thumb|right|Provinces d'Ancien Régime (en couleur) et départements actuels (limites en noir).Lhistoire des départements français débute à la création des départements en 1790 et résulte principalement des ajustements politiques et administratifs successifs du territoire français.

La plupart des départements français sont créés au cours de la Révolution française, afin de remplacer les divisions territoriales issues de l'Ancien Régime, jugées trop complexes. De nouveaux départements sont ajoutés ou supprimés au fil des guerres françaises avec ses voisin, puis lors de la colonisation française et de la décolonisation. Le découpage territorial en département reste alors globalement stable jusqu'à nos jours, excepté essentiellement dans certaines zones frontalières avec l'Allemagne et l'Italie, dans certains territoires d'outre-mer et dans la région parisienne. La numérotation des départements français est en revanche modifiée à plusieurs reprises.

Création des départements pendant la Révolution française

Premiers projets sous l'Ancien Régime Pour les contemporains de l'Ancien Régime, c'est sans doute la notion de provinces qui décrit au mieux l'espace vécu. Ne recouvrant pas nécessairement des territoires aux limites précises, ces provinces informelles se rapportent plutôt à des représentations historiques ou linguistiquesPour l'ensemble du paragraphe, voir Élisabeth Wahl, « L'administration à la veille de la Révolution » dans La Création des départements 1789-1790, réforme administrative ou révolution, conseil général des Yvelines, Versailles, 1989, .. Un découpage territorial formel existe bien, mais n'est pas unique. Aussi, plusieurs circonscriptions administratives différentes coexistent ; militaires (gouvernements généraux et particuliers, bailliages), ecclésiastiques (diocèses), judiciaires (bailliages) ou fiscales (généralités) existent, sans coïncider systématiquement.

thumb|Provinces françaises sous l'Ancien Régime, en 1789.Une première tentative de découpage du territoire français est soumise à Louis XIV par Marc-René d'Argenson en 1665, le département étant alors entendu comme espace fiscal ou circonscription territoriale pour les Ponts et Chaussées.

En 1734, une ordonnance royale paraît, avec pour objectif de diviser le territoire de l'Intendance de Bretagne. La province de Bretagne est divisée en quatre départements, ceux de Brest, de Vannes, de Saint-Malo et de Nantes comprenant vingt quartiers à la tête desquels sont les villes principales. La mise en place de ces divisions est confiée au comte de Toulouse, lieutenant général de la Bretagne.

En 1787, certaines assemblées provinciales se réunissent « par département »Provinces, départements, régions : l'organisation administrative de la France d'hier à demain, Jean-Louis Masson, Fernand Lanore, 1984, , (lien vers Google Books).. Un découpage en entités unifiées du territoire semblant constituer un besoin pratique pour l'administration, on retrouve cette demande dans les cahiers de doléance de 1788, qui souhaitent la formation de circonscriptions uniformes avec un chef-lieu accessible. Le carnet du Puy-en-Velay cite par exemple explicitement la notion de département.

Dès le début du , de nombreuses voix s'élèvent pour prôner une simplification de la géographie administrative et créer un quadrillage plus régulier du royaume. Ainsi, un édit de 1787Édit du roi, donné à Versailles au mois de juin 1787, registré en parlement le 22 desdits mois et an, portant création d'assemblées provinciales, Le Moniteur, réimpression de 1843. portant création des assemblées provinciales incite celles-ci à se subdiviser en « départements » : la Picardie en comptera quatre (Amiens, Doullens, Montdidier, Péronne) comme le Soissonnais, contre dix pour la Haute-Normandie et neuf pour l’Île-de-France. En 1788, Condorcet pose le principe selon lequel « une demi-journée, ou une petite journée de distance, devrait être le plus grand rayon d'un district ; enfin, une grande journée devrait être celui d'une province, en le prenant du chef-lieu de district le plus éloigné »Condorcet, Essai sur la Constitution et les fonctions des assemblées provinciales, (accessible sur Gallica)..

Projets de l'assemblée constituante Pendant la Révolution française, l'Assemblée nationale décide de réformer le découpage territorial administratif français issu de l'Ancien Régime, jugé trop complexe et inefficace, mais aussi inégalitaire du point de vue électoral.

thumb|La proposition géométrique du comité Sieyès-Thouret. Le député Adrien Duport dépose d'abord le , un projet de réorganisation administrative du royaume, divisant la France en soixante-dix départements d'égale étendue, subdivisés en districts puis en municipalités. L'élaboration de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen élude cependant son projet, qui ne sera pas discuté.

L'abbé Sieyès propose le à l'Assemblée nationale l'élaboration d'un plan de réorganisation administrative du royaume. Le projet est confié à un comité de réorganisation territoriale, dont Jacques-Guillaume Thouret est d'abord le rapporteur. Celui-ci présente au comité son projet le 19 septembre, inspiré des travaux de Robert de Hesseln, géographe du roi, publiés en 1780.. Thouret prévoit la division du royaume en 81 départements, chacun formant, à l'exception du département de Paris, un carré de 18 lieues terrestres de côté. Chaque département serait ensuite divisé en 9 districts de 6 lieues de côté, eux-mêmes fractionnés en 9 cantons de deux lieues de côté. Chaque canton devrait compter en moyenne 680 citoyens actifs, lesquels constitueraient l'assemblée primaire des cantons. À la tête de chacun de ces départements, une assemblée départementale serait constituée de 81 membres. Chacun de ces membres devrait verser une contribution égale à dix journées de travail et serait choisi en fonction du territoire, de la population et des impôts directs. Le rôle principal des assemblées départementales consisterait à nommer les députés de l'Assemblée nationale, à raison de neuf députés par département, soit 720 députés nationaux.

