La Communauté israélite du canton de Neuchâtel (abrégée CICN) est une association faîtière rassemblant des juifs résidant dans la région du Canton de Neuchâtel.

Sa fondation remonte à 1833, date de la première rencontre de prière tenue au domicile de Léon Woog, à l'occasion des fêtes de Roch Haschana et Yom Kippour. Elle prend dès lors le nom de Communauté israélite de La Chaux-de-Fonds et change de nom en 2009 pour englober tout le Canton de Neuchâtel. Des communautés israélites ont existé pendant quelques années au Locle et à Neuchâtel, mais celle de La Chaux-de-Fonds fut la plus durable.

Le statut des juifs à Neuchâtel Il ne semble pas exister de communauté juive dans le comté de Neuchâtel jusqu’au , bien que les seigneurs soient en relation d’affaires avec des juifs de Morat ou de Franche-Comté. Les premières installations juives attestées dans le pays datent du 15e siècle et ne concernent que quelques banquiers et commerçants. S’ensuivent trois siècles de vide archivistique hormis la mention des tarifs particuliers appliqués aux juifs pour les péages. Leur présence semble donc se limiter au passage de marchands ambulants

Au , les juifs qui reparaissent dans la principauté proviennent essentiellement de Haute-Alsace, arrivant de Bâle par le vallon de Saint-Imier. À La Chaux-de-Fonds, ces marchands se rendent au 26 de l’actuelle rue Fritz-Courvoisier où se trouve le bureau pour la taxe des colporteurs. À cette période, le nom de rue de l’Évêché cohabite avec celui de rue des Juifs pour désigner la voie de communication qui relie La Chaux-de-Fonds aux terres du prince-évêque de Bâle. Ce retour en nombre fait réagir le Conseil d’État en 1767. Il ordonne l’expulsion de tous les juifs installés dans la principauté et restreint leur droit de séjour. Cette interdiction n’est que partiellement appliquée et l’établissement des juifs dans la principauté perdure malgré les suppliques des négociants indigènes qui voient en eux une concurrence déloyale et une potentielle ruine économique du pays.

Après une période de détente relative à partir de 1790, un durcissement s’opère le , lorsque le Conseil d’État interdit le séjour des juifs et ordonne leur expulsion dès le suivant. La France intervient aussitôt auprès des autorités pour que les juifs alsaciens jouissent de tous leurs droits de citoyens français acquis en 1791. Le Conseil d’État se voit contraint d’atténuer son décret de 1818. Les autorités optent dès lors pour une politique restrictive la moins flagrante possible pour ne pas s’attirer le courroux de leur puissant voisin. Quelques dizaines de personnes juives sont tolérées. À partir de 1848, le séjour et l’établissement des juifs sont peu à peu facilités dans l’ensemble du canton. Seule la commune de La Chaux-de-Fonds maintient son opposition à l’installation des juifs sur son territoire. La commune finit par se conformer aux pratiques des communes avoisinantes en 1857.

Les Constitutions neuchâteloises de 1848 et surtout de 1858 accordent la liberté de culte. Ne manque alors aux juifs que la possibilité d’acquérir des immeubles pour devenir des étrangers comme les autres. Ceci sera chose faite en 1866 avec la révision partielle de la Constitution fédérale. Elle fait suite à un traité commercial signé avec la France qui accorde les mêmes droits, notamment d’établissement, aux citoyens, quelle que soit leur religion. Cette révision est largement acceptée par la population neuchâteloise.

Histoire de la Communauté israélite du Canton de Neuchâtel

Premières préoccupations: lieu de culte et de sépulture En 1843, les juifs établis à La Chaux-de-Fonds demandent au Conseil communal l’autorisation de bâtir une synagogue. Jusqu’à cette date, ils se réunissent au domicile de l’un de leurs coreligionnaires pour célébrer le shabbat et les principales fêtes religieuses. Un appartement loué à la rue Jaquet-Droz sera donc la première synagogue de La Chaux-de-Fonds. Un rabbin de Hégenheim, d’où sont originaires de nombreux membres, s’occupe à distance de la Communauté israélite fondée en 1833. En 1862, les fidèles, à l’étroit dans leur oratoire, font construire une nouvelle synagogue, rue de la Serre 35a. Inauguré un an plus tard, ce bâtiment rectangulaire à deux étages se distingue peu des constructions voisines.

