Bernard Gauthier, né le à Beaumont-Monteux (Drôme) et mort le à La TroncheÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un coureur cycliste français, qui fut professionnel de 1947 à 1961 chez Mercier, surnommé « Monsieur Bordeaux-Paris », du nom de la course dont il est le doyen des vainqueurs, avant sa mort. Seul Français à être monté deux fois sur le podium du Tour des Flandres, il a également remporté une étape du Tour de France 1948 et porté le maillot jaune pendant sept jours en 1950.
Antonin Magne, dit le « père Tonin », a été son seul directeur sportif.
Bernard Gauthier s'est reconverti comme fleuriste à Grenoble (voir Miroir du cyclisme de ). Il est enterré à Rencurel dans le Vercors.
Biographie Jeunes années Bernard Gauthier naît le à Beaumont-Monteux, dans le département de la Drôme. Son père Henri, un ouvrier du bâtiment originaire de Chalon-sur-Saône, travaille alors à la construction d'un barrage dans la région. Bernard a un frère aîné, Roger, à qui sa mère Elise Favot, originaire du Vercors a donné naissance dix-huit mois plus tôt. La famille s'installe peu après à Grenoble où son père entre aux établissements Neyret-Beliet comme ajusteur.. Plutôt décrit comme un mauvais élève, Bernard Gauthier quitte l'école à treize ans et commence son apprentissage dans la même entreprise, travaillant ainsi aux côtés de son père et de son frère. Il est embauché définitivement au terme de cet apprentissage.. Dans le même temps, il pratique le basket-ball au club de Saint-Martin-d'Hères, puis à l'ASPTT Grenoble. Passionné de sport, il s'essaye également au football puis au rugby, évoluant au poste de trois-quart aile. Il occupe une partie de son temps libre à la cueillette des champignons sur les hauteurs de Chamrousse qu'il vend au marché grâce à une voisine de quartier. Ces économies lui permettent d'acheter un vélo de course et au début de l'année 1941, il signe sa première licence cycliste à la Société sportive grenobloise. Ses premiers résultats sont jugés encourageants et remarqués par les suiveurs régionaux : il se classe notamment du Premier Pas Dunlop, puis du Grand Prix Cepeda à Brié et du Prix Emile Morel. Bernard Gauthier court également sur piste et représente notamment l'Isère au championnat de France amateur de zone non occupée de poursuite par équipes. Il remporte une américaine à Tournon-sur-Rhône, associé à René Zanta, et se classe du Prix Léon Daniel à Montluçon. L'année suivante, il remporte l'épreuve d'ouverture de son club..
Arrestation par les Allemands puis retour à la compétition Le , Bernard Gauthier participe avec ses amis Émile Baffert et Adrien Coureno à la manifestation patriotique contre l'Occupation allemande qui se tient à Grenoble. Il fixe même un drapeau tricolore sur le monument des Diables bleusTémoignage d'une manifestante, Éliane Plaussu née Hyvernaud (1923-2018).. L'armée allemande intervient et Bernard Gauthier et ses amis figurent parmi les arrêtés ce jour. Retenus pendant deux jours dans une caserne grenobloise, ils sont ensuite transférés au camp de Royallieu, près de Compiègne, où ils sont internés pendant près de trois mois. Le , ils font partie d'un convoi de prisonniers qui doit être envoyé en Allemagne, mais ils parviennent à s'enfuir en sautant du train en pleine nuit dans les environs de Longuyon. Dans la confusion, les trois hommes sont séparés. Ce n'est qu'en rentrant à Grenoble, après s'être caché pendant deux jours chez un prêtre, que Bernard Gauthier retrouve Émile Baffert et Adrien Coureno. Il reprend alors son poste d'ajusteur chez Neyret-Beliet puis recommence à courir sans prendre la peine de changer d'identité. Il n'est cependant plus inquiété par les autorités allemandes jusqu'à la fin de la guerre..
Dès le début de l'année 1944, Bernard Gauthier obtient des résultats probants. Champion de l'Isère des sociétés sur route puis sur piste, il se classe du Prix des cafés Vigord à Villefranche-sur-Saône derrière l'un des coureurs les plus en vue de la région, Antonin Rolland, avant de prendre sa revanche sur ce dernier en remportant le Grand Prix de Fleurie. En 1945, il se fait à nouveau remarquer en remportant des épreuves sur piste, comme le Prix André Chenouard, à Valence, puis lors du Grand Prix des Alpes, une épreuve sur route disputée sur . Il ne se classe que de la course, dominée par Édouard Fachleitner, mais la presse salue son courage et sa ténacité pour avoir terminé seul l'épreuve après avoir cassé son guidon. Il se classe en suite de Lyon-Saint-Étienne-Lyon. Les résultats qu'il obtient sur piste avec Émile Baffert sont si convaincants qu'ils sont envoyés à Paris à la fin de l'année 1945 par le président de la section cycliste du Football Club de Grenoble pour affronter les meilleurs amateurs parisiens au Vélodrome d'Hiver. Ils y assurent une excellente tenue et les deux hommes sont sollicités par le Vélo Club de Levallois, considéré comme le meilleur club de France.
Ils rentrent cependant à Grenoble au début de l'année 1946 et Bernard Gauthier décide de quitter son emploi d'ajusteur pour se consacrer entièrement au cyclisme en signant une licence d'aspirant professionnel. Il court alors pour la marque lyonnaise Follis et se classe d'Annemasse-Bellegarde-Annemasse, puis du Grand Prix de la Pédale annécienne et du Grand Prix du Dauphiné Libéré, battu à chaque fois par Georges Martin. La presse loue le talent de Bernard Gauthier mais souligne qu'il manque encore d'intelligence de course pour dominer ses adversaires. Il remporte le titre de champion régional puis se distingue sur Dijon-Lyon, une épreuve réputée lors de laquelle il s'échappe en tête de course, avant qu'une crevaison le prive de ses chances de victoires. Il se classe également du Circuit du Jura, ne laissant la victoire à Adolphe Deledda qu'après une lourde chute..
