alt=|vignette|404x404px|Procession des Tazia à Chawri Bazaar, lors de la célébration chiite de l'achoura, à Delhi, en 2010. L’islam en Inde est la deuxième religion en nombre de fidèles, après l’hindouisme. D'après le recensement de 2011, 16,2 % de la population indienne est musulmane, soit environ 200 millions de personnes. Après l’Indonésie et le Pakistan, l’Inde est le troisième pays ayant la communauté musulmane la plus importante.
Depuis son introduction en Inde au début du , l’islam a contribué à de nombreux apports à la culture, à la société et à la vie politique indienne. Après l'Indépendance, il y eut aussi des conflits entre musulmans et hindous en Inde. La raison principale est que la cessation britannique de l’Inde en 1947 a eu pour conséquence un déplacement de populations musulmanes dans le nouvel État du Pakistan puis du Bangladesh, de façon que ces deux pays soient majoritairement musulmans et basés sur la charia tandis que l’Inde restait majoritairement hindoue et basée sur la laïcité. L’opposition religieuse entre l'Inde et le Pakistan est un facteur essentiel des relations entre les deux pays, alors qu’en Inde même, des conflits parfois violents persistent entre des membres des deux religions.
Histoire
Premiers contacts et premières conquêtes Conquêtes musulmanes des Indes
La région du Kerala a été la première à voir s'établir des marchands musulmans, quelques années déjà après la mort de Mahomet (m. 632). Une légende rapporte qu'une première mosquée aurait été bâtie par dès 629 à Methala (actuelle Cranganore) : la . En 642, une première mosquée est élevée à . La pénétration de l'islam dans la région est facilitée par la présence des chrétiens de saint Thomas qui continuaient à respecter les interdits alimentaires du judaïsme et pour qui Jésus était le Messie, mais pas le fils charnel de Dieu (ce qui rejoint en partie les enseignements du CoranV. par exemple Myriam, v. 19-35.).
Mais l'islam progresse aussi par les armes. L’expansion des armées musulmanes arabes vers l'est est marquée par la victoire sur l’empire perse des Sassanides au milieu du . En 712, sur ordre de Al-Hajjaj ben Yusef (661-714), gouverneur omeyyade de l'Irak, le jeune Muhammad ibn al-Qasim (681-717) conquiert le Sind et le Pendjab (Pakistan), dont la ville de Multan. En 712, ils atteignent le fleuve Indus, qui marque la frontière avec le monde indien. Très vite, des contacts commerciaux se développent entre Arabes et Indiens, et les ports indiens de la côte ouest joueront un rôle prépondérant dans ce développement. Toutefois, les contacts sont plus tendus dans la partie supérieure de l'Indus. Là, les forces musulmanes de Perse sont en conflit permanent dans le Sind, sans le moindre gain territorial.
Dans ce mouvement de conquête, la dynastie turque des Ghaznévides, qui tire son nom de la ville de Ghazna (actuel Afghanistan), occupe une place importance particulière. Elle est fondée en 998 par Mahmûd de Ghaznî (m. 1030), dont les troupes vont lancer pas moins de dix-sept campagnes dans la vallée de l’Indus. Avec leurs éléphants, les envahisseurs se montrent largement supérieurs à l'armée indienne, composée uniquement de fantassins. La dynastie Ghaznévide réussit ainsi à s’assurer la domination du Penjab, et elle atteint alors son apogée culturelle : témoins le poète Ferdowsi (m. vers 1020) et le mathématicien et philosophe Al-Biruni (m. vers 1050). À côté des affrontements guerriers, des échanges culturels ont aussi lieu.
Dans un premier temps, les campagnes des Ghaznavides ont toutefois représentés un phénomène plutôt marginal du point de vue indien, avant d'être mises, au début du , au service d'un objectif de conquête générale. Mais en 1186, une nouvelle dynastie, les Ghurides, renverse les Ghaznévides, et en 1192, à la bataille de Taraori, Muhammad Ghûrî parvient à défaire une confédération d'Indiens Râjputs menée par le prince de Delhi, Prithviraj III. Muhammad Ghûrî entre alors dans Delhi. Mais en 1206, il est assassiné par son général, Qûtb-ud-Dîn Aibak, qui fonde le sultanat de Delhi et règne sur l'Indus.
