Philippe-Charles d'Arenberg (né le au Château de Barbençon, mort le à Madrid), et et du Saint-Empire, , est un militaire, au service de la couronne d'Espagne, et diplomate des Pays-Bas espagnols au .

Philippe d’Arenberg portait le titre de duc d'Aerschot depuis 1616, en vertu de l’autorisation de sa mère, qui avait eu ce duché en héritage de .

Arrêté le , comme impliqué dans la conspiration de la haute noblesse des Pays-Bas espagnols contre le royaume d'Espagne, il est retenu prisonnier à Madrid jusqu'à sa mort survenue le .

Biographie

Le prince Philippe-Charles d'Arenberg fit ses premières armes, à l’âge de dix-neuf ans, sous Ambrogio Spinola. En 1609, l’archiduc Albert l’arma chevalier de sa main, lui donna l’une des compagnies d’ordonnances, et l’admit au nombre des gentilshommes de sa chambre.

La guerre avec les Provinces-Unies venait d’être terminée par la trêve conclue à Anvers le : Philippe d’Arenberg alla servir dans les troupes auxiliaires que les archiducs envoyèrent au duc de Neubourg, en lutte avec l’électeur de Brandebourg pour la succession de Clèves et de Juliers ; il se trouva à l’attaque et à la prise d’Aix-la-Chapelle, d’Orsoy, de Mülheim, de Wesel. En 1616 (), Albert le nomma mestre de camp d’un régiment d’infanterie wallonne. Il lui remit, au nom de , le , le collier de l'l'ordre de la Toison d'or ; l’appela, en 1619 (), à remplir les fonctions de conseiller d'État ; le plaça, en 1620 (), à la tête d’un régiment d’infanterie haute allemande de , et enfin, en 1621, l’envoya à Madrid, en mission extraordinaire, à l’occasion de l’avènement de au trône d’Espagne. Ce monarque, à son tour, le fit gouverneur, souverain bailli, capitaine des pays, comté et château de Namur, grand veneur et bailli des bois de la même province (), grand fauconnier des Pays-Bas (), grand veneur de Flandre (). En 1628, il le chargea, comme le plus ancien chevalier de la Toison d'or aux Pays-Bas, d’investir du collier de l’ordre les comtes de Sainte-AldegondeMaximilien († ), comte de Sainte-Aldegonde, baron de Noircarmes, vicomte de Visque, seigneur de Celles et de Genetz (Genech), sénéchal d'Ostrevant, maître d'hôtel des archiducs Albert et Isabelle, gouverneur et capitaine général de l'Artois, chevalier de la Toison d'or.

Source , d'Estaires, d'AnholtJean Jacques (1580 † 1630), comte de Bronckhorst et d'Anholt. (dont il épousera la veuve), son oncle le (1584 † - Bruxelles), , gouverneur de Luxembourg, un autre de ses oncles le comte de GamalerioOttavio Visconti († - Bruxelles), de Gamalero, gouverneur de Côme et son cousin le prince de BarbançonAlbert François d'Arenberg ( † - Madrid), de Barbançon et du Saint-Empire, comte d’Aigremont et de La Roche-en-Ardenne, seigneur et vicomte de Dåve, baron de La Buissière, seigneur de Harzé, de Melet, de Melin, de Villemont et de Soy, chevalier de la Toison d'or (1628, brevet ), gouverneur de Namur, comme lui, petit-fils de Jean de Ligne, baron de Barbançon, comte d'Arenberg..

