Léon Philippet, né le à Liège et mort le à Bruxelles, est un peintre belge.
Le jeune homme commence à suivre des cours du soir à l'Académie des beaux-arts de Liège de 1856 à 1859. Forcé d'interrompre ses études par un père qui le destine au commerce, il doit travailler de 1859 à 1862 comme commis aux écritures chez un marchand de vins. C'est grâce à l'insistance réitérée auprès de ses parents du directeur de l'Académie, Auguste Chauvin, qu'il reprend les cours aux beaux-arts en 1862. Il séjourne en 1866 à Paris et achève sa formation en 1867.
Boursier de la fondation Lambert Darchis de 1867 à 1872, Philippet réside à Rome de 1868 à 1887. Il y joue , se liant d'amitiés avec plusieurs, et il y peint ce que divers critiques qualifient de , dans lesquelles il reproduit . C'est également à Rome qu'il rencontre Michelina Gismondi, qui devient son épouse et modèle pour de nombreux tableaux. De retour en Belgique à partir de 1887, il vit entre Liège et Schaerbeek et consacre essentiellement son œuvre à la réalisation de portraits et de paysages.
Tenant du réalisme, qu'il dote d'un exotisme original dans ses , et même précurseur de l'impressionnisme selon différents critiques du , Philippet contribue à la modernisation de la peinture liégeoise dans le dernier quart du . Bien que ce rôle de soit salué postérieurement par divers commentateurs, l’œuvre de Philippet suscite souvent, du vivant de l'artiste, l'incompréhension de la critique et du public à Liège. La du peintre n'y est guère appréciée, ce qui est moins le cas à Bruxelles et hors de Belgique.
Biographie Jeunesse et formation (1843-1867) Jean Léon Modeste Philippet., fils de Jean Gérard Joseph Philippet., commis négociant, et de Catherine Gertrude Derichs (1817-1884)., est né à Liège le .. Il étudie à l'Institut Saint-Paul puis au collège des Jésuites.
Il s'inscrit à l'Académie des beaux-arts de sa ville natale fin 1856, y suivant jusqu'en 1859 des cours pratiques (ou cours du soir) où il se forme surtout aux principes de base du dessin chez François Van Roy et Lambert Herman. Il doit interrompre ses études de 1859 à 1862 car son père le destine au commerce et . Il travaille donc durant trois ans comme commis aux écritures chez un marchand de vins (Brahy ou Dessauvage).
gauche|vignette|upright|Portrait du père de l'artiste, 1873 (huile sur toile ; ; photographie de 1955 du KIK-IRPA), Liège, musée de l'Art wallon.|alt=Portrait en buste du père de Léon Philippet, vêtu formellement.
C'est l'insistance réitérée auprès de ses parents d'Auguste Chauvin, professeur et directeur de l'Académie, qui permet de . Il peut donc s'inscrire à temps plein comme élève de l'Académie en 1862, où il va étudier jusqu'en 1867, suivant, entre autres, les cours d'Auguste Chauvin, Prosper Drion, Jean-Mathieu Nisen et Charles Soubre. Dans son rapport du semestre d'hiver 1865, Chauvin note que Philippet est , ce qui reflète la satisfaction que produit le travail du jeune artiste chez ses professeurs.
La même année, Philippet se présente au prix de Rome belge, mais ne parvient pas à dépasser le stade du concours préparatoire. En 1866, il obtient une bourse de mille francs belges concédée par le conseil communal de la ville de Liège, qui lui permet de se rendre à Paris, où il va résider aux environs d'un an. Il y étudie à l'atelier du peintre William Bouguereau et entre en contact avec l'école de Barbizon et le peintre Jean-François Millet. De retour à Liège, il reprend les cours du semestre d'hiver 1866-1867 à l'Académie, y suivant les cours de dessin d'après nature, de peinture et de composition historique auprès d'Auguste Chauvin, et d'anatomie appliquée aux arts chez Jules Ansiaux. Il achève sa formation à l'Académie, muni des prix d'expression, de nature et de peinture, en 1867. La même année, il se représente au prix de Rome, mais, comme en 1865, il ne dépasse pas le stade du concours préparatoire.
vignette|upright|Parlez au concierge, 1867 (huile sur panneau ; ), collection privée.|alt=Un vieillard portant des lunettes est absorbé dans la lecture d'un livre.