Une fois l’égalité des droits civiques et religieux obtenue, les communautés juives de Suisse se servent des synagogues comme d’un moyen de manifester leur identité. Leurs lieux de culte doivent être considérés comme égaux à ceux des autres religions et acceptés par elles tout comme par l’ensemble de la société. La seconde moitié du verra la construction d’une dizaine de synagogues dans tout le pays. Le vaste édifice inauguré en 1896, à la rue du Parc, témoigne par sa présence au cœur de l’espace urbain de l’intégration et de la réussite économique et sociale de la population juive qui compte alors 850 personnes, alors que la Communauté israélite regroupe environ 180 personnes. Le lancement d’un concours d’architecture pour la construction de ce bâtiment constitue une première pour la ville qui verra ensuite son visage urbain profondément modelé par le recours fréquent à cette procédure.

Jusqu’à l’inauguration du cimetière israélite situé sur le territoire de la commune des Éplatures, en 1872, les juifs de La Chaux-de-Fonds n’ont d’autre solution que l’inhumation des défunts dans les cimetières de Hégenheim et de Hagenthal, au sud de l’Alsace. Cette installation hors de La Chaux-de-Fonds intervient après quatre ans de discussions infructueuses avec les autorités de la ville. Ces dernières proposent à la Communauté d’utiliser le cimetière communal. Une solution inacceptable car les sépultures n’y sont pas perpétuelles. Les édiles refusant la création d’un cimetière juif séparé, la Communauté acquiert un terrain voisin du temple et du cimetière protestants des Éplatures pour y réaliser son projet.

Contribution à l'économie régionale

Commerces Les juifs vivent en marge de la société chrétienne mais ils ne jouent pas moins un rôle majeur en matière économique à la fin de l’Ancien Régime. D’abord en tant que colporteurs, marchands de bétail et de textiles – quoique le statut de marchand ambulant ne leur soit pas uniquement dévolu – puis en ouvrant des commerces fixes. Parmi les domaines d’activité privilégiés des juifs de La Chaux-de-Fonds dans la seconde moitié du 19e siècle, figurent le commerce et l’horlogerie.

À côté de l'enseigne Au Printempshttp://www.chaux-de-fonds.ch/musees/mh/mh-expositions/passees/Documents/Au_Printemps.pdf, fondé par la famille Bloch, cohabitent une multitude de plus petits commerces qui jalonnent le quotidien des habitants. Les magasins de vêtements et de textiles sont nombreux, entre autres : Naphtaly, À la Grande Maison, À L’Alsacienne, À l’Enfant Prodigue, Au Bazar parisien, À la Ville de Mulhouse ou encore Lysak. La Boucherie Parisienne, tenue par la famille Weill, située rue du Midi, et la Boucherie Metzger sur la place du Marché, vendent entre autres de la viande casher importée de France et témoignent de l’implantation d’une communauté israélite forte au sein de la ville. Des tailleurs comme Bloch-Wixler, des vendeurs de combustibles comme Meyer-Franck ou Henri et Gaspard Ullmo ainsi que des commerçants de denrées coloniales à l’instar de La Semeuse, qui se spécialisera ensuite dans le café, illustrent la grande diversité sociale et économique des commerçants juifs actifs à La Chaux-de-Fonds. D’autres personnes exercent des professions libérales, notamment des avocats, des médecins et des dentistes. À la suite de la crise des années 1930, l’Office pour la recherche des industries nouvelles (ORIN), dirigé par Joë Metzger (1883-1965) de 1937 à 1940, favorise l’installation d’entrepreneurs, juifs notamment, fuyant l’Allemagne et l’Autriche. Parmi eux : Tempelhof (fabrique de parapluies) ou Hirsch avec la maison Imeta (fabrique de raccords de tuyaux).

