La piazza Bra, nommée plus simplement par les Véronais la Bra (du véronais Braida, terme lui-même issu du lombard breit, « large ») est la principale place de la ville italienne de Vérone, dans la province de Vérone, en Vénétie. Elle est située dans le centre-ville historique et se trouve au pied des arènes de Vérone, où se trouvait autrefois le Forum Boarium ou marché aux bœufs. Elle possède aussi de nombreux cafés et bâtiments municipaux.

La Bra a commencé à se transformer en place dans la première moitié du , lorsque l'architecte Michele Sanmicheli a achevé de construire le Palazzo degli Honorij. Ce bâtiment délimitait le côté ouest de la future place et permettait la création d'une belle perspective sur les arènes. En 1770, le podestat Alvise Mocenigo inaugure le Liston, une chaussée pavée située le long de la Bra, du Corso Porta Nuova à la Via Mazzini, afin de faire de la place un lieu de rencontre pour la bourgeoisie véronaise naissante.

L'inauguration de la Gran Guardia, un bâtiment commencé par les Vénitiens au et achevé par les Autrichiens au , délimite le côté sud de la place. En 1836, l'architecte Giuseppe Barbieri remodèle le côté est en démolissant un hôpital, quelques maisons et une petite église, et y fait construire la Gran Guardia Nuova, mieux connue sous le nom de Palazzo Barbieri. Ce palais, initialement utilisé comme caserne par les Autrichiens, est ensuite devenu l'hôtel de ville de Vérone à la suite du rattachement de la Vénétie au royaume d'Italie.

Histoire

Origines gauche|vignette|Panorama de la Bra sur une photo prise à la fin du par Moritz Lotze À l'époque romaine, cette zone était située à l'extérieur des murailles de la ville et était assez éloignée des principales voies de communication. Ce n'est qu'à partir du Ier siècle après J.-C. qu'elle est redéfinie par l'édification de l'amphithéâtre romain, aujourd'hui mieux connu sous le nom d'arènes de Vérone. En 305, lors d'un court séjour dans la ville, l'empereur Galère inaugure une nouvelle porte le long des murs entourant l'amphithéâtre et construits en 265 par l'empereur Gallien. Il s'agit de la première liaison entre la ville et cet emplacement.

La place n'a toutefois commencé à prendre forme qu'au Moyen Âge. Ce terrain, situé par-delà la muraille romaine, est inclus dans la ville proprement dite par la création de la muraille communale, bâtie entre 1130 et 1153. Ces espaces enclavés étaient appelés braide, un terme issu du mot lombard breit qui veut dire « large ». Au , la braida qui correspondrait à la Bra d'aujourd'hui était beaucoup plus grande que la place actuelle.

Une porte dite « della Braida », située le long des murs municipaux, est mentionnée pour la première fois dans un document de 1257. Elle sera par la suite remplacée par les Portoni della Bra, probablement construites par les Visconti et remaniées par les Vénitiens. Le premier arc des Portoni date en effet de la fin du tandis que le second est édifié dans la seconde moitié du . L'horloge située entre les deux arcs des Portoni della Bra ne date pas du Moyen Âge mais est un hommage commandé en 1871 par le comte Antonio Nogarola et inauguré le . Ses cadrans, réparés en 1879 en raison d'une imprécision, sont visibles des deux côtés de l'ancienne muraille communale, que ce soit en direction de la place ou du Corso Porta Nuova.

Développement vignette|La Bra après l'aménagement de la partie centrale en jardins La Bra a commencé à être définie comme une place dans la première décennie du , avec la construction de la Gran Guardia et du siège de l'Académie philharmonique de Vérone sur son côté sud. Parallèlement à ces travaux, la place a été nivelée autant que possible et des pentes ont été ajoutées afin de réguler l'écoulement de l'eau de pluie. Une opération jamais pratiquée jusqu'alors car l'espace était auparavant utilisé par les tailleurs de pierre qui, en plus d'y travailler, y entreposaient les matériaux utilisés pour les chantiers en cours dans les zones adjacentes et y entassaient les déchets issus de leurs travaux.

Cet espace reste en terre battue jusqu'en 1770, lorsque le podestat Alvise Mocenigo inaugure le Liston. Le , Francesco Menegatti présente un projet pour achever le pavage du Liston, que la municipalité a par la suite approuvé. Après cette intervention, la Bra prend le titre de lieu préféré des promenades de l'après-midi des Véronais, autrefois donné à la Piazza dei Signori. Dans son récit Voyage en Italie, Goethe décrit avec amusement l'arrivée en carrosse d'habitants et raconte : « Je suis monté sur le bord de l’amphithéâtre au coucher du soleil, et j’ai joui d’une vue admirable sur la ville et la campagne. J’étais seul. Sur les larges pavés de la Bra se promenaient des hommes de toutes conditions, des femmes de la classe moyenne ». gauche|vignette|La place au milieu du . La place est ensuite nivelée à plusieurs reprises et a fait l'objet de nombreuses interventions. En 1808, la tâche de restaurer le Liston est confiée à l'architecte Luigi Trezza et en 1820, des fouilles sont réalisées autour de l'amphithéâtre afin de mettre au jour ses fondations, enterrées sous environ deux mètres de sédiments déposés à la suite des nombreuses inondations que la ville a subies. C'est à cette occasion qu'est décidé l'abaissement du niveau moyen de la Bra d'environ 70 centimètres, en suivant une ligne légèrement inclinée allant de la Gran Guardia aux Arènes en passant par le Liston.

