Grégoire de Nysse, (en ), appelé aussi le Père des Pères, né vers 335 à Néocésarée (actuelle Niksar en Turquie), dans la province du Pont-Euxin, mort vers 395, est un théologien et un mystique chrétien ; comme Père de l'Église, il est commémoré le .

Il est le frère de Basile de Césarée et de Pierre de Sébaste.

Biographie Jeunesse et études vignette|Grégoire le Thaumaturge (détail). Monastère d'Osios Loukas, Béotie, Grèce.

Grégoire de Nysse n’est connu que par ses écrits. Non seulement il n'a commencé sa carrière d'écrivain que tardivement, mais en outre il a laissé peu d'informations intimes sur sa vie. Il naît vers 335 dans une famille chrétienne d'avocats et de rhéteurs de neuf enfants, quatre garçons et cinq filles. Grégoire déclare explicitement dans la Vie de Macrine (965 B, 965 D et 980 D) que ses parents avaient eu neuf enfantsLe témoignage de la Souda qui mentionne dix enfants doit être récusé comme trop tardif, il date du , et comporte une autre erreur patente. Quant à celui d'Alfeyev (), il semble simplement reproduire ces erreurs anciennes.. Sa grand-mère, Macrine l'Ancienne, avait suivi l'enseignement de Grégoire le Thaumaturge, qu'elle transmit à ses enfants. Son père tenait une école de rhétorique à Néocésarée. Sa mère Emmélie, une fois veuve, et sa sœur, Macrine la Jeune, devinrent religieuses et la maison familiale fut transformée en monastère. Deux des frères de Grégoire, Basile de Césarée, son aîné de cinq ans, et Pierre de Sébaste, furent évêques comme lui. Grégoire bénéficie de la très forte influence de sa sœur Macrine et davantage encore de celle de son frère Basile, qu'il appellera « un maître et un père » et « la merveille de l'univers ».

Il n'a pas suivi des études aussi complètes que son frère Basile. Au sujet de ses études, Grégoire affirmera qu'il « n'a rien de sensationnel à en dire »Lettre 13 de Grégoire de Nysse.. On n'a aucune indication sur ses professeurs, mais il est probable que son frère Basile fut l'un d'eux. Il le nomme « son père, son instructeur et son guide ».

Grégoire se destina à la vie religieuse, et fut ordonné lecteur, mais il ne se jugea pas pour autant lié au service de l'Église. Après le retrait de la loi scolaire de l'empereur Julien en 365, il devint maître de rhétorique.

La question de savoir si Grégoire s'est marié a longtemps divisé auteurs religieux et chercheurs.. L'analyse approfondie des sources primaires, notamment de son Traité sur la Virginité, tend à confirmer que cela était bien le cas mais que son épouse n'était pas la diaconesse nommée Théosébia. régulièrement évoquée à la suite de sa mention dans une lettre de consolation de Grégoire de Nazianze, rédigée à l'occasion du décès de cette dernière. Celle-ci, à l'instar de Macrine, était vraisemblablement la sœur de Grégoire et Basile et, comme elle, une vierge consacrée pratiquant l'ascèse. La proximité de Théosobia auprès de son frère laisse penser que son épouse est morte avant le décès de cette dernière au milieu des années 380.

Dans une lettreGrégoire de Nazianze, Lettre 11., Grégoire de Nazianze lui demande d'avoir une vie plus fervente. Grégoire de Nysse va vivre avec les moines, faisant de longs séjours au monastère de l'Iris de Basile.

Épiscopat thumb|upright|Icône mosaïque de Grégoire de Nysse datant du .

En 371, Grégoire est nommé évêque de Nysse, contre son gré, par Basile de Césarée. Lui qui n'aspirait qu'à la vie spirituelle et intellectuelle se montra inapte à toute politique ecclésiastique ; on lui reprocha son manque de fermeté et les inexactitudes de sa comptabilitéVoir les lettres de mécontentement de Basile de Césarée : 58, 59, 60 et 100.. Quelques années après sa nomination, en 376, un synode d'évêques ariens, opposés à la doctrine de Nicée défendue par Grégoire et Basile de Césarée, le dépose, en affirmant qu'il avait dilapidé les biens de l'évêché. L'empereur Valens favorisant l'arianisme, Grégoire part alors en exil.

