vignette|250px|La nef de la cathédrale de Durham illustre le modèle de l'architecture normande encore romane (arcs en plein cintre, murs épais), quoique l’utilisation précoce de voûtes d'ogives (constituées par des arcs en plein cintre croisés en diagonale) au-dessus de la nef annonce le modèle gothique. En conséquence, les arcs doubleaux, pour avoir la même hauteur, sont des arcs brisés. Les arcs entrecroisés qui décorent les murs des bas-côtés laissent aussi apparaitre des arcs brisés assez pointus. vignette|Façade restituée de la cathédrale de Rouen au (avant les transformations plus tardives). Commencée en 1030 elle était le prototype de l'architecture romane normande., puis continuée au elle introduisit tôt le gothique primitif français en Normandie. vignette|L'abbaye de Jumièges, Normandie, construite entre 1040–1052, est l'un des exemples les plus primitifs de l'architecture romane normande.
L'architecture romane des divers territoires sous domination normande aux comporte des caractéristiques différenciables des autres styles romans du continent. Cette architecture est également caractérisée par l'influence des styles autochtones des pays où elle a été importée (influence de l'art saxon en Angleterre, ou de l'architecture byzantine et mauresque en Sicile). Ils ont introduit tout à la fois un grand nombre de monuments civils comme les châteaux, les fortifications, y compris des donjons normands, en même temps que de grands monuments religieux : des monastères, des abbayes, des églises et des cathédrales.
L'art roman normand se caractérise avant tout par des proportions massives et des arches en plein cintre, typique de l'architecture romane, mais il fait aussi rapidement apparaître des arcs brisés ainsi que l'exemple le plus ancien connu de voûte d'ogives, constitués à partir d'arcs en plein cintre qui se croisent, ce qui annonce le gothique. L'art gothique à proprement parler se développera cependant principalement dans le centre du royaume de France (alentours de l'Île-de-France), non sans être influencé par l'art normand, avant de pénétrer dans les territoires normands une fois constitué. Ensuite, l'intégration de l'architecture gothique française dans l'art normand aboutira à un style « gothique normand », assez précoce (les territoires normands étant les premiers à adopter le système gothique après la France) en assimilant de nombreuses caractéristiques de l'architecture normande précédente qui vont perdurer en se transformant.
Cet article traite essentiellement de l'architecture romane normande avant l'émergence du gothique primitif normand proprement dit.
Ce style né en Normandie s'est répandu dans le Nord de l’Europe occidentale, particulièrement en Angleterre, à la suite de sa conquête en 1066 par Guillaume le Conquérant. L’Angleterre a considérablement contribué au développement de l'art anglo-normand et elle en conserve le plus grand nombre d’exemplaires. À peu près à la même époque, une dynastie normande a régné en Sicile où elle a produit une variation distincte, également connue sous le nom d’« architecture normande », ou alternativement, d’architecture romane sicilienne, qui incorpore des influences byzantines, italiennes et sarrasines.
Origine du terme, évolution vers le gothique vignette|gauche|L'abbaye de Graville, Normandie, construite juste après la conquête de l’Angleterre (1066) par Guillaume le Conquérant. Le transept est de caractère purement roman, mais on peut remarquer les trois baies avec arcs brisés sur la façade, formés par des arcs en plein cintre entrecroisés.
Ce terme a peut-être été lancé par des archéologues au , mais son utilisation au sein d’un enchaînement de styles a été attribué à Thomas Rickman dans son ouvrage de 1817 An Attempt to Discriminate the Styles of English Architecture from the Conquest to the Reformation (Essai de distinction des modèles d’architecture anglaise de la Conquête à la Réforme) qui a employé les catégories « gothique normand, gothique primaire, gothique curvilinéaire et gothique perpendiculaire ». Charles de Gerville ayant utilisé, dans une lettre adressée à son ami Arcisse de Caumont en 1818, le terme plus inclusif de « roman » pour qualifier les langues romanes, ce dernier reprit le terme « roman » pour l’appliquer à l’architecture des dans son Essai sur l’architecture du Moyen Âge, particulièrement en Normandie datant de 1824.
Bien que l’abbaye de Westminster d’Édouard le Confesseur, aujourd’hui entièrement remplacée par des reconstructions plus tardives, ait été construite, juste avant la conquête de l’Angleterre de 1066, en style roman et continue d’être considérée comme la plus ancienne construction romane majeure en Angleterre, on ne peut clairement démontrer qu’aucune architecture romane significative encore en existence en Grande-Bretagne précède la conquête, bien que les historiens croient qu’il se pourrait bien que nombre d’éléments « normands » subsistant dans les églises soient en fait anglo-saxons.
Lorsque les tailleurs de pierre ont développé leur style et expérimenté avec des manières de surmonter les difficultés géométriques des plafonds en voûtes d’arêtes, ils ont introduit des agencements, tels que la voûte d'ogives, qui seront par la suite, caractérisés comme de style gothique. Comme les historiens et les spécialistes de l’architecture considèrent qu’un style doit être évalué de façon intégrale plutôt que comme un agrégat de caractéristiques, certains mettent ces développements au compte des modèles normand ou roman tandis que d’autres les décrivent comme « gothique normand transitoire ». Quelques sites Web Gothic Architecture in England Norman Gothic., emploient le terme de « gothique normand », mais il est peu clair s’ils se réfèrent au modèle transitoire ou au modèle normand dans son ensemble.
