La Commission européenne (CE) est l'une des principales institutions de l'Union européenne, avec le Conseil de l'Union européenne, le Parlement européen et le Conseil européen.

Instituée par le traité de Rome de 1957 (articles 155 à 163), elle est composée de commissaires européens. Il y a autant de commissaires que d'États dans l'Union, soit 27, bien que les traités ne l'imposent pas. Ceux-ci sont proposés par les chefs d'État ou de gouvernement des États membres réunis au sein du Conseil européen, et approuvés par le Parlement européen après auditions des candidats par les députés européens. Depuis 2019, sa présidente est l'Allemande Ursula von der Leyen. Le siège de la Commission est situé à Bruxelles, dans le bâtiment Berlaymont.

La Commission européenne a pour fonction principale de proposer (initiative législative) et de mettre en œuvre les politiques communautaires. « Gardienne des traités », elle veille à leur application et jouit d'un quasi-monopole du droit d'initiative dans le domaine des compétences exclusives de l'Union, comme l'union douanière, les règles de concurrence intracommunautaire ou le développement durable. C'est son rôle central de promotion de l’ de l’UE qui fonde ce monopole de l’initiative.

Au sein des systèmes politiques, la Commission européenne possède donc cette originalité de représenter « l'intérêt général » tout en exerçant une partie du pouvoir exécutif et en n’étant pas issue du Parlement européen, élu, lui, au suffrage universel. Les groupes de pression, qui représentent des intérêts catégoriels publics ou privés, jouent un rôle important dans le processus de décision.

Si le rôle de la Commission a des similitudes avec celui des gouvernements nationaux, il s’en distingue cependant. La Commission agit indépendamment des gouvernements des États membres. Les commissaires européens sont souvent des personnalités politiques qui, pour la durée d'un mandat européen ou deux, quittent leur scène nationale pour y revenir ensuite. De plus, le budget de la Commission dépend des États membres. La Commission est responsable devant le Parlement européen, qui peut la censurer, mais exclusivement sur sa gestion, et ce par un vote des deux tiers du Parlement, ce qui distingue ce « pouvoir de contrôle » de celui habituellement observable dans les régimes parlementaires. Elle partage les pouvoirs exécutifs avec le Conseil européen (dont le rôle a des similitudes avec celui d'un chef d'État collectif) et, surtout, les États membres . Son mandat est de cinq ans. Les commissaires sont assistés par une administration centrale qui est, par ses effectifs ( environ en 2007), la plus importante de l'Union européenne.

Les commissions successives depuis 1958 sont plus ou moins dynamiques. Il faut en effet voir derrière l'action des présidents de la Commission et des commissaires européens l'importance du contexte général de l'intégration européenne et donc de l'élargissement de l'Union européenne.

vignette|Siège de la Commission européenne à Bruxelles (bâtiment Berlaymont). vignette|Logo de la Commission européenne à l'entrée du Berlaymont (évocation stylisée du bâtiment). vignette|L'entrée du bâtiment Berlaymont, le 18 mai 2009.

Histoire Les deux commissions qui ont marqué l'histoire de l'intégration européenne sont la commission Hallstein (1958-1967), qui assure la viabilité de la jeune Communauté économique européenne et voit les rêves de supranationalité de son président buter contre l'intransigeance des États membres, et la (1985-1995), qui achève le Marché commun et crée l'Union européenne sous l'impulsion de Jacques Delors.

Mise en place de la Commission Héritière de la Haute Autorité de la CECA, la Commission de la CEE mise en place en 1957 constitue le versant supranational des institutions européennes issues du Traité de Rome.. Elle dispose néanmoins de moins de pouvoirs que son prédécesseur car elle est dépendante financièrement des États membres et partage les pouvoirs exécutifs et législatifs avec le Conseil des ministres. Le dynamisme du premier président lui assure néanmoins des marges de manœuvres importantes.

Le terme « Commission » relève d'un compromis entre partisans et détracteurs du terme envisagé et déjà en vigueur pour la CECA : « Haute Autorité ». « Commission » ferait référence à la terminologie anglo-saxonne et aurait été proposé par Pierre Uri au moment de boucler le traité de Rome..

Commissions Hallstein (1958-1967) : succès de la dynamique communautaire et ambitions déçues Vision supranationale d'Hallstein : une méthode néofonctionnaliste pour l'Europe Le très fort engagement européen des commissaires est caractéristique de la première commission : le président allemand Walter Hallstein, le Français Robert Marjolin, le Néerlandais Sicco Mansholt sont d'ardents promoteurs de l'idée européenne. L'unité politique de l'Europe est le but affiché de Walter Hallstein.. Spécialiste de la CECA, Hallstein s'inspire de cette première communauté pour affirmer la reconnaissance internationale de la Commission européenne en développant un droit d'accréditation à usage interne (nomination de « représentants » au sein des États membres) et surtout externe (« représentants » à l'extérieur de la Communauté). Il soutient les politiques communes qui doivent mener, selon lui, à une intégration politique ; il est donc responsable pour une part du succès du modèle économique de la CEE, qui devient la dynamique européenne principale avec l'échec de l'AELE, portée par le Royaume-Uni. Mais ce succès dans le domaine économique appelle, selon la logique néofonctionnaliste chère à Jean Monnet, à l'union politique de l'Europe avec la Commission européenne pour chef d'orchestre.

