques et protestantes attachées dans un premier temps à l’éducation populaire des jeunes gens des classes défavorisées. De telles institutions apparaissent dans les divers pays d’Europe aux limites des mais le terme de patronage reste bien attaché à la Belgique et plus encore à la France où les patronages catholiques voient le jour à Marseille dès la fin du Consulat avec l’abbé Jean-Joseph Allemand. L’idée est reprise ensuite par l’abbé Timon-David et se développe ensuite largement au sein des congrégations : les Frères des écoles chrétiennes, les salésiens de Jean Bosco, les Frères de Saint Vincent de Paul de Frédéric Ozanam, le Tiers-Ordre dominicain puis plus tardivement chez les Fils de la charité au début du .

Parallèlement au catholicisme social, ces institutions se développent en France dans les paroisses à la fin du pour donner naissance à une fédération sportive en 1898, quelques années après la Belgique. Cette fédération devient en 1903 la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France et, à partir de 1968, la Fédération sportive et culturelle de France. En 1905, avec la loi de séparation des Églises et de l’État, les patronages adoptent le statut d’associations loi de 1901. Ils connaissent ensuite un développement très important entre les deux guerres et après 1945. Toutefois à partir de 1965, les choix pastoraux de l’Église de France les contraignent à la laïcisation et les patronages actuels ne sont le plus souvent que des associations sportives et culturelles laïques qui restent cependant attachées à leurs références originelles pour le plus grand nombre d’entre elles.

Des précurseurs à une fédération

Les patronages des ordres religieux (1800-1870) thumb|upright=0.8|Saint Jean Bosco, fondateur des Salésiens.

En France, les patronages voient le jour à Marseille au début du , avec l’abbé Jean-Joseph Allemand, qui les définit comme des . En faisant place aux activités physiques, en complément des cercles d'études, ils apparaissent tant au sein des établissements caritatifs à vocation sociale des frères de Saint-Vincent de Paul qu'au sein de ceux d’ordres enseignants s'adressant aux élites comme l’institut de Sorèze> avec le père Henri Lacordaire. Les jeux traditionnels de course, d’échasses et de ballon composent d’abord l’essentiel de ces activités mais avec Timon David la gymnastique, développée sous la Restauration par le colonel don Francisco Amoros, est mise à l'honneur. Cette tendance est renforcée par les Frères des écoles chrétiennes qui l’inscrivent dans le cadre de leurs activités scolaires.

Cette pratique reste surtout intra-muros et les patronages locaux des divers ordres religieux évitent le plus souvent de se rencontrer et de s'affronter. Ce n'est qu'en 1855 que parait une revue commune à ces œuvres alors qu'à Paris une Association des jeunes ouvriers est fondée par Maurice Maignen. Quelques directeurs d'œuvres réunis en congrès à Angers en y fondent l'Union des œuvres ouvrières catholiques de France. En 1865Maurice Maignen et la contre-révolution, pensée et action d'un catholique social 1871-1890, Mémoire présenté sous la direction de Michèle Cointet, UFR Arts et sciences humaines Département d’Histoire Université de Tours 2004 l'association de Maignen devient Cercle des jeunes ouvriersPlus connu sous le nom de Cercle Montparnasse et à la veille de la guerre de 1870 une Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers est créée. Notons que la devise du Comité international olympique (CIO) : exprimée pour la première fois le est empruntée à l'un de ces établissements, celui d’Albert-le-Grand à Arcueil alors dirigé par le père Henri Didon que l'on retrouve alors au sein du premier comité directeur de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques.

Les patronages paroissiaux (1870-1898) thumb|Le « théâtre de patronage » à la fin du . Après la défaite de 1870, l’œuvre des cercles catholiques d'ouvriers, appelée aussi les cercles ouvriers est créée en 1871 par le comte Albert de Mun. Des fêtes et concours regroupant plusieurs institutions se multiplient et le docteur Paul Michaux, fondateur de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF), reconnaît lui-même avoir participé ou collaboré à vingt-cinq fêtes gymnastiques, sportives et militaires entre 1872 et 1897, soit bien avant la création de sa fédération. Ce n’est qu’après les élections de 1877 et 1879, et l’arrivée des républicains au pouvoir, que les patronages paroissiaux se développent vraiment, soutenus par le haut clergé et placés sous l’autorité d’un vicaire-directeur. Ainsi entre 1900 et 1960 pratiquement toutes les paroisses (excepté de petites paroisses rurales) sont concernées par l'existence d'un « patro » avec sa section sportive, indispensable complément du catéchisme. Les patronages du qui concernent surtout les apprentis et jeunes ouvriers s'ouvrent alors aux enfants de tous âges.

En 1888, une Commission des patronages et œuvres de jeunesse de France est créée au siège de l’Institut catholique de Paris (ICP) et trois ans plus tard, le , cette commission édite son bulletin Le Patronage. À côté des conférences caritatives et des cercles d’études où se propage le catholicisme social, la part des activités physiques prend alors une telle importance qu’ils deviennent un moteur majeur, tant à travers leurs organisations civiles que scolaires, de l’essor de la gymnastique et de la naissance du sport en France. Avant 1914, les trois grandes fédérations françaises sont la , l'Union des sociétés de gymnastique de France (USGF) et l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA). Après 1918, celle-ci disparaît au bénéfice des fédérations spécialisées mais les deux autres perdurent. L’anticléricalisme de la , surtout celui de l’, incite l’épiscopat à favoriser la réunion de ses sections de gymnastique au sein d’une organisation spécifique en 1898. Ces patronages ne se limitent pas à la métropole, ils se développent aussi dans l'Empire colonial français et, en particulier, en Algérie, à l’initiative de Lavigerie.

