Le jardin de Versailles, également appelé jardin du château de Versailles ou, au pluriel, les jardins de Versailles ou les jardins du château de Versailles, est situé à l'ouest du château de Versailles.

Au cours de l’Ancien Régime, le domaine de Versailles était constitué du Grand Parc – la vaste région boisée aux abords du château et du village de Versailles (en partie murée) – et du Petit Parc – la partie entourée d’un mur qui fut développé en jardins à la française près du château.

Aujourd'hui, la différence entre Grand Parc et Petit Parc persiste sous d'autres appellations. Le Grand Parc est aujourd'hui désigné sous le terme parc de Versailles et comprend l'ensemble des espaces verts appartenant au domaine de Versailles (bois, champs, jardins des châteaux de Trianon, jardins du château de Versailles). Le Petit Parc, aujourd'hui désigné sous le terme jardin de Versailles, est la partie de ce parc de Versailles délimité par : à l'est le château de Versailles, à l'ouest le bassin d'Apollon, au nord le bassin de Neptune et au sud l'Orangerie et qui comprend les jardins à la française proches du château.

Cet article traite du Petit Parc, aujourd'hui appelé jardin de Versailles, et de son évolution.

Depuis l’époque de Louis XIII jusqu’à nos jours, les jardins ont subi de nombreuses évolutions. Certains bosquets ont également évolué et changé de nom. Les replantations ont été nombreuses. Les problèmes d’alimentation en eau des jardinsRéférence en ce qui concerne les jardins : (Berger I, 1985); (Bottineau, 1988); (Mariage, 1986); (Marie, 1968); (Nolhac, 1901); (Nolhac, 1925); (Thompson, 2006); (Verlet, 1961, 1985); (Waltisperger, 1984); (Weber, 1993). sont toujours d'actualité.

Parmi les 386 œuvres d'art qui enrichissent les jardins, dont , Apollon occupe une place majeure. Il est représenté sept fois à divers endroits du parc. L'image idéalisée du Roi-Soleil est la plus éblouissante dans le bassin portant son nom, donnant sur le Grand Canal.

Le principal créateur de ce jardin est André Le Nôtre, suivi, à compter des années 1680, par Jules Hardouin-Mansart, collaborateur du jardinier du roi puis son rival, qui modifie ou remplace certains bosquets, bassins et fontaines jusqu'à son décès en 1708. gauche|vignette|610x610px|Vue aérienne des jardins du château de Versailles de nos jours. centré|vignette|765x765px|Plan des jardins du château de Versailles en 1746, par Jean Delagrive. + Quelques chiffres sur les jardins de VersaillesSuperficie :830 ha.Nombre d’arbres :200 000Fleurs plantéeschaque année : 210 000Nombre de fontaines :55Nombre de jets d’eau :620Superficie du Grand Canal :24 ha.Périmètre du Grand Canal(à la margelle):Canalisation :.Consommation d'eaulors des Grandes Eaux :Source :Versailles chiffres

Histoire Louis XIII Avec le dernier achat de terre de la famille Gondi et l’avènement de Louis XIII comme seigneur de Versailles, les premières traces des jardins s’établissent aux années 1661 dans l’espace à l’ouest du château. Des documents indiquent qu’à la fin de la décennie, Claude Mollet et Hilaire Masson conçurent les jardins qui sont restés probablement intacts jusqu'aux expansions commandées par Louis XIV lors des premières années de son règne. Ce plan primitif, que l’on peut voir aujourd’hui sur le plan de « Du Bus » (vers 1662), établit le dispositif à partir duquel les jardins de Louis XIV évoluèrent – surtout, la définition claire des axes principaux qui forment les lignes essentielles de l’aménagement des jardins.

En 1662, après la disgrâce de Nicolas Fouquet et l’appropriation de son château de Vaux-le-Vicomte, Louis XIV se concentra sur Versailles. Avec la participation de l’équipe de Vaux-le-Vicomte – Louis Le Vau, Charles Le Brun et André Le Nôtre –, Louis XIV entama un programme d’embellissement et d'expansion à Versailles, dont il s'occupa jusqu’à la fin de sa vie.

Depuis lors, les expansions des jardins de Versailles suivirent les expansions du château. Par conséquent, les agrandissements de Louis XIV s’appliquèrent également aux jardins.

