vignette|Image satellite de la Nubie de nos jours.
La Nubie est une région s'étendant le long du Nil sur près de , entre la première cataracte (au sud d'Assouan) et la confluence du Nil Bleu et du Nil Blanc (à Khartoum).
La Nubie a été le siège de l'une des premières civilisations de l'Afrique ancienne, jusqu'à sa conquête par l'Égypte sous le pharaon . Puis elle a conquis l'Égypte (), avant d'être reconquise et de devenir, plus tard, grecque puis romaine. Elle est alors christianisée. Elle résiste à l'islamisation au moins jusqu'au .
Dans l'Antiquité, ses habitants parlaient des dialectes apparentés aux langues nilo-sahariennes, dont le birgid, qui a été parlé jusqu'au début des années 1970 dans le Darfour (au nord de Nyala). L'ancien nubien était utilisé dans la plupart des textes religieux aux et s. Un dialecte nubien subsiste néanmoins de nos jours et se parle chez une partie de la population nubienne.
Toponyme
Les anciens Égyptiens appelaient la région Ta-Seti (« le pays de l’arc ») en raison de l’arme caractéristique de ses habitants. Les Égyptiens distinguaient deux régions Ouaouat (la Basse-Nubie égyptienne située entre les deux premières cataractes), et Kouch (la Haute-Nubie soudanaise s’étendant de la deuxième cataracte jusqu'aux environs de la cinquième cataracte, jusqu'au site de Kurgus). C'est à cause de cette connexion avec Kouch que des linguistes du avaient créé la notion des langues couchitiques, à cause de leur hypothèse que le bedja, oromo, bilen, des langues apparentées parlées au Soudan, en Érythrée et en Éthiopie, étaient liés à l'ancienne langue de Koush. Des nouvelles recherches linguistiques prouvent cependant que la langue dominante de Kouch appartenait aux langues nilo-sahariennes.
Certains textes hiéroglyphiques affirment que dans cette contrée l’or (en égyptien nb.w, nwb : noub) était « aussi abondant que la poussière des chemins » : peut-être est-ce là l’étymologie du nom Nubie dont la première mention se trouve dans la Géographie de Strabon, vers l'an 29 avant notre èreMusée de la Nubie, , édité par le ministère égyptien de la Culture.. Néanmoins, cette étymologie n'est pas universellement acceptée.
Description vignette| Carte actuelle de la Nubie : Égypte au nord, Soudan au sud.Basse Nubie : -,Haute Nubie : -
La région de la Nubie est une zone intermédiaire faisant le lien entre la région égyptienne et l'Afrique centrale des Grands Lacs en suivant le couloir de la vallée du Nil. Différentes cataractes, le long du Nil, gênent sa remontée vers le Sud et peuvent empêcher la navigation. Ces points constituent des éléments géographiques dont le contrôle constitue dès lors un enjeu politique et commercial.
La Nubie est une zone de contact importante entre le sud et le nord du continent, mais également entre l'est et l'ouest dans un contexte où certaines zones du Sahara ne sont pas encore asséchées et constituent un couloir de circulation supplémentaire menant jusqu'au bassin du Tchad.
La Nubie se compose de deux parties principales : la Basse-Nubie ou Nubie égyptienne qui s'étend de la première à la seconde cataracte ; la Haute Nubie ou Nubie soudanaise qui s'étend au delà de la sixième cataracte. Dans cette seconde partie de la région se forment différents royaumes.
Histoire
Préhistoire et débuts de l'Antiquité : groupes A, B et C
Les plus anciens habitants connus de la Nubie sont les Badariens, suivis des Amratiens puis des Gerzéens, appelés civilisations du « groupe A ». Depuis l'installation des Gerzéens, la Nubie a réellement commencé à se former - période qui correspond à l'avènement en Égypte de la , vers l'an -3100. Les Gerzéens étaient à l'origine un peuple nomade qui s'installa en Nubie pour devenir éleveurs, s'occupant de moutons, de chèvres et de quelques vaches. Ils se distinguent par leurs poteries et leurs rites funéraires très différents de ceux des Égyptiens.
