thumb|Le piège au sens classique : Le piège () de William Sidney Mount, 1844. thumb|La souris prise au piège d'Antoine Marchal (Musée Charles de Bruyères, Remiremont). thumb|Le piège naturel, paléontologique, entomofaune microfossile : Hydrophilius sp., . thumb|Affleurement naturel d'asphalte (à La Brea Tar Pits, Los Angeles). Des millions d'animaux s'y sont noyés, en en faisant un gisement fossilifère. 95 % des restes trouvés dans ce pétrole sont des insectes. Ils ont vraisemblablement été en grande partie attirés par la polarisation de la lumière sur le pétrole, qui évoque une très attractive surface en eau : un rare cas de piège naturel pouvant persister des centaines de milliers d'années ; étant rares, ces pièges ne menacent pas les espèces et font le bonheur des paléontologues comme à la Mine des rois et son ruisseau de poix (à Dallet, Puy-de-Dôme), où du bitume a piégé et fossilisé des larves d'insectes, des cyanobactéries de l'Oligocène mais également des branches d'arbres, gastéropodes, mammifères, oiseaux, crocodiles, tortues qui se sont ainsi fossilisés…). thumb|Un , piège destiné à collecter les œufs de moustique-tigre asiatique Aedes albopictus, en Suisse. thumb|Ancien piège à loup (ph. M. Royon). thumb|Le piège écologique favorisant une espèce : une aigrette garzette pêche dans une écluse à poissons en ruine, Saint-Martin-de-Ré. thumb|Comme divers autres oiseaux forestiers, le Passerin indigo (Passerina cyanea), persiste à faire son nid sur des lisières artificielles et rectilignes où il est plus facilement victime de ses prédateurs que dans son milieu naturel (trouées forestières, clairières naturelles…). thumb|Nid d'oiseau à l'intérieur d'un luminaire (Lille, citadelle, 2010). thumb|upright|Luminaires pièges du pont canal de Briare (de Gustave Eiffel). thumb|Belette (Mustela nivalis) prise dans un piège à campagnol de type « Topcat ».
La notion de « piège écologique » peut avoir plusieurs sens : Un « piège écologique », « leurre écologique » (« » pour les anglophones) ou « puits écologique » désigne une situation dans laquelle une modification rapide et anthropique de l'environnement conduit certains organismes à être irrésistiblement attirés par un habitat de qualité médiocre à mauvaise, et à ne pas pouvoir le quitter, même si cela met l'individu ou l'espèce en péril. Cette notion est utilisée depuis la fin des en biologie du comportement Bakun A. & P. Cury, 1999. . , , 6: 349-351 (Résumé, en anglais)., écologie et plus particulièrement en écologie du paysage. La prise de conscience des pièges écologiques a émergé depuis la révolution industrielle. Ils semblent même être devenus l'une des causes de raréfaction de nombreuses espèces, de manière parfois spectaculaire.Paradoxalement, certaines modalités de gestion restauratoire de l'environnement comme certaines trames vertes ou trames vertes et bleues, plans de restauration du saumon, une fauche avec exportation trop fréquente peuvent involontairement créer des situations de piège écologique PAUL M. SEVERNS. (2010) . . Résumé.. Pour que ces approches soient efficaces, il convient de rechercher l'apparition d'éventuels pièges écologiques. Le critère « Piège écologique » peut à lui seul déterminer la réussite ou l'échec de certains plans de restauration et programmes de réintroduction Elina M. Rantanen, Francis Buner, Philip Riordan, Nick Sotherton, David W. Macdonald. (2010) . 47:6, 1357-1364 Résumé..
L'expression « piège écologique » peut aussi désigner des moyens de piégeage d'animaux jugés nuisibles. Ils sont présentés comme « écologiques » car sans composés écotoxiques ( divers produits vendus contre les insectes, taupes et autres ravageurs).
Le piège écologique peut également être compris dans le sens d’une opération de protection de certaines espèces pour sauver des amphibiens migrateurs des axes routiers lorsque des crapauducs ou batrachoducs ne sont pas encore en place.
Définition On parle de piège écologique quand l'attractivité d'un habitat augmente anormalement, par rapport à sa valeur pour la survie et la reproduction de l'espèce ou d'une communauté d'espèces. Le résultat est une « préférence contrainte » pour un habitat inadéquat mais rendu faussement et artificiellement attrayant par l'humain. Ceci se traduit conjointement - à une certaine échelle - par un évitement général des habitats de haute qualité éventuellement présents à proximité.
Souvent ces pièges sont discrets : par exemple, délaissant un habitat de qualité disponible à proximité, des poissons littoraux peuvent être attirés par une arrivée d'égout riche en nutriments mais aussi en pathogènes et polluants.
Certains oiseaux préfèrent les jardins urbains à des milieux assez semblables disponibles. Leur succès de reproduction ne semble pas affecté mais leur taux de parasitage est doublé Burhans, Dirk E. et Frank R. Thompson. 2006. . 16:394–405. [doi:10.1890/04-0927].. La souris à pattes blanches se reproduit mieux en Amérique du Nord dans les forêts les plus fragmentées mais ces souris sont alors bien plus nombreuses à être parasitées par des tiques et plus nombreuses à véhiculer la maladie de Lyme transmise par ces parasites. Dans ces deux derniers cas, le seuil au-delà duquel les inconvénients l'emportent sur les avantages ne semble pas atteint mais la question se pose prospectivement des impacts de ce parasitisme exacerbé.
Principes sous-tendant la théorie Ce concept découle de l'idée que la plupart des organismes animaux mobiles (hormis quelques espèces ubiquistes) sont « spécialisés ». Ils sont génétiquement programmés pour rechercher préférentiellement des habitats leur convenant (qu'ils peuvent parfois ensuite aménager et considérablement modifier comme le castor qui crée des zones humides grâce à ses barrages).