Architecture religieuse romane Les églises normandes comportent généralement une nef, deux bas-côtés, un transept et une abside. L’abside, les collatéraux et parfois le chœur sont les seules parties voûtées de l’église. La nef est souvent couverte d’une simple charpente jusqu’à l’époque gothique : l’absence de voûte permet d’ouvrir dans les murs latéraux, au-dessus des grandes arcades, de larges baies, devant lesquelles il y a souvent une galerie de circulation inséré dans le mur épais s'il n'y a pas de tribune. L’abside est dépourvue de déambulatoire et d’absidioles ; elle est généralement précédée d’un chœur profond souvent flanqué de collatéraux s’arrêtant à la naissance de l’abside. Une tour-lanterne percée de nombreuses ouvertures est établie au-dessus de la croisée des transepts, éclairant directement le chœur. L’ensemble de l’édifice est spacieux, élancé, lumineux..
Au début, le décor est assez épuré et purement architectural, l’ornementation consiste en arcatures aveugles pour couvrir les murs, et les chapiteaux sculptés. Puis des moulures encadrent les arcatures, archivoltes ou grandes arcades et met à contribution les motifs géométriques : s, chevrons, frettes, étoiles, bâtons rompus, dents de scie et surtout les zigzags… La plupart de ces ornements sont anciens et proviennent de l'art mérovingien et carolingien, et on les retrouve dans l'architecture romane de toute l'Europe occidentale qui en est l’héritière, mais l'art normand se distingue malgré tout assez facilement par l'utilisation abondante et particulière de ces décorations, lui donnant un style bien reconnaissable.
Les arcs romans en plein cintre entrecroisés, très fréquents dans les décors d'arches aveugles de l'architecture normande (bien que ce motif existe aussi depuis l'art mérovingien), font apparaître des arcs en ogive assez aiguë. Ce processus pourrait avoir été à l'origine des premiers arcs brisés dans l'art roman, préfigurant l'architecture gothique. Plus tard l'architecture gothique normande, en abandonnant l'arc en plein cintre, conservera ce type d'ogive pointue comme l'une de ses principales caractéristiques.
Rayonnement Cette école couvre la Normandie, et son influence s’étend en Picardie, Vexin, Bretagne, Maine, pénétrant même, sous l’impulsion de Guillaume le Conquérant, en Angleterre et en Norvège, et elle s'est également étendue jusqu'en Sicile, en Italie du sud et à Malte, et de là elle eut une certaine influence en Méditerranée. Les grandes abbayes de Caen, Jumièges, Saint-Wandrille, le Mont-Saint-Michel… favorisent sans aucun doute ce rayonnement important.
L’architecture normande en Normandie vignette|La façade de l'abbatiale Saint-Étienne de Caen.
Lorsque les envahisseurs vikings ont atteint l’embouchure de la Seine en 911, les seigneurs des Francs, qui combattent à cheval, bâtissent des châteaux. Au cours du siècle à venir, les Normands adoptent ces coutumes avec le christianisme et la langue d'oïl. Les barons normands construisent des châteaux en bois sur des monticules de terre qui donnent lieu au développement des châteaux à motte féodale et des grandes églises en pierre dans le style roman propre aux Francs. Dès 950, ils érigent des donjons en pierre (voir aussi Logis seigneurial).
Les Normands, qui comptent parmi les peuples les plus voyageurs d’Europe, ont été au contact d’une grande variété d'influences. Ils en incorporent certains éléments dans leur art et leur architecture pour raffiner le plan des premières basiliques longitudinales avec des bas-côtés latéraux, une abside et une façade occidentale dotée de deux tours comme dans l’abbatiale Saint-Étienne de Caen, commencée en 1067, qui sert de modèle aux cathédrales anglaises de plus grande taille dont la construction débute vingt ans plus tard.
Parmi les principaux exemples, on peut citer : Église abbatiale de Cerisy-la-Forêt : nef des années 1080 Église abbatiale de Lessay Église prieurale de Graville Église abbatiale de Notre-Dame de Bernay, Église abbatiale de Notre-Dame de Jumièges, Chapelle Sainte-Paix à Caen Église abbatiale Saint-Étienne de l’abbaye aux Hommes de Caen, nef Église abbatiale de la Trinité de l'Abbaye aux Dames de Caen Église Saint-Nicolas de Caen Église abbatiale de Saint-Georges de Boscherville Église paroissiale de Ouistreham Église Saint-Pierre de Thaon Église Notre-Dame-sur-l'Eau à Domfront, Église Saint-Sulpice de Secqueville-en-Bessin Église Saint-Martin de Tollevast, sculptures romanes Abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives, clocher , Tour-lanterne avec base Cathédrale Notre-Dame de Bayeux, restant en partie romane. Cathédrale Notre-Dame de Rouen, conservant quelques éléments romans.
L’architecture normande en Angleterre
vignette|180px|Détail des colonnettes sculptées d'un portail roman normand subsistant de la cathédrale de Lincoln. vignette|gauche|La cathédrale de Norwich conserve l'essentiel de sa structure romane d'origine (avec des ajouts gothiques), en particulier la tour lanterne (sauf la flèche refaite en gothique). Les chevaliers normands que Guillaume le Conquérant fait venir en 1051, construisent des mottes castrales de défense contre les Gallois. Après la conquête, les Normands édifient des châteaux à motte féodale et des fortifications plus recherchées comme les puissants donjons normands en pierre, ainsi que des églises, des abbayes et les grandes cathédrales. Un peu partout, les nouvelles formes supplantent l'architecture anglo-saxonne.