(en allemand : , en tchèque : ), né le à Prague où il est mort le , est comte de Luxembourg, roi de Bohême et empereur.

Élevé à la cour de France de 1323 à 1330, il assume des responsabilités politiques au Luxembourg et en Bohême avant même que son père, aveugle depuis 1340, trouve la mort sur le champ de bataille de Crécy en 1346.

Petit-fils de l'empereur , il succède à l'Empire, dans des conditions de guerre civile larvée, à en 1347. Il est notamment à l'origine de la Bulle d'or promulguée à Metz et à Nuremberg en 1356, qui reste la constitution du Saint-Empire romain germanique jusqu'à sa dissolution en 1806.

Biographie Origines familiales Membre de la maison de Luxembourg, il est le fils de Jean de Luxembourg, dit « Jean l'Aveugle » (1296-1346), comte de Luxembourg, puis roi de Bohême par mariage. Jean de Luxembourg, fils de Henri de Luxembourg, empereur sous le nom de , meurt sur le champ de bataille de Crécy où il est venu combattre les Anglais malgré son infirmité.

Sa mère est Élisabeth de Bohême, fille et héritière du roi , qui apporte le royaume de Bohême à la maison de Luxembourg.

Baptisé Venceslas ( en tchèque) du nom du saint duc , il choisit lors de sa confirmation de prendre le prénom de son oncle (par alliance) et parrain, le roi de France .

Sa fratrie compte notamment Bonne de Luxembourg (1315-1349), épouse (1332) de .

Éducation en Bohême, puis en France Elevé au château de Křivoklát jusqu'à l'âge de 7 ans, il est ensuite envoyé auprès de parfaire son éducation de chevalier. En effet, le comte Jean et la reine Elisabeth ne s'entendant guère, le comte Jean souhaite soustraire son fils à l'influence maternelle et l'envoie à la cour de France. L'enfant arrive à la cour de France le . Le , grâce à une Dispense du pape , il est marié à Blanche de Valois.

Prince héritier de Luxembourg et de Bohême (1331-1346) En 1330, il quitte la France avec son épouse, gagnant d'abord le comté de Luxembourg, où Blanche de Valois va rester, puis l'Italie en .

En 1331, âgé d'à peine quinze ans, il participe aux côtés de son père à ses premières batailles en Italie : des sièges et combats peu fructueux devant Modène et Pavie puis la bataille de Florence.. Entre 1331 et 1333 (date de son retour à Prague), il est de fait régent des .

En 1333, à dix-huit ans, il reçoit le margraviat de Moravie en tant qu'héritier présomptif du royaume de Bohême, mais devient de fait le régent du royaume, en raison des absences fréquentes de son père, le « chevalier-errant ».

Il devient officiellement roi de Bohême le (il est couronné le ). Il devient également comte de Luxembourg, jusqu’à ce qu'en 1353, il cède le comté à son demi-frère cadet, .

C’est à cette époque qu’il écrit une autobiographie en latinPierre Monnet et Jean-Claude Schmitt, Vie de de Luxembourg, Paris, les Belles Lettres, 2010, 420 p. ., la première autobiographie d'un souverain européenJoseph Rovan, Histoire de l'Allemagne. depuis celle de l'empereur romain Auguste.

Avènement comme empereur Une période de crise politique face aux Wittelsbach (1346-1348) Après , grand-père de Charles, le Saint-Empire a pour chef le duc Louis de Bavière () de la maison de Wittelsbach, élu roi des Romains en 1314 et couronné empereur en 1328Le processus est le suivant : le candidat élu devient « roi des Romains » (et peut être couronné comme tel assez rapidement) ; il devient « empereur des Romains » quand il est couronné à Rome de préférence par le pape. En fait, le « roi des Romains » est à la tête du Saint-Empire dès son élection, si les choses se passent normalement, ce qui n'est pas le cas pour ..

Le règne de (de 1314 à 1347) est difficile, marqué par la rivalité entre la maison de Wittelsbach et la maison de Luxembourg, soutenue par le pape. Louis s'est fait beaucoup d'ennemis dans la haute noblesse allemande, mais il a le soutien des villes libres d'Empire et des ordres militaires, en particulier de l'ordre Teutonique.

