thumb|Bateau viêt namien exposé comme monument à la mémoire des boat-people à Troisdorf en Allemagne.
Le terme ou Graphie admise par le Larousse, Le Robert et la Commission d’enrichissement de la langue française. (composé par juxtaposition des mots anglais signifiant « bateau » et « gens ») désigne des réfugiés de trois phénomènes d'émigration successives de la péninsule indochinoise de la mer de Chine entre 1975 et 1990, se déroulant après la guerre d'Indochine et la guerre du Viêt Nam, après un siècle de colonisation française. Ces migrations d'ampleur, provoquées par plusieurs conflits successifs, dont la guerre entre le Cambodge et le Viêt Nam, sont accentués par les conditions de vie et la situation économique au Viêt Nam, au Laos et au Cambodge.
Ayant principalement lieu à bord d'embarcations inadaptées, surchargées et en mauvais état, ces phénomènes migratoires mènent rapidement à une crise humanitaire. Au cours des traversées, de nombreux passagers périssent par noyade, maladie, famine et froid, mais également à cause des attaques de pirates.
Ultérieurement, le terme est parfois utilisé dans la presse francophone au sens figuré pour désigner plusieurs phénomènes migratoires distincts.
Contexte historique La lutte des populations de l'Indochine française, notamment organisées autour du Việt Minh, pour la décolonisation prend la forme de la guerre d'Indochine entre 1946 et 1954. Ce conflit entraîne la création de deux nouveaux pays, le Cambodge et Laos, ainsi que la partition du Viêt Nam. Cet éclatement, acté lors des accords de Genève, donne lieu quelques années plus tard à la guerre du Viêt Nam, qui s'aggrave dans la seconde moitié des années 1960, opposant notamment l'armée américaine à la guérilla communiste menée par le Front national de libération du Sud Viêt Nam. À l'issue du conflit, l'armée américaine, qui avait pris le contrôle du Cambodge en 1969, doit l'évacuer en 1975. Prenant le pouvoir au Cambodge, les Khmers rouges fondent le Kampuchéa démocratique, un régime autoritaire et violent dirigé par Pol Pot, tandis que le sud-Viêt Nam intègre la république démocratique du Viêt Nam. Au cours de la guerre entre le Cambodge et le Viêt Nam, le Viêt Nam envahit et occupe le Cambodge en 1978, renversant le régime de Pol Pot et mettant fin au génocide cambodgien. Allié des Khmers rouges, la République populaire de Chine provoque à son tour guerre sino-Viêt Namienne en 1979 en attaquant le Viêt Nam.
Phénomènes migratoires successifs
Premières émigrations de 1975 : crise des réfugiés d'Indochine
Après l'effondrement de la république du Viêt Nam dans le sud Viêt Nam en à l'issue de la guerre du Viêt Nam, une partie de la population quitte précipitamment le pays avec les Américains. Ces réfugiés ne sont pas encore très nombreux. Parmi eux, des officiers et leurs familles, quand elles n'avaient pas évacuées plus tôt, mais aussi plusieurs milliers d’hommes du dispositif militaire déployé par les Américains ou encore quelques riches familles pour qui la fuite est financièrement possible. L'historien Benoît de Tréglodé rappelle qu'en 1975, il n'y a pas de véritable tradition maritime chez les populations Viêt Namiennes. La présence de plusieurs millions de mines antipersonnelles, placées sur les 700 kilomètres de frontière terrestre du pays, poussent cependant les réfugiés à embarquer sur des petites embarcations de fortunes.
Après la réunification du Viêt Nam en 1976, des réseaux clandestins d'émigration se mettent en place. Le nombre de réfugiés croît très rapidement : de en 1976, puis fin , ils passent à fin 1977, dont 34 % de boat people. Le Laos est également concerné, avec franchissant en 1977 la frontière du Mékong en direction de la Thaïlande.
