Jean-Baptiste II de Taxis dit le balafré (en latin Joannes Baptista de Tassis), né en 1530 à Bruxelles Europäische Stammtafeln Band V, Tafel 127 (Pays-Bas espagnols) et mort en 1610 à Madrid, est un conseiller d'État et ambassadeur des rois Philippe II et Philippe III d'Espagne.

Biographie

Jean-Baptiste II de Taxis dit le balafré est un des treize enfants de Jean Baptiste de Taxis, maître général des postes de l'empereur Charles Quint depuis 1520, et de Christine de Wachtendonck de Malines. Il a été élevé au rang de chevalier. Ses armes portent le taisson traditionnel dans la famille tassienne et l'Aigle à deux têtes. L'illustrateur des Marques d'honneur de la maison de Tassis a entouré le blason de symboles des fonctions de Jean Baptiste : le caducée pour l'éloquence, le bâton de maître d'hôtel pour son appartenance à la cour, la coquille Saint-Jacques pour le pèlerin chrétien.

Aidant d'abord son frère Léonard I de Tassis dans la direction des postes des Pays-Bas, il est chargé, en 1563, d'une négociation à Augsbourg entre l'Espagne et le Saint-Empire.

Après la démission de Charles Quint qui parlait français, flamand, espagnol et un peu d'allemand., l'État bourguignon est passé à son fils Philippe II, qui ne s'exprime qu'en espagnol et qui est un fervent catholique alors qu'une partie de ses sujets se convertit au protestantisme. Philippe II délègue ses pouvoirs à sa demi-sœur Marguerite de Parme, gouvernante générale et régente des Pays-Bas s'appuyant sur des conseillers comme Maximilien de Hénin-Liétard, militaire et homme politique, (gouverneur local) de Hollande, de Zélande et d'Utrecht au service duquel entrera Jean Baptiste II de Tassis, destiné désormais à exercer des fonctions publiques et non à travailler dans l'entreprise postale familiale. thumb|left|alt=Peinture sans perspective et vue de haut d'une région aride en bord de mer où sont une multitude de bateaux pour embarquer les Turcs que repoussent les chrétiens.|Matteo Pérez, fin , Fin du siège de Malte : les soldats chrétiens poussent les Turcs à rembarquer. Marguerite de Parme envoie Jean Baptiste auprès du souverain Philippe II, qui, ayant promis des secours aux chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem attaqués par Soliman le Magnifique à Malte, rassemble des troupes .

Les tensions politiques, fiscales et religieuses, augmentant aux Pays-Bas, vont aboutir en 1566 aux débuts de la révolte des Gueux et Marguerite de Parme est remplacée par Ferdinand Alvare de Tolède dit le duc d'Albe. En 1568, celui-ci charge Jean Baptiste, rentré à Bruxelles où il administre les fonds provenant de confiscations, de prendre contact avec le duc Guillaume de Clèves pour contrebalancer l'influence croissante des chrétiens réformés ; une nouvelle rencontre a lieu en 1571 pour la même raison.

