L'expédition de Quiberon est une opération militaire de contre-révolution qui commença le et qui fut définitivement repoussée le Ernest Colon : Cartes de lieux de batailles durant la guerre de Vendée. Organisée par l'Angleterre afin de prêter main-forte à la Chouannerie et à l'armée catholique et royale en Vendée, elle devait soulever tout l'Ouest de la France afin de mettre fin à la Révolution française et permettre le retour de la monarchie. Mais son échec eut un grand retentissement et porta un coup funeste au parti royaliste.
Prélude L'aide britannique gauche|vignette|Joseph de Puisaye, miniature offerte à Émilie-Charlotte de Langan, fin du siècle.
Dès le début de la guerre de Vendée et de la chouannerie les insurgés avaient espéré l'aide des Britanniques. Ainsi, lors de la Virée de Galerne à l'automne 1793, les Vendéens avaient mis le siège devant Granville, afin de s'emparer d'un port pouvant accueillir les navires de la Royal Navy, avant d'être finalement repoussés. Cette défaite avait provoqué la chute de l'armée catholique et royale dont les débris tentaient désormais de résister par la guérilla.
À cette même époque Joseph de Puisaye, ancien général des girondins de Normandie, battu par les Montagnards à la bataille de Brécourt, gagna la Bretagne. Caché dans la forêt du Pertre, il tenta d'entrer en contact avec les Vendéens lors de la Virée de Galerne, puis, à la suite de la déroute de cette expédition, il voulut relancer la lutte au nord de la Loire et se faire reconnaître général en chef des Chouans. Au bout de quelques mois il parvint à recevoir l'appui de quelques chefs.
C'est ainsi que le , Puisaye s'embarqua à Saint-Enogat, en Dinard, à destination de l'Angleterre. Il laissait en Bretagne son second, le major-général Pierre Dezoteux de Cormatin, chargé de l'intérim. Arrivé à Londres, Puisaye entra en relation avec le comte Charles d'Artois, oncle de Louis XVIILe comte Louis de Provence et le comte Charles d'Artois s’étaient partagé les affaires et les zones d’’activités contre-révolutionnaires : au comte de Provence, en dehors de la politique générale, la région s’étendant des Alpes aux Pyrénées et englobant Lyon, au comte d’Artois les provinces de l’Ouest : Vendée, Bretagne, Normandie. , et William Pitt, le premier ministre britannique. Son but était de convaincre les Britanniques d'effectuer un débarquement sur les côtes bretonnes afin de soulever les populations du nord-ouest de la France, majoritairement favorables aux royalistes, et ainsi d'ouvrir un nouveau front qui prendrait les républicains à revers. Puisaye alla même jusqu'à avancer qu'il disposait d'ores et déjà de sous ses ordres en Bretagne, alors que son autorité était loin d'être unanimement reconnue. Néanmoins son éloquence lui permit de convaincre rapidement le comte d'Artois. Le celui-ci nomma Joseph Puisaye lieutenant général des royalistes de Bretagne, et il fut en outre officiellement reconnu comme le successeur du marquis de La Rouërie, mort de maladie un an avant, après avoir tenté de monter avec l'Association bretonne un plan similaire. Quant à William Pitt, s'il ne pouvait agir rapidement, promit un débarquement en Bretagne pour le printemps.
Le comité de Paris vignette|gauche|Portrait de Louis Stanislas Xavier de Bourbon, comte de Provence, école allemande, vers 1790.|alt=Huile sur toile représentant le comte de Provence, futur Louis XVIII, en uniforme, tenant de la main gauche un bicorne et main droite dans le gilet.
Mais parallèlement en France, la chute de Robespierre le et la fin de la Convention montagnarde laissait entrevoir la possibilité d'ouvrir des négociations entre républicains et royalistes.
Rapidement un comité clandestin se forma dans la capitale, l'Agence royaliste de Paris, composée de conventionnels. Ses principaux membres étaient l'abbé Brottier (dit AA ou AG), Pierre-Jacques Lemaître (dit Le Juif ou Castel Blanco), Despomelles (dit Thébault), Charles de La Villeheurnois (dit Étienne) et Thomas Duverne de Presle (dit Dunan)Jacques-Philippe Champagnac, . Le but de ce comité, soutenu par le comte de Provence, était d'instaurer une monarchie constitutionnelle par le biais des élections. Cependant ce plan déplaisait au conservateur comte d'Artois, favorable à la restauration de la monarchie absolue.
