Joannes Franciscus ou Jan Frans Cammaert, né à Bruxelles le Acte de baptême à Bruxelles, vue 60/181., où il est mort le Acte de décès à Bruxelles, vue 19/101., est un rhétoricien et dramaturge particulièrement fécondPlusieurs répertoires biographiques des lettres néerlandaises avancent comme année de naissance 1710. L'un des plus récents donne cependant 1699. Voir : P.M.M. KROONE. « Cammaert, Jan Frans », dans : G.J. VAN BORK et Pieter Jozias VERKRUIJSSE (réd.). , Weesp, Le Coq, 1985, .

L'œuvre théâtrale Remarques générales Déjà en 1765, on a pu recenser plus de cent pièces de sa main. De nos jours, on n'en connaît plus que trente.

Sa production comprend de nombreuses pièces traduites du français et de l'italien. L'auteur les ayant réunies sous le titre (Les Œuvres : Comédies et Tragédies), elles ont été publiées en deux volumes à Bruxelles.

Le manuscrit Goyers de la Bibliothèque royale de Belgique contient 82 pièces numérotées et 7 non numérotées de sa main.

La Bibliothèque universitaire de Leyde conserve quatre volumes avec, en tout, dix-sept comédies traduites du français et de l'italien, où sont mentionnées les langues originales, mais non les auteurs.

La plupart des tragédies ont été écrites pour la chambre de rhétorique , tandis que d'autres ont été composées pour , la et le .

Ce genre de théâtre comprenait des chansons et des ballets dans les prologues et après chaque acte.

Adaptations Adaptations de pièces françaises Son adaptation, de 1734, du Malade imaginaire de Molière a été le début d'une longue série de traductions et d'adaptations de pièces de théâtre françaises et italiennes. La littérature de théâtre de langue française a d'ailleurs été une riche source d'inspiration pour Cammaert. Au Mahomet de Voltaire, il doit son . La version de Cammaert est parue en 1748 mais, étrangement, le manuscrit de Goyers porte la date 1741. Il s'agit apparemment d'une erreur, la pièce de Voltaire ne datant que de 1742. Le Semiramis de Cammaert, d'après le même auteur français, date de 1760, toujours selon la même datation, établie pour le manuscrit cité ci-dessus.

En 1751, il emprunte à l’Horace de Pierre Corneille pour son (Le Vaillant Romain Horace, Vainqueur des Albanais),

Son (La Constance mortelle du comte d'Essex sous Élisabeth, reine d'Angleterre) de 1750 est redevable au Comte d'Essex de Thomas Corneille. Cammaert a également versifié Le Festin de Pierre du même auteur – qui s'est d'ailleurs inspiré du Dom Juan de Molière – pour son (Le Repas pervers, la Punition et la Chute de Don Juan, de 1738). Dans les mises en scène ultérieures, il resurgit comme (Le Repas de Don Pedro), à moins qu'il s'agisse ici d'une autre pièce écrite d'après le modèle français : le de l'Anversois Adriaan Peys, datant de 1699.

D'après Molière est de 1754.

La pièce qui a été jouée le plus souvent, également celle qui a été imprimée le plus souvent (et qui, entre autres, a été adaptée par Neyts et Fournier) était (Ninette à la cour), d'après Favart. Sa première édition est de 1757. La deuxième impression, de 1761, comprend quelques louanges versifiées à son adresse, faites par d'autres écrivains.

Dans le même genre « léger », Cammaert a écrit (Les Trois Cousines amoureuses), d'après Dancourt (pièce représentée à Bruxelles en 1757 et en 1764). (Le Magicien), d'après Poinsinet, a été jouée en 1774 et (Le Tonnelier), d'après Audinot et Gossec, représentée en 1768. La compagnie ambulante de Neyts, elle aussi, avait au programme une pièce lyrique semblable. Il y en aurait eu une, jouée à Gand en 1796, en 1802 et en 1813, et (Le Tonnelier amoureux) a été représentée à Ooigem en 1791 et à Everghem de 1808 jusqu'en 1816.

En outre, Cammaert a adapté son d'après L'Embarras des richesses de Soulas d'Allainval. (Le Bûcheron ou les Trois Souhaits, de 1770) est une adaptation d'après la pièce de Jean-François Guichard et Nicolas Castet. (Les Deux Chasseurs et la Laitière, de 1764) et (Le Milicien, de 1770) sont d'après Anseaume. La première de ses deux pièces a été jouée à Bruxelles en 1769, en 1772 et encore en 1814, et a également été adaptée par Neyts pour sa compagnie ; l'autre a été représentée à Bruxelles en 1774 et à Baesrode en 1780.

