Les Petits Hommes est une série de bande dessinée humoristique franco-belge réalisée par Pierre Seron au dessin-scénario, Albert Desprechins et Mittéï au scénario. Éditée par les éditions Dupuis, elle paraît pour la première fois dans le journal Spirou du avec Alerte à Eslapion-sous-Rajevols, titre transformé en Alerte à Eslapion pour la première édition en album en 1972 dans la collection « Okay ». La série est publiée dans Spirou jusqu'au n°3445 du , les deux albums suivants n'étant pas publiés dans le magazine avant leur sortie chez Dupuis. L'ultime tome de la série, Eslapion 3, refusé par les éditions Dupuis, est publié par Clair de Lune en 2011.
Synopsis
C'est dans le petit village de Rajevols que commence l'aventure des Petits Hommes. Un chercheur trouve un fragment de météorite dans son jardin. Ce qu'il ne sait pas encore, c'est que sa découverte va bouleverser la vie de tous les habitants du village. Ce morceau de météorite a pour effet de réduire la taille de celui qui le touche. Mais ça ne s'arrête pas là, puisqu'un simple contact physique avec une personne contaminée entraîne les mêmes effets. Ainsi, le lendemain, ce sont tous les êtres humains du village qui ont rapetissé. Les Petits Hommes n'ont alors plus d'autre choix que de créer une nouvelle ville à leur taille : Eslapion.
Grâce au docteur Joachim Hondegger, les Petits Hommes bénéficient rapidement d'une technologie très avancée, qui leur permettra de venir à bout de toutes les difficultés auxquelles ils seront confrontés, mais au prix de maintes péripéties.
Personnages
Régis Renaud Héros de la série. Affublé d'un gros nez à la Gaston Lagaffe et d'une curieuse chevelure noire et blanche surmontée d'un unique cheveu en forme d'antenne (objet de gags occasionnels), il porte la plupart du temps des tenues futuristes. Occupant l'emploi de héros à plein temps, il se caractérise par sa droiture, sa générosité et son courage, ce qui ne l'empêche pas d'être volontiers pantouflard, potache, coureur, fêtard, et colérique. Au sein de la communauté des Petits Hommes, il est préposé à la sécurité des grottes d'Eslapion et de ses habitants. Accessoirement, il est un as de l'aviation. Cédille Apparue dans l'album Petits Hommes et Hommes-singes, elle devient aussitôt le second rôle féminin qui collera désormais aux basques de Renaud dans toutes ses aventures. Sexy, ingénue (voire gourde), colérique, rancunière, crampon au possible, fleur bleue… Elle est à la fois adorable et insupportable. Sa grande spécialité est de s'incruster en jouant les passagères clandestines. Dimanche Apparu en même temps que Cédille, il incarne l'archétype du Noir cultivé. Instruit, philosophe, fataliste, il joue parfois le rôle de la conscience du groupe et offre un contrepoint à Renaud la tête brûlée et à Lapoutre le râleur. Quant à Cédille, qui représente tout son contraire, il la supporte tant bien mal, et ces deux-là ne ratent pas une occasion de s'envoyer des petites phrases aigres-douces. Il s'exprime dans un langage châtié mais ne prononce pas les “R”. Lapoutre Ami fidèle des quasi débuts de la série, il passe par divers emplois au cours de celle-ci. Au début ce n'est que « le brun » dans le tandem du blond et du brun Lapaille et Lapoutre, les deux pilotes de chasse ailiers de Renaud qui s'adressent à celui-ci avec un obséquieux « M'sieur Renaud » plein d'une naïve vénération. Lapaille ne changera pas tellement par la suite, alors que Lapoutre développera au fil des albums un caractère de plus en plus affirmé, voire ombrageux. À côté de cela c'est un bon camarade, courageux, jovial, et apparemment séducteur. Lapaille Alter ego de Lapoutre au début de la série, leurs deux noms rappellent une célèbre parabole énoncée par Jésus lors du sermon sur la montagne, dans l’Évangile selon Matthieu : . Comparé à Lapoutre, Lapaille ne développera jamais une psychologie très fouillée et restera toujours un adjuvant de second ordre. On le voit néanmoins revenir de façon récurrente comme un compagnon sympathique et jovial, quoique ne brillant pas toujours par un courage exemplaire. Le docteur Joachim Hondegger D'abord prénommé LucienVoir Le Petit Homme qui rit, première apparition du docteur., ce personnage clé de la