Une étude en rouge, aussi traduit Un crime étrangeCe titre a été utilisé pour les premières traductions du roman (1899, 1905, 1917, etc). ou encore Écrit dans le sangSelon une traduction de Béatrice Vierne aux éditions Anatolia, 2009. (titre original en anglais : A Study in Scarlet), est un roman policier d'Arthur Conan Doyle paru en 1887 dans le Beeton's Christmas Annual avant d'être publié en volume en 1888.

Le roman raconte une enquête menée par le détective Sherlock Holmes, narrée par son nouveau compagnon, le docteur Watson.

Résumé vignette|gauche|redresse=0.8|Sherlock Holmes examinant l'inscription « Rache » sur un mur. Publiée dans Beeton's Christmas Annual en 1887, il s'agit là de la première illustration représentant le détective, dessinée par David Henry Friston et gravée par William M. R. Quick...

Partie I : Les Réminiscences de Watson En 1881, le docteur John Watson revient à Londres après avoir servi dans la Seconde guerre anglo-afghane et cherche un logement. Un vieil ami lui apprend que Sherlock Holmes cherche quelqu'un pour partager le loyer d'un appartement au 221B Baker Street, tout en le mettant en garde contre les excentricités de Holmes. Holmes et Watson se rencontrent et, après s'être mutuellement évalués et avoir visité les lieux, ils emménagent ensemble. Holmes est un « détective consultant », et ses fréquents visiteurs sont des clients. Après une démonstration des capacités de déduction de Holmes, l'incrédulité de Watson se transforme en émerveillement.

Partie II : La mort d'Enoch Drebber Un télégramme demande une consultation pour une affaire de meurtre. Watson accompagne Holmes sur la scène du crime, une maison abandonnée sur Brixton Road. Les inspecteurs Gregson et Lestrade sont déjà sur place. La victime est Enoch Drebber de Clevedland (Ohio), et les documents trouvés sur lui révèlent qu'il a un secrétaire, Joseph Stangerson. Sur un mur, écrit en rouge, figure « RACHE » (signifiant vengeance en allemand), que Holmes écarte comme une ruse pour tromper la police (car le A est écrit en gothique ce que n'aurait pas fait un Allemand). Il déduit que la victime est morte empoisonnée et fournit une description du meurtrier. En déplaçant le corps de Drebber, ils découvrent une alliance en or, un modèle pour femme.

Holmes fait passer des annonces dans plusieurs journaux au sujet de la bague et en achète un fac-similé, espérant faire sortir le meurtrier de sa cachette — celui-ci ayant apparemment déjà essayé de récupérer la bague en revenant sur les lieux du crime. Une vieille femme répond à l'annonce, affirmant que la bague appartient à sa fille. Holmes lui donne le duplicata et la suit, mais elle lui échappe. Cela amène Holmes à croire qu'elle était une complice, ou peut-être le meurtrier déguisé.

Un jour plus tard, Gregson rend visite à Holmes et Watson, leur annonçant qu'il a arrêté un suspect. Il s'est rendu à la pension de Madame Charpentier où Drebber et Stangerson séjournaient avant le meurtre. Drebber, ivre, avait tenté d'embrasser la fille de Mme Charpentier, Alice, ce qui avait provoqué leur expulsion immédiate. Cependant, il était revenu plus tard dans la nuit et avait tenté d'attraper Alice, poussant son frère aîné à l'attaquer. Ce dernier avait tenté de poursuivre Drebber avec un gourdin mais affirmait l'avoir perdu de vue. Gregson le détient sur la base de ces preuves circonstancielles.

Stangerson est plus tard assassiné. Son corps est retrouvé près de la fenêtre de son hôtel, poignardé au cœur ; au-dessus était écrit « RACHE » . Les seules choses que Stangerson avait avec lui étaient un roman, une pipe, un télégramme disant « J.H. est en Europe » et une petite boîte contenant deux pilules. Holmes teste les pilules sur un vieux terrier écossais maladif dont le propriétaire réside à Baker Street. La première pilule ne produit aucun effet visible, mais la seconde tue le chien.