Dans le même temps, ces organismes fuient certaines conditions que leur instinct les pousse à trouver menaçantes ou répulsives (ainsi de nombreuses espèces cavernicoles, du sol ou xylophages (à l'état de larve dans ce dernier cas) fuient la lumière). Parmi les espèces nocturnes, certaines fuient la lumière à toute heure du jour ou de la nuit, d'autres fuient la lumière le jour, mais sont irrésistiblement attirées par un éclairage artificiel la nuit.
Les individus de chaque espèce réagissent à certains et indices fournis par l'environnement (dont température, pH, salinité, hygrométrie, odeurs ou présence de certaines molécules (phéromones…), couleurs, textures, luminosités, polarisation de la lumière, sons, chants, présence d'espèces associées ou symbiotes). Cette réaction est instinctive, primaire et immédiate, ou plus élaborée et complexe pour les espèces plus « évoluées ». Dans la nature, ces aident chaque espèce à identifier les habitats leur convenant le mieux. Ces varient selon l'espèce, et au sein de certaines espèces selon le stade d'évolution de chaque individu (larve, adulte, individu en migration ou à la recherche d'un lieu de reproduction, d'estivation ou d'hibernation).
Une hypothèse sous-tend la notion de piège écologique : cette hypothèse est que certaines modifications anthropiques de l'environnement peuvent leurrer de nombreuses espèces, en changeant ou perturbant leurs repères naturels (instinctifs ou appris).
Les espèces ainsi leurrées peuvent être alors attirées et piégées dans un habitat de mauvaise qualité ou dangereux pour elles (milieux les exposant par exemple à être affaibli par un manque de nourriture, la pollution ou une surprédation). Ceci peut aussi concerner les modifications anthropiques de l'environnement nocturne par l'éclairage artificiel qui perturbe à la fois des espèces nocturnes ou diurnes. De tels pièges peuvent coexister à différentes échelles spatiales ; des grands paysages aux micromilieux.
D'apparentes « maladaptations ». ou erreurs fatales d'appréciation ou de choix par une espèce d'autres facteurs que le choix d'un habitat existent aussi, constatées dans tout contexte comportemental (non-évitement des prédateurs par exemple, ou mauvais choix de conjoint, erreur de navigation lors de la migration, choix inadapté de sites de nourrissage). Ces erreurs peuvent parfois être fatales pour l'individu ou l'espèce. Des auteurs comme Schalepfer estiment que les pièges écologiques pourraient être classés comme sous-ensemble de phénomènes plus larges de pièges évolutifs (« »), voire de culs-de-sac évolutif ?.. à la nuance près qu'ils seraient aujourd'hui le plus souvent créés par l'artificialisation de l'environnement.
Histoire du concept et de la théorie Les biologistes parlent de piège écologique lorsque des individus d’une espèce voire de plusieurs taxons, se fiant à des indices trompeurs généralement associés à une activité humaine, colonisent un habitat qui se révèle finalement inadapté à leur survie.
Ce concept a été introduit en 1972 par Dwernychuk et Boag Dwernychuk L.W. & Boag D.A., 1972 ; ; ; ; ; . puis de nombreuses études ont suivi, qui suggèrent que ce type de piège est assez courant et presque toujours causé par des modifications anthropiques des habitats naturels Schlaepfer M.A. & Runge M.C. et Sherman, P.W., 2002 ; , Journal : , , , doi:10.1016/S0169-5347(02)02580-6. Battin J., 2004 ; ; journal : ; ; ; (Résumé, Inist/CNRS)..
Par exemple, ils ont conduit à l'effondrement des populations d'éphémères comme Heptagenia sulfurea dont les essaimages de millions d'individus étaient autrefois si denses qu'on parlait de manne rouge ; de même que celles de deux espèces proches (Oligoneuriella rhenana et Ephoron virgo) dont les essaims qualifiés de manne blanche étaient parfois récoltésNicolas Césard, Vie et mort de la manne blanche des riverains de la Saône ; Études rurales 2010/1 () ; Éditions de l’EHESS ; (Résumé). ; les émergences de Caenis (autre espèce d'éphémères) étaient quant à elles qualifiées de désespoir du pêcheur car lorsque les émergences étaient abondantes, les salmonidés disposaient soudainement de millions de proies, laissant peu de chances à la mouche du pêcheur de les attirer.
De nombreux indices ont permis de mettre en évidence ou suspecter de tels pièges, essentiellement dans des habitats modifiés par les activités humaines et parfois dans la nature.
Les preuves permettant d'étayer cette hypothèse théorique ont été de deux types : des preuves directes, avec l'observation de phénomènes parfois spectaculaires, clairement assimilables à des puits écologiques, tels que l'attraction fatale de nombreux insectes ou d'oisillons ou de jeunes tortues marines par la pollution lumineuse. On a aussi observé que beaucoup d'oiseaux des milieux ouverts qui pondent normalement dans des clairières ou vastes plaines enherbées naturelles, persistent à revenir année après année pondre au sol dans des prairies qui seront fauchées ou dans des blés qui seront coupés, ou des savanes qui seront brûlées, bien que cela entrainera systématiquement ou presque la mort de leurs petits ; des indices et preuves indirectes, avec notamment les phénomènes d'invasions biologiques de certains habitats modifiés par l'humain (souvent par des espèces envahissantes introduites à la faveur des activités humaines).
Les conséquences écologiques et démographiques de ce type de comportement de sélection d'habitats inadaptés par une ou plusieurs espèces ont d'abord été étudiées dans le cadre de la « théorie source-puits » qui est un des fondements de l'écologie du paysage.