série joue un rôle déterminant dans la résolution des catastrophes dont il est à l'origine, bien souvent. Archétype de l'apprenti sorcier, il est toujours mis à contribution pour inventer des potions aux effets plus ou moins contrôlés. Plein d'énergie, farfelu, plaisantin, occasionnellement soupe au lait. Le Duc de la Fourrière Apparu dans l'album Le Guêpier, il est un peu l'anti-docteur Hondegger. Contrairement à son alter ego, il est mauvais, acariâtre, ambitieux, mégalomane et sadique. Son génie s'exprime de façon très différente du docteur Hondegger, plutôt doué pour la chimie et la biologie, et c'est pourquoi la série ne les oppose pas de façon directe et explicite. Le talent de La Fourrière s'exprime plutôt dans les domaines de la nouvelle technologie et nombre d'albums le voient monter des traquenards hi-tech pour piéger les Petits Hommes, et en particulier Renaud dont il a fait sa bête noire en raison des multiples échecs, humiliations et blessures que celui-ci lui a infligées. Bien qu'il paie occasionnellement de sa personne, le duc est avant tout une éminence grise. Son plus grand talent consiste à instrumentaliser avec brio les technologies (caméras de vidéo-surveillance, détecteurs, radioguidage…), les individus (il sait employer à son profit hommes de main, savants frustrés, le peuple des Beurks, puissances étrangères…) et jusqu'aux animaux (avec une prédilection pour le dressage des mygales, les seules créatures envers lesquelles il semble avoir des sentiments).Increvable, il connaît de nombreuses péripéties, qui ne font que renforcer sa détermination et le voient revenir chaque fois plus coriace : il est réduit au dixième de sa taille, fait une chute vertigineuse dans un précipice (dans Petits Hommes et Hommes-singes), se retrouve à taille normale mais paralytique (dans Les Six Clones puis Les Petits Hommes et les Catherinettes), avant de réapparaître miraculeusement intact (dans Bonne fête, maman !).
Évolution de la série
Née au début des années 1970, la série n'est qu'une de plus dans le paysage fourni de la bande dessinée de jeunesse franco-belge de l'époque : personnages à gros nez dans le style de Franquin, histoires humoristiques et gentillettes. Entre Alerte à Eslapion et L’Exode, le dessin de Seron s'éloigne du style Attanasio pour se rapprocher de celui du Franquin des Gaston, auquel il emprunte les proportions de ses personnages et la plupart de ses effets de modelé (visages et vêtements).
Dans les années 1980, Pierre Seron prend la direction artistique complète de la série et en devient le scénariste exclusif. Le dessin se modernise et les personnages trouvent leur aspect définitif.
La distribution de personnages se renouvelle d'ailleurs à cette occasion, avec l'abandon des comparses caricaturaux des débuts, aux mentalités stéréotypées comme Gilbert et Tarzan. De Lapaille et Lapoutre (apparus dans l'histoire courte Eslapion 2), les coéquipiers dont les noms forment un jeu de mots, Pierre Seron choisit de ne garder que Lapoutre dont il fait le fidèle et râleur compagnon d'aventures de Renaud. À part en tant qu'adjuvant très occasionnel, le pusillanime Lapaille n'apparaîtra plus dans la série (sa dernière apparition date de l'album Le Peuple des abysses). Par contre, Dimanche et Cédille font leur entrée (dans l'album Petits hommes et hommes-singes) et deviendront des compagnons incontournables aux personnalités antagonistes. Ces personnages démontrent discrètement mais clairement l'ambition de Pierre Seron de prendre ses distances avec une conception traditionnelle de la bande dessinée, appelée à tomber en désuétude : un personnage noir occupe un rôle de premier plan et n'est nullement le subalterne du héros blanc (paternalisme au contraire volontiers égratigné dans les albums avec ironie) et Cédille caricature à ce point le faire-valoir féminin sexy sans un sou de jugeote qu'elle préfigure avec des années d'avance le stéréotype péjoratif de la blonde (et se démarque nettement du personnage autrement compétent de Seccotine, créé par Franquin dès 1953). En contrepoint de ces nouveaux héros modernes, machiavélique, sadique, mégalomane et increvable, le Duc de la Fourrière offre un méchant très classique à la série.