En ce qui concerne l'éclairage nocturne, la Bra était totalement plongée dans l'obscurité jusqu'au . Au , des lampes à huile sont installées, puis un éclairage au gaz en 1845, de telle sorte que le Liston est devenu un lieu de promenade nocturne. L'aménagement de la partie centrale de la Bra, réalisé en 1873, a également été important pour l'achèvement de la place. Des jardins y sont inaugurés sous la forme de trois espaces circulaires formant une sorte de triangle avec une fontaine au centre. Entre 1884 et 1951, des quais sont installés sur la place pour permettre de la connecter au réseau de tramway de la ville.

Événements importants vignette|La Bra pendant la foire de Santa Lucia Après l'inclusion de cet espace dans le périmètre des murailles communales du , un marché s'y tient pour y vendre du bois, du foin, de la paille et du bétail. Les documents de l'époque parlent parfois d'un « Forum Boarium » mais le plus souvent, c'est sous le nom de « Piazza d'Armi » que cette place est connue, car la revue des troupes s'y déroulait depuis le début de la domination vénitienne, raison pour laquelle la Bra servira de lieu d'affrontement entre les soldats vénitiens et français lors des Pâques véronaises de 1797.

À partir de 1633, après l'approbation du Sénat vénitien pour la création d'une foire de marchandises dans la ville, deux foires annuelles de quinze jours chacune y sont organisées. Elles perdurent jusqu'à la destruction de l'une d'entre elles par un incendie le et déplacée ensuite en un autre endroit. Ce n'est qu'en 1822 qu'une nouvelle foire est créée. Elle se tiendra pendant environ vingt ans sur la Piazza Bra.

Une autre foire très ancienne, qui existe encore aujourd'hui, est celle de Santa Lucia, qui a lieu chaque année du 11 au . La tradition raconte que, probablement à l'époque communale (), la ville fut frappée par une épidémie affectant les yeux et que les Véronais décidèrent de faire un pèlerinage à l'église de Santa Lucia. Les enfants, qui ne voulaient pas y participer, ont été persuadés par la promesse qu'à leur retour, ils trouveraient leurs chaussures pleines de cadeaux. Le miracle s'est produit et depuis lors, la foire coïncide avec la fête de sainte Lucie.

Avec la construction du Liston, la place devint le lieu de promenade préféré des Véronais, comme le décrit bien un chroniqueur étonné de la revue Esperia dans un article de 1837 : gauche|vignette|L'étoile-comète de Vérone lors d'une chute de neige nocturne en 2006 « Le Listone est la promenade publique des Véronais. Un espace libre et étendu, comme on en trouve dans peu de villes. Ici les hommes d'affaires trouvent rafraîchissement et conversation consolante, l'oisiveté est recréée, et les belles femmes s'y pressent pour recevoir les hommages des regards et les soupirs de leurs adorateurs. Les nombreux cafés offrent une hospitalité brillante et suffisante aux nombreuses réunions qui s'y tiennent. Des musiciens de rue et des improvisateurs, peu agréables certes, mais toujours bien accueillis par la vivacité des habitants, brisent la monotonie des bavardages ; et la musique militaire de la garnison augmente considérablement le plaisir. Pendant la belle saison, des milliers de personnes des deux sexes, assis sous et devant le portique, se laissent regarder. Une foule plus active erre constamment le long des allées formées par les rangées de sièges, et tantôt accorde un salut, ou s'attarde près de quelque beauté, vibre de compliments envieux et de paroles de serment et d'espoir... tandis que les belles femmes détournent leur regard avec circonspection, cherchant dans cet essaim confus, avec une impatience mal dissimulée, le salut ou l'arrêt du plus cher lors de cette joyeuse rencontre ».

Pendant la période de Noël se déroule à l'intérieur des arches de l'arène lExposition Internationale des Crèches'', un événement né en 1984 de l'imagination d'Alfredo Troisi, avec l'étoile-comète comme symbole de l'événement et qui, depuis l'arène, plonge dans la Bra. Au fil des années, l'étoile s'est dotée de significations indépendantes de l'exposition, à tel point qu'elle est appréciée pour elle-même. Cette sculpture a été conçue par l'architecte et scénographe Rinaldo Olivieri, qui a été inspiré par un plan de la place, caractérisé par deux grands espaces, celui des arènes et celui de la place située devant. De là est née l'idée d'un immense arc de lumière et d'acier reliant l'amphithéâtre à la ville, d'une liaison qui partirait de ce temple de la musique pour rejoindre les citoyens.

Description La Bra se caractérise de chaque côté par une série de bâtiments importants pour la ville de Vérone. Du côté nord se trouve l'amphithéâtre romain, le bâtiment le plus ancien. Côté ouest ont été érigés divers bâtiments datant du , avec la promenade du Liston. Au sud figure la Gran Guardia, commencée par les Vénitiens et inaugurée par les Autrichiens. Enfin côté est se trouve le bâtiment le plus récent, la Gran Guardia Nuova du , mieux connue sous le nom de Palazzo Barbieri, siège de la municipalité.

Arènes vignette|La façade des arènes depuis la Piazza Bra Le manque de sources écrites concernant l'inauguration de l'amphithéâtre rend très difficile l'établissement d'une chronologie précise et certaine, même s'il est désormais établi qu'il a été construit au Ier siècle après JC. D'après les études menées sur les restes archéologiques, les arènes pourraient être datées entre 10 et 20 après JC, soit entre la fin du règne d'Auguste et le début de celui de Tibère. Étant donné que les statues qui l'ornaient ont été créées à la fin de la construction du bâtiment, on peut supposer que le bâtiment était déjà terminé vers 30 après JC, comme le confirme l'historien Pirro Marconi. gauche|vignette|L'intérieur des arènes de Vérone