Horlogerie Le consacre le rôle des anciennes familles d’établisseurs à La Chaux-de-Fonds. Celles-ci se montrent favorables au changement politique et soutiennent la révolution républicaine de 1848. mais leur attitude est conservatrice face au renouvellement des modes de production. On ne parle d’ailleurs pas véritablement de mécanisation avant l’Exposition universelle de Philadelphie de 1876. En misant sur l’excellence technique, les partisans de la production en petits ateliers espèrent tenir un marché qui s’étiole petit à petit.

Dès 1840, les cartes du milieu horloger sont redistribuées avec l’émergence, d’abord timide, d’une élite patronale juive, dont le négoce est le fer de lance. En bâtissant des usines et en acquérant des machines, elle contribue à mettre en place des schémas novateurs où la production se mécanise puis s’industrialise. Deux caractéristiques majeures fondent le succès de l’élite horlogère juive : la maîtrise des réseaux commerciaux à travers le monde en est une, basée sur l’existence d’une importante diaspora. La seconde concerne la densité des réseaux familiaux, favorisée par des mariages internes. Il est ainsi plus aisé de vendre des produits fabriqués sur place en limitant le nombre d’intermédiaires. L’homogénéité des industriels israélites n’exclut pas des alliances avec le patronat protestant: des organisations professionnelles voient le jour dès le pour défendre les intérêts de cette branche. De nombreux présidents du Syndicat patronal des producteurs de la montre, fondé en 1917, sont d’origine juive. Dès la fin du , la fabrique prend le dessus sur la production en petits ateliers ou à domicile, même si les anciens modes de production perdurent.

Conscients de la nécessité de s’adapter aux marchés internationaux, des entrepreneurs juifs choisissent des noms empruntés parfois à l’espéranto comme Movado, ou créent des marques aux références diverses. Election, Ebel, Vulcain, Cyma ou Marvin sont utilisés à la place de Ditesheim, Braunschweig, Blum, Ditisheim, Schwob ou Didisheim.

Au tournant du , sur la base de la Loi fédérale sur les fabriques, dont les définitions sont floues, on dénombre à La Chaux-de-Fonds seulement 17 entreprises horlogères employant plus de 20 ouvriers. Parmi elles, 8 sont en mains juives. Ces chiffres doivent être pondérés par le recensement de 1905 qui donne une image plus représentative avec plus de 2 000 entreprises horlogères, 8 000 personnes actives dans ce milieu et 36 000 habitants. Le patronat juif, actif au sein de grandes maisons telles que Tavannes Watch, Invar, Vulcain ou Rotary joue un rôle essentiel dans le développement industriel de l’horlogerie. Des fabricants plus modestes, actifs notamment dans les branches annexes, contribuent également à la renommée de la métropole horlogère.

Mécénat et philanthropie L’élite horlogère juive s’enrichit considérablement à partir de 1880 et connaît une rapide ascension sociale entre la fin du et le premier quart du . Les membres de la Communauté s’impliquent peu dans la politique communale et cantonale. Par contre, parmi les industriels d’origine juive figurent plusieurs mécènes qui s’engagent et soutiennent différentes institutions culturelles. En 1900, la Société des Amis du Théâtre est présidée par Maurice Picard (1870-1951). En 1917, quatre fabricants d’horlogerie, également juifs – Jules Bloch (1877-1945), Maurice Blum (1860-1934), Edmond Dreyfus (1875-1954) et André Gutmann (1873-1938) – intègrent le comité qui gère le Théâtre, alors composé de sept membres.

Se voyant refuser l’accès à d’autres cercles, des juifs fondent en 1913 le Nouveau Cercle, à vocation intellectuelle et récréative. Aussi appelé Cercle des juifs, situé dans le Minerva Palace, av. Léopold-Robert 66, puis au numéro 36 de la même rue, il est un haut lieu de sociabilité et une plateforme de rencontre. Il accueille le Club 44 avant l’installation de ce dernier dans ses propres locaux en 1957.