Jacques Pierre Brissot, également connu sous le nom de Brissot de Warville, né le à Chartres et mort guillotiné le à Paris, est un journaliste, écrivain et homme politique français. Après une carrière d’écrivain et de « philosophe » qui l'amena en Angleterre, en Suisse et en Amérique du Nord, il se consacra au journalisme révolutionnaire et à la politique parisienne. Il est principalement connu pour son rôle de chef de file des girondins, une faction politique active pendant la Révolution française.
Originaire d’un milieu modeste, Brissot s’installe à Paris en 1774 pour y exercer comme juriste. Il se tourne rapidement vers l’écriture et la publication, devenant un polygraphe prolifique. Durant cette période, il fréquente des intellectuels de renom tels que Voltaire et d'Alembert. En 1784, il est brièvement emprisonné à la Bastille, une expérience qui semble marquer un tournant dans son parcours. Par la suite, il se rapproche du duc Philippe d'Orléans et s’engage dans des causes réformatrices, notamment en fondant la Société des amis des Noirs en 1788, une organisation militant pour l’abolition de l’esclavage.
En 1789, il échoue à se faire élire député aux États généraux mais prend part aux activités de la municipalité de Paris après les événements de . Parallèlement, il s’implique dans les débats de l'Assemblée constituante. Élu député de la Seine en à l’Assemblée législative, il devient une figure centrale des « brissotins », un groupe républicain modéré qui plaide pour la guerre contre les monarchies européennes. Il joue notamment un rôle dans la déclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie en .
Après la chute de la monarchie lors de la Journée du 10 août 1792, Brissot est élu député de l'Eure-et-Loir à la Convention. À ce titre, il devient une figure des girondins, un groupe modéré de plus en plus critiqué par les montagnards et les Hébertistes. Ces oppositions se cristallisent notamment autour du procès de Louis XVI, où Brissot et ses alliés se montrent réticents face à l’idée d’une exécution immédiate du roi.
Le conflit entre girondins et montagnards culmine au printemps 1793. Les journées insurrectionnelles de mai et juin provoquent l’arrestation de nombreux députés girondins, dont Brissot. Tentant de fuir, il est capturé, jugé et condamné à mort le . Il est exécuté le lendemain, devenant l'une des premières victimes emblématiques de la Terreur.
Biographie Famille Parents Jacques Pierre Brissot est issu d’une famille originaire de Chartres, en Beauce. Son père, Guillaume Brissot, décédé le , exerce la profession de , succédant à son propre père, Jacques Brissot, lui-même qualifié de dans des actes notariés. Guillaume épouse Marie-Louise Legrand, qui décède à Chartres le . Le couple, marié le dans la paroisse Saint-André, donne naissance à seize enfants, dont seulement sept atteignent l'âge adulte. Jacques Pierre, treizième enfant et quatrième parmi les survivants, voit le jour dans la maison familiale située au rue de la Grande-Boucherie, aujourd’hui rue du Cygne. Il est baptisé dans l’église Saint-Saturnin le jour de sa naissance.
Parmi ses frères et sœurs, trois sont ses aînés. Sa sœur aînée, Marie Louise, née en 1741, reste célibataire et meurt à Chartres en 1805Coue Marie Françoise, comme sa marraine et tante Marie Françoise Brissot. Elle est ainsi appelée Marie Françoise dans le contrat de mariage de sa sœur Adélaïde avec Jacques Bonnet, reçu par Maître Marchand, notaire à Chartres, le 24 octobre 1779. Et dans le codicille en date du 26 mars 1779 de son testament authentique reçu par Maître Chevard, notaire à Chartres, le 14 décembre 1777, il nomme Marie Françoise Brissot "sa fille aînée", exécuteur testamentaire. Archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2E8 654.. Sa sœur cadette, Marie Jeanne, née en 1744, connaît également une vie marquée par le célibat et s’éteint en 1788 dans la même ville. Son frère Simon-Antoine, né en 1752, est orienté vers la carrière ecclésiastique. D'abord prêtre à Jouy en 1780, il officie ensuite à l'Hôtel-Dieu de Chartres en 1783, puis à Saint-Hilarion. Déporté en 1792, il revient à Chartres où il décède en 1810.