L'on connaît de lui les comédies (L'Orgueilleux, de 1757), (de 1758)Aussi dans le répertoire de Neyts d'après Le Devin du village de Rousseau, (Le Feint Astrologue, de 1763)Aux Provinces-Unies, on jouait un de Pieter Antonie de Huybert, dont la deuxième impression est parue en 1715, (Le Roi et le Fermier, de 1764) d'après Sedaine et (Les Deux Avares, de 1772).

Adaptation de l'italien (Belphégor ou le Chercheur de la vie des femmes, de 1754) est décrite comme , c'est-à-dire d'après le théâtre italien. Worp donne toutefois le Belphégor de Legrand comme source.

Adaptations de Vondel

Ceux qui ont fait l'éloge de Cammaert savaient à quel point ils ont eu raison lorsqu'ils l'ont appelé un second Vondel. Vondel est, sans contredit, la source d'inspiration de sa pièce (Adam et Ève chassés du paradis, de 1746). Cette pièce a été jouée à Bruxelles en 1756, ainsi qu'en 1784 ; à Wachtebeke, elle a même été représentée seize fois en 1766 et, à Oosterzele, douze fois en 1796. Bien que Cammaert qualifie son apport personnel de limité à quelques vers, on a repéré des fragments considérables de l’ de Vondel, et cela de la table des matières jusqu'à la dernière scène, même s'il a légèrement modernisé le langage du livretEt non flamandisé, comme prétendent certains auteurs. Dans , 1987-1988, -155, Kåre Johannes Langvik-Johannessen en fournit la preuve en comparant quelques vers de l'original de Vondel, dont le langage est encore imprégné d'influences brabançonnes du , avec l'adaptation de Cammaert . De plus, il a remplacé les noms d'Asmodée et Bélial par ceux – mieux connus du théâtre des Pays-Bas méridionaux – de Beelzebud et Astaroth, et l'archange Uriel par la figure de Dieu ; il insère encore un prélude sur la création du monde, des ballets d'anges et l'acte de Joie de différents animaux.

À en croire le titre, une deuxième pièce, non conservée mais datant de 1744, (Samson ou la Vengeance sacrée), a été représentée par la en 1763 et remonterait également à une tragédie de Vondel.

La pièce appelée ultérieurement (Marie Stuart : orgueil meurtrier des révoltés calvinistes vindicatifs) a été jouée à Anzegem en 1769, à Roulers, à Tielt en 1772, à Saint-Gilles-lez-Termonde jusqu'à dix-neuf reprises en 1797 et à Everghem de 1808 à 1816. On n'a pas encore découvert où Cammaert aurait trouvé la matière de sa pièce sur Marie Stuart. Selon toute vraisemblance, ce n'était pas la Marie Stuart ou la Majesté martyrisée (de 1646) de Vondel qui l'aurait inspiré. Worp a retrouvé une Cruauté inouïe de la plus méchante des femmes, Élisabeth, commise sur sa cousine Stuart d'un auteur inconnu des Pays-Bas méridionaux du et une Marie Stuart non blanchie (de 1652) de Steven Theunisz. van der Lust, qui va à l'encontre du drame de Vondel. Peut-être faut-il chercher le modèle dans la littérature française ou dans les drames scolaires ; ainsi, un imprimeur d'Ypres, Th. Walwein, a publié une pièce, Élisabeth versus Stuart, non datée et de la plume d'un Jésuite d'Ypres.

Poésie

Finalement, Cammaert est l'auteur d'une traduction de vers des satires de Boileau, . Selon le manuscrit Goyers, cette pièce date de 1760. , ouvrage imprimé en 1754 avec d'innombrables remarques (), témoigne d'une certaine érudition et renvoie, entre autres, à des sources latines. Son auteur suggère avoir eu des contacts personnels avec Boileau ; du moins, il écrit : « Monsieur Despreaux m'a assuré qu'il n'a pas réfléchi sur … », ce qui est peu crédible, car Boileau est mort en 1711. Cette traduction est toutefois évaluée comme pénible et parfois erronéeHermina Jantina VIEU-KUIK et Jos SMEYERS. Geschiedenis van de letterkunde der Nederlanden, volume 6, Anvers/Amsterdam, Standaard Uitgeverij, 1975, .

