Les Maîtres fous est un documentaire ethnographique français réalisé par Jean Rouch, sorti en 1955.
Le cinéaste québécois Pierre Falardeau réutilise des images de ce documentaire dans son propre film Le Temps des bouffons, en apposition à sa critique de la colonisation britannique au Québec.
Synopsis Le documentaire illustre les pratiques rituelles de la secte religieuse des , une secte originaire du Niger - telles que pratiquées par des immigrés pauvres d'Accra (Ghana). Ces rites consistent en l'incarnation par la transe des figures de la colonisation (le gouverneur, la femme du capitaine, le conducteur de locomotive, etc.) et s'organise autour d'une confession publique, de chorégraphies frénétiques et de sacrifices d'animaux (poules, chien).
Jean Rouch expliquera que
Le film fut interdit par l'administration française dans le territoire du Niger, puis également, par l'administration britannique, au Ghana et dans d'autres colonies britanniques.
Fiche technique Titre : Les Maîtres fous Réalisation : Jean Rouch Pays d'origine : Format : 16 mm - couleur Durée : 36 minutes Date de sortie : France - 1955
Réalisation et débats Le tournage est effectué par Jean Rouch avec une caméra 16 mm Bell & Howell dont la particularité est de devoir être remontée toutes les vingt-cinq secondes.. Cette contrainte est considérée par Jean Rouch comme un avantage qui lui permet de réfléchir, pendant qu'il remonte sa caméra, au meilleur angle de caméra pour la prise suivante. Le son est enregistré de manière non-synchrone avec un microphone Melodium suspendu à un arbre. Le micro est relié à un enregistreur de son Acemaphone pouvant contenir environ trente minutes d'enregistrement. La gestion de l'enregistrement sonore est confiée à Damouré Zika. Les membres de l'équipe de tournage ne comprennent pas ce que disent les Haukas pendant la cérémonie, mais filment et enregistrent.
Revenu au Musée de l'Homme à Paris, Jean Rouch projette les rushs du tournage à plusieurs personnalités du monde de l'ethnologie et du cinéma, dont notamment Marcel Griaule, Paulin Soumanou Vieyra et Luc de Heusch. Cette projection est réalisée sans aucun son et Jean Rouch improvise un commentaire des images depuis la cabine de projection. Le public réagit très négativement. Marcel Griaule et Paulin Soumanou Vieyra se montrent scandalisés et demandent à Jean Rouch de détruire le film. Luc de Heusch est d'un autre avis et déclare à Rouch : . Le réalisateur considère pour sa part que .
Alors que la situation semble complexe à dénouer, Jean Rouch est contacté par Pierre Braunberger qui s'intéresse à son travail.. Ce dernier l'invite dans sa maison de campagne en compagnie du réalisateur américain Jules Dassin. Jean Rouch projette de nouveau les rushs du film en improvisant un commentaire. Jules Dassin déclare à l'issue de la projection : et imagine ce qu'il pourrait devenir une fois monté avec l'ajout du son : . Pierre Braunberger fait agrandir la pellicule 16 mm pour travailler sur une pellicule classique au format 35 mm. Le travail de montage est confié à Suzanne Baron. La resynchronisation du son lors du montage est faite en compagnie de Jean Rouch.
Jean Rouch commente ultérieurement : .
Le commentaire définitif, constituant la voix off du film, est enregistré par Jean Rouch au Musée de l'Homme avec l'appui technique d'André Cotin. Ce dernier demande au réalisateur de faire son commentaire en se tenant debout, sans lire ses notes pour gagner en spontanéité : demande-t-il à Jean Rouch. L'enregistrement est fait avec un microphone Melodium et un enregistreur Ampex. commente Jean Rouch ultérieurement. À l'issue de la prise de son, il demande à faire une seconde prise pour y ajouter un élément, mais André Cotin refuse : .
Le film monté avec le son et le commentaire en voix off est envoyé par Pierre Braunberger au festival de Venise où il reçoit un prix. Il est ensuite projeté à La Pagode (Paris). Les réactions sont contrastées. Un ami sénégalais de Jean Rouch lui fait part de sa gêne : . Des membres de la revue Présence africaine, liés à Paulin Soumanou Vieyra, convoquent Jean Rouch et lui demandent : Jean Rouch le leur confirme. .
Le film a été critiqué par la droite en raison de son anticolonialisme.
Récompense Grand Prix de la Biennale internationale du cinéma de Venise - Film Ethnographique, Mostra, 1957
Notes et références
Annexes Bibliographie
P. Loizos, P., Innovation in Ethnographic Film: From Innocence to Self-Consciousness, Chicago, University of Chicago Press, 1993. P. Stoller, P., The Cinematic Griot: The Ethnography of Jean Rouch, Chicago, University of Chicago Press.
Liens externes
Les Maîtres fous - Ciné-club Caen
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