La culture gerzéenne déclina aux alentours du avant notre ère, suivie par les civilisations dites du « groupe B ». On a parfois considéré que les peuples du groupe B avaient envahi la Nubie - on pense aujourd'hui que le groupe B est issu du groupe A. La persistance de pratiques funéraires liées au Groupe A renforce cette hypothèse. Le Groupe B ne serait dès lors qu'une sous-branche appauvrie de la culture du Groupe A alors en déclin important. La cause de ce déclin peut être associée aux activités hostiles menées par l'Egypte en Basse-Nubie.
Les opérations militaires se répètent notamment sous Khâsekhemouy et Snéfrou qui aurait détruit le . Des colonies égyptiennes sont effectivement identifiées sur des sites archéologiques à proximité de la deuxième cataracte. Il est tout à fait probable que les populations nubiennes se soumettent à l'occupation égyptienne vers le avant notre ère.
Grâce au commerce avec l'Égypte, la Nubie réussit à acquérir un certain niveau de vie et de stabilité. Autour de la égyptienne, la Nubie fut divisée en petits royaumes - il y a débat concernant l'appartenance ou non des royaumes à un hypothétique « groupe C »Sur « La culture du groupe C », comme sur l'Histoire du Soudan, en général, voir la page de l'Institut du monde arabe : . Ces informations peuvent nécessiter une mise à jour.. On remarque l'étonnante similitude entre les poteries des anciens du groupe A et celles du groupe C, semblant dénoter soit une nostalgie de ces derniers, soit un retour des premiers. Le désert du Sahara était à cette époque suffisamment invivable pour provoquer l'exode soudain des peuples nomades qui y résidaient normalement, se réfugiant alors en partie en Nubie.
Royaumes de Koush
Kerma (2500-1500 avant notre ère)
vignette|Ruines de la cité de Kerma
La première civilisation qui parvient à unifier ces régions autour d'elle fut celle du royaume de Kerma qui tient son nom de la cité de Kerma, que l'on suppose avoir été sa capitale, et dont les populations parlaient des langues chamito-sémitiques de la branche couchitique. Par-delà la première cataracte, la Nubie, pays de l'or, a tôt attisé les convoitises des pharaons, qui y multiplièrent les expéditions militaires et commerciales. Au Moyen Empire, (vers 1872-1854 av. J.-C.) mène quatre campagnes militaires contre le royaume de Koush. Finalement il annexe la région entre la première et la deuxième cataracte. Et il établit un vaste dispositif de sept forteresses immédiatement au sud de la deuxième cataracte. Après cette percée violente contre toutes les populations qu'il rencontre, le commerce se poursuit avec les populations locales qui font transiter les matières convoitées par l'Égypte. Ensuite, sous le Nouvel Empire, les troupes égyptiennes se répandront toujours plus loin vers le Sud. Sous le règne de , vers 1520 av. J.-C., toute la Nubie du Nord fut annexée.
Sous , l'Égypte a fait plusieurs campagnes au sudPaul J. De Mola, « Interrelations of Kerma and Pharaonic Egypt », Ancient History Encyclopedia, http://www.ancient.eu/article/487/. Cela a finalement abouti à l'annexion de la Nubie (« Koush » en égyptien) vers -1504. La situation s'inversera bien plus tard avec l'épisode des pharaons nubiens. Après la conquête, la culture Kerma fut de plus en plus « égyptienne », mais les rébellions se poursuivirent pendant 220 ans (jusqu'à environ 1300 av. J.-C.). Pendant le Nouvel Empire, le royaume de Kerma / Koush est devenu une province clé de l'Empire égyptien, économiquement, politiquement et spirituellement. De grandes cérémonies pharaoniques eurent lieu à Gebel Barkal près de Napata., et les lignées royales des deux régions semblent s'être mariées. L'étendue de la continuité culturelle et politique entre le royaume de Kerma et le royaume de Koush est difficile à déterminer au plan chronologique. Le royaume de Koush, plus égyptien, émergea, peut-être de Kerma, et retrouva son indépendance de la région vis-à-vis de l'Égypte au cours de la Troisième Période intermédiaire (1085 / 750 av. J.-C.). Se constitua alors dans le bassin du Nil moyen un « empire koushite » qui allait perdurer durant quelque mille ans. Cette période est traditionnellement divisée en deux époques : celle de Napata, qui a duré de -750 à -300, et celle de Méroé, qui a duré de 300 av. J.-C. à 340 ap. J.-C. Initialement, les rois kouchites continuèrent à utiliser Kerma pour les enterrements royaux et les cérémonies spéciales, ce qui suggère une certaine connexion. De plus, l'aménagement des enceintes funéraires royales de Kerma et de Napata (la capitale de Koush) est conçu de la même manière. Des caches de statues des pharaons de Koush ont également été découvertes à Kerma, suggérant que les dirigeants napatéens reconnaissaient un lien historique fort entre leur capitale et Kerma.