Jacques Pierre a également trois frères et sœurs plus jeunes. Parmi eux, Marie-Louise-Adélaïde, née en 1754, se marie avec Jacques Bonnet, marchand et épicier à ChartresCelui-ci avait deux oncles : Nicolas Bonnet, en 1792 évêque constitutionnel de Chartres, et Claude Bonnet, peintre à Paris. Contrat de mariage de Jacques Bonnet, homme veuf avec enfant, marchand mercier épicier, demeurant à Chartres, rue et près la porte Châtelet, paroisse Sainte Foy, fils de Sieur Jean Bonnet, laboureur, demeurant au Mesnil, paroisse de Mittainvilliers et de Suzanne Foucault, et de Marie Louise Adélaïde Brissot, fille mineure de Sieur Guillaume Brissot, bourgeois, et de demoiselle Marie Louise Legrand, reçu par Maître Marchand, notaire à Chartres, le 24 octobre 1779. Archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2E8 658.. Un autre frère, Pierre-Louis, né en 1759, commence comme « juré priseur vendeur de meubles »Acte d'inventaire notarié à Chartres du 27 mai 1789., mais gravit les échelons dans l'administration financière sous la Révolution, devenant successivement payeur-général d’Eure-et-Loir, payeur de guerre pour plusieurs divisions militaires, puis receveur général à Rouen en 1813. Enfin, la plus jeune, Marie Louise Augustine, née en 1761, décède célibataire en 1783.
Jeunesse et formation Premières années Vers la fin du règne de Louis XV 14. (1710-1774), Chartres compte , c'est-à-dire un peu plus de .
Il est d'abord mis en nourrice dans une famille campagnarde, où il est médiocrement traité. De constitution faible, sa santé se dégrade, aussi sa mère décide de s'en occuper elle-même. Dans ses Mémoires, Brissot évoque ses premières années : , dira-t-il communément. Plus tard, évoquant son enfance, il dira qu'il n'avait jamais connu la tendresse d'un père, et les années n'améliorèrent pas la situation. Sa mère, douce et avisée, faisait tout pour essayer de tempérer la rudesse de cette éducation.
Préparation au collège Guillaume Brissot ne veut pas que ses fils aillent au collège alors que lui-même ne sait que lire et écrire ; il pense qu'ils le s'ils faisaient des études secondaires. Mais son épouse lui fait entendre raison et, après avoir été dans une petite école , Jacques-Pierre est confié, ainsi que son frère aîné, à son oncle Pierre Brissot, curé d'Écublé. Là, il découvre les charmes de la campagne et acquiert un goût pour la vie rurale qu'il gardera toute sa vie.
Pour commencer l'étude du latin, Brissot est placé chez un maître de pension à Chartres. Il évoquera avec horreur les longues journées d'études des déclinaisons et conjugaisons, tâche particulièrement ardue pour des enfants de sept à huit ans. Malgré cela, il va pouvoir ensuite entrer au collège.
Années de collège (1762-1769) Il commence le collège en 1762, à huit ans, et s'y distingue en remportant les plus grands succès écrit-il dans ses Mémoires. Il lit jour et nuit pour mieux apprendre. Il reconnaît aussi tout ce qu'il doit à l'abbé Comusle, qui lui a donné accès à sa bibliothèque et le dirige dans ses études latines. Au départ, il est mis en demi-pension chez le principal du collège, François Berthinot, un homme dur qui corrige sévèrement les élèves pour des fautes bénignes. Jacques-Pierre ressent le fouet avec indignation et un sentiment d'injustice. Il a dû s'en plaindre à sa mère qui le retire des mains de ce . Il collectionne les prix pendant les sept années que durent ses études, fait l'admiration de ses professeurs et de ses condisciples. Toutefois, il regrettera l'éducation provinciale qui fait de lui une , victime d'une formation livresque sans véritable maître. . Il est alors très pieux, selon la tradition familiale. Un de ses condisciples Nicolas-François Guillard, futur poète, se moque souvent de lui pour sa ferveur religieuse. C'est en rhétorique (première) que la fréquentation d’ et certaines lectures l'éloignent de la religion. Il devient peu à peu un adepte de Voltaire, de Diderot et de Rousseau, au désespoir de sa famille qui veut le voir . La Profession de foi du vicaire savoyard lui semble être un nouvel évangile.
