L'église Saint-Pierre-Saint-Paul est une église catholique située à Goussainville, en France. C'est au moins la troisième église sur le même emplacement, édifiée pour l'essentiel entre 1550 et 1564 dans le style de la Renaissance, avec une ornementation particulièrement riche et élaborée pour un petit village rural. Les arcs brisés et les voûtes d'ogives rappellent encore l'architecture gothique, tandis que les chapiteaux, entablements et pilastres sont d'inspiration antique. Le plan est très simple, et ne prévoit qu'un vaisseau central aveugle accompagné de deux bas-côtés, ainsi qu'une petite chapelle, l'ensemble se terminant par un chevet plat. Les travaux sont financés par le seigneur Antoine de Nicolaï, premier président de la Cour des comptes, et sont peut-être dirigés par le maître-maçon Nicolas de Saint-Michel. Il faut encore une dernière campagne de travaux au début du pour terminer la reconstruction des murs extérieurs. L'église actuelle conserve encore des éléments de l'église romane tardive et gothique primitive du , en l'occurrence deux travées du bas-côté sud avec un ancien portail et le premier étage du clocher, profondément remanié. Seulement les bases des piliers de la nef et les parties basses des murs extérieurs des premières travées subsistent de la reconstruction gothique du . De la fin du , reste l'étage de beffroi du clocher avec une remarquable décoration flamboyante. L'église est classée monument historique en 1914 et sa crypte en 1940.. Elle a été désaffectée au culte à la fin du en raison de son mauvais état, puis en grande partie restaurée entre 2010 et 2013. L'utilisation occasionnelle pour le culte reprend à la fin de l'année 2017.
Localisation thumb|left|Vue sur le Vieux-Pays et l'église depuis le sud-est.
L'église est située dans le département français du Val-d'Oise, sur la commune de Goussainville, au Vieux-Pays (village ancien), rue Brûlée / place Hyacinthe-Drujeon. Elle est bâtie sur un petit promontoire, et l'on monte vers le portail méridional par un escalier depuis le monument aux morts, ou par un chemin en pente depuis la rue Brûlée. La façade occidentale et la moitié du mur gouttereau méridional donnent sur le parc municipal, anciennement domaine du château. Le mur septentrional donne sur le cimetière, et le chevet sur une étroite ruelle permettant d'accéder au cimetière.
Historique L'histoire de la paroisse jusqu'à la Révolution thumb|upright|Vue depuis l'est. thumb|upright|Vue depuis le sud-est. thumb|upright|Contrefort d'angle sud-est, côté sud : date 1559. thumb|upright|Clocher, côté sud. thumb|upright|Vue depuis le sud-ouest.
Sous le nom de Gunsanevilla, Goussainville est mentionnée pour la première fois dans l'énumération des biens de l'abbaye de Saint-Denis, qui a été rédigée sous l'abbé Hilduin en 832. Gunsana est un prénom féminin franc, et synonyme de Chunsana ou Chunsine, nom porté par la seconde épouse de Clotaire . Le village pourrait donc être bien plus ancien, mais on ignore tout sur son église et sa paroisse à ces époques reculées. Au début du , un nommé Gazon de Rurote jouit d'un fief sur l'église de Goussainville, et il doit foi et hommage à Matthieu le Bel, chevalier. Ce fait est consigné dans un acte de démembrement, que Matthieu le Bel remet à l'abbaye Saint-Denis en 1125. Le chevalier précise que Gazon n'a aucun droit sur l'autel ni sur la dîme, ni sur ce qu'Yves de Conflans y possède avec sa femme. C'est le premier témoignage sur l'existence d'une église à Goussainville. La cure de Goussainville est mentionnée dans le premier pouillé parisien rédigé au , et dans tous les suivants. Elle est à la nomination du prieur de Conflans-Sainte-Honorine jusqu'au , puis elle est à la présentation de l'abbé du Bec, dont dépend le prieuré de Conflans-Sainte-Honorine. Ce changement intervient aussi pour d'autres cures placés sous le patronage du même prieuré. Sous le règne de Charles VIII, la cure de Goussainville est réunie à celle de Tremblay-en-France, mais cette situation ne dure que pendant le ministère d'un seul curé. Sous l'Ancien Régime, la paroisse de Goussainville relève du doyenné de Montmorency du diocèse, puis archidiocèse de Paris. L'église est placée sous le vocable des saints Pierre et Paul. La dédicace avait été faite un dimanche de Quasimodo, mais la fête de l'anniversaire de la dédicace est reportée vers le par acte du , à la demande du seigneur Aymar de Nicolaï. En 1549, elle change pour le , et en 1561 enfin, sur l'intervention du curé Jean Boisot, elle passe au premier dimanche d'octobre, afin de tenir compte des moissons (il devrait plutôt s'agir de vendanges, car l'abbé Lebeuf a trouvé des vignobles à Goussainville). À partir de 1536 au plus tard, la dîme est partagée entre le prieuré de Conflans-Sainte-Honorine et le chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Paris, qui a obtenu sa part grâce à plusieurs dons et transactions..
