Jean Longuet, né le à Londres et mort le à Aix-les-Bains (Savoie), est un homme politique socialiste français, petit-fils de Karl Marx, membre important de la SFIO au début du , qui a joué un rôle essentiel dans la période précédant la séparation de la SFIO et du PCF en 1920.
Biographie Origines familiales Jean Longuet est le fils de Jenny Marx (1844-1883) et de Charles Longuet (1839-1903). Il est l'aîné d'une fratrie de quatre, avec : Edgar, né en 1879, par la suite militant socialiste puis communiste ; Charles, par la suite journaliste à l'Aurore et au Journal ; Jenny, par la suite professeur de piano, aura parmi ses élèves les enfants du maire (SFIO) de Châtenay-Malabry, Constant MougardCe piano est conservé dans la collection Longuet du musée de l'Histoire vivante à Montreuil..
Jean Longuet est aussi le neveu par alliance de Paul Lafargue (1842-1911), époux de Laura Marx (1845-1911).
Enfance Son enfance, pendant laquelle il est habituellement appelé « Johnny », est marquée par un certaine instabilité.
Son père, amnistié par le gouvernement instauré en 1879 après la victoire électorale des républicains et la démission du président Mac-Mahon, rentre en France en 1880, suivi en 1881 par son épouse et leurs enfants.
Après le décès de sa mère (1883), Jean est envoyé vivre dans la famille de son père, à Caen, où il fait ses études secondaires. Il fait alors de nombreux voyages entre Caen, Paris et l'Angleterre, où il bénéficie de l'affection de sa tante Eleanor Marx (« Tussy »), qui joue un rôle déterminant dans sa formation politique. Il a l'occasion de rencontrer plusieurs dirigeants socialistes internationaux, en plus de son oncle Paul, notamment Eduard Bernstein et Karl Kautsky.
Toute sa vie, Longuet s'est senti responsable d'un héritage familial, ce qui lui a été reproché par l'extrême droite au motif que ses grands-parents Marx étaient allemands, L'Action française le qualifiant de « quart-de-boche ».
Années de formation et débuts en politique (1894-1905) Élève du lycée de Caen, il y fonde en 1894 un groupe collectiviste.
Bachelier en 1895, il s'inscrit à l'université à Paris et s'engage dans les groupes d'étudiants socialistes. Il adhère assez rapidement, , au Parti ouvrier français de Jules Guesde, auquel appartient Paul Lafargue. .
L'affaire Dreyfus (qui devient « l'Affaire » en , après la publication par Zola de son texte J'accuse…!, dans le journal de Georges Clemenceau, L'Aurore) est l'occasion d'une première rupture : Jean Longuet n'est pas d'accord avec la position de Guesde sur l'affaire Dreyfus (« une affaire de bourgeois, sans intérêt pour la classe ouvrière ») et se retrouve mieux dans l'engagement de Jean Jaurès aux côtés de Clemenceau et de Zola. Sans entrer immédiatement dans le parti de Jaurès (PSF à partir de 1902), il quitte le POF et milite à partir de la fin de 1898 au sein d'un groupe d'étudiants socialistes « autonomes ».
Proche de Jaurès à partir du congrès de la salle Wagram (1900) qui voit l'échec de la première tentative d'unification des socialistes français, il s'oppose cependant à lui en ce qui concerne le soutien au gouvernement Millerand (1901). Devenu membre du Parti socialiste français en 1902, il œuvre à l'unification des groupes socialistes, représentant l'aile gauche d'un parti considéré par beaucoup comme à peine socialiste. La question de son maintien au sein de l'Internationale ouvrière ( Internationale) est posée en 1904 au congrès d'Amsterdam ; l'engagement de Longuet permet d'éviter une rupture définitive entre Jaurès et Guesde et l'exclusion du PSF.