1206-1526 : le sultanat de Delhi vignette|240x240px|Évolution territoriale du sultanat de Delhi. Cette période va connaître différentes cinq dynasties : les « sultans-esclaves » (1206-1290), qui règnent à Delhi; les deux dynasties turques des Khalji (1290-1320) (Delhi) et des Tughluq (1320-1414); les Lodi, à Delhi (1451-1526); les Bahmanides (1347-1518), dynastie née à la suite d'une révolte contre le sultan de Delhi, et qui fit de Daulatabad (Deccan) sa capitale. La chute de ce sultanat donna naissance aux différents sultanats du Deccan .
Vers 1230, le sultanat de Delhi contrôle le territoire au nord de la Narmada, alors que dans le sud, tandis que des princes hindous indépendants parviennent à se maintenir dans le sud du sous-continent — une division en deux parties qui devait se retrouver dans la période suivante. Les sultans encouragèrent l'expansion de l’islam et mirent en place un système de gouvernement strict, dont la caractéristique principale était l'octroi de vastes territoires en tant que fiefs (jaghir) à des chefs méritants. Cette façon de procéder garantissait aussi un certain contrôle sur les grands du royaume.
Les commerçants arabo-indiens vivaient dans une relative aisance et le monde arabe profitait du développement des échanges avec l’Inde. En revanche, les paysans et les ouvriers vivaient pour la plupart dans la misère, parce qu'ils devaient, par exemple, verser la moitié de leurs revenus sous forme d'impôts sous le sultan Ala ud-Din Khalji. Pour des raisons religieuses, de nombreux monastères et temples hindous furent détruits, ainsi que leurs livres sacrés. En outre, les hindous devaient payer la jizya, l’impôt qui frappait les non musulmans, ce qui nourrit la haine envers les conquérants. le sultan Muhammad ibn Tughluq, au pouvoir depuis 1325, entreprit de soumettre également les royaumes hindous qui étaient encore présents. En quelques années, il réussit à conquérir l'ensemble du sous-continent, mais peu de temps après, il s'avéra que cette victoire avait trop sollicité les ressources du sultanat. Son projet de déplacement du centre du pouvoir à Daulatabad, dans le Deccan, contribue à l'affaiblissement de l'État. On vit alors la création, au Bengale en 1338, d'un autre sultanat, et en 1347 d'un troisième, dans l’actuel État du Maharashtra : le sultanat Bahmani.thumb|left|La mosquée Quwwat ul-Islam et son célèbre minaret, à Delhi ()Cependant, le royaume de Vijayânaga, symbole de la résistance hindoue contre les musulmans, devenait de plus en plus puissant. Le sultan Fîrûz Shâh Tughlûq (m. 1388) essaya d'enrayer le déclin du pouvoir islamique en Inde par des réformes. Il fonda une nouvelle capitale près de Delhi, Firozabad, soutint l’économie, et revint sur certaines mesures particulièrement hostiles aux hindous prises par ses prédécesseurs. Le déclin du sultanat ne put pourtant qu’être différé. En 1398, le souverain mongol Tamerlan envahit le sultanat, et les gouverneurs provinciaux en profitèrent pour proclamer des États indépendants au Gujarat, au Malwa et à Jaunpur, de sorte que les sultans de Delhi ne régnèrent plus guère que sur la ville de Delhi elle-même durant les premières décennies du .
Pour voir un rétablissement effectif de la domination musulmane, il fallut attendre l'intervention d'une puissance extérieure, en 1526, menée par Babur, un arrière-petit-fils de Tamerlan et Prince déchu du Royaume de Ferghana. Babur vainquit le sultan de Delhi Ibrahim Lodi, en profitant de la supériorité de son artillerie à la bataille de Panipat. Ce fut le début de l'Empire moghol, qui devait durer jusqu'à la domination britannique.