Les campagnes de construction de l'église
Aucun élément en élévation ne semble subsister de l'église qui existe en 1125, car le style roman tardif et gothique primitif des deux travées les plus anciennes et leur voûtement d'ogives donnent à penser qu'elles ont été construites après cette date. Il s'agit de la base du clocher et de la travée précédente du bas-côté sud, avec un portail bouché. Autour de l'an 1200, la reconstruction de l'église se poursuit dans le style gothique, et elle prend alors les dimensions et le plan de l'édifice actuel. Aujourd'hui, les seuls vestiges de cette époque sont les bases des piliers à tores et scoties, agrémentées de griffes. À la fin du , le clocher roman est remanié et pourvue d'un étage supplémentaire. Les contreforts d'angle et la tourelle d'escalier du clocher datent également de cette époque. Hormis les éléments signalés et vraisemblablement les soubassements des murs extérieurs des trois premières travées, l'église romane et gothique du second quart du et du début du est démolie et remplacée par l'édifice Renaissance actuel à partir du milieu du . Sa construction est entreprise par le seigneur local, Antoine de Nicolaï, premier président de la Cour des comptes et allié du connétable Anne de Montmorency. Le projet architectural est ambitieux, et la richesse de l'ornementation est remarquable pour un modeste village de quelque cent-cinquante feux. En plus, les travaux sont menés à un rythme accéléré, et s'échelonnent sur la courte période de 1550 environ à 1564. La date de 1559 est deux fois inscrite sur la niche d'un contrefort au sud du chevet, et plus haut, figure la date de 1564. À l'intérieur, l'avant-dernier pilier du nord montre les trois croissants entrelacés, qui sont l'emblème de Henri II.. pour une documentation en ligne très complète..
L'on peut distinguer deux phases de construction, la première portant sur les trois travées orientales, et la seconde sur les trois travées occidentales. Indépendamment des deux phases, les finitions et l'ornementation affichent clairement le style de la Renaissance, mais les voûtes sont en partie flamboyantes, et l'emploi d'arc brisé rappelle également la période gothique. À l'issue de la seconde campagne de travaux, certaines finitions manquent encore, et l'église n'a pas encore pris tout à fait sa physionomie actuelle : la façade occidentale, le mur gouttereau des trois premières travées du bas-côté nord, celui des deux premières travées du bas-côté sud et le portail méridional dans la troisième travée de ce même bas-côté sont rebâtis une quarantaine d'années plus tard, soit au début du . On a longtemps considéré Jean Bullant comme l'architecte de la reconstruction de l'église de Goussainville, mais la comparaison avec d'autres églises du pays de France et certaines réminiscences de l'art Renaissance italien rendent une attribution au maître-maçon luzarchois Nicolas de Saint-Michel plus plausible.. Il ne s'agit toutefois que de conjectures, car seulement quelques éléments du vocabulaire décoratif se retrouvent sur des églises attribuées avec certitude au même architecte.
L'église Saint-Pierre-Saint-Paul depuis la Révolution
Le déroulement concret des événements sous la Révolution française à Goussainville reste à étudier. L'église est désacralisée en 1794, et des marchés sont attribués afin d'effacer tous les symboles religieux ou rappelant l'Ancien Régime. Les croix doivent être enlevées et les pierres tombales doivent être retournées. Même le croix en antéfixe sur le toit de la sacristie doit disparaître, ainsi qu'une épitaphe qui se trouve sur un mur extérieur de la sacristie. Les emblèmes religieux dans la chapelle de la Vierge, la chapelle Saint-Nicolas et la chapelle Saint-Jean doivent également être enlevés. L'on ignore les circonstances dans lesquelles une bonne partie du mobilier et plusieurs pierres tombales des seigneurs de Goussainville ont été préservés de la destruction par les paroissiens. La liberté du culte est réinstaurée définitivement avec le concordat de 1801. Goussainville se situe désormais dans le nouveau diocèse de Versailles, qui correspond au territoire du département de Seine-et-Oise. En 1804, l'évêque signale que la voûte du chœur s'est écroulée. En 1838, le conseil de fabrique demande du secours au ministre pour des travaux de réparation. Entre 1852 et 1867, la toiture est effectivement remise en état, et le clocher est restauré. À l'issue du chantier, l'architecte des travaux publics inspecte l'église et épingle le mauvais état des arcs-boutants et des voûtes des bas-côtés. Les travaux nécessaires sont exécutés jusqu'en 1875. Apparemment tous les arcs-boutants sont démolis ; qualifiés de nuisibles par l'architecte, il n'est pas sûr s'ils sont rebâtis dans l'immédiat. Il se peut que les nouveaux tirants en fer sont jugés suffisants pour lutter contre la poussée des voûtes, qui a tendance à écarter les murs. La nef reçoit une nouvelle couverture en ardoise (à présent, on est revenu vers un toit en tuiles plates). Une maison encombrant le parvis de l'église est démolie en 1888. L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est classée au titre des monuments historiques par arrêté du . En 1935, l'architecte Achille Carlier fait déposer les cadrans en bois de l'horloge qui masquaient l'architecture du clocher, et installer des abat-son plus petits pour dégager les baies du clocher.