En 378, l'empereur Valens étant mort, on fête son retour triomphal dans son diocèse. De retour d'exil en 379, il est présent lors de la mort de sa sœur Macrine la Jeune. Il écrit un dialogue développant, en s'inspirant du Phédon de Platon, ses conceptions de la vie après la mort et de l'âme.

L’année 379 est marquée, le , par la mort de son frère Basile dont il fait le panégyrique : . En entreprenant de devenir son héritier et de continuer son œuvre, Grégoire entre véritablement dans la vie de l’Église. Il prononce dans le martyrium de Césarée le sermon Sur les quarante martyrs. La même année, en septembre ou octobre, il participe au Concile d'Antioche, afin de mettre fin au schisme qui divisait la région d'Antioche. Il est alors chargé par des évêques du synode d'une mission en Arabie, il en profite pour voir les lieux saints.

Durant l’hiver 380, de retour d’Arménie, il se consacre à la rédaction du premier livre Contre Eunome, du Traité sur l’âme et la résurrection, et il complète l’Hexaéméron de Basile ; il est nommé archevêque de Sébaste (Sebasteia), il y fait nommer la même année son frère Pierre. Il est alors désigné comme évêque ordinaire de tout le diocèse du Pont.

Constantinople upright|thumb|Représentation du premier Concile de Constantinople. Après la mort de Basile en 379, Grégoire de Nysse voit son rôle augmenter, il deviendra l'homme de confiance du régime impérial de Théodose le Grand.

Il joue un rôle de première importance au concile de Constantinople en 381, convoqué contre l'arianisme : il y apparaît comme l’héritier de Basile, dont le concile marque le triomphe ; ce concile complète la profession de foi de Nicée. C'est lui qui prononce l'éloge funèbre de l’évêque Mélèce d'Antioche mort durant le concile. Il est ensuite chargé d’une mission en Arabie et à Jérusalem ; de retour à Nysse, il rédige le second livre du traité Contre Eunome, dans lequel il défend la foi de Nicée, et la nature divine de l'Esprit-Saint, contre leurs adversaires, les pneumatomaques. Il est désigné par Théodose Ier comme l'un des prélats dont il faut partager la foi pour être orthodoxe.

En 385, il donne les honneurs de la sépulture à « sa sœur Théosébie ». Le , il prononce l'éloge funèbre de l'enfant unique de l'empereur Théodose , la princesse Pulchérie morte à l'âge de , et peu après, peut-être le , celui de l'impératrice Flacilla : ces oraisons funèbres attestent l’autorité dont jouit Grégoire à la cour de Théodose, dont il est l’orateur officiel.

En 386, l'empereur qui résidait à Constantinople se fixe à Milan, ville dont saint Ambroise est l’évêque. Retiré de Constantinople à la fin de 387, Grégoire se trouve ainsi libéré des polémiques théologiques et rentre à Nysse. Commence alors sa période de production littéraire : il va consacrer sa vie à donner à l’œuvre monastique de Basile des bases spirituelles et doctrinales. Désireux de donner un fondement biblique à sa théologie mystique, il écrit ses commentaires de l’Ancien Testament tout en élaborant sa doctrine spirituelle de l’épectase (en , « extension »), c’est-à-dire du progrès de l’homme vers Dieu. Ainsi, en , dans le sermon Sur le Saint-Esprit, il développe un trait de cette doctrine, à savoir que l’Esprit est donné à ceux qui s’en sont rendus dignes par des efforts moraux.

Vers 394, il donne des instructions spirituelles aux moines. Il aurait participé en 394 à la dédicace de l'église de Rufin, à Constantinople, et meurt peu après. On fixe la date de sa mort vers 395 Aujourd'hui, la dernière date à laquelle l'on sait Grégoire de Nysse vivant est 394..