Deuxièmes émigrations en 1979 : guerre entre le Cambodge et le Viêt Nam
La crise humanitaire culmine en 1979, avec la crise politico-militaire et un conflit armé triangulaire opposant le Cambodge, le Viêt Nam et la Chine. Ces tensions et les affrontements armés consécutifs inquiètent les populations du sud du Viêt Nam, notamment celles ayant évolué dans un contexte pro-occidental, parmi lesquelles la minorité ethnique sino-viêt namienne, exerçant principalement des activités commerciales, d'autant que les khmers rouges ont .
Le nombre de réfugiés atteint en 1978, dont 75 % de « boat people », puis enregistre un quasi triplement l'année suivante, passant à en 1979 dont 52 % par la mer, avant de diminuer à en 1980, dont 45 % par bateaux.
Troisièmes émigrations dans les années 1980 : relâchement des entraves à l'émigration thumb|upright|Boat-people Viêt Namiens en 1984.Au fil de ces tensions idéologiques, et ceci jusqu'à la fin des années 1980, une forme particulière de départ maritime voit le jour, parfois qualifiée de départ semi-officiel Les Femmes dans l'immigration vietnamienne en France : De 1950 à nos jours, Chloé Szulzinger, .. Moyennant le versement d'une somme d'argent aux autorités locales et aux organisateurs, les candidats à l'exil volontaire sont informelement autorisés à embarquer sur des embarcations souvent inadéquates au périple, fréquemment supeuplées. Une fois en mer, les navires sont victimes des exactions, non seulement de pirates mais également de garde-côtes, outre les avaries et les naufrages. La quantité des faits et des victimes est telle que les régimes impliqués ne parviennent pas à les minimiser ou dissimuler. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime qu'entre et personnes périssent à cette période. Ce chiffre est néanmoins à nuancer, aucune statistique précise ne pouvant être établie. Le journaliste australien Barry Wain avance quant-à lui le chiffre le victimes, soutenant que la crise des boat peoples étant très observée, la mort en mer de 200 000 personnes aurait signifié que 200 navires transportants plus de 1000 personnes chacuns auraient été coulé aux yeux du monde entier. Or, les descriptions de l'époque font état des naufrages d'embarcations allant de 20 à 40 personnes, demandant donc le naufrage de 5000 à 10 000 embarcations, un chiffre estimé irréaliste et impossible dans le contexte de l'époque.
Parmi les exilés, ceux qui parviennent à destination à Hong Kong sont dirigés vers des camps dans lesquels ils sont retenus. Les grands médias de l'époque se font l'écho tant des drames survenus en mer que de l'accueil rudimentaire des réfugiés dans ces camps. Les images de milliers de visages parqués derrière des barbelés ou des barreaux dans des conditions déplorables soulèvent l'indignation dans plusieurs pays occidentaux, qui donnent lieu à l'organisation de plusieurs missions d'assistance en mer.
L'émigration à grande échelle commence cependant à cesser dans les années 1990.
Réactions en France et aide humanitaire
Médiatisation en France Le missionaire catholique français François Ponchaud, qui a quitté le Cambodge le après la victoire des communistes, recueille des témoignages alarmants de réfugiés cambodgiens, dans deux articles parus dans Le Monde en , mais les télévisions découvrent réellement les boat-people avec le cargo Hai Hong, qui a fait la une des journaux le "10 novembre 1978. Le jour où le cargo « Hai Hong », rempli de boat-people, fait la une des journaux" par Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos . Onze jours après, des dizaines d'artistes et intellectuels français lancent un appel dans Le Monde pour « Un bateau pour le Viêt Nam »UN APPEL DU COMITÉ " UN BATEAU POUR LE VIETNAM", dans Le Monde du 22 novembre 1978 , afin d'apporter une aide médicale aux réfugiés. Parmi eux, Jean-Paul Sartre, Raymond Aron, Brigitte Bardot, Simone de Beauvoir, Vladimir Boukovski, Irwing Brown, Maurice Clavel, ou encore Pierre Daix. Sept mois plus tard, le président français Valéry Giscard d'Estaing recevra deux philosophes, Jean-Paul Sartre et Raymond Aron, à l'Élysée pour parler des boat-people.