Bernard Gauthier est sélectionné au dernier moment pour intégrer l'équipe Centre-Sud-Ouest sur Monaco-Paris, une épreuve par étapes courue en remplacement du Tour de France dont l'organisation n'a pu être mise sur pied. Il y prend la du classement général, puis se classe de la Boucle des Alpes en deux étapes. Il conclut victorieusement sa saison en remportant la Coupe des Alpes et du Sud-est à Voiron, puis le Circuit de Tarentaise et enfin l'épreuve individuelle sur piste du Grand Prix de Grenoble au début du mois d'octobre..
Carrière professionnelle Débuts prometteurs et première participation au Tour de France (1947) Désormais entièrement rémunéré par la firme Follis pour la , Bernard Gauthier quitte Grenoble et signe une licence au Vélo-Club des Brotteaux, à Lyon, que fréquentent la plupart de ses coéquipiers. Son directeur sportif Roger Brissaud décide de l'inscrire sur les principales épreuves du printemps : il prend ainsi part au Critérium national puis à Paris-Roubaix, qu'il abandonne à Wattignies en compagnie d'un autre jeune coureur professionnel, Louison Bobet. Dans les semaines qui suivent, il remporte en solitaire la classique Annemasse-Bellegarde-Annemasse, puis s'impose sur le Grand Prix de Beaujeu devant Antonin Rolland. Bernard Gauthier se classe du Circuit des six provinces, une épreuve réservée aux espoirs, après avoir joué le rôle d'équipier auprès de Georges Martin, deuxième de la course. Il prend ensuite la du Circuit de Savoie puis la du Circuit du Ventoux, manquant d'une place lors de cette dernière épreuve sa qualification pour le championnat de France..
Bernard Gauthier est néanmoins sélectionné pour le Tour de France 1947 au sein de l'équipe du Sud-Est, dirigée par Pierre Gallien. Il manque de réussite lors des cinq premières étapes, accumulant les crevaisons et les chutes, mais se distingue dans la sixième étape vers Lyon en étant à l'origine de l'échappée victorieuse. Un problème mécanique dans les dix derniers kilomètres le contraint à s'arrêter pour réparer son vélo : il finit l'étape à la , à moins d'une minute de ses anciens compagnons d'échappée. Il subit deux lourdes chutes et se blesse au coude et à la hanche le lendemain vers Grenoble, où il accuse un retard de vingt-deux minutes sur Jean Robic, puis il perd dans la huitième étape vers Briançon. Il pointe alors au du classement général, bien loin du maillot jaune italien Aldo Ronconi. Bernard Gauthier perd de nouveau deux places après l'étape de Digne, qu'il termine à cinquante minutes de René Vietto, puis une autre vers Nice le lendemain, au terme d'une étape au cours de laquelle il perd conscience pendant quelques instants après une chute au ravitaillement. Relégué à plus de trois heures de René Vietto au classement général mais soutenu par ses coéquipiers, il décide de continuer. Septième à l'arrivée de la douzième étape à Montpellier, il franchit les Pyrénées sans encombre et reprend peu à peu du temps, se classant notamment aux Sables-d'Olonne et surtout de la dernière étape à Paris. Bernard Gauthier termine finalement son premier Tour de France à la du classement général..
Son expérience du Tour lui profite et il remporte ensuite Bourg-Genève-Bourg avant de se classer de Grenoble-Turin-Grenoble, une épreuve par étapes au cours de laquelle il est remarqué par Antonin Magne, ancien vainqueur du Tour de France et directeur de la formation Mercier. Vainqueur du Circuit Lyonnais, il est retenu pour le Grand Prix des Nations, une épreuve contre-la-montre de grande renommée dont il se classe après avoir pris un départ prudent..
Victoire d'étape sur le Tour et premiers résultats sur les classiques (1948-1950) L'année 1948 est celle du changement pour Bernard Gauthier qui rejoint l'équipe Mercier et s'installe de nouveau à Grenoble, où il signe une licence à la Pédale sportive grenobloise. Il obtient la de Milan-San Remo mais joue de malchance sur Paris-Roubaix : percuté par une voiture, il est sérieusement blessé au bras droit et doit observer une période de repos d'un mois. Pour son retour, il se classe du Circuit de Savoie derrière Pierre Molineris, puis prend part à des échappées sur Paris-Valenciennes et les Boucles de la Seine, sans toutefois y obtenir un résultat notable. Il est de nouveau sélectionné au sein de l'équipe Sud-Est pour le Tour de France 1948, dirigée cette fois par Marius Guiramand. Intenable lors de la première étape, Bernard Gauthier figure dans l'échappée victorieuse qui permet à Gino Bartali de revêtir le premier maillot jaune de l'épreuve à Rouen. Il fait preuve de régularité lors des premiers jours de course et se distingue particulièrement sur la septième étape entre Biarritz et Lourdes. Seul en tête au col d'Aubisque, il est retardé par une crevaison et doit se contenter de la , à moins d'une minute des hommes de tête. En difficulté au cours de l'étape entre San Remo et Cannes, il se classe néanmoins de l'étape dantesque entre Briançon et Aix-les-Bains, qui voit l'abandon de nombreux coureurs dont des grimpeurs renommés. Sa forme s'améliore au fil des jours : il se classe à Metz puis remporte la et avant-dernière étape à Roubaix, réglant au sprint ses compagnons d'échappée, Édouard Klabinski et Stan Ockers..