Un jeune vagabond nommé Wiggins arrive alors. C'est le chef des « Irréguliers de Baker Street », un groupe d'enfants des rues que Holmes emploie occasionnellement pour l'aider dans ses enquêtes. Wiggins a fait venir un fiacre que Holmes voulait. Holmes l'envoie chercher le cocher, prétextant avoir besoin d'aide avec ses bagages. Quand le cocher monte, Holmes le menotte et le maîtrise. Le cocher captif est Jefferson Hope, le meurtrier de Drebber et Stangerson. Ce dernier, atteint d'un anévrisme aortique risque de mourir avant le procès et raconte donc son histoire à Holmes, Watson, Gregson et Lestrade.

Partie III : L'histoire de John Ferrier Dans la vallée de Salt Lake en Utah, en 1847, John Ferrier et une petite fille nommée Lucy, seuls survivants d'un petit groupe de pionniers, sont sauvés de la mort par un groupe de Mormons dirigé par Brigham Young, mais uniquement à condition qu'ils adoptent et vivent selon la foi mormone. Des années plus tard, en 1860, Lucy, désormais adulte, se lie d'amitié et tombe amoureuse de Jefferson Hope. Cependant, Young lui interdit de se marier en dehors de la foi mormone et exige qu'elle épouse soit Joseph Stangerson, soit Enoch Drebber, tous deux fils de membres du Conseil des Quatre de l'église. Ferrier, qui a adopté Lucy et juré de ne jamais marier sa fille à un Mormon, prévient Hope.

Lucy dispose d'un mois pour choisir entre ses prétendants et, chaque jour, malgré la vigilance de John Ferrier, le nombre de jours restants est gravé à l'intérieur de la maison. Hope arrive la veille du dernier jour, et ils s'échappent tous à la faveur de l'obscurité. Les Mormons interceptent les fugitifs pendant que Hope est parti chasser, leurs provisions étant épuisées. Ferrier est tué par Stangerson tandis que Lucy est contrainte d'épouser Drebber et meurt de chagrin moins d'un mois plus tard. Hope s'introduit chez Drebber la nuit précédant les funérailles de Lucy pour embrasser son corps et reprendre son alliance. Il jure vengeance contre Drebber et Stangerson et tente de les assassiner à deux reprises mais sans succès. Son séjour dans les montagnes est difficile et Jefferson commence à souffrir du manque de nourriture saine et de la rigueur des saisons, l'obligeant à partir pour gagner de l'argent et se rétablir.

Après être revenu cinq ans plus tard, il apprend que Drebber et Stangerson ont fui Salt Lake City après un schisme au sein des Mormons. Drebber est toujours riche car il a pu vendre ses biens (dont l'héritage de Lucy), mais Stangerson qui a tout perdu est devenu son secrétaire. Pendant plus de vingt ans, Hope les poursuit ; à Cleveland, il reconnaît Drebber, lequel le fait emprisonner pendant quelques mois comme « rival en amour ». Après sa libération, Hope les suit jusqu'en Europe à travers la France, la Russie, le Danemark et jusqu'en Angleterre.

Parti IV : Retour à Londres À Londres, Jefferson Hope devient cocher, une profession idéale pour traquer ses proies : Drebber et Stangerson. Après une altercation avec le fils de Madame Charpentier, Drebber, ivre, monte dans le fiacre de Hope qui, à sa demande, l'emmène à une taverne où Drebber continue de se soûler. Jefferson Hope le conduit alors dans une maison de Brixton Road, dont il avait subtilement fait le double d'une clef oubliée par un client. Dans cette demeure vide, Hope force Drebber à le reconnaître et lui impose un choix macabre entre deux pilules similaires, l'une mortelle, l'autre inoffensive. Alors que Drebber agonise, Hope lui montre l'alliance de Lucy, sa vengeance enfin accomplie. L'intense émotion provoque chez Hope un saignement de nez dû à son anévrisme ; il utilise ce sang pour écrire « RACHE » sur le mur, s'inspirant d'un crime new-yorkais pour égarer les enquêteurs. Quant à Stangerson, terrifié par le meurtre de Drebber, il se barricade dans sa chambre d'hôtel. Hope y pénètre par la fenêtre et lui propose le même choix fatal. Mais Stangerson, refusant ce jeu mortel, l'attaque, poussant Hope à le poignarder au cœur.

