thumb|Réunion de militantes japonaises pour le droit de vote des femmes (Tokyo, avant 1940). Le féminisme au Japon est un mouvement qui est apparu à la fin du , et s'est surtout développé au , obtenant le droit de vote et l'inscription de l'égalité entre les sexes dans la nouvelle constitution en 1946.
Situation des femmes avant l'ère Meiji Jusqu'au , les femmes sont relativement libres et bien éduquées. Elles conservent les biens qu'elles possèdaient avant leur mariage et, si elles deviennent veuves, elles exercent le pouvoir dans leur foyer. Peu à peu cependant, leurs droits sont limités et leur place dans la société se réduit pour qu'elles ne soient plus que des épouses et des mères sous la domination de leur époux. L'arrivée au pouvoir de femmes comme Hojo Masako ou Hino Tomiko, qui exercent de fait le rôle de shogun, est exceptionnelle..
À partir de l'ère Edo (1603-1868), la philosophie de Confucius, telle qu'elle est interprétée par des auteurs japonais comme Kaibara Ekiken qui font partie d'une école néo-confucéenne, domine la pensée japonaise et conduit à percevoir les femmes comme des êtres naturellement inférieurs.. Avant le , la tradition veut que les femmes japonaises obéissent à un homme : un père, un mari ou un fils..
Histoire du féminisme au Japon
Si des mouvements pour les droits des femmes sont attestés au Japon dès l'Antiquité Barbara Molony, Women’s Rights, Feminism, and Suffrage in Japan, 1870-1925, The Pacific Historical Review, , , Woman Suffrage: The View from the Pacific, novembre 2000, ., le féminisme moderne y apparaît à la fin du . Certains observateurs pensent qu'il est issu de la pensée occidentale introduite au Japon après la restauration Meiji en 1868, mais d'autres soutiennent qu'il serait tout autant le fruit de l'évolution de la pensée autochtone. Le féminisme japonais se distingue du féminisme occidental par le fait qu'il est moins attaché à l'autonomie individuelle Sandra Buckley, Broken Silences: Voices of Japanese Feminism, University of California Press, 1997, .. Parmi les pionnières, figurent Kishida Toshiko et Kusunose Kita, membres du Mouvement pour la liberté et les droits démocratiques de la décennie 1874-1884, la première ayant été arrêtée pour ses critiques de la famille, et la seconde ayant provisoirement réussi à faire mettre en place le droit de votes des femmes dans sa ville. Le mouvement subit un coup d'arrêt avec deux lois successives sur l'interdiction des rassemblements politiques qui empêchent les femmes aussi de se réunir : en 1890, la loi sur les rassemblements et organisations politiques (集会及び政社法) et en 1900, la .
Quoi qu'il en soit, après que la restauration Meiji a aboli le système féodal, le statut des femmes se transforme : le trafic des femmes est restreint, elles obtiennent le droit de demander le divorce et les filles celui de recevoir une éducation élémentaire.
Début du vignette|187x187px|Ichikawa Fusae vers 1920. La revue Bas bleus est la première revue féministe publiée au Japon. Fondée en 1911 par Raichô Hiratsuka, Yasumochi Yoshiko, Mozume Kazuko, Kiuchi Teiko et Nakano Hatsuko, elle permet de discuter et de militer pour l'égalité hommes-femmes.
En 1919, Raichō Hiratsuka, Fusae Ichikawa, Oku Mumeo et d'autres militantes fondent l'Association de la femme nouvelle (Shin Fujin Kyōkai), qui revendique des droits et protections au nom des femmes considérées comme classe sociale Barbara Molony, Women’s Rights, Feminism, and Suffrage in Japan, 1870-1925, The Pacific Historical Review, , , Woman Suffrage: The View from the Pacific, novembre 2000, .. Ce groupe se concentre sur deux revendications précises et lance deux pétitions correspondantes en . La première réclame la révision d'une loi qui interdit aux femmes toute activité politique, participation à des événements ou adhésion à un parti ; la deuxième concerne la prévention des maladies vénériennes et demande que les futurs maris soient examinés, et que le divorce soit autorisé en cas d'adultère, avec compensation des dépenses de santé Barbara Molony, Women’s Rights, Feminism, and Suffrage in Japan, 1870-1925, The Pacific Historical Review, , , Woman Suffrage: The View from the Pacific, novembre 2000, .. Aucune des deux pétitions n'est examinée par la Diète, mais en 1922, les femmes sont autorisées à assister aux réunions politiques, sans toutefois obtenir le droit de rejoindre des partis ou de voter..
La Société de la vague rouge (Sekirankai), créée en à l'initiative de militantes anarchistes avec Yamakawa Kikue, est la première organisation de femmes socialiste. Son manifeste, qui condamne le capitalisme, arguant qu'il fait des femmes « des esclaves et des prostituées »., est écrit et imprimé pour être distribué pendant la manifestation du Premier mai 1921, à laquelle les militantes s'organisent pour participer. Toutes les femmes qui participent à cette manifestation sont arrêtées par la police.. La Sekirankai s'engage dans une polémique avec la Shin Fujin Kyōkai, dont elle critique le manque de considération pour la classe ouvrière et l'absence de perspectives révolutionnaires. Fin 1921, la Sekirankai s'auto-dissout huit mois après sa création, sous une double pression gouvernementale et médiatique.
