Gaël Giraud, né le à Paris, est un économiste, docteur en mathématiques et en théologie et prêtre jésuite français.

Spécialiste en économie mathématique, directeur de recherche au CNRS, il est économiste en chef de l'Agence française de développement de 2015 à 2019.

Ses travaux portent notamment sur l'économie mathématique, la théorie des jeux, la finance et l'énergie. Plus récemment, il a orienté sa recherche vers la question des inégalités sociales et de la transition écologique.

Il a enseigné l'économie à l'université Paris-Sorbonne, à Polytechnique et Sciences Po Paris, ainsi que dans d'autres universités françaises (Université de Strasbourg) et étrangères (justice environnementale à l'université de Georgetown).

Biographie Jeunesse et études Il naît d'un père français et d'une mère suisse, tous deux sympathisants de gauche. Il est initié à la théologie par son oncle maternel, vicaire et aumônier.

Après deux années de classes préparatoires B/L (Lettres et Sciences économiques et sociales) au lycée Henri-IV, à Paris, il intègre l’École normale supérieure de la rue d'Ulm et l’École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE) en 1989.

Pendant ses deux années de service civil au Tchad (1995-1997), il enseigne les mathématiques et la physique au lycée jésuite Saint-Charles-Lwanga (Sarh) et fonde le Centre d'accueil des enfants de la rue de Balimba..

En 1998, il soutient sa thèse de doctorat en mathématiques appliquées à l'économie concernant les « jeux stratégiques de marchés », à l'université Panthéon-Sorbonne sous la direction de Joseph Abdou..

Puis il intègre l'équipe de Jean-Michel Lasry, mathématicien spécialisé dans la finance. Au sein de l'équipe, il devient consultant pour la Compagnie parisienne de réescompte et Calyon. Il forme des traders à New-York. En 2003, un poste de trader lui est proposé à New York, qu'il décline pour devenir jésuite.

En 2004, il obtient l'habilitation à diriger des recherches (HDR). La même année, le , il entre chez les jésuites. Il est ordonné prêtre le ..

Il soutient une thèse de doctorat en théologie le au Centre Sèvres de Paris sur le thème de la théologie politique des communs à l'ère anthropocène., sous la direction de Christoph Theobald.

Recherche, enseignement et travaux Il entre au CNRS en 1999 comme chargé de recherche en économie., où il est désormais directeur de recherche..

En 2015, il est nommé économiste en chef et directeur exécutif de l'Agence française de développement où il exerce jusqu'en 2019. Avec une équipe de chercheurs, il y développe un nouvel outil de modélisation macroéconomique, GEMMES (). Cet outil d'aide à la prise de décision intègre les enjeux de la transition écologique.

En 2015, il rédige un rapport sur le coût du prochain crash bancaire dans la zone euro pour le Parlement européen.

Il a également enseigné l'économie à l'École nationale des ponts et chaussées.

Il fonde la chaire « Énergie et prospérité » avec Jean-Pierre Ponssard en 2015...

En , il publie en italien (« Le goût du changement »), corédigé avec Carlo Petrini, un militant de la Slow Food, et préfacé par le pape François.

Institutions Membre du conseil scientifique de l'organisation non gouvernementale Finance Watch, de la Fondation pour la nature et l'homme, et de The Shift Project, Gaël Giraud est, depuis 2018, membre associé de l'Institut d'études avancées de Nantes..

En 2020, il devient président d'honneur de l'Institut Rousseau, un laboratoire d'idées créé le à Paris et qui se définit comme un laboratoire « apartisan, indépendant des partis ». Ce laboratoire d'idées est considéré comme un nouveau venu dans la galaxie des « think tanks de gauche »...

Il fonde le programme de justice environnementale de l'université de Georgetown, qu'il dirige de 2020 à ... Il a également été professeur à la de cette université..

Prises de position, publications et influence médiatique En tant qu'économiste, il est très critique du néolibéralisme, et à ce titre s'attire l'opposition des banquiers classiques du Vatican. ou de France, notamment en 2013 lorsqu'il critique dans une note les modalités du projet de réforme (adopté) de Pierre Moscovici de séparer les activités de marché et de dépôt des banques françaises, tout en les conservant comme filiales d'une holding commune. Ces modalités ne résolvent pas selon lui les différents risques posés par les banques dites universelles..

À l'inverse, il jouit d'une grande aura dans une partie de la gauche française. Le Facteur 12, pourquoi il faut plafonner les revenus En 2012, il corédige avec Cécile Renouard l'essai Le Facteur 12, pourquoi il faut plafonner les revenus, essai dont sa coautrice réfute qu'il soit politiquement marqué, car selon elle .

Illusion financière Dans Illusion financière, après avoir démonté les échecs et impasses de la logique de financiarisation prégnante depuis les années 1970 et les mécanismes spéculatifs mis en place dans les années 1990 ayant mené à la crise financière, Gaël Giraud plaide pour une reconnaissance du statut de commun de deux des fonctions de la monnaie, liquidité et financement, ainsi que d'un ensemble de ressources devant être gérées sur un principe de réciprocité kantien ou chrétien (« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux »). Giraud détaille la crise des subprimes résultant de la mise en place de produits dérivés tels que les CDO, , CDS et des notations « triple A » qu'il analyse comme un mécanisme spéculatif autoréférentiel, ensemble aboutissant à une énorme pyramide de Ponzi. Il en attribue l'impulsion initiale à un « idéal messianique » proposé aux ménages américains de devenir propriétaire sans effort. Il en appelle à autrement dit à une modération de la consommation pour éviter l'épuisement des ressources, et pour permettre une troisième voie entre propriété privée et collectivisme, celle des communs, permettant à tous sans exclusion un usage des bienfaits économiques, moyennant des règles d’accès définies collectivement dans la perspective de l’intérêt général, selon le résumé qu'en fait le critique Salvatore Maugeri..