Pour ce comité, la première étape était la paix intérieure, aussi en novembre 1794, au nom du régent, le comte de Provence, il lança un appel aux chefs chouans et vendéens leur donnant l'ordre de cesser toute attaque, condition contre laquelle il promettait l'instauration d'une monarchie modérée qui permettrait aux différents partis de s'entendre. L'appel fut entendu et la plupart des chefs chouans limitèrent leurs actions à la défensiveMémoires du colonel de Pontbriand, Tome I, .
Les négociations vignette|gauche|Portrait de François Athanase Charette de La Contrie, pastel anonyme, réalisé entre 1793 et 1796.|alt=Pastel représentant un portrait du général vendéen Charette, coiffé d'un mouchoir de tête, avec une veste bleue à revers rouge.
Le , les autorités républicaines prirent contact avec le général Charette, principal commandant vendéen qui dirigeait le Pays de Retz breton et le Haut-Poitou. Le 26 du même mois, Boishardy, colonel chouan des Côtes-d'Armor, rencontra le général républicain Jean Humbert. Cette rencontre permit au major-général chouan Cormatin d'ouvrir des pourparlers avec les républicains, par l'intermédiaire de Humbert.
Malo Colas de La Baronnais, colonel des Chouans de Dinan et Saint-Enogat, s'inquiéta de ces démarches prises sans l'avis du général en chef, écrivit à Puisaye pour l'avertir, mais celui-ci, croyant que seule une trêve était négociée, répondit qu'il approuvait les actions de Cormatin qui selon lui donnerait du répit aux Chouans dans l'attente du débarquement.
Cependant certains royalistes souhaitaient bel et bien une paix durable. Le , les négociations s'ouvrirent en Loire-Inférieure à Saint-Sébastien-sur-Loire entre Charette et le conventionnel Albert Ruelle, en fait proche de l'Agence royaliste de Paris. Elles aboutirent le , le Traité de La Jaunaye prévoyait que les Vendéens pouvaient conserver des troupes, la liberté religieuse était rétablie, et la conscription militaire abolie. Un dernier article conclu secrètement prévoyait également la mise en place d'une monarchie constitutionnelle, la libération de Louis XVII et de sa sœur Marie-Thérèse de France qui devaient être confiés à Charette. Le traité fut également signé par le général Sapinaud.
De son côté Nicolas Stofflet, le deuxième chef majeur de la Vendée, refusa d'abord de signer par jalousie avec Charette, mais finit par céder le (Traité de Saint-Florent-le-Vieil).
Parallèlement, le , Chouans et républicains se réunirent au manoir de La Mabilais à Rennes. Les conditions de paix étaient les mêmes qu'à La Jaunaye, mais l'attitude de Cormatin ne suscita pas la confiance des chefs chouans qui s'indignèrent en apprenant qu'ils devaient reconnaître la République. Cette condition apparut comme suspecte et finalement seulement 21 chefs chouans, dont Cormatin et Boishardy, sur 125 acceptèrent de signer le traité le . Les non-signataires s'engagèrent toutefois à ne pas reprendre les armes.
Reprise de la guerre vignette|gauche|Portrait de Charles Philippe de France, comte d'Artois, huile sur toile de Henri-Pierre Danloux, vers 1796, musée de l'Histoire de France, château de Versailles.|alt=Huile sur toile représentant le comte d'Artois, futur Charles X.
Mais la paix fut de courte durée, lorsque Puisaye apprit qu'un traité et non une trêve avait été signé, il accusa Cormatin de trahison. De plus le général Lazare Hoche, commandant en chef des Républicains de l'Armée des côtes de Brest, s'il fut favorable à la paix avec les Vendéens, considérait que les Chouans ne représentaient pas une menace suffisamment sérieuse pour que l'on négocie avec eux ; de plus il ne faisait pas confiance à Cormatin qui selon lui avait cherché à gagner du temps.