En 1572, après la prise de La Brielle, Jean Baptiste est envoyé en Hollande ; au printemps 1573, il remplace le gouverneur d'Utrecht. Un séjour à Madrid, en 1574 et où il est nommé gentilhomme de la maison du roi, ne se prolonge pas car le successeur du duc d'Albe, Luis de Zúñiga y Requesens (dit Requesens) le demande. Jean Baptiste, qui parle allemand, flamand, espagnol, français et italien, a rédigé un mémoire pour réduire les dépenses excessives de l'armée aux Pays-Bas tout en regagnant les villes perdues : faire traîner la guerre en longueur, former un camp de de d'infanterie, dont , , et de la cavalerie légère pour inquiéter continuellement la Hollande et recouvrer les villes perdues, tout en traitant les affaires des Pays-Bas selon leurs lois et coutumes, avec douceur, amour et confiance dans les habitants de ces provinces.. thumb|alt=Des soldats envahissent un bâtiment et y font des prisonniers.|Le coup d'état à Bruxelles d'après Frans Hogenberg. À la mort de Requesens, Jean Baptiste se déclare ouvertement partisan du roi. Bien qu'il ne soit membre ni du Conseil d'État ni du conseil privé, il se trouve pris dans un coup d'État organisé contre eux à Bruxelles le par les troupes du Magistrat de Bruxelles et des États du Brabant. Emprisonné pendant près de deux mois (d'abord dans une maison de la Grand-Place de Bruxelles puis dans sa propre demeure), libéré le sur l'intervention de son frère Léonard I de Tassis, , il quitte discrètement Bruxelles la ville pour gagner, par Huy, Luxembourg où Juan d'Autriche, demi-frère de Philippe II et fraichement nommé nouveau gouverneur général des Pays-Bas, s'est prudemment arrêté, étant donné les troubles bruxellois. thumb|left|alt=Peinture ovale. Des gens armés d'épée, couteau, fourche, se battent devant et à l'intérieur d'une maison.|Hans Bol, 1590, La Furie espagnole à Malines. La révolte des Pays-Bas est devenue une guerre, la Guerre de Quatre-Vingts Ans, avec mises à sac (la Furie iconoclaste, sac de Malines), sièges de villes (comme celle de Valenciennes, batailles comme celle de Gembloux à laquelle participe Jean Baptiste dans les rangs, évidemment, de Juan d'Autriche qui, l'ayant nommé deuxième intendant puis grand maitre, va aussi l'envoyer auprès de l'évêque de Liège, Gérard de Groesbeek, pour préparer le siège de Maastricht, puis, à la fin d'août 1578, à Louvain conclure un accord avec les députés du Conseil d'État. L'opération échouant, Jean Baptiste retourne près du gouverneur général et participe à son conseil avec ses frères Roger et Léonard I de Tassis mais Don Juan, replié à Namur, y meurt du typhus en octobre 1978. En 1579, Jean Baptiste de Tassis est nommé membre du Conseil royal, puis intendant général de l'armée espagnole.

En 1580, Jean Baptiste, considéré comme italien, doit quitter les Pays-Bas come les Espagnols et les autres étrangers. Il Il répond à l'appel de Philippe II et le rejoint à Badajoz, où il est, sur recommandation du duc d'Albe et d'Antoine Perrenot de Granvelle, désigné comme envoyé extraordinaire auprès du roi de France. Un nouveau voyage lui fait rencontrer le roi Henri III à Blois, puis les deux reines (Catherine de Médicis et Louise de Lorraine-Vaudémont) à Chenonceau.

Apprenant que François d'Alençon, le frère de Henri III, projette de prendre la tête des rebelles aux Pays-Bas et d'en devenir souverain en tant que « Défenseur des libertés des Pays-Bas », Jean Baptiste tente de l'en empêcher. thumb|alt=Devant un nombreux public de courtisans et en présence de prélats qui tiennent haut un crucifix, les représentants s'avancent.|Signature de la Paix de Vervins dans l'imaginaire de Gillot Saint-Evre, 1837.

Après la mort de ce prétendant en 1584, des contacts sont établis entre Philippe II, Henri Ier de Guise et Charles de Mayenne, pour éviter que la couronne de France ne revienne au calviniste et roi de Navarre Henri de Bourbon. C'est Jean Baptiste de Tassis, qui vient de recevoir du roi sa commanderie, qui est chargé de négocier avec ces Français et de signer, au nom du roi d'Espagne, le Traité de Joinville.

À la fin de 1585, son remplacement en France par l'ambassadeur Bernardino de Mendoza, lui permet de reprendre des fonctions à Bruxelles car il a succédé en 1584 à son cousin Pierre, mort le 15 août, comme inspecteur général de l'armée espagnole aux Pays-Bas.

En 1589, il est chargé d'une mission spéciale à Paris, auprès des Ligueurs ; en avril 1590, il est à Madrid, près de Philippe II qui a décidé une intervention militaire contre Henri de Navarre. Jean Baptiste participe donc à l'expédition sur Paris), et à la campagne de Picardie. Il défend ensuite la candidature de l'Infante Isabelle, fille aînée de Philippe II, au trône de France devant les États généraux de 1593 puis rentre aux Pays-Bas au début 1594.