Vie personnelle et professionnelle (1899-1914) Sur le plan personnel, il épouse en 1900 Anita Desvaux (1875-1960), militante socialiste. Ils auront deux fils, Robert-Jean, né en 1901, militant socialiste et anticolonialiste, et Charles, dit Karl-Jean, sculpteur de renom. La santé de ce dernier ayant été fragilisée par un accident de chemin de fer dans lequel est morte la mère d'Anita, la famille s'installe en 1911 à Châtenay-Malabry, commune alors encore rurale à proximité de Paris.
Jean Longuet exerce à partir de 1899 la profession de journaliste, d'abord à La Petite République, journal cofondé par Jaurès, puis à L'Humanité, où il s'occupe des questions internationales.
Il se consacre aussi à l'animation de revues : Le Mouvement socialiste, dont il est l'administrateur de sa création en 1899 à 1903 et La Revue socialiste. Du fait de sa culture personnelle et de sa formation (il parle couramment l'anglais, l'allemand et l'italien), Longuet a un point de vue internationaliste. Il anime ainsi la revue Pro Armenia en 1900, collabore au journal L'Européen de 1901 à 1906 et au Courrier européen jusqu'en 1914, ainsi qu'à Die Neue Zeit de Karl Kautsky et Il Socialismo d'Enrico Ferri.
Il traduit aussi en français nombre de brochures et d'articles de socialistes allemands ou britanniques.
À partir de 1908, il est aussi avocat inscrit au barreau de Paris.
Responsable national de la SFIO (1905-1914) Lors du congrès du Globe (1905), c'est lui qui donne son nom au parti unifié créé par la fusion des partis de Guesde et de Jaurès : Section française de l'Internationale ouvrière. Il est élu à la Commission administrative permanente du parti, conservant ce mandat jusqu'à sa mort.
À la SFIO, il milite d'abord au sein de la fédération de l'Aisne et est délégué de cette fédération aux congrès du parti. Plusieurs fois candidat aux élections législatives, d'abord à Guise (1906 et 1910), puis à Chauny (partielle de 1912), il ne parvient pas à être élu tout en obtenant des résultats appréciables, dépassant le quart des suffrages exprimés.
En 1913, il publia dans le cadre de l'Encyclopédie socialiste de Compère-Morel le volume consacré au Mouvement socialiste international.
En 1914, il se présente dans le département de la Seine, dans la circonscription de son domicile et est élu.
La Première Guerre mondiale et ses suites (1914-1920)
Il est présent lors de l'assassinat de Jaurès le , au lendemain d'une réunion du BSI à laquelle tous deux ont participé. Il veille le corps de Jaurès toute la nuit. Il se rallie à la politique de défense nationale dès l'enterrement du leader socialiste.
Durant le conflit, il mène la tendance dite minoritaire de la SFIO, qui adopte une position pacifiste tout en continuant de voter les crédits militaires. Disposant d'abord du soutien des socialistes de Haute-Vienne, ce courant gagne progressivement en influence jusqu'à pouvoir, en 1917, créer un journal quotidien, Le Populaire, animé par Paul Faure, Henri Barbusse et lui.
En 1918, cette tendance s'impose dans la SFIO : Ludovic-Oscar Frossard est élu secrétaire général du parti, tandis que Marcel Cachin prend la direction de L'Humanité.
C'est lui qui, le , dans un discours courtois, mais très construit et ferme sur le fond, exprime l'opposition des socialistes à la ratification du traité de Versailles devant la Chambre des Députés. L'importance de ce discours se situe moins dans l'affirmation que le traité ne règle pas les questions sociales et que les conditions de la paix préparent une nouvelle guerre, ou dans le soutien à la Russie des soviets, que dans l'affirmation publique d'un engagement aux côtés des peuples colonisés à une époque où l'anti-colonialisme n'était pas un thème majeur de la gauche.
Il souligne les défauts de ce « traité imposé par les vainqueurs aux vaincus » qui, en soumettant l’Allemagne à des conditions trop lourdes, en procédant à des redécoupages territoriaux litigieux, en mobilisant les armées occidentales contre la Russie soviétique, préparait l’éclatement de nouveaux conflits sur le continent. Il défend une réorganisation de l’Europe sur des bases à la fois démocratiques, libérales et socialistes.