L'historien de l'art David Bronze. mentionne plusieurs peintures de jeunesse de l'artiste, comme La Misère (1865), Pauvre Jean-Pierre ! (1865) et Parlez au concierge (1867), qui, bien que . Il remarque également que ces toiles comptent , car elles dénoncent la précarité dans laquelle vit le prolétariat et mettent en évidence le .
Le séjour en Italie (1867-1887) En , Léon Philippet obtient la bourse de la fondation Lambert Darchis pour voyager en Italie, et bien que celle-ci ne lui soit concédée que jusqu'en 1872, il reste à Rome pendant près de vingt ans, jusqu'en 1887.
La bourse est concédée à Philippet le pour une durée de cinq ans, à la suite de la demande effectuée par son père dans une lettre du . Le peintre retarde néanmoins son départ pour l'Italie, qui n'a finalement lieu qu'en . Durant ce laps de temps, l'artiste réalise, entre autres, un dessin humoristique pour la revue estudiantine Le Parterre et effectue onze caricatures pour L'Almanach des étudiants de Liège. .
Vie à Rome, voyages et rencontre de Michelina Gismondi gauche|vignette|upright|Portrait en buste de Léon Mignon, 1872 (huile sur toile ; ; photographie de 1944 du KIK-IRPA), Liège, musée de l'Art wallon.|alt=Portrait en buste et de trois quarts du sculpteur Léon Mignon.
Une fois arrivé à Rome, le peintre s'installe dans un des ateliers du peintre néerlandais Johan Hendrik Koelman (1820-1887), établi au de la via dell'Olmata. Cet atelier a été occupé de 1835 à 1837 par le peintre Antoine Wiertz, que Léon Philippet admire profondément. Au cours de ses premières années passées dans la , il se lie d'amitiés avec d'autres artistes belges, qui y résident aussi ou y sont de passage, tels que le peintre Xavier Mellery, les sculpteurs Charles Brunin, Léon Mignon et Paul De Vigne, ou encore le musicien Franz Servais. Ensemble, ils forment à Rome.
L'artiste effectue de nombreuses excursions dans le reste de l'Italie durant son séjour romain. En 1872, il se rend avec Paul De Vigne dans les Apennins mais aussi à Naples et Pompéi, où il est accompagné de Gaston Marchant et de plusieurs pensionnaires de l'Académie de France. Il visite également la vallée de l'Aniene, entre autres Tivoli et Castel Madama, le port d'Ostie, Saracinesco, Venise et Pérouse. Hormis ces excursions en Italie, plusieurs retours en Belgique, un voyage réalisé en 1869 aux Pays-Bas, où il passe par Amsterdam, La Haye et Rotterdam, et un déplacement à Londres (vers 1885-1887) sont également documentés. En 1873, il voyage à Anvers après s'être inscrit pour la troisième fois au concours pour le Prix de Rome. Cette fois, il accède au stade du concours définitif.., avec l'œuvre Saint Laurent apportant ses richesses au préfet romain, mais n'y remporte aucun prix ou mention. Durant tout son séjour romain, l'artiste participe habituellement aux salons belges, comme le Salon de Bruxelles, le Salon d'Anvers ou le Salon de Gand. Ces participations sont, en plus d'une occasion, le motif d'un retour en Belgique.
alt=Portrait d'une femme italienne en robe blanche et tenant des fleurs, probablement l'épouse de l'artiste Michelina Gismondi.|vignette|upright|La Romaine, 1876 (huile sur toile ; ), Liège, La BoverieLe modèle de ce portrait est probablement la compagne de l'artiste, Michelina Gismondi..
À Rome, Philippet rencontre Michelina Gismondi et fonde une famille avec elle. Elle lui sert de modèle pour plusieurs toiles, dont probablement le portrait La Romaine, réalisé en 1876 et surtout le portrait Michelina Gismondi de la même année, son chef-d’œuvre dans ce genre artistique, conservé à La Boverie. L'historienne de l'art Gaëtane Warzée indique qu'. Le couple a plusieurs enfants : Mathilde Maria en 1873, Giovanna en 1876, et enfin Léon et Léonilde en 1882.
