Emmanuel Dungia (né le – décédé le ) était un diplomate de la République démocratique du Congo (RDC) et auteur de l'ouvrage : Mobutu et l'argent du Zaïre: les révélations d'un diplomate, ex-agent des Services secrets, incluant le rapport rédigé pour le Fonds monétaire international par Erwin Blumenthal, ancien directeur des Affaires Étrangères de la Bundesbank. Dungia est également connu pour son arrestation, comparution et acquittement par le gouvernement congolais d’avoir participé à un complot visant à renverser Laurent Kabila assassiné le .
Enfance et jeunesse 110px|thumb|left|upright|Emmanuel Dungia en 1977.
Emmanuel Dungia est le fils de François Zoambe Kuku Dungia, un infirmier et de Wivine Yumbe Mbisala, une mère au foyer qui l’aurait mis au monde à Bondaki aux environs de Gemena dans la région de l’Oubangui dans la province de l’Équateur en République démocratique du Congo.
Emmanuel Dungia, également connu sous le nom d'Emmanuel Dungia Mosi Nagifi est né Emmanuel Dedetemo. « De de te mo » se traduit littéralement en ngbaka par : « fais à toi-même ». Au figuré, une des interprétations serait : « occupes-toi de toi-même sans te laisser influencer par qui que ce soit ».
Le nom « Dungia » vient de Ndungia auquel on a enlevé en 1957 le N lors du changement par uniformisation légale du nom de famille par l’autorité coloniale suivant les procédures officielles. Ndungia existe dans l’espace ngbaka, mais est faiblement diffusé et sa signification est inconnue. Ces procédures coloniales seront renversées par Mobutu à partir de 1967 lorsqu’il introduira le concept du « nationalisme congolais authentique » ou encore « révolution zaïroise authentique »« Cinq hommes qui ont fait le Congo », Jeune Afrique, Tshitenge Lubabu M. K., Muriel Devey, Christophe B, 6 juillet 2010. dont le but visera à gommer l’histoire coloniale de son pays.
Durant son enfance et sa jeunesse, Dungia passe soit par choix, soit par concours de circonstances par plusieurs institutions académiques : l’école catholique de Molegbe où il apprendra le dialecte Ngbandi ; le petit Séminaire de Kotakoli ; l’école normale de Molegbe, l’école catholique de Libenge, le Collège Saint-Laurent de Gemena qui est la première école secondaire du District de l’Oubangui créée depuis le début de la Colonisation du Congo ; l’ex-Athénée royal de Coquilhatville (Mbandaka) qui était réservée avant l’indépendance aux enfants belges et « évolués » congolais ; l’école royale des cadets de Bruxelles ; l’école royale militaire belge, l’Athénée de Ngiri-Ngiri à Kinshasa et une école de Neuf-Château dans la province belge du Luxembourg.
Carrière sous Mobutu Sese Seko
110px|thumb|left|upright|Drapeau du Zaïre.
600px|thumb|upright|Emmanuel Dungia en Israël, en 1985.
Services de sécurité
En , Dungia quitte la Belgique pour retourner définitivement au Zaïre où, peu de temps après son retour, il est engagé dans l'administration des Finances en qualité d’inspecteur des Finances.
Un jour, Dungia décide de rendre une visite de courtoisie à Zuwa Gozo, un « aîné » et joueur de football populaire de la communauté africaine de Louvain où il était venu préparer une thèse de doctorat en droit maritime. Zuwa Gozo fait office de Secrétaire particulier de Monsieur Seti Yale, à l’époque le très puissant patron du service de sécurité« Les candidats passés au crible », Jeune Afrique, Christophe Boisbouvier pour J.A. et Philippe Perdr, 24 octobre 2006.. Le patron de Zuwa Gozo, Seti, qui connaissait Dungia pour l’avoir rencontré à l'université Lovanium, remarquant sa présence, demanda de ses nouvelles, notamment de ses études, lorsqu’il entra dans son bureau pour donner des instructions à Zuwa Gozo. Le jour suivant, Seti Yale"30 000 francs par mois pour un mercenaire français", Le Monde , 13 mai 1997. fait chercher Dungia pour qu’il lui montre son diplôme universitaire. Dungia se présente tel que demandé et séance tenante, Seti le fait engager à la sécurité. Dungia rapporte que plus tard, qu'il soupçonnera que le geste de Seti aurait pu être dicté par le souci de récolter quelques informations sur son rival Honoré Ngbanda"ZAÏRE:en accord avec le président Mobutu M. Tshisekedi a formé un " gouvernement de techniciens", Le Monde , 16 octobre 1991., qu’il avait côtoyé intimement à Bruxelles et qui lui disputerait le leadership autour de Mobutu.