Côté scénarios, la technologie et l'aéronautique sont toujours présentes dans ses albums, comme les coléoptères par exemple. La série s'oriente vers la science-fiction, qui permet à l'auteur d'imaginer des engins et des architectures plus futuristes.
Cette tendance se poursuit d'album en album, puis à partir de Voyage entre deux mondes une nouvelle tendance s'esquisse. À l'exception d'albums science-fiction et du cycle des clones, la série s'attache davantage à raconter des aventures humaines dont l'action se déroule dans les grottes des Petits Hommes ou à leurs abords, et mettent en scène l'histoire personnelle de personnages secondaires : des canards boiteux de la petite communauté (Voyage entre deux mondes), deux guerriers du passé se refusant à enterrer la hache de guerre (Choucroute Melba), un bébé adopté qui se retrouve de nouveau orphelin (Bébé Tango), deux enfants imprudents et irresponsables (Bingo), une fillette qui se réveille d'un long coma (Miss Persil), un perdant qui devient roi (Les Fourmicrabes), la jeune victime d'un coup monté crapuleux et sordide (Chiche !), deux frères ambitieux et sans scrupules (Au nom du frère)…
L'auteur La touche Seron
À partir des années 1980, Pierre Seron trouve véritablement son style et les albums deviennent très fortement imprégnés de sa personnalité. L'auteur définit ses propres codes : assurant maintenant le dessin et le scénario de ses albums, il réunit les deux en un unique concept en inventant le mot-valise « desnario ». Tous les albums porteront désormais la mention « Desnario : Seron ».
En particulier La Planète Ranxérox se lit en tenant l'album non pas de la façon habituelle, mais comme un calendrier, et où les héros en couleurs découvrent un monde photocopié en noir et blanc dans lequel ils font figure de « bugs visuels » et perturbent l'ordre établi. Ou encore l'album suivant Le Trou blanc, où le concept est poussé encore plus loin : l'album est quasiment monochrome et les héros sont plus perdus que jamais dans un univers post-apocalyptique dantesque qui est sans issue, d'une certaine façon.
Tchakakahn, où en parallèle de l'aventure des Petits Hommes se déroule une autre histoire entre les cases de l'album : deux enfants s'amusent à y jouer aux billes, à la voiture téléguidée ou à y lâcher une souris qui finit par dévorer complètement les cases de l'histoire en fin d'album. Ou Melting-pot qui fait évoluer Renaud et ses amis dans un univers virtuel truffé d'images informatiques. Ou encore Duels qui présente une mise en abyme : Renaud y découvre sur les planches d'un ami dessinateur de bande dessinée l'histoire qu'il est simultanément en train de vivre.
Sans être intimement liées au déroulement de l'histoire, de nombreuses autres trouvailles visuelles émaillent les albums : l'utilisation d'images photocopiées ou scannées intégrées dans les décors, de trames, de couleurs fluos dans Les Fourmicrabes, de légendes typographiées comme des listings informatiques inhabituelles dans ce type de bande dessinée. Bingo offre des cases panoramiques en traitant chaque double-page en vis-à-vis de l'album comme une unique page très large. Le début de Bébé Tango propose une ellipse du temps qui s'écoule juste après l'accident, alors que la voiture est dans le ravin. Et ainsi de suite.