Cette division géométrique aux visées décentralisatrices est abandonnée au profit d'un modèle porté par Mirabeau visant à conserver les frontières des anciennes provinces, pour préserver les frontières géographiques, culturelles et linguistiques françaises.

Aboutissement des débats à l'Assemblée nationale constituante

Un nouveau projet de découpage en départements est adopté par l’Assemblée nationale le , dont les noms sont choisis en fonction des caractéristiques géographiques et hydrographiques des territoiresPremier discours de Jacques-Guillaume Thouret sur la nouvelle division du royaume, 3 novembre 1789, site de l'Assemblée nationale.. Les départements sont créés par le décret du .thumb|250px|Atlas national des 83 départements français, Jean-Baptiste PoirsonLe , Jean-Xavier Bureau de Pusy présente un Rapport sommaire sur la nouvelle division du royaume Rapport sommaire sur la nouvelle division du royaume, dans Archives parlementaires de 1787 à 1860, première série : de 1787 à 1799, tome XI : du 24 décembre 1789 au mars 1790, (consulté le 7 janvier 2014)., dans lequel il expose la méthode suivie, et un Tableau des départements, suivant l'ordre de travail Tableau des départements, suivant l'ordre de travail, dans Archives parlementaires de 1787 à 1860, première série : de 1787 à 1799, tome XI : du 24 décembre 1789 au mars 1790, (consulté le 7 janvier 2014)., exposant les différentes propositions.

Au cours des débats, le Dauphiné est divisé en trois départements ; la province d'Aunis forme pas un département ; la Franche-Comté est divisée en trois départements ; la Soule et le Labourd sont réunis au Béarn pour ne former qu'un département (consulté le 7 janvier 2014).. En outre, Clamecy est réunie au département du Nivernais ; le Forez, le Beaujolais et le Lyonnais sont rassemblés au sein d'un même département ; les Trois-Évêchés, la Lorraine et le Barrois forment quatre départements (consulté le 7 janvier 2014).. L'Alsace est scindée en deux départements, ayant pour chefs-lieux respectifs Strasbourg et Colmar (consulté le 7 janvier 2014)., Paris forme, avec sa banlieue, un seul département, de trois lieues de rayon au plus, à partir du parvis Notre-Dame. La Guyenne est divisée en quatre départements.

Le projet de décret final présenté par Gossin, qui a succédé à Thouret comme rapporteur du comité de réorganisation territoriale, est adopté, fixant le nombre de départements à 83Archives parlementaires de 1787 à 1860 ; 8-17, 19, 21-33, séance du 15 janvier 1790, 189 (Gallica, consulté le 7 janvier 2014).Décret qui fixe la nomenclature des quatre-vingt-trois départemens du royaume, 15 janvier 1790.. La liste des départements, de leurs limites et des 555 districts est fixée par un décret du Les deux décrets relatifs à la division du royaume, datés l'un du 15 janvier et l'autre du 16 février 1790, ont été annexés à la séance de l'Assemblée nationale du 26 juillet 1790 (Archives parlementaires de 1787 à 1860, t. 11, 716 (Gallica)., et leur existence prend effet le suivant« Lettres-patentes du Roi, sur un décret de l'Assemblée nationale des 15 janvier, 16 et 26 février 1790, qui ordonnent la division de la France en quatre-vingt-trois départements »..

À leur création, chaque département possède son assemblée, constituée de 36 membres élus par les citoyens actifs ayant payé un impôt au moins égal à dix journées de travail, ceux-ci désignant à leur tour un président et un directoire exécutif permanent. Les départements sont divisés en districts, cantons puis communes. Il peut y avoir jusqu'à neuf districts par département et neuf cantons par district. L'administration de chacune des revient au conseil général de la commune composé pour un tiers d'un conseil municipal et pour deux tiers de notables élus pour deux ans par les seuls citoyens actifs. Cette organisation, proposée par Jean Cassini vise à homogénéiser le découpage du territoire français tout en conservant une administration locale, mais en supprimant les spécificités des provinces, considérées comme provenant essentiellement des privilèges de l'aristocratie locale.

Ce nouveau découpage est également une réponse au danger insurrectionnel ravivé par la Grande Peur de juillet-. Dans un but de rationalité, les départements sont dotés d'une organisation administrative homogène, sans problème de chevauchement territorial. Ils fonctionnent dans deux sens opposés : à la fois du citoyen vers le roi via les différents corps d'élus, et du roi vers chaque citoyen. Chaque département constitue en effet une portion de territoire suffisamment petite pour être gérée par un chef-lieu concentrant les principaux services administratifs. La taille de ces départements est fixée de telle façon qu'il doit être possible de se rendre en moins d'une journée de cheval au chef-lieu de chacun de ceux-ci depuis n'importe quel point de leur territoire..

Alors que la France est toujours une monarchie, la création des départements au cours de la Révolution française témoigne d'un des trois processus de toponymisation identifiés en 2008 par les géographes Frédéric Giraut, Myriam Houssay-Holzschuch et Sylvain Guyot, ici celui d'éradication des références toponymiques de l'Ancien Régime (les noms des provinces) motivé par l'application d'un nouveau projet politique et idéologique d'envergure nationale. Il s'agit, par la constitution d'un nouveau cadre administratif, et donc de nouveaux toponymes, de valoriser une appartenance à un nouvel ensemble national, tout en asseyant l'objectif de contrôle politique du territoire de la part du pouvoir centralFrédéric Giraut et al., « Au nom des territoires ! », L'Espace géographique 2/2008 (Tome 37), . Consulté le 18 janvier 2013..

Conquêtes territoriales de la Première République et du Premier Empire