Après un stage de formation au service des renseignements durant un mois, il est d’abord affecté comme adjoint, ensuite comme titulaire au chef de poste de la sécurité à l’aéroport international de Ndjili. En 1979, il est muté au service d’études à la direction centrale.
Diplomatie en Europe
Après avoir été versé au département extérieur, il est envoyé en poste diplomatique à Paris (1980-81), à Bruxelles (1981-86) et au Vatican (1986-89). En 1989, il est rappelé à Kinshasa où il travaille comme agent de liaison de la sécurité en qualité de conseiller diplomatique du Ministre des Affaires Étrangères Nguza Karl-I-Bond« Autres liaisons fatales”, Jeune Afrique, Philippe Perdrix, Marwane Ben Yahmed, Jean-Dominiq, 25 juillet 2005..
Mais Dungia n’a, dit-il, plus le cœur à l’ouvrage pour le travail de renseignement. À partir de 1986, il a de plus en plus une aversion pour le régime Mobutu dont le système de gestion qu’il qualifie de « criminel » heurterait sa conscience.
En , le régime Mobutu évolue vers le multipartisme. Après la formation du premier gouvernement de la transition, le Cabinet du Ministre Nguza Karl-I-Bond cède la place à celui de Mushobekwa Kalimba Wa Katana« MARK EYSKENS RENCONTRE SON HOMOLOGUE ZAIROIS LA SURPRISE DU CHEF BOUTROS-GHALI », Le Soir, Baudouin Loos, lundi 17 septembre 1990.. Mais Dungia refuse de réintégrer le service de sécurité.
exil et publications
150px|thumb|upright|Page de couverture du livre La pieuvre tropicale. Les tentacules de Mobutu à Bruxelles.
Il se prépare soigneusement à partir en exil en Belgique après avoir achevé la rédaction du manuscrit de son livre Mobutu et l’Argent du Zaïre qui sera mis en vente le . Le dictateur Mobutu en fait lui-même la promotion en assignant l’Éditeur l’Harmattan et Dungia en justice"Le président Mobutu demande l'interdiction d'un livre intitulé " Mobutu et l'argent du Zaïre", Le Monde, 8 février 1992. pour tenter d’en obtenir l’interdiction..
Le livre connaît un succès de librairie international« Publications by Emmanuel Dungia », WorldCat library catalog. mais son Éditeur aurait, selon Dungia, commis une grande escroquerie à ses dépens. Il accuse le directeur des éditions l’Harmattan de systématiquement tromper les auteurs (en particulier Africains) sur le chiffre des ouvrages imprimés et vendus. Mobutu et l’Argent du Zaïre qui continue d’être vendu jusqu’à ce jour était disponible dans les bibliothèques universitaires majeures à travers le monde. L’ouvrage de Dungia qui est continuellement référencé par d’autres travaux et auteurs, fut même utilisé assidûment lors de Conférence nationale souveraine..
En 1995, Dungia vit sous protection policière de l’État belge dans des conditions difficiles avec ses enfants. En septembre 1995, il accepte un emploi dans une Association sans but lucratif qui s’occupe des personnes ayant des problèmes psychiques, des prisonniers et des étrangers en quête de régularisation de situation administrative.
En 1995, Dungia publie La pieuvre tropicale. Les tentacules de Mobutu à Bruxelles« Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997) », Olivier Lanotte, 16 mars 2010., un ouvrage dont la distribution et l'impact seront modestes par rapport à son premier livre.
Carrière sous Laurent-Désiré Kabila 110px|thumb|left|upright|Drapeau de la RDC sous Laurent Kabila.
