La psychose est un terme générique d'utilisation très variée, désignant en psychiatrie une maladie mentale où le sujet n'est pas conscient de son trouble. La psychose évoque le plus souvent une . Les individus souffrant de psychose sont dit .
Origine du concept Étymologiquement, le mot « psychose » est formé de la racine du mot en grec ancien , « esprit, âme », et du suffixe nominal -ose comme sur le modèle du mot « névrose »Voir la section étymologiede l’article « psychose » dans le CNRTL.. Il dérive du grec , « action d’animer, de donner la vie, âme »...
Le terme « psychose » fut employé pour la première fois par le psychiatre autrichien, le baron Ernst von Feuchtersleben (1806-1849), en 1845 comme alternative aux termes vésanie, folie et manie.
Histoire des recherches sur la pathologie
. Dans une approche psychopathologique systématisée, Jean Bergeret a été l'un de ceux qui ont défini la psychose comme une « structure » (cf. structure en psychopathologie) regroupant notamment la schizophrénie, la paranoïa, les troubles bipolaires.
Psychiatrie La psychose qualifie les formes sévères d'un trouble psychiatrique durant lesquelles peuvent survenir délires, hallucinations, violences irrépressibles ou encore une perception distordue de la réalité.
Le terme de a une utilisation très variée et peut désigner toute expérience délirante ou aberrante exprimée dans les mécanismes complexes et catatoniques de la schizophrénie et du trouble bipolaire . .
Emergence d'un « spectre de la psychose » dans le DSM-5 Certaines études mettent en avant, selon le modèle de l'autisme (trouble du spectre de l'autisme Jérémie Sinzelle, et Yann Craus, « De l’autisme en cascades », Journal de la psychanalyse de l'enfant, Vol. 10(2), , .) et de l'addiction dans le DSM 5, l'idée d'un modèle multidimensionnel de la schizophrénie, dorénavant classée au sein des troubles du spectre psychotiques. Pour Hans Israëls, l'observation de l'évolution du Président Schreber conforte cette approche puisqu'il présenta successivement des tableaux cliniques de mélancolie, de schizophrénie, de paranoïa, de paraphrénie, . Même si , S. Guloksuz et J. van Os, dans leur article intitulé « La mort lente du concept de schizophrénie et la naissance douloureuse du spectre psychotique », préfèrent conclure en 2018 .
D'après une étude de 2012 sur la psychose, un nombre croissant de données est en faveur de la théorie d'un spectre ou d'un continuum psychotique, avec des taux manifestement élevés d'expériences psychotiques relevant d'un « seuil peu élevé ». Nicola Davies (Ph D) considère que d'après un tel ensemble, une plus grande partie de la population générale se trouve affectée par la psychose. . Selon Davies, le concept du spectre de la psychose permettrait non seulement d'étudier de plus près le développement de la psychose clinique, mais aussi de fournir au patient un plus grand soutien, une meilleure éducation quant au risque de développer un trouble psychotique, et l'accès à des interventions pouvant minimiser ce risque.
Symptomatologie La psychose est constituée de plusieurs phases, et elle s'observe généralement à travers des troubles de comportement, et des troubles psychiatriques. Les individus souffrant de psychose peuvent souffrir de symptômes tels que des hallucinations, des délires, une catatonie ou des troubles du cours de la pensée et ils sont souvent perçus comme étant dans un état secondaire et leurs agissements sont indépendants de leur volonté. Le trouble peut également s'accompagner de difficultés d'intégration sociale. Ainsi, le trouble fragilise la réelle perception des choses, l'individu a donc du mal à définir le vrai du faux, le réel de l'imaginaire.
Hallucinations
Le concept classique d'hallucination psychotique a été formulé en 1838 par Jean-Étienne Esquirol. Dans son traité Des maladies mentales on lit : « Un homme qui a la conviction intime d’une sensation actuellement perçue, alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n’est à portée de ses sens, est dans un état d'hallucination : c’est un visionnaire. ».
Aujourd'hui, l'hallucination se définit souvent en tant qu'une perception sans objet
Les hallucinations se différencient des illusions, ou distorsions perceptuelles, qui sont la mauvaise perception des stimuli externes.
Les hallucinations peuvent survenir sous n'importe quelle forme et affecter n'importe quel sens, de la simple sensation (lumières, couleurs, goûts, odeurs) à des expériences comme percevoir entièrement mais d'une manière anormale des animaux ou des humains, entendre des voix, et des sensations complexes au toucher. Mais les hallucinations dans la psychose sont essentiellement verbales, auditives ou psychomotrices. Elles ont été regroupées en tant que syndrome de l'Automatisme Mental par le célèbre psychiatre français Gaëtan Gatian de Clérambault qui met en avant le fait que le caractère automatique et imposé des hallucinations prime sur leur forme sensorielle.
La psychose débute souvent par les hallucinations élémentaires type l'écho de la pensée. Les hallucinations sonores, en particulier lorsque le patient entend des voix intra- ou extra-psychiques, sont des symptômes relatifs à la période d'état de la psychose. Ces voix hallucinatoires peuvent parler au patient et prendre de multiples intonations. Ces hallucinations auditives peuvent s'avérer perturbantes ou préoccupantes lorsqu'elles commandent ou ordonnent au patient. Cependant, entendre des voix n'est pas forcément considéré comme négatif. Une étude démontre que la majorité des individus qui entendent des voix ne requièrent aucune assistance psychiatrique. Le Hearing Voices Movement a été créé pour aider les individus qui entendent des voix, sans se soucier de leur état mental.
Délires
La psychose peut impliquer la formation du délire.