Concernant le système financier, il en dénonce le caractère faussement rationnel, en mettant en avant la formation des prix sous l'effet des « ». Il est très critique des mécanismes actuels interdisant aux banques centrales de financer le déficit des États, pour les forcer à emprunter sur les marchés financiers et principalement aux banques privées qu'elles doivent renflouer en cas de crise. Paradoxalement, ces banques privées imposent aux États des primes de risque conduisant à une augmentation de la charge de la dette, selon des critères de prudence qu'elles-mêmes n'ont pu satisfaire et qui a conduit des États, dont la France, à les renflouer en faisant peser sur les contribuables la charge de leur refinancement. L'absurde est atteint selon lui lorsque ces banques émettent des produits spéculatifs de risque de défaut (CDS) des États auxquels elles prêtent dans le même temps, sans risque pourtant par les acheteurs de ces titres : en cas de défaut, les banques privées seraient alors appelées à verser des primes importantes aux spéculateurs, avec une probabilité élevée de devoir être soutenues financièrement par les États pour éviter un effondrement du système par effet domino, ce qui dégraderait encore plus la situation financière de ces États, et par là même, la valeur des prêts inscrits au bilan des banques privées. Il pointe d'autre part un abandon de la souveraineté financière des États et des règles prudentielles, et souligne que si les médias dénoncent souvent le fort endettement de la France , celui des banques était encore supérieur, à 140 %.

Pour sortir de ces impasses, il développe comme solution la mise en place de communs, biens non exclusifs et rivaux, par opposition aux biens « exclusifs et rivaux », autrement dit privatisables, et aux biens publics « non exclusifs et non rivaux », inappropriables, comme l’air, par exemple. Sa réflexion sur les communs met en évidence qu'il s'agit avant tout d'une décision politique. car ces communs . Ainsi, on pourrait considérer que les énergies fossiles ne doivent pas être privatisées, et tout comme la monnaie, l'eau ou la terre, faire l’objet d’accords de production et d’usage au niveau communautaire. Sur la monnaie en particulier, dont les fonctions de liquidité et de crédit ne devraient pas être accaparées ou privatisées, et dont l'accès ne devrait pouvoir être interdit à aucun citoyen , il prône la création d’une chambre budgétaire européenne assurant la gestion démocratique d’une banque centrale mise au service des orientations de long terme de l’économie. Il propose enfin que l'entreprise soit dotée d'une existence juridique incluant non seulement ses actionnaires, mais aussi l'ensemble de ses parties prenantes (stakeholders en anglais).

Composer un monde en commun L'ouvrage explore les défis posés par les crises écologiques et propose une réflexion théologico-politique sur les communs. Giraud y interroge notamment. :

La nécessité de réviser le concept de propriété privée. La remise en cause de la souveraineté des États-nations. La construction d'institutions internationales pour protéger les communs globaux (climat, biodiversité, santé, cultures, démocratie).

d'après Hugues Derycke. : en alliant profondeur intellectuelle et pluridisciplinarité (théologie, économie, science politique), Giraud met en garde contre une gouvernance mondiale élitiste et non démocratique, tout en proposant une réflexion sur l’Anthropocène et une approche inspirée de l’analogie biblique du « règne de Dieu ».

Dans la Revue Projet (2023), Marcel Rémond note pour sa part que Giraud cherche à « réconcilier théologie et transformation écologique et sociale » et que son ouvrage embrasse une gamme impressionnante d’approches — du droit à la cosmogonie.

Autres Il participe à l'encyclique de 2015 sur la sauvegarde de la planète, puis appuie fortement en 2020 la proposition défendue par le pape François d'une forme de « rétribution universelle de base ».

Dans le contexte de la crise économique découlant de la pandémie de Covid-19, il plaide pour l'annulation partielle des dettes souveraines détenues par la Banque centrale européenne., afin de permettre aux États d'investir dans un plan de reconstruction écologique des économies européennes..

Élection présidentielle de 2022 Il fait partie des candidats proposés aux parrainages dans le cadre de la primaire populaire en vue de l'élection présidentielle de 2022., sans qu'il se soit lui-même porté candidat. En , il est la troisième personnalité de cette primaire en termes de parrainages, avec , contre pour Christiane Taubira en première position.

Le , il propose « pour la France »destinées aux « candidats à la présidentielle ». Parmi ces mesures, certaines sont assez classiques (revalorisation de certains salaires, suppression d'abattements fiscaux, référendum d’initiative populaire), mais d'autres sont inédites, comme la création d'une Banque publique de l’eau ou d'une sixième branche de la Sécurité sociale pour une « protection sociale alimentaire ». .

La candidature à la Primaire populaire a été poussée par un collectif mené par Pierre Gilbert, un membre de l'Institut Rousseau dont Gaël Giraud est président d'honneur. Selon un membre du collectif, Gaël Giraud était au courant de leur initiative. Le Monde indique que tout engagement électoral de Gaël Giraud et que la Compagnie de Jésus n'a pas apprécié son . Le journal le décrit comme étant . En , à l'issue de la phase de parrainages, Gaël Giraud fait partie des sélectionnés. Mais son nom n'est pas proposé pour la phase de vote de , car il ne s'est pas déclaré comme candidat à l'élection présidentielle..