En , il fait partie des très nombreux députés socialistes qui ne retrouvent pas leur siège, emportés par la vague « bleu horizon ».
Le congrès de Tours ()
Au congrès de Tours, qui voit la scission de la SFIO et la création du parti communiste, Longuet joue un rôle central. Partisan d'adhérer à la Troisième Internationale créée sous l'égide du Parti bolchévique, il n'accepte cependant pas les fixées par Lénine et entend notamment maintenir l'unité des socialistes français. Il se trouve « au centre » du congrès, entre les partisans d'une transformation de la SFIO en parti communiste, qui seront majoritaires, et les « reconstructeurs » de l'aile droite, menés notamment par Léon Blum. Pourtant, au troisième jour du congrès, le « télégramme Zinoviev », message du président russe de l'Internationale communiste, incite les majoritaires à condamner tous les modérés, y compris Longuet, qualifié d'. Indigné, celui-ci n'a plus que le choix de rester dans la « vieille maison » socialiste, d'autant que la franc-maçonnerie est condamnée par les dirigeants soviétiquesCette condamnation est l'objet de la « condition », non effective pour le parti français en 1920, mais dont le respect sera exigé à la fin de 1922, entraînant le départ de Frossard..
Après le Congrès de Tours (1921-1938) vignette|Tombe au cimetière du Père-Lachaise.
Un spécialiste des questions internationales Malgré son aura, Longuet ne se voit confier aucune responsabilité dans la nouvelle direction de la SFIO, si ce n'est la direction de la « commission d'immigration » et un rôle dans les instances internationales qui se mettent en place. Il participe ainsi à la conférence de Hambourg, qui, en 1923, crée la nouvelle internationale socialiste, appelée Internationale ouvrière socialiste, dont il devient membre du comité exécutif. À partir de sa création en 1926, il intervient au sein de la commission coloniale de l'Internationale.
Au sein de la Nouvelle revue socialiste, il publie, pendant toute la durée de sa parution (de 1925 à 1930), de nombreux articles sur les questions internationales.
Il s'engage aussi aux côtés de son fils Robert, auprès des nationalistes marocains, pour l'indépendance de cette colonie. Mais, en 1936, l' se heurte au refus de Léon Blum de les soutenir, ce qui apparaît comme un désaveu des efforts de Longuet.
En 1936, Blum en fait cependant le représentant de la France à la conférence de Genève qui crée un statut pour les réfugiés politiques allemands. Longuet s'était précédemment engagé dans le soutien à tous les exilés politiques, notamment Otto Wels, président du SPD allemand.
Mandats électoraux en France Battu aux législatives de 1924 sur la liste du Cartel des gauches, il est élu l'année suivante maire de Châtenay-Malabry, mandat renouvelé jusqu'à sa mort, et qui correspond à de multiples réalisations : distribution du gaz, de l’eau courante, réfection de la voirie, enlèvement des ordures ménagères, éclairage, cantines, patronage Voltaire, colonies de vacances, nouvelle mairie en 1933, puis, après la création de la Cité-jardin de la Butte-Rouge (décidée sans son avis), une meilleure desserte de transport public, la construction d’une piscine intercommunale et celle d’un stade.
Candidat aux élections sénatoriales en 1927, il est contre toute attente battu, sans doute victime d'une conjonction d'intérêts de l'aile droite de la SFIO et des communistes. L'année suivante, candidat aux législatives, il fait les frais de la stratégie « classe contre classe » du parti communiste, la droite emportant une circonscription majoritairement à gauche du fait du maintien du second tour du candidat communiste.
En 1929, il est élu conseiller général de la Seine et réélu en 1935 ; il intervient au sein de l'assemblée départementale notamment pour la conservation du parc de Sceaux et la création d'un musée d'Île-de-France (1934).