Doctrine et méthode La doctrine philosophique et théologique de saint Grégoire de Nysse, au confluent de multiples mouvements de pensée, s’inspire de Platon, Aristote, Origène et des stoïciens, le lien entre tous ces apports étant assuré par la pensée chrétienne de ses devanciers et en particulier de son frère Basile de Césarée. Une des notions clef dans la pensée et la théologie de saint Grégoire est la notion d’akolouthia, « enchaînement » : elle marque la liaison nécessaire dans tous les domaines de la réalité, et L’enchaînement comme méthode scientifique thumb|upright|Gravure médiévale représentant saint Grégoire de Nysse. Les écrits de Grégoire de Nysse en grec ancien, sont nombreux et variés. Sa pensée est plus spéculative que celle de Basile de Césarée et de Grégoire de Nazianze. Même s’il dépend, dans l’ensemble, de l’enseignement de Basile, il cherche à lui donner une forme systématique et logique. Ceci est marqué le plus souvent dans ses écrits par les mots / , « enchaînement, lien logique », mais aussi , « conséquent », ou encore , « en bonne logique », , « ordre méthodique », expressions qui reviennent comme un leit-motiv de sa pensée. Il s’agit toujours de souligner la liaison logique et nécessaire entre les idées ou les faits, entre les causes et leurs conséquences. Dans la controverse, Grégoire emploie fréquemment la réfutation par l’absurde, et écartant les discussions dialectiques dont abusaient les ariens, il a le souci de conduire méthodiquement une recherche en partant de considérations générales pour éclairer progressivement une question replacée dans son contexte. Cette méthode qui procède par la réduction aux premiers principes , reconnaît le cardinal Daniélou. Aux sources de cette méthode, il y a d’abord Aristote chez qui la notion d’akolouthia est fréquente dans le traité De interpretatione. Ce développement de la logique aristotélicienne évoque aussi PlotinEnnéade I, 8, 2 et III, 2, 10. que saint Grégoire a beaucoup lu. Enfin, cette méthode scientifique de recherche des liaisons nécessaires des phénomènes est aussi nommée akolouthia chez le médecin GalienTraité sur les forces de la nature, . dont nous savons que Grégoire l’a lu.

L’enchaînement comme notion métaphysique Au cœur de la métaphysique de saint Grégoire, il y a aussi le terme grec / « enchaînement » ; il exprime un des points essentiels de sa théologie, à savoir la finalité progressive de toutes choses dans l’univers. Ainsi, dans le cycle de la vie humaine, il n’y a pas lieu de se scandaliser de la mort : Grégoire subit ici l’influence du stoïcisme à travers Zénon et Posidonios, chez qui la chaîne causale des événements dans la nature était désignée du nom du destin, / . Mais pour Grégoire, ce déploiement ordonné des phénomènes vers une finalité, à la différence des stoïciens, est l’œuvre d’une sagesse transcendante. Cette marche de la condition humaine vers une fin, c’est l’assimilation à Dieu : , écrit Jean Daniélou, puisque la création n’est pas l’effet du hasard mais répond à un plan divin. Toujours liée à la réalité du temps doté d’une valeur positive comme lieu d’un dessein divin, cette progression est la condition de toute créature. Rien ne peut échapper à cette condition d’être déployé dans une succession temporelle, hormis . La totalité du temps a un commencement et une fin, , écrit saint GrégoireHexaméron, .. Même dans l’ordre du surnaturel et dans l’histoire du salut se manifeste cette loi de succession : à la propagation du péché à travers l’humanité à partir du péché d’Adam, Grégoire, comme saint Paul, oppose celle de la grâce à partir du Christ.

C’est enfin dans ses exégèses de l’Écriture que Grégoire découvre la loi de succession non des faits mais des textes eux-mêmes : dans ses Traités sur les Psaumes, il dégage, sous l’apparent désordre chronologique des Psaumes, L’akolouthia exprime ici l’idée centrale de la spiritualité de Grégoire, la progression de l’âme Anthropologie La Création de l'homme (), l’un des ouvrages les plus marquants de saint Grégoire, est un traité d’anthropologie qui s’inspire des écrits de médecins comme Galien, de philosophes, probablement Posidonios, autant que de la Genèse. C’est un cadeau de Pâques à son frère Pierre dans lequel Grégoire complète l’Hexameron de Basile : « Que la gloire qui vient des disciples ne fasse pas défaut au maître », y dit Grégoire.