Le temple gallo-romain d'Izernore est un ensemble de vestiges religieux datant de l'époque gallo-romaine, situé dans la commune d'Izernore dans le département français de l'Ain en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Il se compose de deux édifices monumentaux qui se succèdent entre le milieu du et la fin du au même emplacement, le second réutilisant certaines structures du premier. Les études et fouilles, partielles ou anciennes, ne permettent pas de reconstituer avec certitude l'aspect des deux monuments dont l'élévation n'est pas suffisamment conservée. Les deux monuments font partie d'un ensemble cultuel plus vaste qui est rattaché à , une agglomération secondaire dont les contours ne sont pas encore connus mais qui est identifiée à l'actuelle commune d'Izernore. Cette agglomération, ainsi que l'ensemble cultuel, paraissent abandonnés à la fin de l'Antiquité.

Les vestiges encore en élévation, constitués de trois colonnes d'angle et de blocs épars sur le site , appartiennent au second monument. L'ensemble cultuel se signale aussi par la richesse de son décor peint, dont plusieurs fragments sont conservés, mais la ou les divinités auxquelles il était dédié demeurent inconnues.

Le temple d'Izernore, qui fait l'objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840, est le seul vestige antique visible dans tout le département de l'Ain.

Localisation Contexte géographique Le temple se situe à environ au nord-nord-est du chef-lieu communal d'Izernore, à l'altitude de . La commune occupe le fond du synclinal de l'Oignin-Izernore, qui s'étire du nord au sud.. Ce synclinal est parcouru à l'ouest par la vallée de l'Oignin et à l'est par le bief d'Anconnans. Le temple est construit sur l'extrême rebord de la crête surplombant le bief.

Contexte historique et archéologique vignette|gauche|alt=Carte localisant des vestiges antiques reportés sur un plan actuel.|Plan schématique du site. L'incertitude règne en ce qui concerne la à laquelle est rattachée la ville antique d' (Izernore dans la géographie contemporaine) : Séquanes et Ambarres sont les deux possibilités, mais aucune ne semble s'imposer clairement, la limite entre les deux territoires étant mal définie dans le secteur d'Izernore.

Il est difficile de localiser le temple dans la géographie antique de la ville gallo-romaine d' car les études n'ont jusqu'à présent pas permis de déterminer l'emprise antique de la ville qui est devenue Izernore.

L'emplacement antique du monument dépend de l'étendue de la cité gallo-romaine (). Par rapport à la ville médiévale à contemporaine (Izernore), si la cité se situait au nord-ouest de celle-ci, alors le monument se situait dans sa partie orientale. (à l'est de la cité). En revanche, si l'occupation antique s'étendait vers le sud, englobant partiellement ou totalement la ville actuelle, alors il se trouvait au nord-est de la cité. De plus, une voie antique, orientée nord-sud, semble passer à l'ouest du temple..

Le temple d'Izernore apparaît comme l'une des composantes d'un important site cultuel, comprenant plusieurs fanums ainsi que des puits et des fosses-dépotoirs à fonction potentiellement rituelle à l'ouest, des thermes (fouillés au milieu du puis immédiatement recouverts) au nord et peut-être un théâtre dont l'existence est, en l'état actuel des données, une hypothèse basée sur la parure monumentale observée couramment dans d'autres cités mais pas encore vérifiée à Izernore. Les dernières fouilles effectuées dans le secteur des puits tendent toutefois à conférer à ces derniers un usage strictement domestique, ce qui remet en cause leur fonction cultuelle et donc leur lien avec le temple..

Historique Chronologie du temple Le site du temple est certainement occupé avant sa construction, comme en témoignent les monnaies gauloises retrouvées, mais ni la nature ni l'importance de cette occupation ne peuvent être déterminées avec certitude dans l'état actuel des connaissances.

La construction du premier temple, dont la datation reste incertaine puisqu'assez mal caractérisée par les enduits peints, se situerait sous la dynastie flavienne, c'est-à-dire la seconde moitié du . Les fragments architecturaux retrouvés dans les environs ne peuvent également pas servir à dater sa construction, car rien ne permet de les attribuer avec certitude à ce temple.

De la même manière, l'époque de l'édification du second temple n'est pas connue, et aucun indice archéologique ne permet de la fixer, mais elle est obligatoirement postérieure à la phase précédente ; elle commence potentiellement à la fin du pour s'étaler pendant tout le .. Ces propositions de datation reposent également, pour partie, sur l'examen des monnaies retrouvées sur le site. Cette méthode de datation a toutefois ses limites : les monnaies impériales continuent à circuler bien après le règne du personnage qu'elles commémorent ; de plus, rien n'indique que le temple était encore utilisé comme monument culturel au moment de leur dépôt.

La présence d'une couche de cendres montre qu'un incendie sépare les deux phases de construction.

Le temple, comme l'ensemble de l'agglomération antique, semble être abandonné à la fin de l'Antiquité ou au tout début du Moyen Âge. La rareté des vestiges s'explique par une récupération systématique des matériaux, utilisés comme remplois dans des constructions plus récentes , tout comme ceux d'autres monuments antiques de la ville. À ce titre, il est surprenant que les trois piliers qui subsistent n'aient pas eux aussi fait l'objet d'une récupération.