La définition classique de délire est donnée en 1814 par Jean-Étienne Esquirol : « Un homme est en délire, lorsque ses sensations ne sont point en rapport avec les objets extérieurs, lorsque ses idées ne sont point en rapport avec ses sensations, lorsque ses jugements et ses déterminations ne sont point en rapport avec ses idées, lorsque ses idées, ses jugements, ses déterminations sont indépendants de sa volonté ». Esquirol remarque également que «Les hallucinations sont la cause la plus fréquente du délire».
Les thèmes récurrents des états délires sont la persécution (dans laquelle l'individu croit à tort qu'un mal lui est fait), la mégalomanie (dans laquelle l'individu pense posséder des pouvoirs hors du commun)
Les individus dépressifs peuvent également souffrir de délires type mélancolique, comme une culpabilité délirante ou l'idée hypochondriaque, c'est-dire la croyance d'avoir contracté une maladie sérieuse.
Karl Jaspers classifie les délires psychotiques sous deux types : primaires et secondaires. Les délires primaires se définissent comme des délires qui surviennent soudainement et qui sont incompréhensibles en termes de processus mental normal, tandis que les délires secondaires se définissent comme étant influencés par les antécédents d'un individu ou de la situation actuelle dans laquelle il vit ( superstitions, ethnie différente).
Dans la perspective psychiatrique le délire est traité comme un trouble purement négatif. Ainsi Henri Ey le qualifie de forme de dissolution de l'être conscient.
Dans le courant psychanalytique, on a montré que le délire peut représenter une construction auto-thérapeutique produite par le sujet psychotique pour se défendre de l'angoisse. C'est l'idée que Freud étudiait à partir du cas de Président Schreber. Les travaux contemporains ont permis de mieux comprendre comment l'évolution de la formation délirante permet au sujet de lutter contre la dissociation schizophrénique. Jean-Claude Maleval a montré sous quelles conditions la formation imaginaire du délire permet de stabiliser la vie pulsionnelle du sujet. Il a dégagé une logique quaternaire du délire chronique donnant corps à l'intuition de Lacan concernant l'existence d'une "échelle des délires".
L'état délirant implique une modification du rapport au temps : dans le délire mélancolique le temps en tant que vécu psychique peut disparaître (dans le délire de Cotard le sujet se croit éternel), dans les délires de persécutions la temporalité est conditionné par le roman délirant, c'est-à-dire l'histoire délirante entre le sujet et son persécuteur.
La psychothérapie institutionnelle s'inspire de l'idée de Freud concernant la fonction auto-thérapeutique du délire pour promouvoir la stabilisation de l'état psychotique à travers les expressions de la créativité, p. ex. artistique.
Catatonie La catatonie décrit un état d'agitation profonde dans lequel l'expérience de la réalité est souvent inadéquate. Il existe deux manifestations primaires du comportement catatonique : La présentation classique définit un individu ne cherchant à établir aucun intérêt ou lien social avec le monde extérieur. Ce type de catatonie présente une flexibilité cireuse. La flexibilité cireuse désigne une flexibilité physique attribuée chez un individu catatonique immobile par un autre individu. Le deuxième type de catatonie définit une agitation profonde impliquant un comportement moteur excessif et sans but ainsi qu'une préoccupation mentale extrême gardant une perception de la réalité intacte. C'est une forme clinique de dépression, ou encore un désordre mental, qui, en s'installant dans le temps, conduit l'individu à un état de schizophrénie ou de psychose. Henri Ellenberger est l'un des rares auteurs à avoir rédigé un essai sur le syndrome psychologique de la catatonie.
Trouble du cours de la pensée Le trouble de la pensée désigne une anomalie de la pensée consciente. Il est identifié par son impact sur la parole et l'écriture. Les individus affectés présentent une déconnexion et une désorganisation du contenu sémantique de la parole se manifestant également dans leur écriture. Dans des cas sévères, comme la schizophasie, le langage devient incompréhensible.
Troubles psychiatriques D'un point de vue diagnostique, un trouble organique se définit comme étant causé par une maladie physique liée au cerveau (secondaire aux autres conditions du trouble psychiatrique), tandis qu'un trouble fonctionnel se définit comme un trouble de l'esprit causé en l'absence d'une maladie physique (troubles psychiatriques ou psychologiques primaires). Les causes psychiatriques primaires de la psychose impliquent Association américaine de psychiatrie, 1994, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV), quatrième édition révisée. World Health Organization, The ICD-10 Classification of Mental and Behavioural Disorders: Clinical descriptions and diagnostic guidelines (CDDG), 1992. Cardinal, R.N. & Bullmore, E.T., The Diagnosis of Psychosis, Cambridge University Press, 2011, . : schizophrénie et troubles schizophréniformes ; trouble affectif (de l'humeur), incluant sévère dépression, et sévère dépression maniaque (perçue dans le trouble bipolaire). Les individus souffrant d'épisodes psychotiques dans le contexte d'une dépression peuvent souffrir de délires ou d'hallucinations de persécution ou d'auto-blâme, tandis que les individus souffrant d'épisodes psychotiques dans le contexte d'une manie peuvent souffrir de mégalomanie ; trouble schizo-affectif, impliquant des symptômes de schizophrénie et de troubles de l'humeur ; trouble psychotique bref ; trouble délirant (persistant) ; psychose hallucinatoire chronique.
Des symptômes psychotiques peuvent également survenir dans divers autres troubles incluant certains troubles de la personnalité lors de stress (dont les troubles de la personnalité paranoïaque, schizotypiques, et état-limite) ; dépression, quelquefois dans sa forme sévère ; trouble bipolaire lors d'épisodes dépressifs ou maniaques ; folie à deux ; pharmacopsychose ;