1526-1857 : l'Empire moghol Après la prise de Delhi en 1526, Babur conquit progressivement le nord-ouest de l'Inde. Ses successeurs de la dynastie moghole poursuivirent son action et à son apogée, à la mort d'Aurangzeb (1707), l'Empire moghol s'étendait la majeure partie du sous-continent indien; seule la pointe sud échappait à son contrôle.
Humayun, le successeur de Bâbur, dut faire face à une vive résistance des hindous. Mais le règne de son fils Akbar (r. 1556-1605), est considéré comme l'un des points culminants de l'empire moghol. Akbar vainquit les hindous lors de la deuxième bataille de Panipat en 1556. Il est célèbre pour sa politique religieuse tolérante et ses réformes administratives, qui ont conduit à la paix, à la prospérité et à l'essor des villes dans une grande partie de l'Inde du Nord. L'empire moghol réussit à établir un règne plus stable que celui du sultanat de Delhi, car désormais le gouvernement se faisait davantage sur des bases politiques que religieuses.
En 1563, l'impôt spécial sur les hindous fut abrogé, et des mesures furent prises pour permettre aux hindous l’accès au service de l'État (ainsi, au début du , le premier ministre de la région Malwa était hindou). On vit aussi une augmentation des mariages entre princesses hindoues et notables musulmans. En 1583, Akbar proclama un édit de tolérance religieuse dans une société dont la diversité religieuse croissait. Les conflits ne cessèrent pas complètement pour autant: au sud, notamment, les conflits se poursuivaient avec certains États hindous indépendants. Toutefois, le règne d'Akbar appliqua le principe de la tolérance, et développa une forme de syncrétisme religieux, le Dîn-i-Ilâhî.
Avec la création de comptoirs portugais le long de la côte depuis l’arrivée de Vasco de Gama, le christianisme trouva de nouveaux adeptes en Inde, pendant qu’à l’intérieur de l’hindouisme, de nouvelles sectes se formaient, ainsi que des courants syncrétistes islamo-hindous. Dans le Nord de l’Inde, Râmânanda propagea au début du le mouvement de la bhakti, qui était aussi ouvert aux musulmans. Ce mouvement critiquait les pratiques toujours plus protocolaires des temples hindous, au profit de l’établissement d'une relation des croyants à Dieu sans intermédiaire humain. L’élève de Râmânanda, Kabir, combina vers 1500 le monothéisme musulman avec l’enseignement du karma. Le soufisme joua aussi un rôle non négligeable, car ce courant mystique aux contenus moins orthodoxes était plus acceptable pour de nombreux hindous que la doctrine islamique traditionnelle.
thumb|280px|Le Taj Mahal, chef-d’œuvre de l’architecture islamique, achevé en 1648 par Shah Jahan. Cette période ne se passa pas non plus sans conflits entre musulmans et hindous, qui arrivèrent en fait dans le Sud, comme déjà au temps du sultanat de Dehli, toujours par le biais d'États hindous autonomes qui menèrent régulièrement la guerre contre l’empire moghol. Déjà sous le règne d'Akbar, vers 1568, il y eut un massacre de râjputs.
Jahangir succéda en 1605 à Akbar. Fils du grand moghol musulman et d’une princesse râjput, il poursuivit la politique de tolérance de son père, mais son addiction à l’alcool et à l’opium choqua autant les hindous que les musulmans.
Dans le même temps, l’influence perse dans la cour moghole augmenta, contribuant à un apogée des arts et des sciences. C'est ainsi que Shah Jahan, le successeur de Jahangir, fit ériger le Taj Mahal, achevé en 1648, comme mausolée pour sa femme préférée Mumtaz Mahal, et ce bâtiment reste un l’emblème de l’architecture musulmane en Inde. Sur un autre plan, les autorités musulmanes orthodoxes, poussèrent Shah Jahan à sévir contre les hindous et les chrétiens. Mais en même temps, il développa un style de vie luxurieux. Son armée obtint des succès dans la conquête de plusieurs États hindous de l'Inde centrale.