Raymond Aron, en allant plaider la cause des boat-people à l'Élysée devant Valéry Giscard d'Estaing en , demande aux hommes politiques de résoudre le dramatique problème de l'accueil des réfugiés, repoussés par de nombreux pays (en particulier par Hong Kong, l'Indonésie et l'Australie). Jean-Paul Sartre, déjà âgé, se rallie à cette cause. Avec d'autres intellectuels et des personnalités telles que André Glucksmann, Yves Montand ou Simone Signoret, Bernard Kouchner lance l'opération Un bateau pour le Viêt Nam et affrète un cargo, L'Île de Lumière.. Cette mission humanitaire en mer de Chine, qui donne ensuite naissance à l'association Médecins du monde, est suivie de nombreuses autres. La France accueille donc un quota officiel de réfugiés des camps. C'est la première grande vague d'immigration d'origine asiatique en France.
La dernière mission d'assistance en mer a eu lieu au printemps 1989, à bord du Mary, petit cargo financé par André Gille (un donateur particulier), à bord duquel se relaient des équipes soutenues par l'association française Partage. Le quotidien Libération a consacré plusieurs articles à cette opération sous la signature de Pierre Joffrey entre les 7 et .
La première campagne d'urgence L'opération « Un bateau pour le Viêt Nam » lancée par Bernard Kouchner est considérée comme .. Kouchner avait été pendant deux ans président de Médecins sans frontières (1975-1977). Xavier Emmanuelli et Claude Malhuret lui ont succédé à la tête de MSF. Comme tout le bureau, ils sont contre ce bateau. Mais Kouchner passe outre.
Ce type d'opérations est marqué par un style () qui est amplement repris par la suite.
La mobilisation giscardienne La campagne de mobilisation nationale suit la découverte des charniers cambodgiens et des camps de fortune thaïlandais. Comme le dit Karine Meslin, « la mobilisation du gouvernement français [présidence Giscard d'Estaing] permet d'abord de réaffirmer l'adhésion française au bloc de l'Ouest et de redéfinir ainsi les alliances et les mésalliances françaises au sein du jeu politique et économique international. »
Sans compter que cela redore le blason de la France « pays de droits de l'homme », bien terni avec les guerres de décolonisation.
Michel Drucker, Philippe Douste-Blazy ou Charles Millon ont adopté des boat people et les ont encouragés à faire des études. Dans le cas de la famille Chirac, Anh Đào Traxel, accueillie le à l'aéroport de Roissy, s'est vu payer six mois de cours de français, puis Bernadette Chirac lui a très vite trouvé un emploi , ce qu'elle ensuite, en déclarant avoir été à des fins électorales.
Selon la thèse obtenue en 2013 par Karen Akoka, sociologue, maître de conférences à l’université de Paris Ouest Nanterre et chercheure à l’Institut des sciences sociales du politique, les boat people de l’ex-Indochine seront ensuite dans les années 1980 acheminés en France après avoir été sélectionnés en Thaïlande sur des critères divers : services rendus à la France, présence d’une famille en France, connaissance de la langue française "Réfugiés ou migrants ? Les enjeux politiques d’une distinction juridique", par Karen Akoka, dans la Nouvelle revue de psychosociologie en 2018 .
Le gouvernement français conditionne les droits qui leur sont spécifiquement ouverts à l’obtention du statut de réfugié mais certains ne demandent pas ce statut pour éviter ou pour conserver le droit à .
Selon Pascal Brice, directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), lors de l’exil chilien puis des boat-people, il n’y avait pas d’entretien à l’Ofpra. Le statut de réfugié est ainsi délivré de manière automatique, sans même être auditionnés par l’Ofpra, qui les appelle « ex-Indochinois », et au cours de cette période, environ 97 à 99 % l'obtiennent, avec par ailleurs des hébergements, assistances sociales et aides financières mis en place pour eux. Le but est de mais aussi de bénéficier de leur jeunesse et de la bonne alors que les Africains sont