Le 3 janvier 1595, Tassis devient membre du Conseil d'Etat des Pays-Bas. C'est encore lui qui négocie, avec le le président Richardot, et signe pour Philippe II la Paix de Vervins qui met fin à la guerre franco-espagnole en 1598.. thumb|redresse|left|alt=Un groupe de prêtres et servants monte une rue vers la cathédrale qui se dresse au sommet.|Michiel Coxie, 1592, La Légende de Sainte Gudule. Bien qu'il désire finir ses jours en Espagne, Jean Baptiste retourne aux Pays-Bas, sur l'ordre du roi, pour assister les archiducs Albert et Isabelle puis il est nommé en 1598 ambassadeur ordinaire par Philippe III à la cour de France où il gagne l'affection du roi Henri IV qui l'appelle . La charge n'étant pas fastidieuse, il y commence la rédaction de ses mémoires qu'il terminera à l'époque du mariage de l'infante avec l'archiduc Albert.

Il obtient enfin en février 1604, la permission de quitter Fontainebleau pour Valladolid, où Philippe III tient sa cour. Ce n'est qu'en 1609, qu'il peut enfin passer six mois dans sa propriété de Los Santos de Maimona, l'une de ses trois commanderies de l'Ordre de Saint-Jacques. Dès son retour à la cour de Madrid, il tombe malade. Mort à la fin de février ou au début de mars 1610, il est inhumé à Valladolid dans l'église des pères augustins dont il avait fait orner l'autel collatéral de la grande chapelle.

Il avait épousé le , dans la cathédrale Sainte-Gudule de Bruxelles, Hélène de l'Espinée, fille du chevalier Henri de l'Espinée seigneur de Soumagne et de Jeanne Naturel. Le couple n'a pas eu d'enfants.

Traces écrites

Jean Baptiste II de Tassis a laissé des mémoires en latin dont le livre constitue des Commentaires sur les troubles des Pays-Bas pour la période de 1559 à 1598, supposés avoir été offerts à Philippe III, et déposés à la Bibliothèque de l'Escurial. François Sweerts en signale une copie chez son ami Christophe van Etten à Bruxelles, Valerius Andreas une autre chez un assesseur de la Chambre des comptes de Lille et Jean-François Foppens une troisième à la bibliothèque de l'archevêque de Malines. Ce dernier exemplaire a permis la publication du texte par le chanoine . Celui-ci écrit que la copie a été faite à Madrid, d'après l'original, pour Humbert de Precipiano qui l'aurait apportée aux Pays-Bas. L'exemplaire se trouve au dans la section des manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique où se trouve encore une autre copie, annotée en espagnol d'une seconde main. Dans sa préface, Jean Baptiste de Tassis affirme avoir pris Salluste comme modèle. Selon François Sweerts, le texte aurait été revu par Godefroid Haftenius, un proche de Jean Baptiste pendant sa deuxième ambassade parisienne.

Les instructions écrites données par le roi d'Espagne Philippe II, par don Juan, par l'archiduc Albert à Jean Baptiste de Tassis ont transité par la poste familiale des Tassis ; une partie de cette correspondance est consultable car ..

En 2023, Julia Benavent et Bruno Crevato-Selvaggi analysent aussi plusieurs de ses missives avec Antoine Perrenot de Granvelle, un proche de la famille Tasso/Tassis, dans La corrispondenza della famiglia Tasso con Antoine Perrenot de Granvelle.

Arbre généalogique

Cet arbre généalogique est principalement basé sur celui donné par le musée de la famille Tasso. :

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . . Jean-Noël Paquot, Mémoires pour servir à l'histoire litteraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, Tome douzième, Louvain, 1768 Jacqueline Boucher, Lettres de Henri III, roi de France: 4 janvier 1583-20 mars 1585, recueillies par Pierre Champion, Michel François, Société d'Histoire de France, Paris, 2006 Olivier Poncet, Pomponne de Bellièvre (1529-1607), Écoles Nationale des Chartes, 1998 Michel Mary, Histoire des postes belges. Des origines à la libéralisation, Académie de Philatélie de Belgique / Encre du temps 2010, 201 p. . . .

Articles connexes Thurn und Taxis François de Taxis

Liens externes

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