La Legio XIX (litt : légionLe nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat. Dans les textes anciens, les chiffres « 4 » et « 9 » sont rendus par « IIII » et « VIIII » plutôt que par « IV » et « VIIII » (Adkins (1994) ).) fut l’une des trois légions romaines (XVII, XVIII et XIX) décimées lors du désastre de la Forêt de Teutobourg. Elle n’est guère mentionnée dans les sources et les informations que nous avons à son sujet sont surtout de nature épigraphiqueCIL 11, 5218 (Inscription du tribun militaire Gnaeus Lerius en l’honneur de ses compatriotes d’Ombrie); CIL 11, 6056 (Centurion Sextus Abulenius qui, après son départ de la légion fut nommé magistrat d’Urbinium [Ombire]); AE 1974 (Mention des vétérans de la légion sur la tombe de Marcus Virtius de Luna [Étrurie]); CIL 11, 348 (Mention sur la tombe de Lucius Artorius des environs de Ravenne); CIL 11, 1524 (Pierre tombale de Sextus Anquirinnius à Portus Pisanus/Livourne)}.

Le surnom (cognomen) de la légion, si elle en avait un, ne nous est pas connu, pas plus que son emblème.

Histoire de la légion

thumb|right|Le Rhin et les fortifications romaines vers 70 apr. J.-C

Durant la guerre civile qui opposa Jules César à Pompée en 49-48 av. J.-C., tous deux commandèrent des légions portant le numéro XIX mais on ignore ce qu’il advint de ces légions. Celle de César pourrait avoir été l’une des quatre mises sous les ordres du général Curion pour s’emparer de la Sicile où Pompée menaçait d’interrompre l’approvisionnement en blé de Rome. La chose faite, César envoya Curion reprendre l’Afrique alors aux mains des Républicains. Prenant avec lui deux des quatre légions (dont la ?) Curion fut défait en aout 49 av. J.-C. par Juba , alliés aux pompéiens, et ses légions annihiléesMeier (1982) .Lendering (2002) para 1..

Par la suite et lors du conflit opposant Octave (le futur empereur Auguste) à Marc Antoine, ce dernier fit frapper des pièces de monnaie en l’honneur d’une légion XIX Classica (c.a.d. appartenant à une flotte maritime)Lendering (2002) para 4..

Il est plus probable que la Legio XIX qui se retrouvera à Teutobourg ait été levée en 41 ou 40 av. J.-C. par Octave après la bataille de Philippes (sept-oct 42 av. J.-C.) qui vit la défaite définitive des républicains. Auguste se tourna alors contre Sextus Pompée, fils du grand Pompée, qui avait réussi à rassembler une importante flotte et à s'emparer de la Corse-Sardaigne et de la Sicile en 41 av. J.-C., menaçant à nouveau l’approvisionnement en blé de Rome. Les premiers légionnaires de la légion furent probablement des rescapés des armées de Brutus et de Cassius ; les autres légionnaires venaient probablement d’Étrurie, car en 30 av. J.-C. des vétérans de la légion furent installés près de PiseLendering (2002) para 3.

Il est possible, mais non établi, qu’après la bataille d’Actium en 31 av. J.-C. qui vit la victoire définitive d’Octave sur Marc Antoine, la Legio XIX ait été stationnée en Aquitaine. Par la suite, elle serait passée sur le Haut Rhin. Son commandant à ce moment était déjà P. Quinctilius VarusNuber (2009) ..

La légion participa vraisemblablement aux campagnes de Drusus et de Tibère pour la conquête de la Rhétie en 15 av. J.-CSchneider (2008) . comme le suggère une pièce de catapulte découverte à Döttenbichl (près d’Oberamergau en Bavière)AE 1994, 1323.. À la fin des années 1960 trois remorques militaires furent trouvées dans le camp nouvellement fouillé de Dangstetten (Bade-Wurtemberg) sur le Haut Rhin qui démontre la présence de cette légion (ou du moins de certaines de ses unités) à cet endroit. D’autres découvertes archéologiques provenant d’Augsbourg (Bavière en Allemagne) et de Mont Terri (Suisse) y sont probablement reliées. Le cas échéant, ceci remettrait en question la participation de l’ensemble de cette légion aux campagnes de Drusus et de Tibère (12 – 7 av. J.-C.) à l’intérieur de la Germanie, quoique la participation de détachements de la légion ne puisse être exclueLendering (2002) para 7..

thumb|left|Carte illustrant la défaite de Varus dans la Forêt de Teutobourg

Au cours des années 8-7 av. J.-C., Tibère se rendit de nouveau en Germanie. La légion le suivit et fut peut-être stationnée initialement à CologneAE 1975, 626. et à Neuss (Rhénanie-du-Nord-Westphalie en Allemagne) et, ensuite, probablement à Oberaden et, certainement, à Haltern où a été découvert un lingot de plomb de 64 kilo portant la marque « LXIX (= Legio XIX) », ce qui constitue la première preuve archéologique démontrant que l’une des trois légions de Varus se trouvait bien dans la région située entre le Rhin et l’ElbeHirt (2010) ..

En 6 apr. J.-C. Tibère mit sur pied un plan de campagne visant à s’emparer de la partie méridionale de la Germanie ainsi que de la Bohême pour faire du Rhin et de l’Elbe la nouvelle frontière de l’empireVelleius Paterculus, Histoire romaine, II, 108 (2-3).. Conçue comme une « manœuvre en tenaille », cette opération devait permettre à Tibère de mener au moins huit légions dont la Legio XIX contre le roi des Marcomans, Maroboduus, en Bohême pendant que cinq autres légions suivraient le cours de l’Elbe ; c’eût été l’opération la plus grandiose menée par des légions romaines. Toutefois la grande révolte illyrienne de 6 à 9 apr. J.-C. réunissant Dalmates et Pannoniens, vint entraver ces projets et forcer Tibère à reconnaitre Maroboduus comme roi des MarcomansVelleius Paterculus, Histoire romaine, livre II, 109, 5 ; Cassius Dion, Histoire romaine 55, 28, 6-7..

Trois ans furent nécessaires pour réprimer la grande révolte illyrienne. Pendant ce temps, la légion demeura sous le commandement de Varus. Parmi les tribus germaniques alliées de Rome se trouvaient les Chérusques dirigés par Caius Julius Arminius. Enlevé et éduqué à Rome, il avait été fait citoyen romain et appartenait à l’ordre équestreTacite, Annales, II, 10.. Bien que faisant partie des conseillers du gouverneur, Arminius, alors âgé de vingt-cinq ans, avait réussi à former une alliance regroupant Chérusques, Marses, Chattes et Bructères pour chasser les Romains. À l'automne de l'an 9 apr. J.-C., Varus se trouvait en territoire germanique à la tête des , et légions ainsi que trois ailes de cavalerie et six cohortes de troupes auxiliaires, soit au total environ . Sur le chemin du retour il se détourna de son itinéraire pour venir en aide à une tribu réclamant son aide. Négligeant les avis de Ségestes, roi des Chattes, lui conseillant de se méfier d’ArminiusCassius Dion, LVI, 19., Varus voulait retourner à Vetera en suivant la rivière Lippe. Il se retrouva alors dans une contrée à peu près inconnue constituée de forêts, de marais et de broussailles et où les routes encombrées de colonnes de civils accompagnés de chariots et d'animaux ralentissaient l'avance de son armée, contrée que l’on identifie aujourd’hui comme étant la passe de Kalkriese. Dans une bande de terre étroite, longue de six kilomètres et de un de large les auxiliaires germaniques quittèrent les Romains soi-disant pour aller chercher des renforts. C’est là que les attendaient les forces d’Arminius : sous une pluie battante, les combats durèrent trois jours au terme desquels les trois légions furent anéanties. Quelques légionnaires, parvenant à percer les lignes ennemies, purent se réfugier dans le camp romain proche d'Aliso. D'autres furent soit capturés, soit exterminés et les trois aigles emblématiques des légions capturées ; Varus se suicida. À la suite de cette bataille, tous les camps romains de la rive droite du Rhin furent pris par les Germains, à l'exception d'Aliso qui résista jusqu'à une sortie des survivants vers Castra VeteraSheldon (2009) et .Le Bohec (2017) .. L’aigle de la Legio XIX fut repris des Bructères par le commandant Lucius Stertinius lors de la campagne de Germanicus de 14-16 apr. J.-CJohne (2006) ..

L’empereur Auguste fut tellement traumatisé par la perte de ces trois légions, que pendant des mois, on le vit dans son palais, gémissant et se frappant la tête contre les murs en répétant : « Quintili Vare, legiones redde! »(Quintillus Varus, rends-moi mes légions ! »Suétone, Vie des Douze Césars, « Auguste », 23.. Le désastre de Teutobourg jeta un vent de panique à Rome où l’on crut que les Germains s’apprêtaient à envahir la Gaule. Auguste réorganisa donc les armées du Rhin pour faire du fleuve un obstacle militaire majeur. Deux armées en assurèrent la défense : sur le cours supérieur du Rhin, on construisit Vindonissa (Winsdisch) pour la légion Gemina et Mogontiacum (Mayence) pour la Augusta et peut-être la Gemina ; sur le Rhin inférieur on établit près de Colonia Agrippinensium (Cologne) la Valeria, alors que la Rapax et la Alaudae occupèrent Castra Vetera (Xanten). À cela s’ajoutait une flotte, la classis Germanica, qui surveillait les deux rives du fleuveLe Bohec (2017) ..

Toutefois, les légions XVII, XVIII et XIX ne furent pas reconstituées et, comme le voulait la coutume pour les légions perdues, leurs numéros d’ordre retirésToutefois, Néron (r. 54-68) leva une nouvelle Legio XVIII probablement en vue d’une campagne contre les Parthes ou en Éthiopie (Dando-Collins (2010) ).

Notes et références Notes

Références Pour les références indiquées « AE » (L’Année épigraphique, Paris, 1888-) et « CIL » (Corpus Inscriptionum Latinarum, Berlin, 1863-), se référer à Clauss/Slaby dans la bibliographie.

Voir aussi Bibliographie Sources primaires Cassius Dion, Histoire romaine, [en ligne] http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Dion/table.htm. Velleius Paterculus, Histoire romaine, [en ligne] http://remacle.org/bloodwolf/historiens/velleius/livre2.htm. Suétone. Vie des Douze Césars, [en ligne] http://remacle.org/bloodwolf/historiens/suetone/cesar.htm. Tacite, Annales, [en ligne] http://remacle.org/bloodwolf/historiens/tacite/table.htm

Sources secondaires Clauss, Manfred / Anne Kolb / Wolfgang A. Slaby. Epigraphik-Datenbank Clauss / Slaby EDCS [en ligne] http://db.edcs.eu/epigr/epi_einzel.php?s_sprache=de&p_belegstelle=CIL+02%2C+03588&r_sortierung=Belegstelle [archive]. Hirt, Alfred Michael. Imperial Mines and Quarries in the Roman World : Organizational Aspects 27 BC- AD 235 (Oxford Classical Monographs), Oxford, Oxford University Press, 2010 . Johnme, Klaus-Peter. Die Rômer an der Elbe. Das Stromgebiet der Elbe im geographischen Weltbild und im politischen Bewusstsein der griechisch-römische Antik. Berlin, Akademie Verlag, 2006. .