Le site d'Izernore est brièvement, au et au début du , envisagé comme une hypothétique localisation pour la bataille d'Alésia, sur la base d'une interprétation des récits de Jules César.. Cette proposition intervient dans un contexte où, après la défaite française dans la guerre de 1870 et la perte d'une partie du territoire national, Alésia et la figure de Vercingétorix sont perçues comme des symboles forts de l'histoire de France..

Découverte, études et fouilles Dès le début du , un passage de la Vie des Pères du Jura mentionne la présence de ce monument, alors ruiné.. Ce n'est que bien plus tard que les vestiges visibles du temple sont décrits par plusieurs érudits locaux, Samuel Guichenon (Histoire de Bresse et de Bugey, 1650), François Henry Egenod (correspondance, 1706) et Eugène de Veyle (Explication des antiquités romaines de Bresse, Bugey, Valromey et Gex, manuscrit, 1720). Il s'agit, comme au , de trois colonnes de marbre, et de la base d'une quatrième...

Les premières fouilles sur le site d'Izernore, réalisées par Thomas Riboud, datent de 1783. Les résultats de ces fouilles, repris et synthétisés par Jules Baux en 1866, consistent en une description des vestiges et des décors mis au jour.

Le site est classé comme monument historique en 1840.. En 1863, à la demande du préfet de l'Ain, les fouilles reprennent et sont financées à hauteur de par l'État et le conseil général. Elles donnent lieu, en 1866, à la publication d'un rapport de fouilles détaillé.

La clôture de protection du site est aménagée en 1910. Dans le même temps, les vestiges sont abondamment restaurés (reconstruction de la base de la et des murs du péristyle.) au point d'en compliquer la lecture. La publication moderne de l'édifice est par la suite effectuée sous la direction de Raymond Chevallier, avec l'aide du Groupe archéologique du Touring club de France, dans un article intitulé « Cinq années de recherches archéologiques à Izernore » (1968)..

Un projet de mise en valeur du temple voit le jour au début des années 2010. C'est l'occasion de réaliser, en 2013-2014, quelques investigations ponctuelles sur le site, qui se prolongent par une étude approfondie des éléments architecturaux épars sur l'emprise du monument mais aussi retrouvés dans la ville ainsi que par le réexamen de toute la documentation disponible.

Description

Dès les premières fouilles, il apparaît que deux monuments se sont succédé au même emplacement, leur plus grande dimension étant orientée du nord-ouest au sud-est.

Certains des blocs épars sur le site, voire leur totalité, pourraient se rattacher au mur d'un péribole encore à découvrir et non aux temples au sens strict.

Architecture Premier temple La fonction religieuse du premier monument, bien que très probable, ne peut pas être formellement attestée. Mesurant au minimum , il paraît avoir la forme d'un édifice de plain-pied, entouré d'une colonnade périphérique, peut-être d'ordre corinthien. Seules les fondations, larges d'environ et quelques assises de l'élévation en petit appareil demeurent en place, ce qui, conjugué au bouleversement du terrain consécutif à la construction du second temple, ne permet pas d'en proposer une restitution. Les descriptions anciennes, peu précises, font état de murs, de cloisonnements ou de caveaux sans qu'il soit possible de dire ce que recouvrent ces termes.

Le temple dispose sur son côté sud d'une entrée dont le seuil a été déplacé. Cette particularité, peu courante sans être exceptionnelle, n'est pas encore expliquée par l'organisation générale du monument qui reste par ailleurs inconnue ; il peut également s'agir d'un accès au péribole si le mur n'est pas celui du sanctuaire lui-même.

Les éléments retrouvés en place, ceux remployés dans le second monument et ceux identifiés à proximité comme pouvant appartenir à ce temple, suggèrent une construction en calcaire tendre.

Second temple

La construction du second temple, sur l'emplacement du premier bâtiment et en réutilisant les structures, milite en faveur de la fonction religieuse de celui-ci. Le second temple peut perpétuer la fonction rituelle ou abriter une relique présente dans le premier édifice, à moins que celui-ci, dans son intégralité, ne soit considéré comme une relique.

Le deuxième édifice, dont les vestiges sont encore visibles, est construit sur les fondations du premier et il semble en chemiser les murs. En effet, les murs du premier temple sont doublés extérieurement par ceux du second et ne semblent être démontés qu'une fois la construction achevée. Ce procédé permet peut-être de maintenir la fonction cultuelle du monument pendant toute cette phase.

Les dimensions sont plus grandes et son plan différent : il s'agit d'un temple périptère sur podium, comportant un large escalier frontal dans sa partie orientale, disposition assez commune sur les temples de grande taille. Ses dimensions totales, sans compter l'escalier d'accès dont la taille ne peut être précisément évaluée car seule l'amorce de ses murs latéraux est conservée, sont d'environ .

Sa , qui mesure , n'occupe pas une position centrée dans le temple : elle est plus proche de la colonnade de façade () que des trois autres côtés () ; cette disposition est peut-être due à l'intégration des maçonneries du premier temple. Cette configuration n'est toutefois pas exceptionnelle, même en l'absence des contraintes observées à Izernore. En outre, ses murs ont été restaurés sur une largeur de , mais leur largeur initiale était certainement supérieure. Le sol de la était probablement réalisé en opus tessellatum, mais, d'une manière générale, cette partie du temple est peu documentée. vignette|gauche|redresse=1.5|alt=Dessins en noir et blanc figurant deux représentations possibles d'un même monument.|Hypothèses de restitution du second temple.