C'est dans le cadre de cette rivalité que, sans attendre la mort de , Charles de Luxembourg est élu roi des Romains le à Rhens par cinq princes-électeurs avec l’appui de , ce qui lui vaut le surnom de rex clericorum. à Bonn le .

Charles n’est d’abord qu'un anti-roi, élu d'une faction : reste empereur de droit et de fait. La guerre civile menace l'empire. La mort de en 1347 (infarctus au cours d’une chasse au sanglier) permet l'élection d'un nouveau roi des Romains de la faction des Wittelsbach. Au bout d'une année de combats et d'intrigues entre ducs et évêques, les partisans de Charles l'emportent et les Wittelsbach font leur soumission en lui remettant la couronne des rois Ottoniens.

L'accumulation des symboles impériaux après 1350 Le , il est contre Gunther de Schwarzbourg et couronné comme tel le de la même année ; à Aix-la-Chapelle, , qui se déroule , a lieu sans que les joyaux de la couronne aient été remis. En , Charles doit de nouveau négocier avec l'électeur palatin ; la paix de Bautzen du lui permet de conclure favorablement l'affaire, et les reliques lui sont restituées le suivant.

Charles fait apporter la couronne et les autres insignes à Prague. Il parade avec le dimanche des Rameaux (), sur le Hradschin, pour les montrer au peuple. Il les envoie à Nuremberg, où il tient une diète d'Empire le . Là encore, il se montre devant la population en procession.

En 1353, l'official de l'archevêque de Brandebourg, Dietrich Kagelwit, rejoint sa cour : . Son ambassade auprès du pape aboutit à son couronnement comme roi d'Italie le , puis comme empereur le (jour de Pâques), à Rome dans l'archibasilique Saint-Jean de Latran par Pierre Bertrand de Colombier, cardinal d'Ostie.

Le , à l'instar de Frédéric Barberousse, Charles relève un titre désuet en se faisant couronner roi d'Arles dans la cathédrale Saint-Trophime d'Arles.

sut tirer parti d'une querelle entre les héritiers de Louis l'aîné, mort en 1361 : contre la reconnaissance de la succession, il se fit promettre par Louis le romain et Othon que la marche de Brandebourg reviendrait à son propre fils Venceslas s'ils n'avaient pas d'enfant ; or Louis mourut sans enfant en 1365, et lorsqu'en 1371 son frère Othon, qui venait d'épouser une fille de , entreprit de transmettre le Brandebourg à sa propre famille, l'empereur Charles lui déclara la guerre ; mais dès 1373, Othon accepta, par le traité de Fürstenwalde, de céder la marche de Brandebourg moyennant la somme de d'orD'après ..

La Bulle d'or vignette|la Bulle d'or de 1356. Un an à peine après son couronnement impérial, c'est à la diète de Metz que promulgue la Bulle d'or qui codifie les élections impériales, et qui est restée en vigueur jusqu'à la dissolution du Saint-Empire romain germanique en 1806.

Les raisons

Le milieu du marque la fin d’une longue période de conflits incertains entre les dynasties allemandes des Luxembourg, Wittelsbach et Habsbourg, conflits attisés par les papes, enclins à diviser pour mieux régner. Le summum de cette ingérence avait été atteint en 1343, quand le pape invita les princes-électeurs à se réunir pour remplacer l'empereur encore vivant. Qu'un roi des Romains soit élu du vivant de l'empereur est un fait exceptionnel qui témoigne d'une grave crise de pouvoir.

Les princes-électeurs se réunissent le et élisent Charles de Luxembourg, certes petit-fils de l'empereur et héritier du trône de Bohême, mais en attendant, guère plus que margrave de Moravie, une province mineure de l'Empire, même pas allemande. On comprend le surnom de rex clericorum, roi des ecclésiastiques, dont hérite de cette première élection.

On comprend mieux, ainsi, cette bizarre deuxième réélection au titre de roi des Romains, en 1349, pour définitivement asseoir sa légitimité. On saisit aussi la décision fondamentale d'organiser institutionnellement l'élection royale : l'empereur convoque la Diète d'Empire qui s'ouvre à Nuremberg le pour mettre de l'ordre dans les institutions et corriger les plus graves de leurs défauts ; de ce programme, une partie seulement est réalisée. Les travaux reprirent à Metz, le jour de Noël 1355. À la suite de cela, la Bulle impériale est édictée le .