Conflit avec la France de Charles de Gaulle Les initiatives de Hallstein déconcertent les milieux dirigeants européens, qui n'avaient pas prévu que la Commission européenne, organe supranational, puisse prendre autant d'importance dans le processus communautaire. Le plan Fouchet, inspiré par Charles de Gaulle, tente de marginaliser la Commission dans la coopération politique, mais est finalement rejeté par les partenaires de la FranceDe Gaulle est partisan d'une Europe des patries :

Le plan Foucher de 1961 prévoit que les initiatives dans les domaines diplomatique et militaire seront prises à l'unanimité. Projet rejeté par les autres États membres. En 1965, la France pratique la politique de la « chaise vide », qui aboutit au compromis de Luxembourg (1966). Les décisions du Conseil des ministres seront prises à l'unanimité. L'Europe fédérale est ainsi rejetée..

Le plan Hallstein de 1965, présenté non pas devant le Conseil des ministres (représentants des États) mais devant l'Assemblée de la Communauté (voir Parlement européen), propose des ressources financières propres à la Commission européenne, un budget communautaire dépendant uniquement du Parlement européen et l'extension du vote à la majorité qualifiée. Le président de la Commission pense pouvoir l'imposer à de Gaulle en échange d'un règlement financier stable pour la Politique agricole commune, il n'obtient finalement que la crise de la CEE avec l'épisode de la chaise vide. Hallstein doit finalement se soumettre.

Commissions de 1967 à 1984 : des capacités d'initiatives limitées Conséquences de la crise de la chaise vide et du protocole du Luxembourg

Jean Rey préside la commission du au . À partir du protocole de Luxembourg, le Conseil des ministres prend le dessus sur la Commission qui ne fait plus preuve d'initiative que sur demande du Conseil.. La relance de La Haye en 1969, dans ses modalités pratiques (sommet des chefs d'État et de gouvernement européens), est un prélude à l'institutionnalisation du Conseil européen qui marginalise encore plus la Commission dans le processus de décision communautaire, car les orientations à long terme sont définies par le Conseil européen. C'est toutefois Jean Rey qui représente les Six États membres de la CEE lors du Cycle de Kennedy. En 1969, la Commission reçoit le prix international Charlemagne pour son engagement en faveur de l'unification européenne. Franco Maria Malfatti prend les rênes de la Commission de 1970 à 1972 Homme politique dynamique il participe activement aux débats sur la coopération monétaire (plan Barre de 1969) sans résultat concret, puis préfère rejoindre la vie politique italienne. La commission dirigée par Sicco Mansholt (1972-1973) est marquée par de vifs débats en son sein sur la question du développement.

Contexte européen et international défavorable à la Commission Les trois Commissions succédant à Mansholt sont dirigées par François-Xavier Ortoli, Roy Jenkins et Gaston Thorn. Étienne Davignon, Commissaire à l'Énergie et aux Transports est l'homme fort de cette dernière. Le contexte européen des années 1970 est placé sous le signe de l'État-nation, de la dynamique intergouvernementale. L'efficace couple franco-allemand Giscard d'Estaing-Schmidt tient à l'écart la Commission de la prise de décision.

C'est surtout le contexte international des années 1970 (crise monétaire, crise pétrolière, crise économique) qui paralyse la Communauté européenne et les initiatives de la Commission.

Commissions Delors (1985-1995) : le Marché unique et l'UEM Dès sa prise de fonction il concentre son action sur des objectifs à la fois précis et ambitieux : achever le Marché commun européen, créer l'Union économique et monétaire et développer des politiques de solidarité. Jacques Delors peut compter sur le ferme soutien de la France de François Mitterrand et de l'Allemagne de Helmut Kohl ; on parle alors d'un trio Mitterrand-Kohl-Delors. Il a déjà une expérience européenne en tant que président de la commission économique et financière du Parlement européen et ministre de l'Économie et des Finances de la République française. Européiste convaincu et dynamique, il n'hésite pas à se confronter avec la Première ministre du Royaume-Uni, Margaret Thatcher, avec qui il entretient des relations tendues. Il peut enfin compter sur son cabinet dirigé par Pascal Lamy, et un collège de Commissaires soudé autour de son président.

La construction européenne doit à Jacques Delors : Le Livre Blanc du qui fixe l'établissement d'un marché unique avec un calendrier précis (« l'objectif 1992 ») ; La Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs suivie de 47 initiatives d'applications ; L'Acte unique européen ; Le rapport Delors, présenté et accepté au Conseil européen, sur l'Union économique et monétaire en trois étapes, aboutissant à une monnaie unique ; Le Traité de Maastricht ; Le développement de la politique de la concurrence ; Une réflexion poussée sur l'avenir de l'Europe. Il le voit dans une fédération des nations européennes, car il pense que l'identité des nations est primordiale, qui a pour vocation de se diriger elle-même sans pression extérieure, qui régule les lois du marché et est capable de défendre ce qui fait son identité : la liberté et la solidarité ; Le programme d'Edimbourg, adopté en , par le Conseil ECOFIN, pour lutter contre le chômage, au sein de l’UE, mais qui n’a jamais été mis en œuvre et fut remplacé par la « Stratégie de Lisbonne ».

Après Delors vignette|Les membres de la Commission Européenne en séance plénière dans le bâtiment Spaak le 10 novembre 2009. Les commissions suivantes ont été en place depuis 1995 : Commission Santer (1995-1999), suivie d'un intérim de Manuel Marín (Commission Marín) après la démission de la commission en ; Commission Prodi (1999-2004) ; Commission Barroso I (2004-2009) ; Commission Barroso II (2009-2014) ; Commission Juncker (2014-2019) ; Commission von der Leyen I (2019-2024). Commission von der Leyen II (depuis le ).

Compétences thumb|Schéma illustratif des interactions et du fonctionnement des institutions européennes. thumb|La Commission de Jean-Claude Juncker, photographiée avec le cabinet Rutte II, gouvernement des Pays-Bas, à Amsterdam en 2016.