gauche|vignette|182x182px|Yamakawa Kikue (1890-1980), écrivaine japonaise. Des groupes sont parfois dissous ou interdits par le gouvernement, mais d'autres se reforment et les militantes continuent à formuler leurs revendications. Certaines demandent des droits politiques, d'autres se concentrent sur la prostitution ; les épouses font campagne pour améliorer leur condition domestique. Après le séisme du Kantō en 1923, de nombreuses femmes s'engagent dans l'effort humanitaire. Des militantes socialistes, des chrétiennes et des femmes au foyer s'organisent pour aider aux secours nécessaires.. Le , 100 dirigeantes de se rassemblent ainsi pour former la Fédération des organisations de femmes de Tokyo (Tokyo Rengo Funjinkai), qui devient dans les années suivantes une des plus grandes organisations de femmes et accueille, à la suite d'un meeting en , une section dédiée au droit de vote des femmes (Fusen Kakutoku Domei) Barbara Molony, Women’s Rights, Feminism, and Suffrage in Japan, 1870-1925, The Pacific Historical Review, , , Woman Suffrage: The View from the Pacific, novembre 2000, .. Cette section publie un manifeste qui déclare que les femmes ont « la responsabilité de détruire les coutumes qui existent dans ce pays depuis et de construire un nouveau Japon qui favorise les droits naturels des hommes et des femmes »..
En , la Diète légifère sur le suffrage universel masculin. Un mois plus tard, elle examine le suffrage féminin, entre d'autres propositions défendues par les organisations féministes, qui sont toutes rejetées. Par la suite, l'invasion de la Mandchourie en 1931 et la marche du Japon vers la Seconde Guerre mondiale engendrent une intensification de la propagande gouvernementale, de la censure et de la répression.. Dans ce contexte, certaines féministes se concentrent sur la protection des travailleurs, les droits des mères célibataires et d'autres revendications de réformes sociales Barbara Molony, Women’s Rights, Feminism, and Suffrage in Japan, 1870-1925, The Pacific Historical Review, , , Woman Suffrage: The View from the Pacific, novembre 2000, .. En parallèle, de plus en plus de groupes féministes et d'organisations militantes de gauche, qui avaient été en radicale opposition au gouvernement, adoptent progressivement ses vues nationalistes et expansionnistes. La répression joue un rôle certain dans cette évolution : une militante comme Yamakawa Kikue, qui reste fidèle à ses idées, se voit systématiquement censurée tandis que son mari Hitoshi Yamakawa, un autre militant important, est jeté en prison en 1937 lorsque le gouvernement tente de faire taire toute opposition au déclenchement de la guerre sino-japonaise.
Après la Seconde Guerre mondiale gauche|vignette|218x218px|Matsutani Tenkoko, une des premières femmes député au Japon. D'importantes réformes ayant trait à la condition des femmes japonaises ont lieu après la Seconde Guerre mondiale. Après la défaite de l'empire du Japon en 1945, les forces d'occupation militaire dirigées par le général Douglas MacArthur imposent la rédaction d'une nouvelle constitution. Sous la pression américaine, les femmes obtiennent alors le droit de vote, et l'égalité entre les sexes est inscrite dans la constitution de 1947. ; cette dernière mesure est une première mondialeJohn W. Dower, interviewé par Gene Tempest, « Le "shogounat MacArthur" », L'Histoire , août 2015, .. Trente-neuf femmes sont élues députées au scrutin de 1946, parmi lesquelles Kiyoko Miki, Tenkoko Sonoda et Shigeyo Takeuchi.
En 1970, dans le cadre du mouvement contre la guerre du Vietnam, de l'émergence d'une Nouvelle gauche et d'un mouvement étudiant radical, apparaît l'équivalent japonais de la deuxième vague féministe ailleurs dans le monde, sous le nom (« »). Ce renouveau a lieu en même temps que les mouvements féministes radicaux américains, ainsi que dans d'autres pays, ce qui participe à amplifier le militantisme féministe des années 1970 et des décennies suivantes. Les militantes, Mitsu Tanaka en tête, proposent une critique globale du Japon moderne dominé par les hommes, et réclament un changement en profondeur du système économique, politique et culturel. Leur insistance sur la libération des sexes () les distingue des anciens mouvements. ; elles ne visent pas seulement l'égalité homme-femme, mais aussi la libération des hommes de l'oppression d'un système patriarcal et capitaliste.
La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, adoptée par l'ONU en 1979, est ratifiée par le gouvernement japonais en 1985.. Malgré ces changements, le Japon reçoit des mauvaises notes dans le Guide mondial des droits de l'Homme. jusqu'en 1986, concernant le statut de la femme. Encore aujourd'hui, c'est l'un des pays industrialisés dans le monde où les inégalités entre femmes et hommes sont les plus grandes, d'après un rapport du forum de Davos..
Au siècle
Haine du féminisme La revendication d'une appartenance au féminisme est très mal perçue au . En effet selon une opinion répandue, et bien que cela ne reflète pas la réalité, les femmes seraient parvenues du fait de lois antidiscriminatoires à une égalité totale avec les hommes. Dès lors, se réclamer du féminisme reviendrait à contester cette absence de discrimination et attire l'hostilité ou la perception de personnalités mentalement dérangées. Selon le sociologue Shinichi Matsui, sous l'effet du néolibéralisme, le Japon aurait ainsi atteint une ère de post-féminisme, où le girl power met plus en avant les réussites individuelles qu'une amélioration globale du sort des femmes, avec, vu de leur côté, une grande importance attribuée à l'apparence. De fait, de nombreuses femmes attestent être stigmatisées comme haineuses ou hystériques quand elle tentent de faire valoir les droits des femmes, alors que le pays occupe en 2019 la 121 place sur dans le classement mondial des inégalités de genre du Forum économique mondial, et la seule mention de féminisme engendre un sentiment de malaise ou de rejet.
Condition des femmes, actions féministes et évolutions législatives