Dans les années qui suivirent l’expiration de la trêve avec les Provinces-Unies, les troupes espagnoles, conduites par Ambroise Spinola, obtinrent quelques succès. Mais ayant appelé Spinola à Madrid en 1627, les choses changèrent de face. La campagne de 1629 fut particulièrement désastreuse : Wesel fut surpris, le , par un des lieutenants du prince d'Orange, Frédéric-Henri, qui lui-même s’empara de l’importante place de Bois-le-Duc (). À cette nouvelle, une commotion se manifesta dans tout le pays ; les murmures étaient unanimes contre les ministres espagnols ; on ne parlait de rien moins que de traiter avec les Provinces-Unies sans le concours de l’autorité royale, et même malgré elle. Des membres du clergé et de la noblesse se réunirent pour délibérer sur les mesures que réclamait le salut de la patrie. Interprètes de leurs sentiments, qui étaient ceux de la nation entière, l’archevêque de Malines, Jacobus Boonen, et le duc d'Aerschot présentèrent à l’infante Isabelle une adresse où, après avoir retracé tout ce que les Pays-Bas avaient souffert, depuis plus de cinquante ans, par le fait des Espagnols, ils demandaient qu’elle envoyât quelqu’un au roi, pour le supplier de laisser désormais les Belges se défendre et s’administrer eux-mêmes. L’infante chargea de cette mission le comte de Solre, de la maison de Croÿ, qui revint à Bruxelles au mois de , porteur de lettres de pleines de témoignages de la satisfaction de ce monarque pour le zèle et l’affection des états, de la peine qu’il ressentait de leurs maux, du désir qu’il avait d’y remédier ; contenant, de plus, la promesse de secours prompts et efficaces, et celle même de sa prochaine arrivée aux Pays-Bas. Ces déclarations et ces promesses ranimèrent pendant quelque temps le courage de la nation ; mais les effets ne répondirent pas aux paroles. L’impéritie du ministère espagnol de l’infante, la trahison du comte Henri de Bergh, l’envoi au Palatinat d’une partie des forces qui étaient destinées à tenir tête au prince d’Orange, facilitèrent à ce prince de nouvelles conquêtes : en une année il s’empara de Venloo, Ruremonde, Maestricht, Limbourg, Orsoy et de plusieurs autres places. La consternation était universelle dans les Pays-Bas catholiques ; de toutes parts on réclamait, comme en 1576, la convocation des États généraux. L’infante Isabelle se décida à les assembler, quoiqu’elle eût des ordres contraires du roi son neveu. Le duc d’Arschot s’était prononcé fortement pour cette mesure au sein du conseil.

États généraux (1632-1633)

Les États s’ouvrirent le , à Bruxelles. Le duc d’Arschot y siégea comme député et premier membre de la noblesse de Brabant. Son influence dans cette assemblée n’eut d’égale que celle de l’archevêque de Malines ; il fut l’un de ceux que les états élurent pour aller négocier la paix ou une trêve avec les Provinces-Unies (). Commencées à Maestricht, ces négociations se poursuivirent à La Haye. Le duc d’Arschot, qui était venu une première fois à Bruxelles (), pour faire changer la commission des députés belges, y revint le avec l’archevêque de Malines et deux autres de leurs collègues, afin de rendre compte, tant aux états généraux qu’à l’infante, de la marche des négociations, et de demander des instructions sur plusieurs points importants. Après les avoir obtenues, les députés repartirent pour La Haye le .

Ici se place un incident qui fit quelque bruit en ce temps-là : la querelle du duc d’Arschot avec Rubens. Dans leur séance du , les États généraux avaient résolu de demander à l’infante copie des instructions données par elle à Rubens et à d’autres personnes qu’elle avait chargées, à différentes reprises, de faire en Hollande des ouvertures directes ou indirectes d’accommodement. Rubens, à qui l’infante en fit part, lui exprima le désir de porter lui-même aux députés des états, à La Haye, les papiers qui étaient en son pouvoir ; elle y consentit, en lui permettant d’écrire au prince d’Orange pour un passeport. Quoique, dans sa lettre à Frédéric-Henri (), Rubens l’eût prié de lui garder le secret, la chose parvint à la connaissance des députés belges demeurés à La Haye, qui en informèrent le duc d’Arschot : le duc, à son tour, s’empressa de communiquer l’avis qu’ils venaient de lui transmettre aux États généraux (). Cette assemblée s’en émut ; elle s’imagina que Rubens avait la prétention d’intervenir dans les négociations commencées entre ses députés et ceux des Provinces-Unies, et que peut-être même, à côté de ces négociations, le gouvernement voulait en ouvrir qui passassent par d’autres mains. Il ne s’agissait pourtant de rien de semblable, et l’infante en donna l’assurance aux évêques d'Ypres et de Namur et à Conrard d'Ursel, baron d'Hoboken que les états lui députèrent pour lui adresser des représensations à ce sujet. Le duc d’Arschot cependant, blessé du mystère que Rubens lui avait fait de ses démarches, en témoigna beaucoup de mauvaise humeur. Rubens comprit, après cet éclat, qu’il serait dans une fausse position à La Haye ; il renonça à s’y rendre. Ce fut dans ces circonstances, et lors du passage par Anvers des commissaires belges retournant en Hollande, qu’il écrivit au duc la lettre qu’on connaît, et que le duc lui fit la réponse qui a été également publiéeOn a reproché à ce dernier l’arrogance et la morgue () qu’il montra envers le grand artiste ; toutefois il faut tenir compte de l’esprit et des mœurs du temps.. Le duc d’Arschot ayant envoyé copie des deux lettres aux États généraux, ils résolurent de les mettre sous les yeux de l’infante, en lui remontrant ().