Dungia se joint à la rébellion
Fin septembre 1996, le régime Mobutu est confronté à une situation insurrectionnelle dans la province du Kivu« Le premier conflit du Zaïre 1996-1997 : une conséquence du génocide rwandais ».. Une rébellion soutenue par le Rwanda et l’Ouganda conquiert des villes et avance sur Kinshasa. Après la chute de KisanganiRDC : Le 15 mars 1997, « Kisangani tombe aux mains des rebelles de Laurent-Désiré KABILA », Kongo Times, avril 1997. le , l’homme d’affaires Jeannot Bemba Saolona et l’ambassadeur Pelendo, qui disent parler au nom de la communauté Ngbaka, chargent Dungia d’effectuer une mission à Goma"LA PUNITION DE MOBUTU? VOIR LES PROGRES REALISES PAR D'AUTRES", Le Soir, Colette Braeckman, 14 avril 1997. pour transmettre un message du peuple Ngbaka au chef de la rébellion Laurent Désiré Kabila« République démocratique du Congo : De Mobutu à Kabila : Les deux guerres du Congo (1996-1998) », RFI, Monique Mas, 10 juillet 2006.. À Goma, Dungia arrive précédé par la réputation causée par son livre. Un de ses supporteurs, Mwenze Kongolo« Mwenze Kongolo : comment j’ai rencontré L-D Kabila, que reste-t-il de son idéologie, 9 ans après sa mort? », Radio Okapi, 22 janvier 2010. et proche de Kabila, le sollicite pour apporter son expérience à la rébellion. Il accepte. Dungia rentre à Bruxelles pour faire rapport et prendre les dispositions nécessaires pour ses enfants.
Diplomatie en Afrique australe et centrale
De retour à Goma début avril 1997, Dungia est provisoirement affecté en qualité de conseiller diplomatique au Cabinet de Bizima Karaha qui fait office de Ministre des Affaires Étrangères« RDC: Où est passé Bizima Karaha ? », Africa Information and Publishing Service, 30 juillet 1998.. Le régime Mobutu tombe le samedi « Du Congo belge au Congo démocratique - Chronologie du Congo (1882-2010) », L’Express.fr, Catherine Gouëset, 14 juin 2010. alors que Dungia et l’équipe du rebelle Laurent-Désiré Kabila sont à Lubumbashi.. Sous la liesse populaire, ils regagnent Kinshasa dans la soirée du mardi . Fin juillet 1997, le président Kabila le fait venir avec le Ministre Bizima dans son Cabinet du Palais de la Nation pour notifier Dungia de sa nomination en qualité d’ambassadeur itinérant. Le 7 août, Kabila l’envoie en mission de service en Afrique du Sud. Le 24 août, Dungia arrive en visite de travail chez le président Nelson Mandela. Le jour de son retour à Kinshasa le 26 août, Dungia est nommé ambassadeur"TROIS GENERAUX EX-ZAIROIS LIBERES PAR L'AFRIQUE DU SUD", Le Soir, Marina Burgeon, 17 janvier 1998., chef de la mission diplomatique à Pretoria, après avoir longtemps hésité à le nommer à la tête du service de sécurité dont il a fait arrêter le chef peu de temps avant le voyage en Afrique du Sud. thumb|Nelson Mandela et Emmanuel Dungia, à Pretoria, en Afrique du Sud, en août 1997.
Dungia reste à Pretoria jusqu’au , date à laquelle il est rappelé à Kinshasa, selon Dungia, sous les pressions incessantes des ressortissants katangais qui ne cessent de demander au président Kabila la désignation d’un ambassadeur natif du Katanga pour y drainer les investissements sud-africains.
En juillet 1998, Dungia est nommé ambassadeur à Bangui, avec juridiction sur le Congo-Brazzaville et le Tchad. Il arrive à Bangui avec sa famille, précédé par un coup monté, rapporte-t-il, par un Chargé d’affaires de la République démocratique du Congo qui aurait malicieusement utilisé des canaux centrafricains pour faire parvenir au président Ange-Félix Patassé un message selon lequel Dungia aurait pour mission de déstabiliser son pouvoir, puisqu’étant de la tribu de son rival et ennemi André Kolingba.. Dès l’installation du régime de Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa, le Chargé d’Affaires ferait parvenir des correspondances aux Affaires Étrangères. Personne n’y prête la moindre attention. Arguant d’absence de document d’accréditation en tant qu'Ambassadeur de la République démocratique du Congo, Dungia regagne Kinshasa après deux jours passés au Tchad car les autorités centrafricaines refusent de le recevoir.
En 1999, le président Laurent Kabila décide de le renvoyer en Afrique du Sud, mais les autorités sud-africaines ne donnent aucune suite à la demande de son accréditation.
Travail au Cabinet gouvernemental