Louis XIV : premier agrandissement L'année 1664 ne vit pas de changements majeurs au château ; l’attention se consacra au développement des jardins. Des bosquets et des parterres existants furent agrandis, d'autres créés. Les plus importantes créations de cette époque furent l’Orangerie et la Grotte de Téthys.

L’Orangerie, le chef-d’œuvre de Louis Le Vau, se situait au sud du château, profitant de la pente naturelle de la colline. L’Orangerie fournissait abri et entreposage pour les orangers pendant l’hiver.

La grotte de Thétys, qui se trouvait au nord du château, constituait une partie intégrante du symbolisme du château et des jardins, qui associait le Roi Soleil avec la métaphore solaire. La grotte s’acheva lors de la deuxième campagne d’agrandissement.

En 1664, les jardins évoluèrent à un tel point que Louis XIV les inaugura lors d'une fête galante dite des Plaisirs de l’Isle Enchantée. L'événement, qui célébrait officiellement sa mère, Anne d'Autriche, et son épouse, Marie-Thérèse d’Autriche, célébrait en réalité Louise de La Vallière, la maîtresse du roi. Il eut lieu en mai de cette même année. Les invités se régalèrent des divertissements fabuleux donnés dans les jardins durant une semaine. En raison de cette fête – et en particulier du manque de logements pour les invités (la plupart d'entre eux furent obligés de dormir dans leurs carrosses) –, Louis se rendit compte des imperfections de Versailles et commença de nouveau à agrandir le château et les jardins.

Louis XIV : deuxième agrandissement De 1665 à 1678, il y eut une frénésie d’activité dans les jardins, surtout autour des fontaines et des nouveaux bosquets. À cette époque, la symbolique d’Apollon et celle du soleil furent exploitées consciemment et systématiquement comme métaphores pour Louis XIV. L’enveloppement du vieux château, par Louis Le Vau, fournit un moyen par lequel – à travers la décoration de la façade du jardin – la symbolique des grands appartements entra en symbiose avec la symbolique des jardins.

Avec cette d’agrandissement, les jardins adoptèrent le vocabulaire de conception topographique et symbolique qui resterait paradigmatique jusqu’au . Comme le précisa André Félibien dans sa description de Versailles, une symbolique consacrée aux thèmes solaires et apolloniens prédominait dans les projets de construction à cette époque« Toutes les figures et les ornements qu'on y voit n'étant pas placés au hasard, ils ont relation ou avec le Soleil ou aux lieux particuliers où ils sont mis. » (Félibien, 1674).

Trois additions datant de cette époque contribuèrent au réseau topographique et symbolique des jardins : l’achèvement de la grotte de Thétys, le parterre de Latone et le bassin d’Apollon.thumb|Louis XIV, à cheval, devant la grotte de Téthys dans les années 1670.|alt=

Grotte de Téthys

Débutée en 1664 et achevée en 1670, avec l’installation de statues par Girardon et Regnaudin, Gilles Guérin et les frères Marsy, la grotte devint un élément principal des jardins, en raison de sa symbolique et du rôle technique du bâtiment.

Symboliquement, la grotte de Téthys faisait allusion au mythe d’Apollon où, selon les Grecs, le dieu se reposait après avoir conduit son char, afin d’illuminer le ciel. La grotte était un bâtiment isolé, situé au nord du château. L’intérieur, décoré avec des motifs en coquillage afin de donner l'impression d'une grotte marine, comprenait un ensemble de statues qui représentait le dieu Soleil, soigné par des Néréides (le groupe central) et ses chevaux, soignés par des gardiens de Téthys (les deux groupes auxiliaires). À l'origine, les statues étaient disposées en trois niches dans la grotte et entourées par des fontaines et jets d’eau.

Techniquement, la grotte de Téthys joua un rôle crucial dans le système hydraulique qui fournissait l’eau aux jardins. Le toit de la grotte soutenait un réservoir qui gardait l’eau, pompée de l'étang de Clagny, afin d’alimenter par gravité les fontaines des jardins.