Constitution d'une fédération (1898-1906)

Deux ans après la rénovation des Jeux olympiques qui souligne l’importance du sport, l'Union des sociétés de gymnastique et d'instruction militaire des patronages et œuvres de jeunesse de France (USGIMPOJF) apparaît en 1898 dans un contexte général tendu entre laïcs et catholiques, l’année même de la révision du procès Dreyfus. L’organisme s’affirme en 1901 comme Fédération des sociétés catholiques de gymnastique (FSCG) avant d’être déclaré en 1903 comme . Paul Michaux, lorrain de naissance et parisien d'adoption, n’est cependant pas le seul à se saisir de ce problème : à la fin de l'année 1902 l'Elsaessicher Turnbund obtient enfin des autorités allemandes une reconnaissance qu'elle réclame depuis quelques années AGR, Guide-Programme officiel du concours international des gymnastes catholiques de Strasbourg 6, 7 et 8 août 1921 sous le haut patronage de M. Alexandre Millerand président de la République et de M. le maréchal Foch, Strasbourg, 1921, page 15 et la région lyonnaise, forte au début du siècle d’une trentaine de patronages, déclare au début de l'année 1903 sa propre Fédération des sociétés catholiques de gymnastique du Rhône et du sud-est qui ne rallie la qu’en 1908.

En dépit de ces nouvelles structures fédératrices, bon nombre de patronages continuent à adhérer tant à l’ qu’à l’ qui les accueillent jusque-là. L’hostilité des pouvoirs publics et de ces fédérations à l’égard de ceux qui répondent à l’invitation du pape et participent en 1906 au concours de gymnastique de Rome achève de les regrouper dans le giron catholique de la qui organise à partir de cette date ses propres championnats. Celle-ci devient Fédération sportive de France (FSF) en 1947 puis Fédération sportive et culturelle de France (FSCF) en 1968. Bien avant l'apparition de la licence, la seule participation aux concours de gymnastique et de musique organisés par la fédération est la marque la plus tangible d'adhésion.

Du patronage à l’association

Le temps des combats (1906-1919) thumb|La soutane du directeur et le complet-cravate du président, symboles de l'autorité familiale du patronage Pour se mettre à l’abri des mesures anticléricales, quelques patronages ont déjà choisi le statut associatif ouvert par la récente loi de 1901. Par exemple, l’abbé Deschamps anticipe à Auxerre la séparation de l'Église et de l'État et déclare son patronage en préfecture. Le mouvement s’accélère à l’automne 1906. Pour se conformer à la loi et sur les conseils du secrétaire général de la , Charles Simon, beaucoup de patronages troquent alors leur nom pour un nouveau : la Saint-Joseph d’Auxerre devient Association de la jeunesse auxerroise, la Saint-Léon de Bagnolet devient l'Alsace de Bagnolet, le patronage Saint-Honoré d’Eylau devient l'Étoile des Deux Lacs, les œuvres de Sainte-Geneviève des Grandes-Carrières deviennent Championnet Sports rapidement complété par l’Association Championnet et le patronage Saint-Denys d’Argenteuil devient la Saint-Georges d'Argenteuil. Souvent, comme l'illustrent à Cholet les histoires parallèles du patronage Notre-Dame-de-la-Garde et de la Jeune-France, l'ancien patronage subsiste pour gérer les activités non sportives et les membres du bureau des deux associations sont alors presque toujours les mêmes.

Le vicaire-directeurDans les paroisses importantes, le curé confie le plus souvent à son premier vicaire la direction du patronage lorsqu'il ne l'assume pas lui-même. Parfois le curé dirige le patronage de filles et le vicaire, celui des garçons. doit s’accommoder de la cohabitation avec un président, dont la candidature a été le plus souvent suscitée par son curé de paroisse. Les patronages ont vécu pour laisser place aux « patros », composantes incontournables des origines du sport français. Mais leur rôle ne s’arrête pas là et ils contribuent aussi largement au développement de la musique à travers leurs cliques et fanfares, du théâtre, du cinéma populaire et des colonies de vacances. Longtemps gérées par des organismes spécifiques, respectivement l'Association théâtrale des œuvres catholiques d’éducation populaire (ATOCEP) et la Fédération loisirs et culture cinématographiques (FLECC), ces activités ne sont véritablement prises en charge par la qu’à partir des années 1960.

De 1900 à 1914, les patronages s'associent à l’espoir de reconquérir l’Alsace et la Lorraine et font une priorité de la préparation militaire et du tir : en 1914, alors qu'ils ont déjà pratiquement tous adopté le statut de la loi de 1901, un lauréat sur trois du Brevet d’aptitude militaire l’a préparé au sein de la . Ils perdent plus de durant la Première Guerre mondiale mais n’interrompent pas pour autant leurs activités. À Paris ils mettent leurs services et leurs effectifs non mobilisés à la disposition du Ministère de la Guerre pour l'accueil des blessés en gare de l'Est et l'aide aux travaux agricoles. Aussi, le , ils peuvent réunir à Metz gymnastes venus de tout l’hexagone pour accueillir l', fédération des patronages catholiques d'Alsace.

L'âge d'or (1919-1965) thumb|upright=0.8|Les concours de gymnastique et de fanfares, moments forts de la vie des patronages.