L'histoire de Charles Ier d'Angleterre et de Cromwell le frappe beaucoup et le conduit à la haine du despotisme. . Comme il a le même âge que Louis XVI, il se demande pourquoi ce dernier est sur le trône alors que lui est le fils d'un traiteur.
Il quitte le collège après une année de philosophie sous la direction de l'abbé Thierry en 1768-1769.
Au cours de ses années de collège, il a trouvé des amis, Pierre-Charles Blot, un des animateurs de la Révolution à Lyon, , l’abbé Chasles et surtout Jérôme Pétion, fils d'un procureur au présidial de Chartres, maire de Paris en 1792.
Apprentissage de juriste à Chartres Sans quartiers de noblesse, sans grande fortune, bien des voies sont fermées à la moyenne bourgeoisie de l'époqueJean-Clément Martin, Nouvelle histoire de la Révolution française, Paris, Perrin, 2012, . Notamment : pas d'accès direct à des fonctions d'officier d'infanterie ou de cavalerie. En revanche, un roturier peut devenir officier du génie (Lazare Carnot par exemple). Sa sœur lui suggère d'entrer dans une carrière ecclésiastique, mais il n'en est pas question pour un homme des Lumières, qui a perdu la foi et ne veut pas être . Il opte pour le droit et, comme il faut , entre chez un procureur important de Chartres, Louis-Henri Horeau.
Là, il se lie d'amitié avec le fils de son patron, Michel-Claude, qui se passionne pour les sciences et lui ouvre sa bibliothèque. Brissot se lance dans l'étude de la physique, de l'italien et de l'anglais, étant attiré depuis longtemps par l'histoire et le système de gouvernement de l’Angleterre qui a rompu très tôt avec l'absolutisme royal. Il se distrait donc des travaux fastidieux de la chicane en se précipitant dans les études les plus variées. Il écrit alors sa première brochure, Rome démasquée ou Observations sur le droit canonique, imprimée par la suite.
Il se découvre un goût pour l’érudition, en particulier pour la linguistique. Aussi songe-t-il un moment, malgré son athéisme, à se faire bénédictin, ordre dont la congrégation de Saint-Maur se consacre à l'édition et à l'étude des textes anciens. Il en est dissuadé par son ami le moine philosophe dom MuletMémoires de Brissot, Paris, Ladvocat, 1830, .
En 1774, il décide d'allonger et son nom, se faisant appeler « Brissot de Warville », nom qui évoque le village d'Ouarville, situé à environ de Chartres, où il a été mis en nourrice et où sa famille possède des terres. De son côté, son frère se fait appeler « Brissot de Thivars », localité située à huit kilomètres de Chartres.
Départ pour Paris (1774) Poursuite de sa carrière de juriste Au bout de quatre ans dans l'étude Horeau, Brissot décide de partir à Paris continuer sa carrière juridique, devenant premier clerc du procureur au Parlement de Paris, Nolleau. Après six mois de travail non rémunéré, il doit toucher un traitement de 400 livres.
Il arrive dans la capitale le , alors que Louis XVI, âgé comme lui de 20 ans, vient de monter sur le trône. Nolleau, qui est un homme cultivé et féru de philosophie et de littérature, accueille aussi le jeune RobespierreMémoires de Brissot, Paris, Ladvocat, 1830, ..
En rupture avec sa riche famille, Brissot vit d’expédients littéraires, vend sa plume et son talent, déborde de projets, multiplie les écrits.
En 1780, il se fait recevoir avocat à Reims. Il écrit dans ses mémoiresr. I, . : Et il ajoute
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