Holmes dévoile à Watson sa brillante déduction : les traces sur la route révélaient un cheval livré à lui-même pendant que son cocher était dans la maison. Le métier de cocher, parfait pour une filature dans Londres, devait être celui choisi par Hope, probablement sous sa véritable identité puisqu'il était inconnu dans la capitale. Plusieurs indices pointaient vers un crime passionnel : la présence de l'alliance, les traces de sang dues à l'excitation du meurtrier, et un télégramme révélateur envoyé à Cleveland. Le portrait physique du meurtrier se dessine à travers les indices : la longueur des pas dans la boue, les traces d'ongles sur le mur, et ce saignement de nez caractéristique d'un . Pour localiser Hope, Holmes déploie astucieusement une armée de gamins des rues, les envoyant enquêter auprès de tous les loueurs de fiacres de Londres. La presse attribue tout le mérite aux inspecteurs Lestrade et Gregson, poussant un Watson indigné à vouloir publier cette affaire malgré la modeste réticence de Holmes.

Analyse Le titre Une étude en rouge renvoie simultanément a la violence brutale du crime et à l’intensité des sentiments qui le motivent : la violence et la passion. Le meurtre du récit n’est pas un acte banal : c’est la vengeance née d’une rivalité amoureuse. Ce motif devient alors la trace visible d’un affect si puissant qu’il déborde jusqu’au crime. Et la motivation passionnée du meurtrier fonctionne littéralement comme un fil rouge reliant les différents fragments de l’affaire à la vérité. Sur l’immense échafaud incolore de la vie, ce fil rouge est ce qui permet de distinguer l’essentiel de l’insignifiant. Devenant alors la métaphore même de la méthode du détective amateur : discerner, au milieu de l’ordinaire, les traces ténues mais éclatantes du vrai. On nous présente d'ailleurs un Sherlock Holmes dans ses jeunes années, habité par la passion de son travail. Renforçant l’ambiguïté fascinante du personnage : Holmes incarne à la fois la logique scientifique la plus rigoureuse et une forme d’exaltation presque artistique lorsqu’il lit la scène du crime comme d’autres lisent un poème. La passion épouse aussi la dynamique du meurtre : excitation, intensité, dévoration intérieure, ce qu'on retrouve dans le destin tragique du meurtrier. La seconde partie de l’œuvre, qui raconte son histoire, tend d’ailleurs à aligner le lecteur a son point de vue. L’enquête policière se double ainsi d’un récit de vengeance où le meurtre est présenté moins comme une monstruosité que comme la conséquence ultime d’une intense passion détruite. La vengeance est un moyen de combler l'injustice mais est aussi ce qui détruit l'existence : condamné à vivre dans la colère, dans l’obsession névrosée et dans la douleur physique, le meurtrier devient alors une figure tragique d'un homme dévoré par sa passion.

Rédaction et publication La source d'inspiration majeure de Conan Doyle pour ce roman provient du recueil de nouvelles intitulé Le Dynamiteur, publié par Robert Louis Stevenson en 1885.. Dans la nouvelle intitulée Histoire de l'Ange exterminateur (Story of the Destroying Angel), Stevenson raconte comment un groupe de mormons se venge d'un ancien membre qui avait fui la communauté pour échapper à ses règles de vie. Il est aussi influencé par les personnages du chevalier Dupin d'Edgar Allan Poe et du détective Tabaret d'Émile Gaboriau (dont il lit les aventures au moment même de la rédaction d'Une Étude en rouge), qui lui inspirent l'intelligence méthodique de Sherlock Holmes.

En mars 1886, Conan Doyle décide de mettre en suspens la rédaction de son roman historique Micah Clarke, et entreprend la rédaction d'Une Étude en rouge. Conan Doyle ne cache pas son inspiration de Stevenson, et emprunte même à ce dernier le nom de certains de ses personnages.