En 1745 est parue à Bruxelles, sur 427 pages, et rimée d'après Quinte-Curce, la Clairon éclatant de louanges ou Écho retentissant de rimes sur tous les actes magnanimes d'Alexandre le GrandJohannes Godefridus FREDERIKS et Frans Jozef VAN DEN BRANDEN. « Jan Frans Cammaert », dans : , Amsterdam, Éditions L.J. Veen, 1888-1891, .

Un recueil de poésie de circonstance est conservé dans les archives de la Ville de Bruxelles. Ce recueil contient, à part des poèmes composés pour des chambres de rhétorique jubilantes ou à l'occasion d’événements historiques et de commémorations à Bruxelles et en Brabant (ainsi que concernant le fameux ), un quatrain sur le de la naissance de Vondel et une épitaphe sur ce phénix parmi les poètes () :

« Wilt met verwondering dees grafplaets nadertreden Eert d'ouden man, eert den poëet, die overmant Al de Poëten heeft door jaeren en verstandCité de Hermina Jantina VIEU-KUIK et Jos SMEYERS. Geschiedenis van de letterkunde der Nederlanden, volume 6, Anvers/Amsterdam, Standaard Uitgeverij, 1975, . » « N'approchez donc qu'avec stupéfaction cette sépulture Veuillez honorer l’homme âgé, le poète, qui a maîtrisé Tous les poètes par son âge et par son intelligence. »

Réception de l'œuvre

De ses pièces, la plupart ont été portées à la scène au théâtre de Bruxelles et ont été applaudies par l'archiduchesse Marie-Élisabeth d'Autriche et par son entourage. C'est, en effet, en présence de la gouvernante que la chambre de rhétorique De Leliebloem a représenté EstherHermina Jantina VIEU-KUIK et Jos SMEYERS. Geschiedenis van de letterkunde der Nederlanden, volume 6, Anvers/Amsterdam, Standaard Uitgeverij, 1975, .

Cammaert a reçu les éloges de ses pairs dans les introductions légèrement panégyriques des douze pièces que la veuve Jacobs a publiées de lui entre 1746 et 1751, et qui sont de la main de poètes tels que Joannes Laurentius Krafft, Q.M. van Langendonck et Hermannus van Lathem. Ainsi, Van Langendonck, l'un des auteurs des louanges de la deuxième impression de , écrit :

« Wat niet al Spelen, uyt de Fransche Rym-rivieren, Siet men nu door uw' pen 't heel Nederland doorswieren. »

« Que de jeux, venant des fleuves de la poésie française, Ne voit-on pas passer par les Pays-Bas, grâce à votre plume ? »

À plusieurs reprises, on l'a comparé à Vondel. Dans sa louange, J.F. de Four écrit, en 1750, que plus de 70 pièces le rendent l'égal de Vondel en tant que poète.

Frans Donaat van Daele (1737-1818), dans son magazine , le tient pour un gâcheur de la langueHermina Jantina VIEU-KUIK et Jos SMEYERS. Geschiedenis van de letterkunde der Nederlanden, volume 6, Anvers/Amsterdam, Standaard Uitgeverij, 1975, .

Gracieusement, l'on confère à Cammaert plus de talent comme poète original que comme traducteur poétique ; Geysbeek le trouve plein d'esprit dans sa tragédie (David vainqueur), et cela grâce aux situations où il plante ses personnages et à son emploi d'expressions tragiques. Toutefois, constate Geysbeek, il est dommage qu'il ait choisi de se soumettre à la dominance française, plutôt que de suivre de façon franche et libre son premier et propre chemin Pieter Gerardus WITSEN GEYSBEEK. « Joannes Franciscus Cammaert », dans : , volume 2, CAB-GYZ, Amsterdam, C.L. Schleijer, 1822, -3.

Il faut tout de même signaler que la critique moderne lui est, en fait, moins favorableKåre Johannes LANGVIK-JOHANNESSEN. « Jan Frans Cammaert. Brussels rederijker uit de 18de eeuw », dans : , année 1987-1988, Gand, , 1990, . Parfois, on considère ses traductions de pièces d'origine étrangère comme forcées, voire médiocres. La critique moderne juge souvent forcés et irréels les dialogues des versions de Cammaert, comme d'ailleurs ceux de certaines des pièces originales, à quoi s'ajouterait la maladresse de son propre langage. Les chansons seraient particulièrement faibles. Maurits Sabbe l'appellera « le pourvoyeur attitré du répertoire flamand à Bruxelles ».