Un code électoral sécularisé

Ce code impérial (Kaiserliches Rechtsbuch), appelé communément à partir du « Bulle d'or », règle minutieusement la désignation du souverain et le statut des princes constituant le corps électoral.

Autrefois étendu à l'ensemble des princes allemands, réduits à dix princes-électeurs dès 1125, le droit de vote est limité aux sept princes qui, dans les faits, l'avaient accaparé depuis le milieu du .

Ce collège électoral comprend trois ecclésiastiques : l’archevêque de Cologne, l’archevêque de Mayence et l’archevêque de Trèves ; et quatre laïcs : le roi de Bohême (maison de Luxembourg), le comte palatin du Rhin (maison de Wittelsbach), le margrave de Brandebourg (maison de Wittelsbach) et le duc de Saxe (maison de Wittenberg).

Afin d'éviter à l'avenir confusions et disputes, les électorats sont déclarés indivisibles : ils sont transmis par primogéniture en ligne directe et, en cas de minorité, l'oncle le plus âgé du prince voterait à sa place jusqu'à ce qu'il eût dix-huit ans. Si le lignage s'éteignait, l'empereur serait libre d'en désigner un autre à sa guise, sauf en Bohême, où le droit d'élire un nouveau monarque appartient à la diète des États de Bohême.

Trouver des prétextes légaux à la désignation d'un anti-roi n'est plus possible et l'ingérence étrangère en général et papale en particulier est réduite à néant.

Selon les normes électorales fixées par la Bulle d'or, le roi est élu à la majorité des voix du collège électoral, et non plus à l'unanimité afin d'éviter les élections doubles et rivales, sources de guerres civilesHenry Bogdan, Histoire des Habsbourg des origines à nos jours, Perrin 2002, p.41..

Le candidat élu par les princes-électeurs garde le titre carolingien de « roi des Romains » et devient in imperatorem promovendus soit « devant être promu empereur ».

La bulle reste silencieuse quant à la confirmation par le pape. La dignité impériale étant octroyée par les sept princes-électeurs, ce n'est plus le couronnement (par le pape) qui fait l'empereur, mais l'élection. La puissance impériale se sécularise.

Aix-la-Chapelle est le lieu exclusif du couronnement, alors qu'avant, pour se voir confirmer dans son titre impérial, l'empereur devait se rendre à Rome et se faire couronner par le pape en personne ou son représentant. Le pape est dépourvu de la possibilité de refuser de couronner un candidat qui n'aurait pas l'heur de lui plaire. qui avait été traité non sans raisons de « roi des prêtres » choisit de régler les problèmes de l'approbation et la confirmation revendiquées par le pape en ne les posant pas. La Bulle passe également sous silence le vicariat auquel le Saint-Siège pouvait prétendre pendant la vacance du pouvoir impérial.

Le rôle des princes-électeurs est également élargi : la Bulle d'or en fait des conseillers qui, une fois au moins par an, délibèrent avec l'empereur des affaires du royaume. vignette|, entouré du cardinal Albornoz et de l'empereur , à ses pieds l'archevêque Simone Saltarelli sermonne Michel de Césène et Guillaume d'Ockham. assure définitivement l'indépendance du Saint-Empire, en fixant, par la Bulle d'or, les règles qui, tout en réduisant les risques de double élection, privent également le pape de toute capacité d'arbitrage entre les élus, donc de choix entre les candidats. Cette situation engendrée par la sécularisation du Saint-Empire ne peut convenir au Saint-Siège et le pape la rejette.

Soutien de la papauté Bulle d'or mise à part, montre une grande complaisance envers l'Église, établit en faveur du Saint-Siège des impôts onéreux, affranchit le clergé de toute autorité temporelle et s’attire par là de grandes difficultés. C’est contre cet aspect « clérical » de sa politique que les villes libres de l’Empire formèrent la ligue de Souabe. vignette|Banquet offert par à l'empereur et son fils aîné Wenceslas en 1378.