Bassin de Latone (mère d'Apollon)

Situé sur l’axe est-ouest, un peu à l'ouest et sous le parterre d’Eau, se trouvait le premier bassin de Latone. Conçu par André Le Nôtre et construit entre 1668 et 1670, la fontaine représentait un épisode tiré des « Métamorphoses » d’Ovide. Latone et ses enfants, Apollon et Diane, en haut du bassin, étaient tourmentés par des jets de boue lancés par des paysans Lyciens, qui refusaient de leur permettre de boire à leur étang. Elle fit appel à Zeus qui répondit en transformant les Lyciens en grenouilles. On choisit cet épisode mythologique en raison de l'allusion aux révoltes de la Fronde, qui éclatèrent pendant la minorité de Louis XIVPour plus de renseignements sur la fontaine de Latone, voir (Berger, 1992); (Marie, 1968, 1972, 1976); (Nolhac, 1901); (Thompson, 2006); (Verlet, 1961, 1985); (Weber, 1981).

thumb|Bassin d'Apollon.|alt=

Bassin d’Apollon Un peu plus loin sur l’axe est-ouest, se trouvait le bassin d'Apollon (bassin des chars d'Apollon émergeant des eaux). Occupant l’ancien emplacement du Rondeau (également dit bassin des Cygnes) de Louis XIII, la fontaine d’Apollon, qui fut construite entre 1668-1671, représentait le dieu conduisant son char afin d’illuminer le ciel. Le bassin et la fontaine formaient un point de convergence dans les jardins et servaient d'élément transitionnel entre les jardins du Petit Parc et le Grand Canal.

Grand Canal

vignette|Le grand canal, dans l'extrémité ouest du jardin.

Avec une longueur de et une largeur de , le Grand Canal, qui fut construit entre 1668 et 1671, prolonge physiquement et visuellement l’axe est-ouest jusqu'à l'enceinte du Petit Parc. Sous l’Ancien Régime, le Grand Canal était utilisé pour des divertissements en bateaux. En 1674, à la suite d’une série de négociations diplomatiques réussies, Louis XIV commanda la construction de la « Petite Venise ». Située à la jonction du bras transversal septentrional du Grand Canal, celle-ci abritait les yachts et les Caravelles reçus des Pays-Bas et hébergeait les gondoliers et leurs gondoles, reçus comme cadeaux de la part du doge de Venise, d'où l’origine du nom.

Au-delà des exigences décoratives et ludiques de l'aspect du jardin, le Grand Canal jouait également un rôle pratique. En effet, situé à un point bas dans les jardins, le Grand Canal recevait l’eau qui s’écoulait des fontaines en amont. Cette eau était alors pompée grâce à un réseau de pompes actionnées par des moulins à vent ou à chevaux, puis renvoyée au réservoir placé sur le toit de la grotte de Téthys, afin de réalimenter les fontaines. Le système hydraulique fonctionnait alors en circuit fermé.

Parterre d’Eau thumb|Le parterre d'eau, devant la façade ouest du château.|alt=|gaucheAu-dessus de la fontaine de Latone, se trouve la terrasse du château, dite le parterre d’Eau(Berger I, 1985); (Friedman, 1988,1993); (Hedin, 1981-1982); (Marie, 1968); (Nolhac, 1901); (Thompson, 2006); (Verlet, 1961, 1985); (Weber, 1981).. Formant un élément transitionnel sur l’axe est-ouest entre le château et les jardins en contrebas, le parterre d’eau se manifeste comme lieu où la symbolique des grands appartements se réunit avec celle des jardinsEn ce qui concerne la relation du symbolisme des jardins et celui des grands appartements, voir Lighthart, 1997.. Sous le parterre, des réservoirs de stockage permettent l'alimentation des bassins et fontaines.thumb|Les réservoirs sous le parterre, vides, à l'occasion de leur visite de contrôle.

En 1674, Louis XIV commanda un ensemble de statues, à l'origine prévues comme éléments décoratifs pour les fontaines du parterre d’Eau. La « Grande Commande » se composait de 24 statues représentant les quaternités classiques. Conçue par Charles Le Brun et exécutée par les meilleurs sculpteurs de l’époque, la Grande Commande comprenait :

les quatre éléments : la Terre, l’Air, l’Eau, le Feu ; les quatre parties du monde l’Europe, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique ;