Frère Denise, ou Dit de Frère Denise le cordelier, est un fabliau du écrit par Rutebeuf.
Résumé
Une jeune fille refusait tous les prétendants car elle souhaitait se vouer à Dieu. Un frère cordelier lui proposa d'entrer dans son ordre, ce qui garantirait le salut de son âme. En fait le cordelier ne pensait qu'à une seule chose, parvenir à coucher avec la jeune fille.
La jeune fille crut le cordelier et suivit ses conseils. Elle s'enfuit de chez elle, coupa ses cheveux, se déguisa en homme et s'en alla au couvent des cordeliers. Le cordelier la fit accepter parmi les moines, sous le nom de frère Denise. Par ruse, il parvint à obtenir ses faveurs et en fit sa maîtresse, à l'insu de tous.
Les cordeliers avaient l'habitude de circuler toujours par deux. Le cordelier et frère Denise allaient ainsi de ville en ville. Un jour, ils furent invités chez un chevalier. La dame son épouse, à la vue de frère Denise, soupçonna qu'il s'agissait d'une femme. Elle prit frère Denise à l'écart et obtint ses aveux.
La dame fit venir le cordelier devant toute sa maisonnée et le couvrit d'insultes pour son hypocrisie et son immoralité. Le chevalier décida d'épargner le cordelier, à condition qu'il versât une forte somme d'argent à damoiselle Denise pour lui permettre de se marier honorablement. La dame garda damoiselle Denise auprès d'elle jusqu'à ce que le cordelier eût versé l'argent, ce qu'il fit rapidement.
Damoiselle Denise épousa un chevalier qui l'avait demandé en mariage autrefois et devint dame Denise.
Un fabliau classique Le titre du fabliau surprend le lecteur contemporain, qui ne sait pas qu'au le prénom Denise était épicène. Le personnage principal, une femme, est désigné successivement par les expressions damoiselle Denise, frère Denise et dame Denise.
Comme beaucoup de fabliaux, frère Denise comporte une leçon de morale. Ici elle est placée tout au début du texte. Elle est très simple : , c'est-à-dire . En l'occurrence il s'agit de la moralité des moines et des ermites, qui peut n'être qu'apparente.
Comme beaucoup de fabliaux, frère Denise met en scène des personnages stéréotypés : la jeune fille sotte et naïve, le moine paillard et rusé. Il reprend des situations souvent décrites dans d'autres fabliaux : une duperie, une femme déguisée en homme, une femme introduite dans un monastère.
Satire sociale Frère Denise comporte une violente satire de l'ordre des cordeliers. Les cordeliers, également appelés frères mineurs ou franciscains, appartiennent à un ordre religieux fondé au début du par Saint François d'Assise. Dans la littérature du Moyen Âge jusqu'au , on trouve souvent des critiques de cet ordre religieuxL'Heptaméron, , , et nouvelles, par Marguerite de Navarre, en ligne sur WikiSource.Candide, chapitre 10, par Voltaire, en ligne sur WikiSource., à qui l'on reproche d'avoir perdu l'idéal de pureté et de pauvreté de ses origines.
Dans Frère Denise la critique est exprimée par la dame lorsqu'elle invective le moine :
, c'est-à-dire
, c'est-à-dire
, c'est-à-dire
, c'est-à-dire
Cette dernière critique peut être vue comme une défense corporatiste des ménestrels, qui gagnaient leur vie en jouant de la musique et en récitant des poèmes.
Références
Liens externes
Texte original sur WikiSource (en vieux français). Version numérisée sur Gallica, édition de 1756, pages 122 à 139 (en vieux français). Texte en français moderne dans Fabliaux ou contes: fables et romans du XIIe et du XIIIe siècle, volume 3, publié par Legrand d'Aussy chez Jules Renouard à Paris, 1829.
Catégorie:Fable médiévale Catégorie:Fabliau Catégorie:Œuvre de Rutebeuf