En 1876, il se met en contact avec son ami Adrien de Witte pour le prévenir qu'une pension de la fondation Darchis va bientôt se libérer. Ce dernier obtient finalement la bourse début 1879 et dès le mois de février de la même année s'installe à Rome, avec l'aide de Philippet, dans l'atelier de la via dell'Olmata. De Witte y reste jusqu'en 1881 et dans la capitale italienne jusqu'en .. De Witte et Philippet accompagnés du sculpteur Joseph Pollard et de l'écrivain Henri Simon.
Les vignette|upright|Musiciens (Rome), 1874 (huile sur toile ; ), collection privéeLes deux musiciens dépeints dans cette toile présentent des similitudes physiques et vestimentaires avec ceux de l'œuvre La Canzonetta de 1870..|gauche|alt=Deux tziganes jouent de la musique dans une ruelle de Rome : une femme jouant de la guitare et un homme portant un costume et un haut-de-forme qui joue du violon. Au contact de l'Italie, le peintre délaisse , devenant ainsi . Il y peint donc surtout ce que divers critiques qualifient de . Le critique d'art et conservateur de musée Jules Bosmant résume les sujets habituels qui y sont traités : .
David Bronze note que les tableaux italiens de Philippet constituent plus d'un tiers de son œuvre peint, et que, dans ceux-ci, l'artiste . Comme aucune œuvre de Philippet n'est présente dans les collections publiques italiennes, il déduit que la clientèle de l'artiste est principalement belge et trouve dans les toiles de l'artiste . Dans ce contexte, .
Certaines des peintures les plus représentatives de cette production sont par exemple : La Canzonetta (1870), Rixe (1874), L'Assassiné (1876), La Fête de la grand'mère (1881), Cabaret de Rome (1883), Carnaval à Rome (vers 1885) et La Course des barberi (1885). Dans un style tout à fait différent, il réalise en 1882-1883 un panorama dépeignant la défense de Rome par Giuseppe Garibaldi le contre les troupes françaises, qui est exposé dans de nombreuses villes du monde les années suivantes.
Les vignette|Le Tibre à Rome, 1878 (huile sur toile ; ; photographie de 2001 de Jacques Declercq du KIK-IRPA), Liège, musée de l'Art wallon.|alt=Paysage d'une ruelle longeant le fleuve Tibre à Rome.
Divers auteurs soulignent qu'en 1877, il crée les (future Académie belge de Rome, équivalent belge de l'Académie de France à Rome) qu'il dirige jusqu'en 1884. David Bronze nuance néanmoins cette affirmation, indiquant que la première académie belge de Rome (Academia Belgica) ne se fonde qu'en et que les précédentes tentatives de création d'une telle institution échouent toutes. Pour Bronze, les mentionnés par les autres auteurs font probablement référence à une demande faite à la classe des Beaux-Arts par le peintre Jean-François Portaels en qui consiste à créer une institution permanente à Rome afin d'accueillir les artistes belges.. Cette demande s'appuie sur une pétition de signée par divers artistes belges ayant résidé ou résidant à Rome, comme Léon Philippet, Gaston Marchant, Xavier Mellery, Charles Brunin, Félix Nisen, Jan Van den Eeden ou Ernest Dieltiens.. Bien que l'initiative soit reçue favorablement, l'arrêté royal la consacrant ne paraît qu'en 1880 et les qui en résultent semblent n'être fonctionnels qu'à partir de 1884 et perdurent jusqu'en 1900.
Même si Léon Philippet n'a donc peut-être pas dirigé les de 1877 à 1884, David Bronze considère que l'artiste, vu son long séjour en Italie, a probablement joué .
Retour en Belgique et dernières années (1887-1906) gauche|vignette|upright|Léon Philippet (assis, à droite) travaillant dans son atelier de Liège sous le regard attentif d'Henri-Louis Orban (debout, au centre) et d'un homme non identifié (assis, à gauche), vers 1890 (tirage photographique noir et blanc ; ), Liège, musée de la Vie wallonne.|alt=Photographie de Léon Philippet, de dos, en train de peindre une toile sur un chevalet devant deux hommes à sa gauche qui l'observent travailler. On aperçoit trois autres toiles de l'artiste à côté ou derrière celle sur laquelle travaille l'artiste.