Les doutes de Hoche se confirmèrent lorsque, le , un émissaire royaliste fut saisi près de Ploërmel : les trois lettres qu'il portait apportaient la preuve du double-jeu du major-général chouan. Hoche ordonna donc l'arrestation immédiate de Cormatin et de tous les chefs chouans non-signataires. Le au moment où Cormatin était mis aux arrêts à Rennes, le général en chef à la tête de attaqua le camp de La Mabilais, défendu par 250 chouans. Quatre Républicains et sept Chouans furent tués, une vingtaine d'autres faits prisonniers mais le gros des royalistes parvint à s'enfuir. upright|vignette|Amateur-Jérôme Le Bras des Forges de Boishardy, colonel chouan de la division de Lamballe et Moncontour.
Hoche se rendit ensuite à Fougères le d'où il invita Aimé du Boisguy, le principal chef chouan d'Ille-et-Vilaine, à le rejoindre. Mais la ruse échoua ; Boisguy fut prévenu par un officier républicain et regagna sa base. Hoche retourna alors le soir même à Rennes avec seulement six guides à cheval, tandis que plus tard dans la nuit, Boisguy avec mettait en déroute un détachement républicain au combat de la Chène pensant que le général républicain le commandait. Les Républicains capturés par les Chouans, au nombre de 14 à 21, furent ensuite libérés et renvoyés à Rennes, portant un message de Boisguy à Hoche qui accusait ce dernier de perfidieMémoires du colonel de Pontbriand, tome I, .
Quant au Morbihan, le , l'adjudant-général républicain Josnet à la tête de attaqua Grand-Champ, base du général chouan de Silz. Au terme de la bataille de Grand-Champ, vingt Républicains et treize Chouans étaient morts dont le général de Silz ; son second, le colonel Georges Cadoudal, prit le commandement et organisa la retraite. Josnet continua sur sa lancée et, le avec François Cadic, Histoire populaire de la chouannerie, t. I, 545-546. il livra la bataille de Saint-Bily à Elven. Les de Pierre Guillemot, Lantivy et Jean Jan, retranchés dans un fort dans les bois, furent écrasés et 250 de leurs hommes furent tués. Josnet reçut des renforts et poussa jusqu'à Saint-Jean-Brévelay. Guillemot se replia sur Bignan, d'où il lança un appel à ses capitaines de paroisse et put ainsi repousser Josnet. De son côté Jean Jan s'empara de Locminé, forçant les Républicains à battre en retraite vers Vannes. Lors de la retraite, Cadoudal tendit une embuscade avec ses 600 hommes à la bataille de Floranges, où les perdirent 150 hommes, tués ou blessés, les Chouans ne comptant que quatre morts et trois blessés. L'offensive républicaine fut repoussée.
Dans l'attente du débarquement, les Chouans se réarmèrent mais avaient besoin de poudre. Début juin, l'amiral William Cornwallis débarqua de la poudre dans le Morbihan ; celle-ci fut convoyée de nuit par les Chouans du colonel Pierre Guillemot jusqu'au village de Drénidan, dans la commune de Radenac. Mais la poudre était humide, et Guillemot, Le Thiais et 22 hommes décidèrent de la réchauffer à la poêle dans une maison du village. Un accident se produisit : la poudre s'enflamma et explosa. Plusieurs hommes furent tués et Guillemot fut grièvement blessé et presque défiguré.
De son côté Boisguy, avec , repoussa les du général Jean Humbert à la bataille d'Argentré le . 80 Chouans et 300 Républicains étaient morts ou blessés.
gauche|vignette|Aimé Picquet du Boisguy, colonel chouan de la division de Fougères
À la suite de la reprise des combats, Boishardy finit également par reprendre les armes mais le , et ce malgré les ordres de Hoche, il fut assassiné par une colonne de soldats à Moncontour et sa tête promenée sur une pique à Lamballe.
La guerre se généralisa d'autant plus que la nouvelle de la mort de Louis XVII le se propageait ; sa libération plusieurs fois réclamée par Charette était prévue pour le .