Par ailleurs, des éléments linguistiques indiquent que les peuples kerma parlaient des langues afro-asiatiques de la branche couchitique. Le nobiin (nubien) contient aujourd'hui un certain nombre de mots clés liés au pastoralisme qui sont d'origine couchitiques orientales. Ceci suggère que les populations du kerma - qui, avec la culture du Groupe C, habitaient la vallée du Nil juste avant l'arrivée des premiers locuteurs nubiens - parlaient des langues chamito-sémitiques.
L'analyse craniométrique des fossiles de Kerma a montré qu'ils étaient morphologiquement proches des Égyptiens prédynastiques de Nagada (4000-3200 avant notre ère) qui eux-mêmes sont étroitement apparentés à d'autres populations afro-asiatiques de la Corne de l'AfriqueClines and Clusters Versus "Race": A Test in Ancient Egypt and the Case of a Death on the Nile C. Loring Brace, David P. Tracer, Lucia Allen Yaroch, John Robb, Kari Brandt, and A. Russell Nelson « By the use of the discriminant function procedure, we reinforce the conclusions drawn from an examination of our dendrograms. The Predynastic sample from Upper Egypt differs less from the Somalis to the south than do the Late Dynastic people from Lower Egypt. ». Les Kermans étant plus éloignés des Égyptiens dynastiques de Gizeh (323 avant notre ère/330 de notre ère) et des Égyptiens prédynastiques de Badari (4400-4000 avant notre ère) - cf. Table 6.
Napata (du avant notre ère)
Le royaume de Koush reprit beaucoup de pratiques traditionnelles égyptiennes, notamment leur religion, et les pyramides. Le royaume survit plus longtemps que celui d'Égypte, envahissant même ce dernier durant la au avant notre ère. Vers 660 av. J.-C., les pharaons koushites sont repoussés vers leur région d'origine, la Nubie, et forment à Napata un royaume original, synthèse des influences nubiennes et égyptiennes.
Vers 591 av. J.-C., à la suite de l'expédition de contre Koush, la capitale quitte Napata pour Méroé. À ce fait s'était ajouté le durcissement des conditions climatiques ; ce qui reléguait le nord à des fonctions secondaires.
Méroé ( avant notre ère - de notre ère)
vignette|Cimetière sud de Méroé.
À partir des années 315 / 295 av. J.-C., s'accentue la rupture (jamais achevée) d'avec le modèle égyptien.
En effet, sous Nastasen (335 à 315 av. J.-C.), Méroé ravissait à Napata les dernières grandes fonctions qui lui restaient. C'était celles de lieu de couronnement et d'inhumation des souverains.
C'est dans ce contexte qu'a eu lieu l'avènement des Candaces, des reines exerçant effectivement le pouvoir politique suprême. L'effectivité de leurs statut et fonctions impériaux est traduite par les titres royaux qu'elles portent et qui sont empruntés au protocole pharaonique. Ce sont Sa-Rê, Neb-taouy et n-swt-bity. Elle est traduite par le geste auguste de massacrer les ennemis qui, depuis Narmer, exprime le triomphe du souverain régnant. Elle trouve aussi un écho dans la Bible.
En -25, la reine candace Amanishakhéto repousse la tentative d'invasion des légions romaines d'Auguste, dirigées par Gaius Petronius. Elle ordonne une incursion en Égypte visant les troupes romaines et défait trois cohortes. Un traité est finalement conclu, permettant d'instaurer des relations commerciales entre les deux empires..