À La Haye les conférences furent reprises le . La négociation fut laborieuse, et le duc d’Arschot dut, plusieurs fois encore, faire le voyage de Bruxelles, pour instruire ses commettants de ce qui se passait. On était parvenu à s’entendre sur quelques points principaux, lorsque les plénipotentiaires hollandais s’avisèrent d’exiger que les commissaires belges produisissent des lettres du roi d’Espagne portant renouvellement de la procuration qu’il avait donnée à l’infante, en 1629, pour traiter en son nom, ou bien confirmation de la substitution faite de leurs personnes par cette princesse, et aveu de ce qu’ils traiteraient au nom des États généraux. Six des députés, au nombre desquels était le duc d’Arschot, quittèrent alors La Haye. Sur leur rapport, les États () supplièrent l’infante de solliciter du roi l’acte réclamé des plénipotentiaires hollandais ; Isabelle les assura qu’elle l’avait fait déjà et qu’elle allait le faire encore (). Cependant aucun des courriers qui arrivaient d’Espagne n’apportant l’acte désiré, les états généraux prirent la détermination d’envoyer à Madrid l’évêque d’Ypres, Georges Chamberlain, et le duc d’Arschot (). Comme ces membres de leur assemblée se disposaient à se mettre en route, le bruit se répandit que l’ordre était arrivé d’Espagne de séparer les États généraux ; l’évêque ni le duc ne voulurent plus dès lors partir. Plusieurs semaines s’écoulèrent dans cette situation. Les États, ayant obtenu des déclarations rassurantes sur les intentions du roi, requirent Chamberlain et d’Arenberg, au nom des plus chers intérêts de la patrie, d’accomplir la mission pour laquelle ils avaient été désignés (). Le premier allégua des raisons qui ne le lui permettaient pas. Les parents et les amis du duc d’Arschot l’engageaient à s’en excuser aussi ; mais il céda aux instances des États et au désir qui lui fut exprimé par l’infante elle-même : il quitta Bruxelles, pour entreprendre le voyage d’Espagne, le . Ce n’était pas comme mandataire des États qu’il partait, c’était comme envoyé de l’infante. Il l’avait souhaité ainsi par une inspiration malheureuse : car le mandat qu’il aurait tenu de l’assemblée nationale l’eût peut-être mis à couvert des rigueurs dont il se vit l’objet à Madrid.

À Madrid (1634-1640)

Il arriva dans cette capitale au commencement de décembre, et descendit chez le marquis de Leganés, président du conseil suprême de Flandre. Le jour même de son arrivée, il fut reçu par le comte-duc d'Olivarès. Le premier ministre l’accueillit de la manière la plus flatteuse et le conduisit chez le roi, qui lui témoigna beaucoup d’estime et de bienveillance. Tous les grands, tous les ambassadeurs s’empressèrent de lui rendre visite. Le jour des Rois, lui fit l’honneur de le choisir, en qualité de gentilhomme de sa chambre, pour lui présenter les trois calices qu’il avait coutume de donner à l’offrande : cette fonction était ordinairement remplie par les infants, lorsqu’ils étaient à la cour ; elle l’avait été, l’année précédente, par le duc de Medinaceli, issu du sang royal. Le duc était, d’ailleurs, un des personnages que, dès l’, Philippe avait désignés pour exercer conjointement le gouvernement des Pays-Bas, au cas, qui venait de se réaliser () de la mort de l’infante Isabelle.